‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 21 sur 229 · TROIS DISCOURS · texte numérisé non relu

TROIS DISCOURS

Notre situation favorablement jugée.

Il serait permis de douter de la richesse de la France et de sa puissance productive qu'on serait bien vite rassuré par les nombreuses déclarations que les personnages les plus considérables et les plus autorisés ont faites publiquement dans ces derniers jours. On s'est

plaint longtemp^ raison peul-élre, que le pays { ignorait l'étendue réelle de ses ressources ; celle ignorance doit être dissipée aujourd'hui, car ce ne sonl ] certes pas les voix éloquentes qui auront failli à la mis- ^ sion d'éclairer la France sur sa véritable situation écono- ^ inique. Tout récemment, MM. Bufïel, le duc de Broglie '\ et Louis Passy, sous-secrétaire d'Etal aux finances, se ^ sont plu, dans des discours d'une grande élévation, à ■ proclamer celte prospérité si admirable de la nation. ^

M. Huffel a affirmé hautement « l'activité féconde du m. Buff.i. j

pays et les remarquables progrès de la richesse publique |

attestés par des faits irrécusables » (1). J

M. le duc de Broglie pense que, pour se faire appré- ^uducdoBr». cier, l'Assemblée nationale n'aura qu'à dire dans quel étal elle a !nMiv«* \\\ Fr;ine«» <*t (l;m< «iiirl v\i\\ ♦•II»' \i\

laisse : \

Elle dirm qu'clir i tr<> iv. le Trésor rida «t qu'elle lai»M !• bodget «n ]

équilibre, laiix que le^ iiii|> •(> ,|ti'r||e a preecriU aient ni decuurafè le ]

imvail en opprimant le poivr. . m tari les loarcM de la fortune nationale J eu vexant le riche, ni iii< iii<- k'' >*t* l'esaor du eoauBerot •» cbaryMiit les

matières premii^re» de riitJu»tiio i». J

i'.Miiii, M. Ijouis Passy, dans un i.iim .m lapiiit* (\v m. uui» pa*i

la situation polititiue, constate que u la politique do j

affaires, qu'il a toujours regardée comme la politique ^

du patriotisme, a remporté une victoire décisive », et *

il nous signale les hauts cours de la rente, le bas prix !

des capitaux, la réapparition de l'or et de l'argent qui i

« chassent de la circulation des billets que la Banque |

retire peu à peu >», la régularité avec laquelle s'effectue la 1

rentrée des impôts qui, pour les huit premiers mois de a

l'année, ont donné sur les prévisions un boni de 60 mil- \

lions. L'honorable sous-secréliiire d'Etal aux finances ^

montre avec quelle rapidité le commerce a repris son j

essor, puisque l'enseflible des exportations, au com- j

merco spécial, qui était de 5 milliards 600 millions de î

(Il I>is. 1^ |,! !i h ,1 oiiiicA a^fricoie de Mirecourt. (2) Di^' l^ pr II I omice afhcole de Beaumesnil.

Enseignement à en tirer.

francs en 1870, s'est élevé à 7 milliards 600 millions en 1874 (1).

Certes, ces résultats sont magnifiques ; il est utile de les faire connaître, ne fût-ce que pour rassurer les esprits et relever les courages, et nous ne pouvons que partager, au point de vue économique, les convictions exprimées par des hommes aussi éminenls (2).

De ces chiffres et de ces faits que chaque parti a cru devoir interpréter en faveur de sa cause, nous devons tirer un enseignement pour l'avenir.

C'est, à notre sens, des institutions économiques d'un pays que dépend vraiment le sort de son agriculture, de son commerce et de son industrie. Si la France, après tant de désastres, s'est relevée aussi rapidement, si elle a vu son mouvement commercial retrouver toute son activité et la multiplier môme, si son industrie, loin de périr, est devenue plus puissante, plus productive, assurément la nation ne doit pas cette heureuse fortune aux crises politiques qu'elle a traversées. Si sa richesse a repris un essor aussi rapide, c'est que des lois économiques libérales et sages en avaient assuré les bases et préparé l'avenir.

Il ne suffit pas Si les gouvemeiTients qui se sont succédé en France n'avaient eu que des préoccupations purement politiques, jamais la nation n'eût pu constituer son immense épargne, développer ses ressources, en créer de nou-velles, ni demander aux nations étrangères des bénéfices considérables qui, depuis 1860, année des traités de commerce, sont, chaque année, attestés par nos tableaux de douane.

Quand un gouvernement, quel qu'il soit, a satisfait aux nécessités politiques du temps, il n'a accompli que la moindre partie de sa tâche, la plus incertaine en tout cas. Il faut qu'il satisfasse aux nécessités économiques, autrement impérieuses, bien qu'elles se manifestent moins bruyamment. Ce sont désormais les idées

de faire de la po litiquc

Il faut satisfaire aux nécessités économiques.

(1) Discours protioncé au comice agricole de Gisors.

(2) Voir suprà, page 16, ce que nous avons déjà écrit à ce sujet.

do cet ordre qui doivent nous solliciter. Nous ne devons j

chercher à mesurer exactement l'étendue de nos res- j

sources que pour les employer mieux, toujours mieux, i

et les accroître. Nous devons nous attacher à appliquer 1

toutes les réformes, à édicler toutes les mesures sus- }

oeptibles d'augmenter l'expansion de notre commerce, . ^

de consolider et d'étendre notre crédit. \

L«oa Say «ar II

MOINS DK PRÉSOMPTION ! 'i

Après les discours de MM. BufTct, de Broglie et Louis Passy, vraiment encourageants pour Tavenir de nos finances publiques, nous devons signaler celui que M. Léon Say, ministre des finances, vient de pro- Lop^niondeii noncer dans son château de Stors. Ce discoui*s, qui, au point de vue politique, a failli déchaîner Torage, est, au point de vue financier, des plus satisfaisants. C'est un tableau éloquent des progrès de la richesse publique. Abondance des capitaux ; augmentation du produit des contributions indirectes ; e.xcédent de 70 millions sur les prévisions budgétaires pour les huit premiers mois de l'année ; reconstitution de l'épargne recherchant des placements solides et fructueux : tels sont les points principaux que M. Léon Say a mis en lumière et que, plusieurs jours après, le ministre des travaux publics accentuait, à son tour, afllrmant à nouveau que n jamais la prospérité dans ce paya n'a été plus grande » (1).

Depuis un certain temps déjà, nous avions été amené, nous-mème, à constater, par l'évidence des faits et des chiffres, les résultais favorables que les récentes harangues ministérielles se plaisent à mettre en lumière ; mais dont il ne faudrait pas cependant exagérer, non plus, la portée.

favorables.

[D Discours prononcé au eomice africole du Mans.

Conclusions à i*n tirer : ni optimisme, ni pessimisme.

Nous sommes, en effet, trop prompts, en France, à nous désespérer et, malheureusement aussi, trop enclins à exagérer nos forces et nos ressources. Avant la guerre, qui eût osé douter de nos succès ? prévoir les désastres de cette guerre fatale? Et, à cette môme époque, connaissions-nous toute l'étendue de nos richesses ; soupçonnions-m)us l'existence de toutes les épargnes accumulées dans le pays par un travail opiniâtre pendant plusieurs années prospères? Avant la guerre, lorsqu'on marchandait au gouvernement quelques millions pour le développement de l'instruction publique, pour l'extension des travaux publics et même pour l'armement, sous prétexte d'économies budgétaires, se doutait-on que peu de mois après, il faudrait créer près de 800 millions d'impôts nouveaux? Qui eût osé, à cette époque, prétendre qu'il était possible d'augmenter les contributions dans une semblable proportion? Après la guerre, lorsqu'on sut qu'il fallait trouver 10 milliards : 5 milliards de frais de guerre, 5 milliards d'indemnité pour l'Allemagne, ne vit-on pas les personnages les plus considérables, et les plus confiants pourtant, douter de la possibilité de réunir et de trouver ces milliards? N'a-t-on pas vu les meilleurs esprits douter de la possibilité de trouver les impôts absolument nécessaires pour faire face à l'augmentation des charges publiques ? Puis, n'a-t-on pas craint, à chaque instant, des crises politiques et financières? N'a-t-on pas douté de voir jamais le 5 % au pair? Dieu merci, ces craintes et ces doutes étaient exagérés, et si nous rappelons ces souvenirs, c'est que nous semblons tomber maintenant dans l'excès contraire : après avoir poussé la défiance à l'extrême, nous devenons tout à coup vraiment trop confiants. Ne serait-il pas plus sage de modérer un peu €et élan de confiance et d'enthousiasme? Ne serait-il donc pas plus sage de modérer ces sentiments qui nous portent toujours à exagérer le bien et le mal? Un jour, nous disons et nous répétons partout que la France est ruinée : le lendemain, nous faisons étalage de ses forces

ei de ses ressources. Sans doute la France est dans une position incontestablement meilleure qu'au lendemain de la guerre : le pays travaille en paix et ne demande qu'à travailler pour accroître sa richesse et augmenter ses économies. Sans doute, Targent est abondant. Jamais la Banque de France et les établissements de crédit n'ont regorgé à ce point de dépôts. Il existe, en effet, actuellement des capitaux nombreux sans emploi. Est-ce un bien? K>t-ce un mal? Avant de considérer comme un bien cette situation, il faut se demander s'il ne conviendrait pas mieux de voir co<î capitaux employés dans l'industrie, dans le conmierce, dans les affaires, au lieu de rester ainsi inactifs. Il faut rechercher ensuite pourquoi ces capitaux se tiennent ainsi à l'écart, <nussi bien de la Innirse que des affaires?

I importations et les exportations du commères iraiiriiis ont cdusidérabli^ment augmenté : sur ce point encore, il faut se demander si le eonunerçant, en faisant plus daffaires, gagne autant qu'autrefois, alors qu'il travaillait ou produisait moins? Il faut se demander si le commerce et l'industrie, malgré leur continuel développement, sont dans une situation matérielle aussi avantiiir n'avant la guerre? Il faut se demander si,

pour < industries, les bénétlces d'aujourd'hui

compensent l'augmentation des charges, des impôts et l'accroissement du travail.

Félicitons-nous assurément de voir la France remise n ti l'œuvre, pansant ses blessun iratrisant ses

plaies : félicitons-nous du «léveloppiuieiii du conunerce et de l'industrie, et du retour du pays ii une vie normale et régulière : mais devons-nous nous contenter de ces féliciliitions, de cette satisfaction de nous-mêmes? Nous ne le pensons pas. Si, depuis la guerre, de grands et lieureux résultats ont été obtenus, s'il a été beaucoup fait, il reste autant encore h faire, sinon davantage. La France s'est relevée d'elle-même, grâce à sa propnî vitalité, il sa propre énergie. Il ne suffit pas de constater ce relèvement, cette vitalité, celte énergie ; il suffit encore

beaucoup à faiiv.

mi^uesIfbé'raîS ^^^^^ ^^ ^'^^^ réjouir. Co qu'il faut, c'est aider par des sont nécessaires, lois éconoiTiiques et financières libérales, soit en améliorant celles qui existent, soit en en faisant de nouvelles, ces confiantes dispositions du pays et tâcher, s'il est possible, d'obtenir des résultats plus favorables encore.

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