‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 161 sur 229 · LE CHANGE · texte numérisé non relu

LE CHANGE

Le change représente une opération qui consiste : j^ènniuon du 1** à échanger une monnaie contre une autre monnaie ; 2° à solder d'un pays à un autre des sommes plus ou moins élevées.

Les payements s'effectuent au moyen d un ordre écrit i\v payer, c'est-à-dire de la lettre de change, afin dévil(T le transport encombrant et coûteux des espèces métalliques. La limite à partir de laquelle il peut être avantageux d'exporter du numéraire s'appelle le Gold-. Point.

Les opérations de banque qui découlent du change o,M,aiion8q.ii peuvent se diviser en trois parties principales : Iilang". '^'^

i' Achat et vente de lettres de change de l'étranger ou sur l'étranger ;

2° Achat et vente des monnaies étrangères et des matières d'or et d'argent :

3° Achat et vente de lon.l.- dLl.il cl aiilr. -. xil.urs mobilières nationales ou étrangères.

Le cours du change représente le prix auquel se négocient journellement les lettres fournies sur l'étranger ; ce cours est variable comme celui de toutes les marchandises, il donne lieu à des transactions et à des spéculations.

Le pair du change entre monnaies étrangères est le taux auquel les diverses monnaies comparées entre elles donnent une égale quantité de métal fin. Dans ce cas, il n'y a ni prime à recevoir, ni perte à subir dans l'échange des valeurs qui se négocient d'un pays sur un autre.

Ceci posé, quelles sont les causes qui influent sur les changes et les rendent favorables ou défavorables à

Causes in- uH Davs, et quclles en sont les conséquences générales?

fl liant sur 1 •• ^ \ , . ». , • ,

change. PouF bien faiFc connaître et apprécier les changes,

nous nous attacherons, avec soin, à ne donner que des définitions courtes et précises ; nous serons ainsi facilement compris.

L'or est le type de la monnaie d'échange internationale à cause de sa fixité actuelle ; tous les pays civilisés acceptent en payement ce métal à un prix déterminé, parce qu'il est possible de faire monnayer tous les lingots d'or dans tous les hôtels des monnaies à un taux connu d'avance.

Les pays qui se servent de l'argent sont forcés de le garder pour la circulation intérieure et ne peuvent régler à l'étranger avec ce métal par suite de sa dépréciation.

Est-ce à dire que les pays qui se servent de l'argent doivent avoir un change inférieur ? Ce serait inexact.

La nature du mét^l dans un pays n'a aucun rapport avec l'état réel du change. Un Etat qui n'a que rétalon d'or n'est pas plus à l'abri d'un change déprécié que celui qui n'a qu'une circulation en argent.

Par exemple, pendant une période prospère, un pays n'ayant que de l'or voit ses changes favorables pour deux raisons : la première, c'est que l'Etat n'a pas fait d'emprunts à l'étranger et n'a aucune sortie de numéraire à effectuer de ce fait ; la seconde, c'est que les exportations ont été toujours supérieures au chiffre des importations.

Ce double fait implique des rentrées constantes, un accroissement de richesse qui rend le change de plus en plus favorable. Mais qu'il se produise un fait imprévu, que l'Etat se lance dans des dépenses exagérées, que les emprunts se succèdent rapidement, si le pays n'est pas assez riche pour les souscrire, il faut faire appel aux capitaux de l'étranger. Que de mauvaises récoltes ou autres événements viennent rompre l'ancien équilibre, les changes se retournent contre le pays,

il faut payer en or et rimprévoyance de l'Etat n'a fait ({u'aggraver cette situation, au point que tout l'or du pays se trouve exporté en quelques années et que Ton irrive fatalement au cours forcé des billets de banque. Il n'y a plus de métal disponible et la situation du pays va toujours en empirant.

N'a-t-on pas vu l'Italie qui, par suite de son admission dans l'Union latine a exporté non seulement son or, mais tout son argent, écus et monnaie divisionnaire, au pair, pour ne plus avoir qu'une circulation en billets de 2 francs, 1 franc et môme de 50 centimes. Les transactions môme au-dessous de 50 centimes se faisaient en timbres-poste. Depuis, sa situation s'est améliorée, puisqu'elle a pu reprendre sa monnaie divisionnaire, mais non pas ses écus.

Si, au contraire, un pays à étalon d'argent reste dans l'état de prospérité indiqué tout dabord, il n'y a pas de métal à exporter, l'or vient de lui-même, les changes restent toujours favorables à ce pays qui s'enrichit chaque jour et, si on le paye en argent, comme tous les Etats ont conservé le monopole de la frappe, il n'ac- •eptera les lingots d'argent qu'au cours du métal. En admettant que l'Etat achète ces lingots pour les transformer en monnaie nationale, il prendra tout le bénéfice entre le cours du métal et la valeur de ces pièces et ce bénéfice est pour la collectivité du pays représenté par l'Etat. La situation du Mexique est un exemple frappant de ce fait.

Que viennent donc faire dans ces conditions les théories du métal déprécié par rapport aux fluctuations du < liange ? Le premier pays se ruine malgré son or, le -t'cond s'enrichit malgré son métal-argent.

Les deux causes primordiales qui influent sur le change sont donc :

1* Qu'un Etat ne compromette pas ses finances par finances saines, -os dépenses exagérées et par son imprévoyance qui le rendent tributaire de l'étranger ;

roi

Exportations 2° QuG le pavs solt asscz ricne pour produire en arti-

c'ompensant les '^ *" r f

achats à réIran- clcs d'exportatiou toutes marchandises pouvant compenser et au delà ses besoins d'achat à rétranger.

On peut faire venir de l'or de l'étranger avec tous les sacrifices possibles, mais si les deux positions indiquées ci-dessus n'existent pas, l'or n'y restera pas quoi qu'on fasse, à moins qu'on ne le mette en réserve dans des banques contre des billets et avec la sévère défense de l'en laisser sortir, par exemple, la Valuta autricliif^nnc qui n'a pas encore pu être mise à exécution.

Le change n'en sera pas amélioré pour ce fait et nous le verrons monter à 10, 20 et 30 % (]e p(Mle, malgré toutes les mesures prises.

Un pays est donc comme un particuHer : s'il esl éco^ nome, s'il dépense moins qu'il ne gagne, sa situation reste prospère, il s'enrichit au lieu de se ruiner;. et quand le pays s'enrichit, il a des changes favorables.

Eiu'o 0**^"^*^ '" ^^ ^^ '^ ^"^ deux pays en Europe qui aient pu constituer une dette formidable sans voir leurs changes dépréciés : ce sont TAngleterre et la France, parce qu(^ tous les emprunts d'Etat ont été souscrits, sauf de très faibles parties, par leurs nationaux et que tous les impôts perçus dans ces deux Etats servent à payer les rentiers du pays au lieu d'être exportés à l'étranger.

L'Allemagne et la Belgique ne sont pas encore arrivées à cet état de richesse qui permet à un pays de souscrire et de garder les emprunts émis par l'Etat, mail il y a lieu de supposer que, dans un certam nombre d'années, ces pays rachèteront leurs titres a l'étranger. C'est un fait que l'on peut déjà constater pour les Etats-Unis qui reprennent peu à peu toutes leurs obligations de chemins de fer et autres titres autrefois souscrits en Allemagne, en Angleterre et en Hollande.

Nous ne parlons pas des fluctuations du change qui . ne sont que temporaires et n'ont que des influences

passagères. Il y a, dans tous les pays, des époques d'achats et de ventes et il est facile de comprendre qu'au moment des achats, s'il n'y a pas contre-partie complète et absolue dans les ventes, le cours du '•hange en subit le contre-coup.

Une mauvaise récolte en France peut nous obliger à importer en fort peu de temps 150 à 300 millions de céréales ; pendant cette période, nos changes seront mauvais, mais ils se rétabliront bien vile à l'aide de nos coupons de valeurs étrangères et de nos exportations de marchandises.

La spéculation joue aussi un grand rôle sur les cours du change ; les achats énormes de litres mobiliers peuvent momentanément modifier Téquilibre, mais il se rétablit souvent très rapidement.

L'intérêt de l'escompte trop bas par rapport à Tintérèt perçu dans les pays voisins fait naître des tirages qui constituent de véritables prêts à termes et rendent temporairement le pays débiteur des Etals voisins. La surélévation de l'escompte est dans ce cas un remède souverain.

Lorsque, dans un pays, les changes sont sérieuse- Effeu désas.

..... ,1 . j^ 1 4 •! treux d'un chan-

iiient atteints, quelles conséquences en découle-t-il, ge déprécié, soit pour le pays lui-même, soit pour les pays étrangers ?

On peut poser en principe qu'un change déprécié de 15 à 50 % est désastreux pour un pays. Cela indique d'abord sa situation précaire d'emprunteur qui n'a pas les moyens de payer ses créanciers.

Certaines industries du pays à change déprécié peuvent en profiter pour exporter à l'étranger, dans des conditions qui deviennent d'autant plus favorables que la vente des produits leur laisse un bénéfice énorme sur le change, mais beaucoup de ces industries seraient-

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elles viables autrement ? C'est un point difficile ù fixer.

En admettant que ce soit un bénéfice pour quelquesuns, l'intérêt général du pays en souffre ; tout ce qu'il faut acheter à l'étranger et que le pays ne produit pas, est payé d'autant plus cher, l'importation a beau se réduire au strict minimum, la perte est bien plus sensible pour l'ensemble du pays que le bénéfice de quel- ((ues industriels ou producteurs de matières exportables.

Par contre, les pays voisins voient se dresser devant eux une concurrence difficile à combattre, puisque les marchandises manufacturées ou exportées peuvent être vendues à perte sur leur prix de revient et laisser un bénéfice par suite du change ; que, d'un autre côté, ces voisins qui exportaient des marchandises dans le pays à change déprécié, ne trouvent plus d'acheteurs par suite de l'augmentation qui en résulte pour les consommateurs ; d'où Ton peut conclure qu'un change déprécié est non seulement ruineux pour le pays où il existe, mais désastreux pour ses voisins.

l'Etat Çs^'^iause ^^ P^^^ ajoutcr quc lorsque le change atteint une de la déprécia- pcrtc aussi grande, ce n'est paS, en général, une situation élevée du .. . , . • i i • n • .1

change, non la tiou commercialc ct industnellc qui en est la cause, mcSe. '^^"'~ mais le plus souvent la gestion de l'Etat qui n'a pas étéassez réservé dans ses dépenses et dans ses emprunts. Il ressort de tous ces faits que le change est l'une des manifestations les plus éclatantes de la solidarité qui rapproche les peuples et les intérêts et ses mouvements sont le guide le plus certain pour apprécier avec justesse les lois générales qui gouvernent les marchés financiers et le commerce extérieur, en même temps qu'il est le reflet exact de l'état économique des peuples.

(^LhSll(».\> KcoNoMli^LES : 1800-1900 707

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