‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 146 sur 229 · LE CHANGE ET LES VALEURS ESPAGNOLES · texte numérisé non relu

LE CHANGE ET LES VALEURS ESPAGNOLES

Dépréciation constante du

Depuis 1881

Une question préoccupante, troublante, pour les détenteurs de fonds et titres espagnols, est assurément celle du change. Chaque jour amène une dépréciation nouvelle ; on en recherche les causes et on voudrait pouvoir dire quand et par quels moyens cette dépréciation pourra s'arrêter.

De 1875 à 1881, sans remonter plus haut, le cours du change de Madrid sur Paris était au pair ou légèrement au-dessus du pair, c'est-à-dire que le papier espagnol était accepté comme équivalent de la monnaie métallique et qu'il pouvait être indifférent d'être payé ou de payer en l'un ou l'autre de ces instruments d'échange.

De 1882 à 1890, les cours moyens du change ont varié de 0,82 % de pert« au minimum à 4,33 % au maximum.

En 1891, ce maximum fut dépassé : on fit 6,56 % de perte, comme prix moyen.

C'est surtout à partir de 1892 que la dépréciation s'est a panirdeiso?. constamment accentuée : i5,42 % de perte en 1892 ; 10,04 en 1893; 19,79 % 1894. En 1895, il se produisit une légère amélioration que la fin de 1896 devait faire disparaître : le prix moyen fut de 15,56 % de perte. L'année dernière, le change a oscillé entre 15, 16, 18. 24 et 25 % de perte. Cette année, au moment où nous écrivons, le change fait près de 30 % de perte, ce qui veut dire que 100 pesetas de papier espagnol valent seulement 70 fr. 92 de monnaie d'or, et, par suite, que pour avoir 100 francs de bonne monnaie métallique, en or ou billets de banque acceptés à l'égal de l'or, comme la bank-note anglaise ou le billet de banque français, il faut donner 130 pesetas.

On peut se rendre compte, dès lors, de Tinfluence Lesperrcsdés

i 1 . 1 jt L' compagnies de

que ces portas au change exercent sur les opérations chemins de fer. des compagnies de chemins de fer qui, payées en papier en Espagne, doivent effectuer en or leurs payements à l'étranger.

Depuis 1891 seulement jusqu'en 1894, d'apn'*c le* rapports officiels des compagnies :

Le Nord de l'Espagne a perdu :

piéceUft

Les Andalous :

piécettes

Pour le Madrid-Saragosse, les pertes ont été les suivantes :

piécette»

La réforme monétaire.

et probablement plus de 6 millions en 1896.

Ce n'est pas tout. A ces pertes au change s'ajoutent celles que subissent les compagnies depuis la réforme monétaire faite par le gouvernement espagnol en 1868.

Dans son rapport de 1894, la Compagnie du Nord de l'Espagne évaluait à environ 35 millions la perte que cette réforme monétaire lui avait occasionnée depuis

Depuis 1891, cette perte n'est pas moindre de 1 million 580,000 francs par an pour le Nord de l'Espagne et de 1,280,000 pour le Madrid-Saragosse.

Si nous ajoutons le montant des pertes au change à celles provenant de la réforme monétaire, nous pouvons dire que, depuis 1891 seulement jusqu'en 1895, les grandes compagnies espagnoles de chemins de fer, Nord de l'Espagne, Andalous et Saragosse, ont perdu, par des circonstances indépendantes de leur volonté, plus de 60 millions : le Nord de l'Espagne, 30 millions 1/2 ; le Saragosse, 25 millions ; les Andalous, 5 millions.

Dépréciation des titres des compagnies.

Qu'on s'étonne, dès lors, de la dépréciation subie par les titres de ces compagnies ! Les actions des trois Compagnies du Nord, des Andalous, du Saragosse, qui, au pair de 500 francs, représentent un capital de 1,500 fr., valent, aux cours de la bourse, 285 francs !

Les actions ne reçoivent pas un centime d'intérêt.

Quant aux obligations, les Compagnies du Nord de l'Espagne et des Andalous ont été réduites à payer leurs

Causes réelles

coupons au cours du change. Au lieu de recevoir 15 et 14 fr. 50 par an, les obligations reçoivent un intérêt variable subissant les fluctuations du jour : à l'heure actuelle, les obligations du Nord de l'Espagne reçoivent à peine 11 francs au lieu de 15 francs ; de 400, 350, 300, les obligations sont tombées à 200, 180, 170 francs ! La Compagnie de Madrid-Saragosse seule a pu lutter énergiquement ; grâce à sa forte constitution et à l'amélioration de ses receltes pendant les exercices 1894, 1895, 1896, elle a continué le payement et l'amortissement en or de ses obligations ; mais elle a dû cesser de distribuer à ses actionnaires le plus modique revenu depuis

Quelles sont les causes de cet état de choses ? Les fluctuations du change et sa dépréciation, ditron. Cette réponse n'est pas, cependant, tout à fait exacte, car « le change, comme le disait M. Léon Say, n'est point une cause, tout le monde sait cela, c'est un effet ». Or, cet rffct, c'est la mauvaise politique financière, fiduciaire . Mauvaise poii et commerciale du gouvernement espagnol qui en est j?"o. responsable ; cette politique a fait tout le mal, il ne faut pas se lasser de le répéter. Quand une nation entretient des rapports économiques et commerciaux réguliers avec l'étranger, quand son crédit inspire confiance, quand ses finances et son budget ne laissent rien à désirer, les perturbations du change ne se pra duisent pas. Les oscillations du change sont limitées : elles ne peuvent dépasser les frais d'envoi de mélaux précieux du pays débiteur dans les pays créanciers.

Entre pays dont l'étalon monétaire est identique, dont le crédit, hors de toute atteinte, inspire à tous la plus absolue confiance, le change subit des oscillations de très peu d'amplitude ; le mouvement dure peu de temps ; les oscillations dans un sens sont très vite suivies d'oscillations en sens contraire, on revient tout naturellement au pair.

L'Espagne a malheureusement diminué, de ses propres mains, cette confiance, cet effet moral, qui. à eux

Crédit extérieur atteint.

Circulation fiduciaire excessive.

Billets et encaisse de la Banque d'Espagne.

seuls, valent tous les crédits. On se rappelle les tergiversations du gouvernement quand il s'est agi de donner satisfaction, l'an dernier, aux demandes des compagnies de chemins de fer, demandes dont il avait luimême et à diverses reprises reconnu le bien-fondé ; on se rappelle encore les discussions aux Gortès, les récriminations ardentes et injustes contre les capitalistes et banquiers étrangers et l'adoption de l'amendement Montero-Rios, dont les conséquences, nous l'avons assez dit à cette époque, devaient être et ont été désastreuses. Voilà les causes premières et non les moins graves du mal !

L'Espagne s'est fermé, comme à plaisir, le crédit extérieur ; elle a indisposé contre elle ses meilleurs amis de l'étranger, nous voulons dire la clientèle fidèle de nos petits capitalistes qui, en échange de ses titres de rentes,^ lui auraient fourni les capitaux, l'or, dont elle a besoin.

Une autre cause a été l'abus de la circulation fiduciaire, le développement des billets d'Etat et des billets de banque; ce papier s'est déprécié de lui-même chaque jour, fiéchissant sous le poids de sa trop grande masse. Plus il s'est déprécié, plus la monnaie métallique s'est enfuie, tant il est vrai, suivant une loi économique bien ancienne^ qu'un financier anglais, sir Thomas Gresham, a formulée ainsi à nouveau : « Dans tout pays où deux monnaies légales sont en circulation, la mauvaise chasse toujours la bonne (1). »

On peut juger de la vérité de ce que nous avançons par la seule juxtaposition du montant des billets de banque émis par la Banque d'Espagne, de l'encaisse métallique et des cours du change.

Nous avons fait ce relevé depuis 1880 :

(1) Money of less value drives out money of more value.

ANNÉES

FI.N DKCEMBRi:

MONTANT

des

Page 1