LA QUESTION MONÉTAIRE
Doitron conserver le double étalon ou bien un seul, l'or ? Faut-il démonétiser l'argent au profit de l'or ?
I^ plupart des publicistes ont donné leur avis sur ducubsIo»* collo question qui passionne, en ce moment^ l'opinion. «****•""»•** Pour nous, toute mesure radicale sérail regn»ltable ; nous pensons qu'il faut, en cette matière, agir avec la plus grande réserve et la plus grande prudence. Démonétiser l'argent, c'est, en jetant le trouble dans les esprits, faire pis que le mal lui-même.
Les partisans de cette mesure soutiennent que, par Argomeat» suite de l'exploitation facile de nouvelles mines d'ar- fSJ?***'******" gtnt, nous sommes menacés d'une invasion de ce métal : on nous prendra tout notre or en échange d*un métal qui se déprécie chaque jour et dont la déprécialion menace de s'aggraver. Donc, nous ne devons plus avoir qu'une seule monnaie, l'or ; nous devons, sans hésiter, abandonner et rejeter l'argent.
Il nous paraît facile de répondre à cette argumenta- Réponse radis. lioi).
I/agiliilion et le trouble qui se produisent aujourd'hui ne sont pas chose nouvelle.
Lors de la découverte des mines d'or de la Russie sep- Mémos mr trntrionale, de la Californie et de TAustralie, on soutenait, avec la même énergie, avec la môme conviction, ^"^ '^^ que ces productions d'or devaient entraîner la valeur de ce métal dans une baisse profonde et causer une révolution dans les intérêts économiques et commerciaux du pays.
Kn Angleterre, on se demandait, pour éviter des désastres probables, s'il ne fallait pas abandonner l'étalon d'or pour revenir à l'étalon d'argent.
En France, en présence de la prime de 7 Voo Q^e faisait l'argent *ur Tor, on demandait également la
autn*r< .
is en avant
démonétisation de l'or. On craignait que, sous Fin fluence de l'extraction considérable dont toutes les nouvelles mines d'or étaient devenues le siège, on craignait, disons-nous, une perturbation générale des prix, le dérangement profond de différents intérêts, la modification plus ou moins radicale des différents rapports sociaux.
Qu'est-il advenu de toutes ces craintes? productians Pcu dc tcmps après, on découvrait des mines d'aidè"ro?,'Sôîde gent ; ce métal baissait et l'équilibre se rétablissait facil'argent. lemcnt entre l'or et l'argent. Aujourd'hui, on a décou-
vert des mines argentifères d'une richesse incalculable : l'argent baisse. Mais que demain — l'hypothèse n'est nullement irréalisable — de nouvelles mines d'or soient découvertes, la valeur de l'or baissera sur le marché général.
Ce va-et-vient s'est toujours produit ; il se continuera indéfiniment. Les deux métaux sont, en effet, exposés à l'action de causes quelquefois très énergiques qui modifient profondément le rapport entre l'offre et la demande et tendent, par cela même, à changer la valeur, tantôt de celui-ci, tantôt de celui-là.
On ne voit donc pas de raison — à moins que îa crainte et la peur ne soient des arguments — pour que, systématiquement, un pays qui s'est constamment servi, pour ses échanges, des deux métaux, se mette à répudier l'un des deux et à réserver absolument à l'autre l'attribution monétaire.
Débouchés as- En admettant même une production d'argent dans argen . ^^^ proportious bien plus considérables que celles qu'on prévoit et qu'on annonce, cette production trouverait facilement des débouchés nouveaux et des emplois certains.
Cinq grands En cffct, à l'heurc actuelle, cinq grands pays, la pagonùe cours j^^gsie, l'Autriche, l'Italie, l'Espagne, les Etats-Unis sont au régime du cours forcé et ont une circulation de 13 milliards de francs non convertibles en espèces. Tout récemment encore, le Brésil, l'Uruguay et le
QUESTIONS ÉCX>NOMIQUES : 1876-1880 1 15
Pérou oril dû recourir au cours forcé. La monnaie d'arirent, par le fait même de celte situation, prendra certainement une part de plus en plus grande dans les échanges internationaux. Bientôt, elle se trouvera de pair avec la circulation de ce papier à cours forcé. Quel est le pays qui, au lieu de posséder du papier-monnaie, ne préférera avoir dans ses caisses des espèces sonnantes en argent?
Déjà les Etats-Unis protltent de celte situation. Un J^*^'^^^ projet de loi sur rémission des monnaies d'argent a été soumis au congrès. Il a reçu l'assenlimenl des deux Chambres et n'attend plus, pour ôlre mis en vigueur, que l'approbation du président Grant. Aux termes de celle loi, le papier-monnaie divisionnaire, actuellement en cours aux Etals-Unis, devra, qu'il soit déjà dans les caisses de l'Etat ou qu'il y rentre, ôlre remplacé par des monnaies divisionnaires. Plus de 200 millions de papiermonnaie vont ainsi ôlre i-emplacés par des pièces d'argent ; dans celle opération, le trésor américain bénéflcie tout à la fois e^ de la baisse de l'argent, et de l'économie qui résultera pour lui de la non-fabrication du papier-monnaie, fabrication qui lui coûtait plus de 5 millions par an.
Que cet exemple soit suivi par les autres pays qui emploient le cours forcé, on peut ôlre assuré que la production des mines d'argent ne pourra satisfaire aux demandes. On peut ôlre assuré, dans tous les cas, que, si la dépréciation de l'argent continue, ce mêlai est appelé à remplacer, dans une largr part, le papier-monnaie. Du reste, dans un pays comme le nôtre, où existent de grands établissements financiers comme la Banque de France, le Crédit foncier, la Société générale, le Crédit industriel, le Crédit lyonnais, qui disposent de capitaux considérables, qu'ils peuvent avoir à rembourser du jour au lendemain dans un moment de crise, Texistence d'une monnaie double i une utilité incontestable : celle d'augmenter les garanties contre la suspension des paiements |^ espèces de ces grands établissements
payemént^^^ *^® dc Crédit. Lorsqu'on peul s'acquitter avec deux matières, on est plus assuré d'en trouver ce qu'on veut, que si l'on ne ppuvait p^yer qp'ay.ec. une.
Une tro^ grande abondance d'argent serait-elle un mal? A notre avis, ce serait un grand bien. Gpmme le faisait remarquer récemment M. ,Michel Chevalier, on n'a plus à redouter l'abondance et le bon marché d'une denrée, quelle qu'elle soit : blé, laine, soie ou métal.
Lorsqu'en 1817, le prix du blé s'éleva jusqu'à 13 francs rheclolitrc, il se trouva des {,'ens pour célébrer cette calamité comme un bienfait ci l'on en a vu verser des larmes lorsque, depuis, il est tombé au taux d'une vingtaine de francs, d'où il ne s'écarte guère, fort heureusement. On est revenu de ces aberrations et, pour tout le monde aujourd'hui, l'abondance est une bénédiction du Ciel. Si donc l'argent dcviect abondant, tant mieux pour tout le monde, tant pis seulement pour ceux qui le thésaurisent : ce serait tant pis, par exemple, pour la Banque de France, qui a 50() millions d'argent sur son encaisse métallique totale de 1,700 millions.
Slatu quo nécessaire.
L'expérience, dit-on, a démontré qu'il est impossiblde maintenir un rapport fixe entre les deux métaux précieux dans le système monétaire des Etats. Le point important, en effet, à déterminer, c'est la plus ou moins grande fixité de la valeur de l'un ou de l'autre. A cette objection nous répondrons que c'est là une question de fait : qu'on découvre des mines d'or — et, nous l'avons dit, on vient d'acquérir la certitude de grands gisements aurifères à la Guyane, — on donnera la préférence à l'argent ; qu'on découvre les mines d'argent, on donnera la préférence à l'or. Devons-nous, chaque fois qu'une de ces découvertes se produira, modifier notre système monétaire et préférer tantôt l'or, tantôt l'argent ?
On ne saurait, à notre avis, apporter trop de réserv;' et de prudence dans des questions aussi graves. Mieux vaut ne rien faire, mieux vaut rester dans le statu quo que de risquer de se tromper. Et, pour le moment, il
st préférable de laisser patiemment les événements uiniuuon a, uivre leur cours et de se borner à limiter; momeiita- '^ ^'^^^' iiément, la fabrication des pièces d'argent de 5 francs. C'est là, du reste, ce que propose le gouvernement. Toucher inconsidérément à la monnaie, c'est, dironsnous avec un illustre maître, « toucher à la propriété, lu rapport des fortunes privées les unes avec les autres, lUX obligations réciproques du débiteur et du créan-
Les idées que nous défendons sur la question mono- projci »-onfon«.taire sont conformes aux résolutions proposées par le '*" '*'^***" '^'^ ^'ouvemement. Le projet de loi présenté au Sénat par le ministre des finances, M. I^on Say, nous paraît sage, prudent et, pour le moment, suffisant. Lorsqùe'ce pro^ jot de loi sera discuté, nul dout^» qu'il ne soulève de vifs débats. La question monétaire a îe don de passionner ceux qui s'occupent de finances et d'économie politique. Les partisans du staln qno, du maintien du
• louble étalon, sont nombreux; non moins nombreux -ont les partisans de Tunique étalon d'or. Ces derniers omptent à leur tête M. Michel Chevalier et Téminent tt^onomisle, dans un mémoire des plus remarquables (2), vient d'apporter, dans la discussion, le poids de son (aient, l'autorité qui s'attache à tous ses écrits.
M. Michel Chevalier examine tour à tour lès difîé- ,,^ „»onoinérents termes de la question. Après avoir défini la li^'i '.*.*.?•' .«"• monnaie, il explique ce que c'est que le simple et le double étalon : jiuis, prenant la défense de l'étaldh d'or contre ceux qui préconisent les»deux étalons d'or et d'argent, il fait l'historique cohiplet — un véritable cours de législation — des différentes lois monétaires
• lisculées ou adoptées en France depuis 1789. n examine les révolutions successives qui se sont prodtiilés dans le rapport des deux métaux à la suite des découvertes.
1> MiclicI Chevalier, de la Monnaie^ page 1IM>.
[i^ Mirhel (Ihevalior, le Sytléme monétaire. — L« simple et le ilouble étalon. A
Thèse brillante.
Deslinoos de la monnaie.
Rapport fi.ve (les deux métaux.
Théorie et pratique.
tantôt de mines d'or, tantôt de mines d'argent. Puis, revenant aux arguments et aux propositions des défenseurs du double étalon, il discute, point par point, chacun de ces arguments et conclut en faveur du simple étalon.
Il est impossible, dans des questions aussi arides, d'être plus précis, plus net, plus clair. En lisant le travail de M. Michel GhevaUer on est entraîné par son argumentation rapide et brillante ; il est impossible d'apporter, dans la défense d'une cause, plus de talent, plus de vigueur, plus de conviction ; c'est une véritable séduction qui fascine et captive le lecteur. Les défenseurs de l'étalon d'or ne pouvaient avoir un meilleur champion et, nous le disons sans crainte d'être démenti, si M. Michel Chevalier ne rallie pas tout le monde à la cause qu'il défend si brillamment, il y a cependant deux points qu'il a mis en pleine lumière, hors de discussion, et qui sont, à notre avis, irréfutables : d'une part, les destinées de la monnaie, destinées bien précaires en présence des variations nombreuses qui se produiront dans la production des deux métaux ; d'autre part, le rapport arbitraire de 1 gramme à 15 grammes 1/2 entre l'or et l'argent dans le double étalon et qui peut devenir une cause d'embarras, de pertes et de diffîcultés dans l'avenir. Au point de vue théorique, M. Michel Chevalier a raison ; mais, dans la situation présente, dans la pratique, les faits se dresseraient contre ses théories. Supposons, en effet, l'argent écarté de la circulation. Par quoi le remplacer ? Par de l'or. Mais, où le trouver, où le demander? Si l'argent était, de par une loi, écartéde la circulation, il subirait une baisse autrement considérable que celle qu'il éprouve aujourd'hui, sous l'influence surtout des discussions auxquelles on se livre, et, d'un autre côté, l'or éprouverait un vif mouvement de hausse par suite des demandes dont il serait l'objet. Les Banques d'Angleterre et d'Allemagne, dont les réserves sont en or, fermeraient immédiatement leurs guichets. Dans les pays où le système monétaire est
basé sur la circulation des billets de banque, qui, à leur aduci^re **'*'" tour, sont garantis par un dépôt proportionnel d'or et .^îîîïîffj*^"'^ d'argent, c'est la réunion des deux métaux qui a permis rémission d'une si grande masse de papiermonnaie. Otez un des facteurs de la circulation des billets, par quoi le remplacerez-vous? Comment pourrezvous remédier au trouble que produirait une semblable mesure? Et les pays qui ont encore le cours forcé, comment pourraient-ils jamais reprendre leurs paiements en espèces s'ils se trouvaient en présence de Tor seul? [^s besoins d'or seraient tellement grands qu'il s'ensuivrait une hausse considérable de ce métal sur les marchés. Nous aurions donc, d'une part, l'argent, d'autant plus avili qu'il serait plus discrédité ; d'autre part, l'or, d'autant plus cher qu'il serait plus recherché. Avant de démonétiser l'argent, il faudrait, ce nous semble, démontrer que l'abondance de l'or est telle «ju'elle peut suppléer au vide qui se produirait à la suite
• le la démonétisation de l'argent. Que cette démonstralion soit faite, nous n'hésitons pas à déclarer que tout le monde sera partisan de l'étalon d'or. Jusque-là, il convient d'agir avec prudence et circonspection et de cin»n»pociJ. s'en tenir aux propositions présentées par M. Léon Say
• lans le projet de loi soumis au Sénat. Adoptons des mesures de précaution, rien de mieux : mais qu'on se -raixie de mesures trop radicales. La démonétisation de l'argent augmenterait les embarras de la situation : le bien que cette mesure pourrait peutrétre procurer, dans l'avenir, ne compenserait pas le mal qu'elle créerait dans le présent.
à conitervcr.
LA CONVERSION DU 5 o/„
Probabilités (le L^ conversioii du 5 % nous paraît prochaine.
conversion. /^ r- r-
De toutes parts, en effet, l'argent abonde et ne sait où trouver un emploi sûr et avantageux. Les institutions de crédit paient à peine 1/2 % ou 3/4 % à leui\< comptes de dépôts ; les bons du Trésor sont recherchés môme à 1/2 et 1 % ; les premièros signatures trouvent preneurs à 1 %. Il est assurément certain que, si l'Etat voulait emprunter aujourd'hui, il trouverait facilement à 4, 4 1/2, 5 % au plus cher, tout l'argent qu'il désirerait. Les anciennes obligations de la ville de Paris rapportent moins de 3 % ; les obligations nouvelles ne donnent pas 4 %. Le moment paraît donc particulièrement favorable pour réaliser cette opération.
ceurcïnverlio'!r Dans qucllcs couditions s'effectuera cette conversi(jii ?
Cette conversion se fera-t-elle en 4 1/2 ou en 3 % ?
Quels avantages procurera-t-elle à l'Etat ?
Quels avantages le public pourra-t-il en retirer ?
Quelle^ sont les mesures à prendre, aussi bien par l'Etat que par le capitaliste, en prévision de la conversion ?
La grande quantité de rentes à convertir est-elle une difficulté insurmontable ?
Doit-on procéder par séries ?
Telles sont les questions que nous allons examiner.
Détail de la La dette consolidée, représentée par des titres de
dette consolidée. ^ ,
rentes cotés et se négociant à la bourse, se divise ainsi qu'il suit :
francs.
Renie 5 % 346.001.605
Rente 4 1/2 <\; 37.450.476
Rente 4 ^, 446.096
Rente 3 ^o 354.100.689
Total 746.998.886
Tel est le montant des arrérages que TEtal doit payer annuellement. Ce qui frappe tout d'abord dans ce relevé, c'est la faible quantité existante de rentes 4 1/2 et 4 %, et la proportion presque égale des rentes 5 % et 3 %.
Les rentes 5 % exigent annuellement 346,001,605 fr. d'intérêts à payer.
Ces rentes, il est à peine besoin de le rappeler, proviennent de l'emprunt de 2 milliards effectué en vertu de la loi du 20 juin 1871, et de l'emprunt de 3 milliards réalisé en conséquence de celle du 15 juillet 1872.
fr e.
Lo produit hnit de l'emprani de i milliards fut d« i.SiS.994.045 00 Le produit brut do Pempruot de 3 oiilliardt. de. . . 3. m. 144.638 00
Toiii r,.1J4 ISH.tJHI 00
Dont il faut dfduire :
Frais de l'empruiu de S mil- tt. e. \
liards 83.6"!. 103 "8 /
Frais de l'empront de 3 mil- i
liards.. ^(.739.343 34)
itn.410.530 7i
Produit net des deux empruiiU 5..S57.32f(.l44 i8
Les arrérages annuels inscrits au budget pour le service de ces deux emprunts s'élèvent :
Pour l'empruot de i milliards h 1 134.008.730 00
Pour celui de 3 milliards à SÛ1.09M.31U 00
Il ressort de ces chiffres que : pour l'emprunt de lkui a eœpnin- 2 milliards, l'Etat a emprunté à 6.29 ^o ; pour l'emprunt '^ *** *' ^ '*"• de 3 milliards, l'Etat a emprunté à 6.07 %. Le taux auquel, pour les deux emprunts réunis, ressort le produit net est de f^.17 \''3 ^";.
(1) Non compris une somme do 4.0ti6.6(>5 francs pour arrérages de rentes souscrites par les porteurs de livrets des caisses d'épargne.
Or, il est bien évident, aujourd'hui, que le crédit de TEtat s'est amélioré d'une façon sensible et qu'il pourrait emprunter à des conditions moins onéreuses qu'en 1871 et 1872.
En effet :
le 3 % est à 70 francs ; il rapporte 3 francs soit 4.28 %. le 4 1/2 % est à 100 francs ; il rapporte 4 fr. 50 soit 4.50 %. le 5 % est à 106 francs ; il rapporte 5 francs soit 4.71 %.
Le taux moyen du revenu des rentes à 3, 4 1/2 et 5 % Il pourrait gst douc compris entre 4.28 % et 4.71 %, soit à 1/2 ceni }i %■ time près, 4 1/2 %.
C'est donc assurément à ce taux que l'Etat pourrait emprunter, s'il le jugeait convenable ; et, en présence de l'abondance dos capitaux, de l'extrême bon marché de l'argent, nul doute que ses emprunts ne soient largement couverts.
Entre le taux de 6.175 %, prix auquel j'Etat a emprunté en 1871 et 1872, et celui de 4 1/2 %, auquel son crédit est coté par le cours moyen de ses rentes, et auquel aussi il pourrait trouver tout l'argent nécessaire, il existe donc un écart de 1 fr. 67 %.
Cet écart représente exactement l'amélioration du crédit de l'Etat depuis ses deux grands emprunts de 1871 et 1872.
Dans des circonstances difficiles, l'Etat a emprunté
Les circonstances sont tout autres : l'ai^gent est devenu abondant ; le crédit de l'Etat s'est raffermi. Et maintenant il peut emprunter à 4 1/2 %. La conversion L'Etat doit-il continucr à servir un intérêt de 6.175 %,
s'impose.
quand il peut se procurer de l'argent à 1.67 % meilleur marché ? Evidemment, non.
Il n'a que deux choses à faire : emprunter à 4 1/2 % pour rembourser ses premiers prêteurs à 6.175 % ; rembourser au pair de 100 francs le montant de ces emprunts ou réduire l'intérêt primitivement servi.
L'idée de la conversion des rentes s'impose, on le voit, d'elle-même à l'esprit des gouvernants.
Quel que soit le système adopté pour réaliser la conversion, la ba«e môme de celle-ci sera, dans tous les cas, la réduction de 1 1/2 % dans Tintérêt payé aux porteurs de rentes 5 %, et conséquemment, économie pour TËlat de 34,600,160 fr. 50 de rentes annuelles à payer.
Qu'on offre aux porteurs de rentes 5 %, 4 fr. 50 de rentes 4 1/2 % ; ou 4 fr. 50 de renies 3 % contre 5 francs de rentes 5 % ; qu'on leur donne, moyennant le paiement d'une soulte, le même revenu que celui qu'ils avaient précédemment, le résultat flnal, pour l'Etat, sera toujours le môme :
Economie dans les rentes annuelles à payer, ou bien, môme chiffre de rentes à payer par an, mais disponibilité de capitaux considérables obtenus par la réalisation immédiate, ou par le versement d'une soulte, des 34 millions 600,160 fr. 50 de rentes économisées. Dans ce dernier cas, le procédé adopté pour r«MMpiiint Nfonran pourrait ôtre encore mis en pratique.
Économie pour rÉUt : 35 millions.
i% k éeartor.
La conversion de la ronto 5 % se fera-t-elle on V en 4 1/2 ou en 3 % ?
Nous écartons complètement l'idée de la conversion en 4 %. Cette catégorie de rentes est, en effet, presque inconnue à la Bourse et n'y donne lieu à aucune négociation. En ce qui concerne les rentes 4 1/2 et 3 %, les opinions sont partagées et les arguments ne manquent pas pour défendre ces deux modes de conversion.
Pour que la conversion du 5 % en 4 1/2 pût aboutir, il faudrait, à notre avis, que les cours, du 4 1/2 fussent à iiir^~ la hauteur de ceux cotés sur le 5 %, et que, d après les ic« réaliser, cours de la bourse, 4 fr. 50 de rentes 4 1/2 valussent autant que 5 francs de rentes 5 %. En un mot, il serait nécessaire que la rente 4 1/2, remise en échange du 5 %, représentât au moins une somme égale à celle que pro-
4 % %. Condilon» nécft-
duirait la vente de la rente 5 %. En ce moment, le 5 "u est à i06 francs. Supposons que, au moment de la conversion, ce soit là le cours coté. En échange d'un titre de 5 francs de 5 %, l'Etat remettrait un titre de 4 fr. 50 de rentes 4 1/2. A 106 frans, 5 troncs le rentes 5 % représentent un capital de 106 francs.
A quel cours faudrait-il que le 4 1/2 fût coté pour Uùvc produire un capital de 106 francs à une rente de 4 fr. 50? Egalement à 106 francs.
Ces seuls cours indiquent combien serait grande lu difficulté pour le Trésor de faire échanger un titre de rente au-dessus du pair, contre un autre titre de rent-e également au-dessus du pair ; ajoutons qu'avec la rente 4 1/2 %, il serait impossible d'obtenir une soulte ainsi qu'on pourrait le faire en employant la retite 3 %. Enfin, le rentier qui, en échange de 5 francs de l'entes 5'% cotés 106 francs, recevrait seulement 4 fr. 50 de rentes 4 l/S, cotés 106 francs, — en admettant que l'obtention de ce cours fût possible, — craindrait, non sans quelque itiison, d'être exposé plus tard à une nouvelle conversion. En 1852, on garantissait le 4 1/2 contre toute conversion pendant dix années. Ces dix années étaient à peinc^ écoulées qu'en 1862, une conversion du 4 1/2 avait lieu en 3 %. ' '
Avec ces craintes continues de cohvèrsion, le rentier ne verrait aucune chance de hausse pour son titre 'et, dès lors, l'opération que voudrait faire le Trésor risquerait fort d'être compromise. Or, quand il s'agit d'Une opération se chiffrant par milliards, on n'a pas le d'roil de laisser une part à l'imprévu, au hasard. On ne doit proposer et faire la conversion qu'autant qu'on cet sîû'r qu'elle réussira. ïl ne faut, en un mot, tenter cette oj^ération qu'en ayant toutes les chances de succès et dn ne laissant au hasard que ce qui, dans toutes les affaires humaines, ne peut être ni prévu ni évité. ' '
Il faudrait donc que le 4 1/2 % fût au moins à 106 fr., pour qu'un détenteur de 5 francs de rentes 5 % à 106 francs se décidât à échanger ses 5 francs de rentes
contre 4 fr. 50 de 4 1/2 %. Le 4 1/2 % est actuellement à 100 francs, en tenant compte du prochain coupon qui va Olre détaché. On devrait provoquer ou attendre une hausse de 6 unités pour tenter cette opération. Signaler ces chiffres, c'est indiquer de suite les inconvénient^ du système proposé par ceux qui voudraient voir 1m conversion du 5 % s'effectuer en 4 1/2 %.
En adoptant le type de rente 3 %, ces inconvénients ugwu* **•**■*" disparaissent. Il nous sera facile de le prouver en choisissant, pour exemple, les mêmes chiffres que ceux que nous avons pris pour la renie 4 1/2.
Supposons également qu'au mçment de la conversion, la rente 5 % soit à 106 francs, et que la conversion en rentes 3 % soit décidée, c'est-à-dire que, en échange d'un titre de 5 francs de rentes, le Trésor doive remettre un titre de 4 fr. 50 de rentes 3 %. Pour faire réussir l'opération, il suffirait de conduire le 3 % au cours de 72 francs, ou bien de le maintenir au prix de 70 franc», en faisant Héchir le 5 % à 104.
En effet, h 72 francs, 4 fp. 50 de rentes 3 % représenteraient un capital de 108 francs, tandis qu'à 106 francs, 5 francs de 5 % repré?enfenl c^Mil^Miieiil un eapital de iOO francs.
Si, au contraire, le 5 % était colé seulement 104 francs au moment de la conversion et que le 3 % fût maintenu à 70 francs, la conversion serait encore réalisable.
T) francs de 5 % à 104 francs représentent iO'à francs, tandis que 4 fr. 50 de 3 % 4 "^Ô francs représentent 105 francs. Qui donc refuserait d^effecluer la conversion, <i, au moment où elle était proposée, le 5 % était à lui ou 106 francs» et le 3 % à 70 ou 72 francs ?
Personne : car le capital produit par la vente de 5 francs de rentes serait moins élevé que celui des 'i fr. 50 de rentes 3 % remis en échange. De plus, le 3 % aurait encore devant lui des éléments nombreux de hausse. Le public se rappellerait que le 3 % se négociait h 75 francs avant la guerre, que précédemment et
% et 3 % irs comparés.
pendant longtemps son cours normal a oscillé entre 75 et 80 francs.
Il n'est pas inutile de rappeler, en effet, les cours du 3 % aux diverses époques auxquelles les cours du 5 % ont approché, atteint, ou dépassé le niveau actuel.. Le tableau suivant offre à ce point de vue quelque Intérêt :