M. MAGNE
M. Pierre Magne vient de mourir. Celte mort laisse un vide difficile à combler dans la politique, dans le parlement et dans radministralion ; elle affecte vivement aussi tous ceux auxquels il fut donné d'approcher cet homme éminent, dont le caractère inspirait autant de sympathie (|ue d'estime et dont la bienveillance n'avait d'égale que la bonté. M. Magne fut un esprit à la fois libéral, énergique et aimable.
Nous ne retracerons pas ici sa longue et laborieuse carrière : sa vie fut tout entière consacrée au pays. La légitime ambition qu'il eut toujours de le servir avec honneur ne coûta rien à sa dignité. Lorsque aux débuts du second empire, la confiscation des biens de la famille (TOrh ruis fut décidée, M. Magne crut devoir protester
révision
contre cet acte en sortant d'un ministère dans lequel il venait d'entrer un mois auparavant. Cette résistance honorable le grandit en considération. Il rentra bientôt aux affaires oii il apportait de rares et précieuses qualités : une grande puissance de travail, une étonnante faculté d'assimilation. Ce qui frappait surtout en lui, c'était l'extrême lucidité de son intelligence. Ce fut là aussi la qualité caractéristique de son éloquence. Nul comme lui, sauf peut-être M. Thiers avec lequel il eut plus d'un point d'affmité, ne savait éclairer une question de fmances, l'expliquer, la simplifier jusqu'au point de la rendre facilement compréhensible aux esprits les plus rebelles à ces matières. Dans les discussions économiques et financières qui vont s'ouvrir bientôt, on comprendra sans doute toute l'étendue de la perte que l'on vient de faire et l'on regrettera de n'avoir plus pour guide ce grand talent appuyé sur l'expérience, le bon sens et la raison.