‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 109 sur 229 · LES GROS MAGASINS DE CAPITAUX · texte numérisé non relu

LES GROS MAGASINS DE CAPITAUX

dit

Ses eau SOS

inoilio finan- Si Ics sociétés dc Crédit, malgré la clientèle et les ressèniont?do'^tré- sourccs dout cllcs disposeut, manquent d'initiative et n'essayent ni de relever plusieurs des entreprises auxquelles elles ont donné leur concours, ni d'imprimer aux affaires commerciales et industrielles une utile impulsion ; s'il leur suffit, comme nous le disions dans une précédente étude (1), de battre des sentiers battus, alors que jamais les circonstances générales n'ont été plus favorables pour faire preuve d'intelligence et d'activité — la rente est au pair, les capitaux foisonnent et ne savent comment s'employer, la tranquillité du pays est complète et, à l'extérieur, aucun nuage ne trouble le maintien de la paix ; — on peut se demander quelles sont les causes principales de cette inertie fmancière ? La réponse est facile.

Pou de vériia- Quaud OU étùdic, sans parti pris, le fonctionnement de nos sociétés de crédit, de ces gros magasins de capitaux installés à Paris et dans toute la France, on constate non sans surprise combien sont peu nombreux les hommes connaissant à fond le maniement des affaires de crédit ; combien sont rares les véritables financiers, les banquiers qui, par leurs mérites professionnels, sont dignes du titre qu'ils portent. Nos banques sont remplies de personnages très honorables, appartenant

{i) \ oir suprà, page 493. ■

blos financiers.

à la noblesse, ayant occupé des fonctions politiques ou administratives, plus ou moins connus dans le haut commerce et l'industrie, mais qui sont absolument étrangers aux affaires de banque et de crédit. Ils ont été improvisés ou se sont improvisés administrateurs, banquiers, sans avoir les qualités qu'exigent ces professions. Croit-on qu'il suffise d'entrer dans une société, quels que soient son nom et ses titres, pour comprendre les affaires et les développer? Et croit-on qu'il suffise, pour amener à soi le public et les affaires, de calquer, en quelque sorte, les statuts d'une autre société, d'effectuer les mêmes opérations, et, pour ainsi dire, de marquer le pas à sa suite ?

Il ne faut pas croire, en effet, que le premier venu çj^yj^^^^o^puisse, sans préparation suffisante, embrasser l'in- saiies. dustrie de la banque, se « faire banquier » et remplir les fonctions d'administrateur avec la même facilité qu'il s'occuperait d'un commerce quelconque. Les opérations de banque sont, en réalité, très simples ; mais, pour les exercer sérieusement, il faut posséder des qualités que le travail et l'expérience permettent seuls d'acquérir.

Avoir un grand esprit de décision et de suite ; être aussi économe du temps que de l'argent ; choisir, former et diriger son personnel ; suivre attentivement les transactions qui s'opèrent sur les marchés financiers ; connaître, à tout moment, dans leurs principaux comme dans leurs plus petits détails, la situation de la maison qu'on administre ou dirige ; répartir le travail des bureaux de telle sorte que l'état des affaires engagées puisse être établi immédiatement : telles sont les qualités premières que tout banquier doit avoir. Ce n'est pas tout. Il est nécessaire qu'il ait séjourné quelque temps à l'étranger ; qu'il ait appris, par lui-môme, comment les affaires se traitent au dehors ; qu'il sache ce quesont les arbitrages de banque, de papier,, de valeurs;

qu'il puisse parler et écrire une ou plusieurs langues

étrangères pour se tenir constamment au courant des

uciaiions à nouvellcs extérieures. Un banquier doit étendre ses

avoir.

relations en dehors du cercle de ses affaires. Un renseignement, un mot, une réflexion qu'il apprendra dans une conversation en apparence insignifiante, seront parfois pour lui de précieux indices, de sérieux avertissements sur l'état du crédit d'un particulier, d'une maison, d'une société avec lesquels il aura des engagements. Nous nous rappelons un mot d'un des plus Connaissance grauds financiers de notre époque : « Quand je pas'se

fies faits à pos- ° , , ,,^ ,,..,., .? , , ,

séder. uuc hcurc a lOpera, disait-il, j apprends plus de nou-

velles dans ma stalle d'orchestre que, pendant toute la journée, dans mon cabinet. » Cette boutade est, sans doute, paradoxale et singulièrement exagérée : mais, dans une certaine mesure, elle est vraie. Knsombie de Uu bauquicr a intérêt à se tenir au courant « des nou-

conditionsàrem- . * . «r. , a,

piir. velles » : il ne doit pas lui suffire de connaître son

« métier » ni d'être « homme d'affaires », il faut qu'il soit homme du monde, instruit, lettré. Il a besoin, plus que jamais, de connaître à fond le droit, les lois, la jurisprudence ; les nombreux procès financiers qui ont lieu démontrent combien cette connaissance des lois est indispensable à quiconque s'occupe du commerce des valeurs mobilières et des affaires de crédit. Il doit être, enfin, très réservé dans son langage, très prudent dans les conseils qu'il donne, et avoir toujours — est-il besoin de le dire ? — le plus scrupuleux souci des intérêts de sa clientèle. . ^

Dans cette esquisse du banquier, de l'homme de finances et de crédit, combien d'administrateurs, de nos financiers actuels, pourraient se reconnaître ? Nous en connaissons et pourrions en citer quelques-uns, mais notre liste serait vite épuisée ! Gomme, au contraire, ils sont nombreux ceux qui ne possèdent de radministra-

défaut en Franco.

It'ur que le titre et du banquier que le nom ! Celle pénurie dhompénurie d'hommes expérimentés, capables, est des plus regrettables. C'est un des vices de notre organisation Imancière : de là bien des erreurs, bien des fausses directions données à l'épargne publique ; c'est une des causes principales de l'inertie financière dont on se plaint. Les hommes manquent, telle est la vérité.

Une autre cause de faiblesse financière tient à l'orga- Les banques nisation même de notre système de crédit, au fonction- ino^nnV " oVi nement de nos banques par actions. Il y a déjà longtemps et bien des fois que nous l'avons signalée. Nous avons plusieurs sociétés à gros capitaux, de « gros magasins de capitaux », comme nous les dénommons ; nous manquons de banques plus modestes, à capital restreint. Nous sommes, à cet égard, avec toutes les grandes places de l'Europe, dans un état d'infériorité manifeste. Prenez une cote de la Bourse de Londres, do Berlin, de Francfort, de Bruxelles, d'Amsterdam, de Genève, vous y verrez inscrites et se négociant chaque jour des centaines d'actions de banques et de sociétés par actions, dont le capital varie de 5 à 20 millions : les sociétés étrangères, dont le capital dépasse ce dernier chiffre, sont peu nombreuses, tandis que les banques à capital modeste sont très répandues.

Voyons s'il en est de même chez nous. Mettons à part la Banque de France et le Crédit foncier, établissements privilégié?, jouissant de monopoles et d'avantages spéciaux

Que reste-t-ii coiiune grandes banques par actions ? La Banque de Paris, le Crédit lyonnais, la Société générale, le Crédit industriel et commercial, le Comptoir national d'escompte. Viônnent ensuite plusieurs sociétés comme la Compagnie algérienne, la Banque internationale de Paris, la Société marseillaise de crédit, le Crédit lalgérien, le Crédit mobilier, la Banque parisienne, la Banque transatlantique, la Banque russe et français^, la Banque. d'escompte. Quelques rares sociétés étrangères, cotée3 à notre bourse, fonctionnent ou possèdent

510 FINANCES CONTEMPORAIKES

une succursale en Prôtice ; ce sont la Banque des Pays- Autrichiens, la Banque ottomane, le Crédit foncier d'Autriche, le Mobilier espagnol, le Crédit foncier égyptien, etc.

Sociétés de Un aussi petit nombre de sociétés de crédit pour un

crédit en nombre , ai , i-, . •

insuffisant. vastc pays d épargnes comme le nôtre, n est-il pas notoirement insuffisant ? Les affaires sont monopolisées par quatre ou cinq des grandes sociétés dont nous parlons : leur capital nominal s'élève à 567 millions 1/2 et à 312 millions 1/2 effectivement versés : elles disposent, en outre, de près d'un milliard de dépôts en comptes de chèques ou comptes courants, et, — à l'exception de la Banque de Paris, qui ne reçoil pas de fonds en comptes de chèques, — c'est moins avec leurs propres capitaux qu'avec ceux du public qu'elles travaillent. Or, les petites affaires modestes trouvent difficilement accès près de ces grands établissements parce que les frais sont trop lourds pour qu'ils puissent s'en occuper utilement ; d'autre part, les établissements de crédit ont une incessante préoccupation : surveiller si le public apporte de nouveaux fonds ou réclame brusquement ceux qu'il a déposés ; maintenir un parfait équilibre entre les versements quotidiens et les retraits de fonds ; effectuer les placements de telle sorte qu'ils soient toujours d'une réalisation facile et donnent un léger revenu après avoir couvert les frais généraux. Toutes les préoccupations des grandes sociétés de crédit sont donc lournées de ce côlé : dépôts ou retraits de fonds ; emploi de ces dépôts; maintien de disponibilités suffisantes pour faire face à des retraits inattendus, provoqués par une panique : comment dès lors songer à des opérations à longue échéance ? La direction de ces capitaux énormes ne laisse plus aux administrateurs une liberté d'esprit assez grande pour s'occuper d'autre chose que de leur emploi ou de leur remboursement.

Ce « maniement » productif de gros capitaux est, du reste, aussi dangereux que difficile. On peut comparer la mobilisation des millions à celle de nos soldats. Tel général fera, avec un plein succès, manœuvrer 10, 15, 20, 30,000 hommes et sera un bien mauvais manœuvrier pour diriger les mouvements de 2, 3 ou 4 corps d'armée. Il en est de même avec les capitaux. Il est plus facile à une banque de faire mouvoir 10, 15, 20, 30 millions que de mobiliser, remuer, placer avantageusement, 50, 75, 100, 200, 300 millions. Et quand les dépôts du public, exigibles presque à vue ou à courte échéance, vont s'accumuler, par centaines, dans les caisses de deux ou trois sociétés, les hésitations des administrateurs, les difficultés qu'ils éprouvent, s'expliquent aisément : leur principal souci est la sauvegarde, l'emploi et le remboursement des fonds qu'ils détiennent ; ils n'ont plus le temps de penser à créer des affaires nouvelles, dont le pays tout entier profiterait.

Soit donc, au point de vue des intérêts de l'Etal, soit gi^b"!""''" '^^ au point de vue des intérêts des affaires en général, et du public en particulier, il serait à désirer qu'il existât, à Paris et dans toute la France, un plus grand nombre de sociétés financières, à petit capital, variant de 5 à 20 millions. Ces sociétés s'occuperaient d'entreprises commerciales et industrielles, modestes, et s'intéresseraient dans des affaiiTS que négligent les gros magasins de capitaux. Il y a là toute une évolution financière et économique, nécessaire à réahser et sur laquelle il est utile d'appeler l'attenlion : nous sommes convaincu, pour notre part, que dix banques par actions, au capital de 10 millions chacune, sont préférables à une seule au capital de 100 millions et que si nous possédions un certain nombre de c^s sociétés, à capital I t'streint, au lieu de compter seulement quatre ou cinq grands établissements dont les succursales, i*épandues

dans toute la France, sont autant de ramifications qui font converger les affaires et les capitaux du public vers. un centre unique, un tout autre mouvement se dessinerait dans les affaires financièrjes et commerciales ; le marasme fmancier dont tout le monde se plaint aurait bien vite disparu.

Page 1