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LE 2 1/2 POUR CENT FRANÇAIS

Adhésions à la La proDOsition que nous avons émise de créer poiir

creationdu r-r i r-

2 }û %■ nos emprunts futurs une rente 2 1/2 %, a fait son

chemin.

Toute la presse financière et politique s'en est immédiatement emparée et s'en occupe : il nous est malheureusement impossible de pouvoir citer et reproduire ici tout ce que nos confrères ont écrit, soit pour approuver, soit pour combattre nos arguments ; niais nous tenons à les remercier de leur concours et de leur appui.

Dans la banque, dans le. monde financier, parmi les capitalistes et les rentiers, la création que nous recommandons d'un 2 1/2 % français pour nos futurs emprunts, a été bien accueillie et très discutée ; comme toutes les idées nouvelles, elle a maintenant ses partisans et ses adversaires.

Du reste, toutes les fois qu'il s'agit d'une réforme financière de quelque importance, les objections : e manquent pas.

Il en était de même quand, dès 1875, à partir du jour où le 5 % avait atteint le pair, nous faisions prévoir la conversion de cette rente ; de même encore quand, cette conversion accomplie, nous recommandions le 3 % de préférence au 4 1/2 %, parce que, disions-nous, le 3 % devait atteindre d'abord le cours de 90 francs pour le dépasser ensuite, et que l'augmentation du capital des rentiers serait une large compensation à la diminution de leur revenu ; il en était de même quand nous nous efforcions de vulgariser la rente 3 % amortissable, d'en faire connaître les avantages ; de même encore, quand

(1) Voir suprà, page 477.

nous répétions sans cesse que la rapide augmentation des capitaux en France, les progrès de Tindusr trie, l'absence de créations nouvelles absorbant les épargnes en quête d'emploi, devaient forcément pra\oquer un abaissement graduel et rapide du taux de l'intérêt et que, bientôt, les rentiers seraient obligés de se contenter de revenus d'autant plus réduits qu'ils rechercheraient des placements de toute sécurité.

Nous sonmies-nous trompés? Les faits que nous pi-évisions an. avons depuis de longues années prévus et indiqués, siio»'^^ alors qu'ils semblaient prématurés, se sont réalisés.

Le 5 % a été converti en 4 1/2 %, et ce 4 1/2 % n'a plus lui-même que peu de temps à vivre avant d'être converti. Le 3 % qui valait, au lendemain de la guerre cl de la Connu une, 50 et 52 francs, s'est progressivement élevé à 60, 70, 80, 85, 90, 95 francs ; le 3 % amortissable, qu'on méprisait alors qu'il se négociait au-dessous de 80 francs et que, pour notre part, nous défendions et recommandions avec la même insistance qu'on apportait à le critiquer et à le combattre, n'est plus qu'à 3 fr. au-dessous de son taux de remboursement. On ne voulait pas croire à la diminution du taux de l'argent et des revenus : aujourd'hui, que voyons-nous ? Les valeurs de toute sécurité, les placements de premier choix rapportent 3, 3 1/4, 3 1/2 au maximum ; les obligations des grandes compagnies de chemins de fer, qui rapportaient net 3,75 et 4 %, donnent moins de 3 1/4 ; les caisses des sociétés de crédit, des banquiers, regorgent de capitaux qui se contentent de 1/2 ou de 1 % ; les bons du Trésor, suivant les échéances, rapportent de 1 1/2 à 2 1/2 % ; l'escompte, à la Banque, est à 3 ?^ ; le premier papier, sur le marché libre, trouve preneur au-dessous de ce taux ; les prêts hypothécaires, qui s'effectuaient à 5 % au minimum, sans amortissement, trouvent aujourd'hui des prêteurs, amortissement compris, à moins de 5 %. Ce n'est pas seulement en France que ce phénomène économique s'est produit : partout, nous avons vu s'accomplir des conversions de rentes ;

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partout, la réduction du taux de l'intérêt s'est réalisée, et maintenant — fait qu'il y a peu d'années encore on taxait de chimérique, d'irréalisable — on peut constater que, pour obtenir de ses capitaux placés en valeurs mobilières un revenu supérieur à 4 1/2 %, il faut courir des risques.

* L'opération la La créatiou d'une rente française 2 1/2 % est donc,

meiHeiire et la ^ / / 7

plus simple. en réalité, la résultante logique, naturelle, de la situation économique et fmancière. Les rentes 5 %, 4 1/2 %, 3 %, sont le legs du passé.

La rente française 2 1/2 % est le fonds qui répond le mieux à la situation du temps présent ; c'est le fonds de l'avenir.

Les objections nouvelles faites à la création de ce type de rentes, loin de détruire les arguments que nous avons précédemment exposés, leur donnent, au contraire, un plus grand poids.

On nous dit :

Objection tirée Lc marché de la rente 2 1/2 %, étant donné que l'em-

de linsuffisance ' y /^i ^

du marché du pruut scra dc 700 millions, sera bien étroit.

— Lorsque la rente amortissable a été créée par M. Léon Say, il n'en a été émis, tout d'abord, que pour un capital de 500 millions : ce modeste chiffre a-t-il empêché les banquiers et capitalistes de s'intéresser à cette rente ? Et fmalement, le 3 % amortissable ne s'est-il pas classé dans tous les portefeuilles ? Quand, à la suite d'un événement quelconque, les tendances de baisse sur le 3 % se sont parfois manifestées un peu vivement, le 3 % amortissable n'a-t-il pas été, en quelque sorte, le remorqueur du marché, précisément .parce que son poids, comparé à celui des autres rentes, était plus léger ?

^^^o}»ijction tirée La hautc bauquc, les capitalistes, les rentiers, les spéqu'on a du 3 %. ;culateurs, sout habitués aux négociations en rentes 3 %,

;uix coupures de rentes 3 % : en sera-t-il de même avec le 2 1/2 % ?

— Le marché s'habituera au 2 1/2 % aussi facilement qu'il était habitué au 3 % et antérieurement, au lendemain de la guerre, au 5 %.

Après 1870 et jusqu'à la conversion du 5 %, on achetait et vendait, au comptant et à terme, 2,500 francs, 5,000 francs, 7,500 francs, 10,000 francs de 5 %. Avec le 2 1/2 %, on négociera pareillement 2,500 fr., 5,000 fr., 7,500 francs, 10,000 francs de 2 1/2 %. Les calculs ne seront ni plus difficiles, ni plus compliqués.

De même pour le payement des coupons.

Les coupons trimestriels, au lieu d'être de 0 fr. 75 sur le 3 % ei de 1 fr. 125 sur le 4 1/2 %, seront de 0 fr. 625 par 2 fr. 50 de rentes et de 1 fr. 25 par 5 francs de rentes .le 2 1/2 %.

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N'est-il pas prématuré de créer un 2 1/2 %? Voyez ^,/îl'J'. ^. . ^^ combien il a fallu de temps à l'Angleterre pour conver- anjriais. tir son 3 % en 2 3/4, ce dernier devant être ultérieurement converti en 2 1/2 % ?

— En quoi est-il prématuré d^emprunler en renies 2 1/2 % à 80 francs, c'est'^-dire à 3,125 %, plutôt qu'en I entes 3 % à 96 francs, c'est-à-dire à 3,125 % également?

S'il est prématuré d'emprunter en 2 1/2 % à 80 fr., 'est-à-dire à 3,125 %, n'estrce pas avouer que les cours des rentes 3 % sont prématurément trop élevés ? N'estce pas dire que le futur emprunt doit être émis au-dessous des cours actuels, au risque de déprécier toute la cote ? Est-ce là ce qu'on désire ?

L'argument tiré de la conversion faite en Angleterre, que prouve-t-il ? C'est que, lors des premières tentatives d'une conversion des consolidés anglais en 2,75 et 2 1/2, la baisse du taux de l'intérêt n'était pas aussi générale qu'elle l'est aujourd'hui ; les Anglais pouvaient, il y a une dizaine d'années, choisir autour d'eux, dans leur propre pays, des placements de première sécurité à 4 et 4 1/4 % ; ils pouvaient, dès lors, trouver

prématurée Topération qui leur était proposée. Aujourd'hui, la situation est tout autre ; en Angleterre, comme en France, la baisse du taux de l'intérêt s'est produite et les rentiers anglais ont accepté avec facilité une conversion qu'ils avaient repoussée quelques années auparavant : à l'heure actuelle, les placements en consolidés anglais rapportent moins de 3 %.

Il en est de même chez nous. Il y a dix ans, sans vouloir remonter plus haut, au commencement de 1880, les obligations des six grandes compagnies de cliomins de fer, qui sont le type des titres de tout repos, valaient de 370 à 380 francs et rapportaient net 3 1/2 à 3,75 %. Les obligations des lignes algériennes, avec garantie directe ou indirecte de l'Etat, rapportaient bien près de 4 1/2 •%, et celles des lignes secondaires 4,75 à 5 %. Aujourd'hui, les obligations des grandes lignes rapportent à peine 3 1/4 %, et les autres 3 1/2 % tout au plus. Gela prouve que des capitalistes se contentent maintenant de 3 à 3 1/4 % d'intérêt, sur les mêmes valeurs qui ne trouvaient acheteurs, il y a dix ans, qu'à 3 1/2 ou 3,75 % d'intérêt. C'est la preuve indéniable de la baisse du taux de l'intérêt, puisqu'il faut maintenant débourser plus d'argent pour avoir le même revenu qu'autrefois-.

do^Tail-montî- N'cst-il pas daugercux d'émettre une rente 20 francs lion du" capital au-dcssous du pair, alors que le 3 % est à 4 francs près

nominal do la r- i -a /^ r-

dette publique, du pair, et d'augmcutcr ainsi le capital nominal de la dette, publique ?

— L'Etat n'est pas débiteur du capital, puisqu'il n'est jamais tenu de le rembourser ; il n'est débiteur que de \si rente ; voilà ce dont il importe de se bien pénétrer.

Que l'Etat doive nominalement 700 millions ou 1 milliard, peu impc>rte : ce qui doit le préoccuper, c'est la rente qu'il a à servir. Plus haut son crédit monte, plus bas baisse l'intérêt.

Plus bas s'abaisse l'intérêt, plus facilement l'Etat peut trouver à des conditions plus modérées encore de non-

veaux capitaux qui serviront à rembourser les anciens prêteurs.

Cela admis, plus grand est l'écart entre le pair et le taux d'émission, plus grande est l'influence que l'Etat exerce sur les prêteurs. L'Etat agit sur eux de deux manières : par l'influence de l'intérêt qu'il leur offre ; par l'attrait de Taccroissemenl du capital qu'il leur laisse entrevoir et permet d'espérer.

Ouvrez n'importe quel budget français ou étranger : ce n'est pas le capital nominal de la dette qui s'y trouve inscrit, mais seulement l'intérêt annuel à payer aux rentiers.

On trouve déjà que le 3 % coûte cher à 96 francs, qu'il objection tirée ne produit pas assez. On manifesterait probablement la doiJne''un'*fa^bie même réserve pour du 2 1/2 à 80 francs, ce qui revient à '^'^*'""' dire que cette rente, ne devant pas attirer de demandes et n'offrant pas de marge étendue de plus-value, ne tenterait pas plus les capitaux que du 3 % à 96 francs.

— Si on trouve que le 3 % est cher à 96 francs, c'est qu'il a haussé rapidement et qu'on n'est pas encore habitué à ce changement de cours, alors que dans l'Europe entière, tous les fonds d'Etat ont monté dans de non moins grandes proportions. Si le 3 % paraît moins avantageux à acheter aujourd'hui qu'il y a quelque temps, c'est que 4 francs seulement le séparent du • pair de 100 francs et qu'au-dessus de ce prix il peut être converti et réduit.

Mais ces objections, auxquelles nous avons déjà répondu par avance, ne peuvent être faites avec le 2 1/2 %.

Emis à 80 francs, le 2 1/2 % rapporterait tout autant que du 3 % émis à 96 francs, soit 3,125 %.

Il pourrait atteindre avant peu et rapidement les cours des rentes 2 1/2 % et 2 3/4 anglaises, belges, hollandaises, qui se négocient beaucoup plus cher et qui ne valent pas mieux que nos propres rentes.

504 FINA-NGES CONTEMPORAINES

Le souscripteur aux renies 2 1/2 % recevrait le même revenu qu'en rentes 3 %, mais il aurait, en plus, Tatlrait de voir le 2 i/2 % monter dans de plus larges proportions que le 3 %, et conséquemment d'accroître, tôt ou tard, son capital.

Conclusion. Nous coùcluons : .

rtul^^"^"^^ Quand un ministre des fmances émet un emprunt, :que doit-il rechercher, que doit-il désirer? i Un fonds, accepté par tout le marché et par les capitalistes, faisant entrer le plus d'argent dans les caisses du Trésor et coûtant le moins cher possible d'arrérages. Quand le public, le rentier, le banquier, ic capitaliste, le spéculateur, est appelé à souscrire à un emprunt, que doit-il rechercher, que doit-il désirer ? ■ ; Un fonds qui, comparé à des valeurs similaires, donne à garanties égales, à revenu égal, de plus nombreuses . chances d'accroissement de capital.

Est-il vrai que le 2 1/2 %;émis à 80 francs ne coûte pas plus au Tréspr que du 3 % émis à 96 ?

Est-il vrai que la somme d'intérêts à payer annuellement aux rentiers sera la même si l'Etat émet du 2 1/2 %

.;oa^dU'3%? ;;. / :

, Ëst-il vrai' qiieV le souscripteur à une rente 2 1/2 % ./émise' à '.80 francs,- pouvant hausser à 100 francs, se ^.trouve dans une. meilleure situation que le souscripteur à une rente, 3 % émise à 96 francs, pouvant être remboursée ou convertie à partir du jour où elle a atteint .100 francs? ... " . ^ ' .

Est-il vrai que la rente 2 1/2'% française peut et doit

légitimement valoir et atteindre les cours des rerites

2 1/2 % belges, hollandaises, anglaises ? -

- Èst-il vrai qu'un emprunt en rentes 3 % émises à

96 francs, soit à 3,125 % d'intérêt, paraîtra cher, parce

•que le 3 % n.'a-devant lui qu'une marge de 4 francs

-avant -d'atteindre le pair, - tandis' qu'une emprunt €n

^rentes 2 1/2%. émises à 80 francs, rapportant 3,125 %

d'intérêt, comme le 3 %,paraîtra.plus attrayant au sous-

*cripteur qui aura l'espoir de gagner tôt ou tard la différence existant entre 80 et 100? ' '

S'il en est ainsi, il faut fairfe sans hésitation noire prochain emprunt en rentes 2 .1/2 %,

Soit au point de viie financier, soit au point de vue .politique, qu'il s'agisse de l'intérêt de l'Etat ou de celui des contribuables ; qu'il s'agisse des avantages de toute nature que l'Etat peut retirer, ou des bénéfices que les rentiers et les souscripteurs peuvent espérer avec raison recueillir, l'opération est sûre et bonne,, et, nous en avons là conviction, réussira.

La seule objection à faire est la queslîon d'opportu- .inique qu.s.

^ , ^ • * . • lion <l opjiortu-

nité : sur ce point, nous le répétons encore, le gouver- mié. nement et le ministre des finances sont les seuls juges. L'émission d'un emprunt d'Etat est une lourde responsabilité qui incombe à ceux qui en ont la charge : ils ne doivent rien laisser au hasard, à l'imprévu, et il faut être très prudent. Aussi, dirons-nous en terminant : que le gouvernement et les Chambres, avant de prendre une résolution définitive, se renseignent : qu'ils s'adressent à tous ceux qui connaissent bien Tesprit et les tendances du public de l'épargne et du monde financier; qu'ils consultent les chefs de nos grands lablissements de crédit,' de nos principales maisons (le banque, les agents de change, les trésoriers généraux.

La réponse sera certainement celle-ci :

Dans les circonstances actuelles, il est aussi délicat - pour un ministre des finances d'émettre un emprunt trop cher que de l'émettre trop bon marché. Aussi, entre le 3 % et le 2 1/2 %, n'y a-t-il pas à hésiter, car le 2 1/2 % ne coûtera pas un centime de plus à l'Etat qu'un emprunt en 3 % et rapportera tout autant au rentier ; le 2 1/2 % consolidera la hausse obtenue par le 3% et permettra d'effectuer l'emprunt-à des conditions exceptionnelles, sans peser sur le marché, sans nuire au

Trésor ou aux contribuables, et tout en laissant au souscripteur une plus grande marge de plus-value.

La création de la rente 2 1/2 % française sera l'opération la plus avantageuse pour le Trésor et les souscripteurs ; la plus facile à réaliser ; la plus simple à comprendre ; la plus féconde en résultats pour l'avenir du crédit public ; la plus habile au point de vue politique.

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