LE MILLIARD DE LA BANQUE
La grève du milliard.
L'encaisse métalhque de la Banque de France a aujourd'hui dépassé le chiffre de 1 milliard ; la Banque de France a, dans ses caves, 1 milliard 6 millions d'espèces métalliques, or ou argent.
Ce fut le 12 décembre 1867 que, pour la première fois, l'encaisse de la Banque atteignit 1 milliard 1 million.
(( La grève du milliard, disait-on à cette époque, est l'indice du ralentissement des affaires et du commerce *. c'est le signe évident d'une inquiétude et d'une défiance générales. » Jamais cependant, le commerce n'avait été plus actif, les affaires plus suivies. L'escompte, pendant toute l'année 1867, fut, en moyenne, fixé à 2,71 % ; la rente 3 % variait de 68 fr. 25 au plus bas, à 69 fr. 90 au plus haut. Et cependant, tous les journaux, tous les hommes pohtiques de l'opposition, prenaient pour thème favori de leurs articles, de leurs discours, de leurs critiques, ce mot que la foule ne comprenait guère,
(^LESTIONS ÉCONOMIQUES: 1«2-1875 17
>. V ... . ...idait seulement comme un signe de défiance
[ d'inquiétude : « la grève du milliard ! » Plus lard, le 9 juin 1870, un mois avant la déclaration •> guerre, rencaisse de la Banque était de 1 milliard Il millions : le 3 % variait de 72 fr. 25 ù 74 fr. 80 : Far- J-^ •ni abondait. La guerre éclate : le lî juillet 1870 Ten- le u jiiiiiêi'wâ lisse n'est plu^ que de 1 milliard 2iO millions ; après •>s premiers revers, il tomt)e, le 11 août 1870, à 1 milird 29 millions et le 8 septembre, à 808 millions. Après la guerre et la Commune, nous trouvons l'enlisse de la Banque, le 29 juin 1871, réduit à 550 mil- . DjapmuupiM •ns, en présence d'une circulation de 2 milliards 13 millions de billels ; c'est-à-dire que, pour 400 francs !•• billcUs de Banque qui se troiivaienl en circulation, ( Banque avait seulement 100 francs d'espèces en lisse. A cette môme époque, la rente 3 % oscillait do I fr. KS à 53 fr. 80 ; le 5 % variait de 83 à 85 fr. 25. Que se passa-t-il alors î Les mêmes esprits qui s'inquiélaienl quelques mois auparavant de « Taccumulaiion des capitaux inactifs », do la « grève du milliard «> pour nous servir des termes consacrés, ne s'occupèrent plus du tout de l'encaisse métallique de la Banque, ni de Il proportion qui pouvait exister entre l'encaisse et la irculation, ni des moyens utiles, nécessaires et pra- '|ues pour faire cesser l'énorme disproportion qui \istait : ils ne songèrent plus qu'aux moyens légaux itiu'menler la circulation des billets pour la porter de milliards 400 millions ù 2 milli.inls 800 millions, puis 3 milliards 200 millions.
Lu Banque de France, — ce n'est pas là un de ses goSuîî"''* *** "loiiidrcs litres à la reconnfiissancc du pays — sut «*«»•• méuur
sister à tous les entraînements, à tous les conseils -le ceux qui jetaient le cri d'alarme quand l'encaisse l»' la Banque était élevé et qui s'effrayaient encore quand ce môme encaisse diminuait. Elle s'inspira des it'çons de l'expérience et de ses propres actes. Sous I.' Premier Empire, sous la Restauration, la Banque iTavait pas hésit^ à acheter avec une prime fort élevée
quo.
18 FINANCES CONTEMPOKAINFS
des matières d'or et d'argent pour lecun^lilucr son encaisse : elle pensait, avec raison, comme nous avons déjà eu l'occasion de le faire remarquer (1), « que c'était justement aux époques de trouble et d'agitation que la plus grande prudence était nécessaire et, surtout, qu'il lui fallait maintenir la confiance du public dans ses billets, en montrant qu'ils avaient toujours une valeur équivalente à celle de la monnaie d'or et d'argent ». La Banque de France s'est donc appliquée courageusement, depuis la fm de la guerre, fi reconstituer son encaisse métallique. Cette reconstitution s'est fait(3 sans bruit, lentement, sans même que le public s'en aperçût, et un tel résultat a été obtenu sans que le marché monétaire^ subît la plus légère secousse, sans provoquer la hausse des métaux et des matières d'or et d'argent.
Le milliard al- L'cucaisse dc la Bauquc dépasse aujourd'hui 1 milliard : la circulation des billets n'est plus que de 2 milliards 610 millions. N'estrce pas là une situation incontestablement meilleure que celle que nous indiquions plus haut, à la date du 29 juin 1871 ? N'est-ce pas là une situation véritablement remarquable, au lendemain d'une guerre qui a coûté au pays 10 milliards, sur lesquels plus de 5 milliards ont dû être payés en espèces ? Ne pouvait-on pas craindre que le? ressources monétaires du pays ne fussent taries pour toujours, après de semblables paiements ?
Sa significa- Si autrcfois le milliard de la Banque était un signe de découragement et de crainte, un indice d'inquiétude et de défiance, il n'a plus aujourd'hui, la même signification. Il veut dire au contraire que peu à peu toutes les forces vives du pays se reconstituent et que l'or et l'argent, qu'on croyait à tout jamais bannis de la France après des paiements aussi considérables que ceux qui ont été faits à l'Allemagne, reviennent dans les caisses publiques et sont assez abondants pour pouvoir s'y agglomérer tranquillement, sans que le pays puisse
(1) Voir Aperçus financiers, tome i", page 376.
tion.
souffrir de cette accumulation d'espèces métalliques. Il veut dire que le public a toute conllance, confiance ^JJ^'*^* *" bsolue dans le billet de la Banque de France, puisqu^il .•' prend et l'accepte en paiement au même prix, sur le même pied que Tor ou Targent. Le milliard de la Banque indique enfin que le jour est proche où noire premier établissement de crédit pourra recommencer ses paiements en espèces, et abolir le cours forcé de ses utod«oo«r» billets.
11. — LES VfiRSBMBNTS 8tm L BM PRUNT DB TK018 M1I.UARD8 CINQ CB.N'T» M1LUON8
La totalité des versements mensuels est maintenant I<^*.*^jjJj;
efTectuée sur l'emprunt de 3 milliards 500 millions et Ips titns (le cet emprunt ne se négocient plus que lil)én'^ t ntièrement. On peut donc dire que cette grande opération financière est terminée puisque tous les versements sont faits et que, par conséquent, le classement est accompli. Il n'est pas, croyons-nous, sans intérêt de jeter un coup d'œil en arrière, de suivre les diverses phases traversées par cette vaste opération «lui, faisant suite à un précédent emprunt de 2 milliards, est la plus colossale affaire de crédit des temps modernes.
La souscription à Temprunt de 3 milliards 500 millions utoMwipUoii. fut ouverte en juillet 1872. Les titres firent leur première
pparition à la cote officielle des bourses de Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, le 30 juillet 1872. Le pre- ^.^•ft!*»'' rnier cours coté fut de 88 fr. 50 au comptant et de 88 fr. 50 à terme. Le lendemain, 31 juillet, l'emprunt ouvrait à 89 fr. 50 et finissait à 89 fr. 25 ; c'était déjà 5 francs de hausse par 5 francs de rente, puisque le prix d'émission avait été de 84 fr. 50. Ajoutons que le plus bas cours de l'emprunt, pendant l'année 187?. fut de 85 fr. 25. .
Voilà l'emprunt souscrit ; la répartition des demandes est faite ; ses titres sont admis aux négociations offi- Le classement, cielles des bourscs françaises et étrangères : voyons maintenant comment s'est effectué le travail de classement, quels avantages les spéculateurs et les souscripteurs ont pu retirer de leurs achats à terme ou de leurs souscriptions.
Les cours de compensation et le prix moyen des reports à chaque liquidation mensuelle sont, au point de vue de la spéculation, intéressants à consulter. En voici le tableau exact :
Le prix des reports.
DATES
1872 2 septembre i"" octobre... .
— 2 novembre.
— 2 décembre .
1873 2 janvier. . . .
— l""" février... .
— l'i'mars ,
— l»"- avril.. —
— loi^niai
2 juin
— 1«'"juillet
— l"-aoCit ,
— l^"" septembre
— 1 <"■ octobre ...
— I*"" novembro.
!«■• décembre ,
-187 i t janvier...
— 2 février
— 2 mars
— 1er avril