‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 32 sur 229 · UN PROGRAMME ÉCONOMIQUE · texte numérisé non relu

UN PROGRAMME ÉCONOMIQUE

On s'accorde généralement à attribuer la stagnation J^^"^ •*" prolongée des affaires tant aux inquiétudes causées par la politique extérieure, qu'aux vaines émotions de la politique intérieure. Il n'est pas douteux, en effet, que les craintes de guerre ont exercé une influence fâcheuse sur notre mouvement commercial. Il est vrai, pjjîj'ui.j*"^"'* 'malheureusement aussi, que nos bruyantes discussions i>artidie. ' parlementaires, les questions irritantes soulevées au sein de nos Chambres, les crises ministérielles répétées, les agitations électorales, ont contribué à arrêter l'essor de notre activité industrielle, commerciale et financière.

Ce serait singulièrement s'abuser cependant de croire mcer u lu-

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que ce soient la les seules causes du marasme dans ques, cauiw i

lequel on languit depuis plus d'un an. Sans doute les ''^'^ incertitudes politiques ont rendu les esprits circonspects à l'excès et les capitaux craintifs ; mais, qu'on en soit bien convaincu, les incertitudes de notre régime financier, de notre régime économique ont été et sont actuellement pour beaucoup dans cette situation fûcheuse qui menace de se prolonger.

Ce n'est pas tout pour un pays tel que le nôtre, qui travaille, commerce, navigue et laboure, de savoir si la paix est plus ou moins compromise, si ses représentants s'accordent plus ou moins ; il faut aussi qu'il sache où on le mène au point de vue industriel, commercial et financier, si son travail est encouragé et protégé ; Si on songe à ses véritables intérêts et de quelle façon l'on y songe. Le pays veut savoir comment on entend administrer ses flnances, ordonner ses voies de communication, régler ses rapports avec les pays étrangers.

Nécessité (l'iMi profrranime d'allaires.

Uuel prograin 1110 financier ?

Uuel programme de travaux ?

Quoi programme commercial ?

Ce ne sont assurément pas les programmes politiques qui ont manqué en France depuis quelqu(\s années ; on sait du reste ce que veut, ce que demande, ce que poursuit tel ou tel parti, tel ou tel groupe, toi ou tel candidat. Ce qui depuis longtemps fait absolument défaut, c'est un programme d'affaires.

Sait-on quel est le programme du ministre des finances ; connait-on son plan d'ensemble, ses projets dt^ réformes ? Croit-on même qu'il en ait un? Non. L'ère des emprunts est-elle fermée? L'émission des bons du Trésor se poursuivra-t-elle toujours dans les mêmes proportions? La conversion se fora-t-elle ? La vout-on quand on nie qu'elle soit prochaine ? Ne la veut-on pas (LHand on laisse dire qu'elle est imminente ? ■ Sait-on quel est le programme du ministre des travaux publics ? En a-t-il un ? L'a-t-il exposé, ou même l'a-t-il laissé deviner ? A-t-il dévoilé ses idées en matière de chemins de fer ? Connaît-on sa pensée sur le monopole, sur les grandes compagnies, sur les petites lignes, sur les tarifs, sur les questions si graves, si diverses, si complexes qu'il a le devoir d'étudier et de s'efforcer de résoudre ?

Sait-on enfm, et c'est là, en ce moment, la question capitale, impérieuse, brûlante, sait-on ce qu'en matière de douanes, pense notre ministre du commerce? Sait-on dans quel esprit il négocie les bases d'un nouveau traité de commerce ? Sait-on s'il veut aller en avant, rester sur place, ou revenir en arrière ? Va-t-il favoriser les protectionnistes, maintenir tous les anciens droits, ou consacrer largement les grands principes de la liberté commerciale ?

C'est un signe bien inquiétant, disons-le, que le doute puisse encore planer sur une question de cette importance et qu'on ait à craindre de voir compromettre, amoindrir, anéantir l'œuvre de 1860.

Il est déplorable aussi de voir comment on a mené cette grande affaire. Le premier soin qu'on eût dû avoir, ce nous semble, était de s'entourer des conseils les plus

autorisés^ les plus sages, les plus spéciaux surtout. Ou devait s'adresser à ceux-là mômes qui avaient conçu, préparé, exécuté les magnifiques et heureuses réformes de 18GU. A-t-on consulté les lloulier, les Michel Chevalier, eux qui ont créé notre système économique actuel, les a-ton fait entrer dans les commissions, les a-t-on appelés à donner leur avis sur la marche qu'on devait imprimer aux négociations avec TAngleterre ? En aucune façon. Ce sont eux seuls, cependant, qui savent, eux seuls de qui Ton peut apprendre. Mais on ne voit pas qu'on veuille s'éclairer, se fixer une ligne de conduite, agir d'après un principe arrêté, suivre un plan bien conçu, bien dressé, sagement mûri. On va entanici les négociations les plus graves sans rien préparer, sans rien prévoir, sans rien savoir.

Eh bien, c'est en voulant éviter ce danger de se déclarer ou protectionniste ou libre-échangiste, c'est en voulant éviter de contrarier quoique parti ou quelques personnes, c'est en voulant échapper à toutes les responsabilités, qu'on assume sur soi la plus grave de toutes : celle d'avoir livré au hasard l'existence de nos plus précieuses institutions et ilésorté la cause des plus grands intérêts du pays.

Qu'on ne croie pas qu'un esprit d'hostilité — qui est indécision rebien loin de nous — inspire nos paroles. Los amis du SuiKS!® **" "*'" Cabinet actuel (nous parlons de ses sages amis bien entendu) ne lui épargnent pas la vérité. Ils rogrottont avec nous ot comme nous l'indécision du ministère, l'incertitude qui plane sur sa pensée,- sur ses tendances, sur les idées qui peuvent prévaloir dans les négociations. Ils n'y trouvent rien de précis, rien de consolant, rien de fortifiant.

11 ost impossible d*ima|nner un document plus incolore, plus vulgaire, plus routinier que Texposé des motifs qui précède le projet de loi sur le nouveau tarif général des douanes. C'est une upuvre d'une médiocrité honnête où l'on ne voit que de petits desseins, aucune idée d'ensemble.

Qui parle ainsi ? M. Paul Leroy-Beaulieu. Et il ajoute

ces mots qui nous serviront de conclusion :

Le traité de commerce de 1860 n'est plus à justilicr : ce n'est pas aprèsdix-sept années d'une prospérité inouïe, dont la catastrophe la plus effro} able du xix* siècle a pu a peine arréler le développcmeiit, ce n'est pas après ce grand laps de temps qu'on peut retourner en arrière. Aussi l'opinion publique en France et encore moins en Europe, ne comprendraitelle pas qu'un seul des droits inscrits au traité de 1860 fût relevé.

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