‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 193 sur 229 · V. — QUE FAIRE? QUE FAUT-IL CRAINDRE? QUE PEUT-ON · texte numérisé non relu

V. — QUE FAIRE? QUE FAUT-IL CRAINDRE? QUE PEUT-ON

Qu'y a-t-il donc à faire? Que faut-il craindre? Que peut-on espérer î

La réponse pourrait tenir en trois mots : « augmenter la natalité », c'est-à-dire avoir plus d'enfants ; mais ce serait répondre à la question par la question.

Uuc laul-ii craindre ? ce quii faut

^, , craindre.

G est qu avec une population stationnaire, alors que les pays voisins s'accroissent, lu France, au point de vue numérique, ne perde les premières places dans le rang des nations et que, par suite, sa puissance militaire et la défense nationale ne s'en ressentent.

Que faut-il espérer ? ce quii faut

espérer.

C'est que, grâce à l'influence des mœurs, à un de ces revirements subits qui peuvent se produire, la natalité

se relève et qu'en même temps, grâce aux progrès de l'hygiène et de la science, la mortalité continue à décroître. Mais il ne faut mallieureusement pas se faire d'illusions.

Ces questions redoutables, poignantes, M. Frédéric Passy, M. Levasseur, M. Clieysson, M. Lcroy-Baulieu, tous les économistes, moralistes et philosophes les ont examinées et y ont répondu.

M. Levasseur estime que :

Les conclu- C'est pliitùt à nue diminution qu'a une augmentation de la natalilc sions de M. Le- qy-j| fj^^jj s'atiendre. Le luxe et les besoins qu'il développe ne se réduiraient que dans le cas où la richesse diminuerait sensilJlement, résultat qui n'est as^u^emenl pas désirable : mais on est en droit d'espcrcr que les progrès de PhygiéDe publique et de l'hygiène privée amèneront une certaine réduction ilans la mortalité, surtout dans celle do la première enfance; le gain que la nation ferait ainsi, quel qu'il fût, ne serait pis a dédaigner, puis()u'il formerait un appoint et qu'il épargnerait des deuils. L'Europe continuera longtemps encore à croître plus vite que la France... II y aura en Europe et hors d'Europe des déplacements d'équilibre... Plusieurs nations, probablement parmi les plus denses, verront quelque jour. Comme la France, leur population se rapprocher de l'état stationnairc, mais si la France n'est pas au premier rang par le nombre, elle est et restera une des gramles nations du nioiidc. an riiveaii tlts plus élevées...

Conseil donné M. Lcvasscur termine en donnant des conseils dune économisâtes."" hautc sagcssc au point de vue de la conduite à suivre en politique intérieure et extérieure, en politique commerciale et économique.

Plusieurs de ses prévisions se sont déjà réalisées et l'avenir les confirmera encore davantage.

Ce sont des conseils de haute moralité que donnent aussi et M. Frédéric Passy, M. Gheysson, M. Paul Leroy-Beauheu, et M. Gide, comme l'ont fait aussi nos regrettés confrères Baudrillart, Adolphe Goste, et tous les moralistes et philosophes qui ont écrit sur cet inquiétant sujet, nii n'y arien D'autrcs économistcs répondent : « Il n'y a rien à Ernest Breiay. faire. )) Tel était l'avis d'Ernest Brelay, qui, avec son esprit charmant, toujours jeune, disait : « Laissez donc suivre le cours naturel des choses ! Voyez ce qui s'est

passé au lendemain de la guerre : il y eut une poussée de naissances formidable. »

Laissez suivre le cours naturel des choses 1 — Je voudrais que cette espérance de notre cher et regretté ami Brelay se réalisât ; malheureusement, nous nous trouvons en présence d'un véritable péril national, car nous ne devons pas nous consoler en disant que si la natalité diminue chez nous, elle diminue aussi chez les peuples qui nous entourent ; nous devons penser aussi que le nombre total de la population voisine s'accroît alors que la nôtre reste slationnaire. Un pays qui a 60 millions d'habitants et dont la natalité s'accroît de 20 o/oo a, tous les ans, 1,200,000 habitants en plus : un autre pays ayant seulement 40 millions d'habitants devrait avoir une natalité de 30 %o pour posséder un même accroissement de population.

D'autre part, comme la question de natalité est avant tout et surtout, d'après les professeurs Pinard et Richet, une « affaire de volonté », on peut répondre encore qu'on ne i)eut rien contre la volonté ou le non-vouloir.

Eh bien, et c'est par là que nous terminerons : « N'y a-t-il pas dos causes qui agissent, à' leur tour, sur la volonté, dans tel ou tel sens ? »

Et ces causes ne sont-elles pas essentiellement économiques dans cette question de la population ?

« Entre les trois termes : population, production, consommation, il existe un rapport étroit » (1), a écrit encore M. Levasseur.

Ces paroles, profondément vraies, veulent dire que toutes les mesures qui peuvent accroître et développer la production et la consommation, rendre à* chacun la vie plus facile, plus libre, faciliteront le plus l'essor de la population.

Laissez, dirons-nous aux législateurs, laissez la liberté s'épanouir, la liberté sous toutes ses formes : liberté politique, liberté commerciale, financière, morale, reîi-

C'est affaire de volonté.

Population, production, consommation.

(1) Levasseur,- La Populationy tome m, page 27.

l.a liberté.

gieuse. Ne portez pas atteinte aux « lois de la morale et de la raison », comme le disait autrefois M. Thiers ; n'en portez pas davantage aux grandes lois économiques de l'offre et de la demande. Faites que le commei'çant, l'industriel, le consommateur puissent librement s'adresser partout où leurs intérêts les guident. Repoussez l'intervention de l'Etat dans les affaires que les particuliers peuvent mieux faire que lui. Développez le commerce, l'industrie, l'activité nationale, le travail, sous toutes ses formes. Ouvrez des débouchés nouveaux à l'activité de tous. Ne considérez pas le capitaliste, le rentier, tous ceux qui possèdent peu ou beaucoup et qui jouissent du fruit de leur Travail, comme des ennemis. Soyez économes et ménagers de la fortune publique et privée. Faites, en un mot, que l'homme, suivant l'expression de Turgot, « ne soit pas, comme les enfants, emmailloté dans des bourrelets pour l'empêcher de tomber ».

La population, nous en sommes convaincu, cessera de rester stationnaire ou du moins d'avoir un faible accroissement. Rassuré sur son avenir, rassuré sur celui des siens, l'homme n'aura plus le souci de limiter sa progéniture a à la hauteur de son égoïsme ». Il aura la (( volonté » de l'accroître, comme il a aujourd'hui la « volonté » de la restreindre.

Ce n'est pas le hasard, affirment MM. Pinard et Richct, qui règle le nombre des enfants par famille. Nous savons tous parfaitement que le hasard n'y est pour rien; c'est la volonlé même des parents qui détermine le nombre de leurs enfants... fxi fécondité est réglée parla volonté.

La volonté. La volonté ! C'est sur cette parole aussi encoura-

geante que décourageante que nous terminerons. Elle détruit cette fausse idée de la non-fécondité de notre race. La cause de la dépopulation, c'est la stérilité volontaire ; et celte volonté, ce sont surtout des faits et des lois économiques qui la déterminent.

LA NATALITÉ & la iV

LEUR MOUVEMENT,C0MPARE AVEC L'AUGMENTATION DES RECETTES BUDGETAIRES ORDII

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