L'ENQUÊTE UTILE
La Chambre des députés a décidé, en inaugurant ses inoenqu^,^
1 j*- ,, ^ .... poUUque.
travaux, de faire procéder à une enquête minutieuse sur les actes administratifs qui se sont produits pendant la période électorale.
Cette mesure est-elle utile? on peut le contester, car Mesure conics-
l'intérêt général n'y gagnera certainement rien et la
nomique neces
saire ,
Iraire
marche et le progrès des affaires n'en seront pas modi- Eïïquête éco- flés dans un sens favorable. C'est une tout autre enquête que nous voudrions voir ouvrir et, avec nous, tout ce qui travaille en France, enquête autrement utile, autrement nécessaire, enquête unanimement réclamée, enquête portant sur les questions les plus diverses, les plus complexes et les plus délicates. Cette enquête éclairerait tous les points restés obscurs ou douteux des grands problèmes de la solution desquels dépend la. prospérité de la nation ; problèmes nombreux, d'une égale portée et présentant chacun un caractère, d'urgence incontestable.
Marin.> mar- 11 est blcu ceitain, par exemple, que la prospérité de notre marine marchande intéresse au plus haut point l'avenir du commerce d'exportation et d'importation qui s'effectue par nos frontières maritimes. C'est une industrie considérable qui en alimente une foule d'autres. Partout, sur nos côtes, elle languit et décline graduellement. Nous n'avons plus pour l'alimenter les vastes établissements coloniaux que nous possédions autrefois. Nous n'avons plus le Canada, nous n'avons plus la Louisiane, nous n'avons plus Saint-Domingue, ni nos possessions dans ces Indes, que jadis nous disputions à l'Angleterre. Nous n'avons plus ces puissantes et prospères colonies, dont aujourd'hui la production suffirait à entretenir l'activité d'une marine nombreuse. Nous nous préoccupons peu de ce que nous avons gagné en territoire colonial et nous ignorons presque complètement ce que nous avons perdu depuis un siècle.
Dépourvue de ces éléments d'actioai, notre marine marchande appelle d'énergiques encouragements. Elle réclame un outillage nouveau, des ports plus nombreux, des quais mieux aménagés, des facilités plus grandes. Parmi les marines des autres nations, elle n'occupe que le sixième rang, place indigne d'un grand pays qui possède une si vaste étendue de côtes et de grandes villes maritimes, si admirablement situées sur l'Océan et sur la Méditerranée.
Sur les besoins généraux de notre marine, sur ses besoins de détail, sur les réformes fiscales qu'elle réclame, une grande et minutieuse enquête peut seule , nous éclairer ; les résultats d'une investigation de cette nature intéressent et notre commerce et notre industrie H notre agriculture.
Au point de vue du développement dés voies ferrées, ^^chcmins de la France n'occupe encore que le sixième rang entre les nations. Ses grandes compagnies seules sont prospères. Ses compagnies secondaires agonisent et se ruinent. Ses lignes d'intérêt local ne se développent plus. Il y a là slagrtation complète, tandis que les autres nations prognîssent toujours.
ï^'s grands réseaux appellent encore bien des voies complémentaires ; le réseau local à exécuter mesure près de 4,000 lieues d'étendue. Pour combler ces vastes lacunes, il faudra compter et sur l'initiative de l'industrie et sur le concours de l'Etal, des départements et des villes.
Mais comment de si vastes travaux pourront-ils s exécuter ? Dans quel délai devront-ils être achevés ? Auxquels donnera-l-on la priorité ? Quels sont les plus urgents pour l'avenir de nos ports, de notre marine, de notre production industrielle et commerciale î C'est ce (|U(', seule, une grande enquête peut nous apprendre : «'iiquête nécessaire qui démontrera enfin, avec évidence, (jue le pays recouvre avec usure toutes les dépenses consacrées aux grands travaux d'utilité publique. Elle démontrera que les emprunts ne ruinent pas les villes qui emploient les ressources ainsi obtenues en grands travaux d'édilité. Elle démontrera encore que l'Etat, en compensation des avances faites par lui aux compagnies de chemins de fer, réalise de ce chef, en recettes diverses ou en économies effectives, un produit de 170 millions de francs. *
Le système de nos voies navigables ne réclame-t-il pa.s voies «avig»de promptes et larges améliorations ? Ne reconnait-on **
131 FINANCES CONTEMPOKAINKS
ni vi ères Cl pas la nécessité d'effectuer de grands travaux sur le
cailloux. ^ ^
cours de nos fleuves et de nos rivières et sur la presque , totalité de nos canaux ? Transformations urgentes dans un pays aussi étendu que le nôtre et qui doit utiliser avec grand profit un moyen de transpo-rt peu coûteux, très favorable à toutes les marchandises et denrées offrant beaucoup de volume et peu susceptibles de cléivrioration.
Sur les rivières, sur les fleuves, c'est le lit quil faut creuser, les eaux qu'il faut rendre plus profondes en multipliant les barrages ; les quais et les ports qu'il faut créer ou transformer.
Nos canaux, dont la construction présente de si étranges disparates, dont le système offre de si vastes lacunes, doivent être complétés, unifiés. Il importe de les transformer de telle sorte que les bateaux d'un même tirant d'eau puissent y naviguer facilement, sans ffue la différence de profondeur ou de largeur entraîne (U's transbordements longs et coûteux.
L'enquête que nous désirons nous apprendrait dans quelle mesure ces réformes seraient possibles, avec quelle rapidité elles pourraient être effectuées et quels sacrifices elles entraîneraient.
Régime des Cette cuquête porterait aussi sur le régime général des eaux, qui intéresse à un si haut point notre agriculture. On saurait enfin ce qu'il convient de faire pour développer les canaux d'irrigation et par quels aménagements, ou par quelles précautions on parviendrait à conjurer les désastres presque périodiques que causent les inondations.
eaux.
échaîiç'es.
J^Jberté des Ainsi armée et outillée pour lutter sans trop d'inégalité avec les nations rivales, la France pourrait sans doute pratiquer enfin la liberté absolue des échanges. Dès à présent elle peut et doit déjà s'efforcer de donner une plus large extension aux principes consacrés par les réformes économiques de 1860. L'exécution énergique, mais cependant prudente et sage de ces réformes.
a certainement accru la richesse de la France, imprimé à son industrie et à son commerce une activité, un essor, que ni les conséquences de la guerre étrangère, ni celles de nos luttes intestines n'ont pu arrêter, l'.etto transformation économique, qui sera Téternel honneur des hommes qui y ont attaché leur nom, a ouvert la voie en dehors de laquelle la nation ne pourrait que s'égarer pour revenir ensuite en arrière. Si rapidement qu'elle ait été accomplie, les événements ont montré combien cette œuvre était solide, durable et féconde. Elle a résisté à toutes les guerres européennes, à toutes les tempêtes politiques, à toutes les crises financières.
Une grande enquête économique nous apprendra jusqu'à quelles justes limites il convient d'étendre l'esprit de la réforme de 1860, en tenant compte de la situation de nos industries et des charges qui pèsent sur elles, et de la réciprocité sur laquelle nous sommes en droit de compter.
extension d»
la réforme de l«0.
Cette enquête enfin nous apprendrait quels sont ceux do nos impôts qui grèvent le plus le commerce, la production industrielle et rindu:;trie des transports. Elle nous désignerait les taxes qu'il convient 'de réduire ou d'abolir dans le plus bref délai ; elle nous ferait prévoir quels résultats ces réductions ou suppressions auraient sur la consommation, sur les recettes du Trésor public, sur le bien-être général.
Sur celle question des impôts, la nécessité et la facilité de dégrèvements n'ont pas trouvé un seul contradicteur. La Chambre des députés, le Sénat, M. Léon Say, M. Gambetla, M. Caillaux, ont tour à tour reconnu qu'il fallait absolument alléger le lourd fardeau de taxes qui pèse sur le commerce et l'industrie. Qu'atteml-on ?
Telle serait l'enquête vraiment utile, la seule que nous voudrions voir ouvrir et se poursuivre dans le pays. Certes celle-là ne causerait ni appréhensions, ni troubles, ni agitations. Pendant qu'elle s'effectuera il, on ne se demanderait pas si les faits qu'elle constaterait
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grevant le oomnieroe et l'indastrio.
bégrvveinents t effectuer.
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Les intérêts du pays commandent cette enquête.
pourraient être invoqués pour renverser un ministère, un chef d'Etat ou un gouvernement tout entier. On se réjouirait de voir les élus de la nation rechercher curieusement les causes de sa misère et de sa richesse, afm d'atténuer l'une et de développer l'autre ; et chacun, encouragé par l'exemple d'un si noble zèle, oublierait nos divisions politiques pour reprendre avec plus d'ardeur que jamais l'œuvre de reconstitution économique et sociale.
Des deux enquêtes, l'une purement politique, l'autre purement financière et économique, quelle est celle dont les résultats seraient les plus avantageux pour le pays ? Avons-nous besoin de répondre à cette question ? Nous craignons- bien malheureusement que la Chambre des députés ne se préoccupe avant tout que de la politique pure au détriment de la vraie politique, celle des affaires, et que pendant longtemps encore les commerçants, les industriels, les contribuables ne pâtissent des dissentiments politiques de ceux dont le premier devoir serait de faire les affaires du pays.