UNE BOURSE A ALGER
Au moment oi!i des efforts sérieux, sincères et qui, nous n'en doutons pas, seront efficaces, sont tentés pour imprimer une impulsion décisive au développement de notre grande colonie algérienne, nous croyons créauo?'*^^^^^ opportun de demander pour elle la création d'une institution nécessaire, indispensable et dont, par un singulier oubli, elle est restée privée jusqu'à ce jour : une bourse à Alger.
Gomment la capitale de l'Algérie, de ce vaste pays qui a coûté tant de sacrifices, dont Tavenir fait concevoir de si grandes espérances, dont les richesses encore mystérieuses attendent que l'activité humaine vienne les féconder, comment la ville d'Alger, centre de la vie coloniale, n'a-t-elle pas, depuis longtemps, une bourse et une chambre syndicale d'agents de change, c'est ce qu'on ne saurait s'expliquer.
L'insuffisance des capitaux, le défaut presque absolu des ressources du crédit, l'isolement de tout mouvement financier, telles sont les causes indéniables de la
langueur relative dans laquelle notre colonie est restée pendant tant d'années.
C'est dans ces derniers temps seulement qu'on est entré résolument dans la vraie voie, dans la voie féconde qui doit conduire à la prospérité, à la pleine expansion de toutes les forces et de toutes les richesses locales. On a été promptement récompensé des expériences tentées, par les résultats obtenus.
Que l'Algérie, déserte, sans sécurité, insuffisamment Période de désoumise, dépourvue de moyens de communication, d'éléments de production, de colons, d*ouvriers, de travailleurs, ait pu n'inspirer qu'appréhension et défiance aux capitalistes français ; que les plus hardis indus- Iriels, les commerçants les plus entreprenants mômes, ne s'y soient établis tout d'abord qu'avec crainte et timidité, on le comprend. C'est le sort de toute conquête nouvelle, dont la sécurité n'est encore garantie que par la rigueur toujours vigilante d'un régime militaire absolu.
Mais l'Algérie n'en est plus là.
Elle est maintenant ouverte tout entière à la vie Déveiop^ment industrielle, à la vie commerciale, :\ la grande produc- miqîe!" lion agricole. Elle a de belles routes ; elle a de nombreuses voies rapides, de longs réseaux de chemins de fer qui relient entre elles ses principales villes : lignes d'une importance considérable à tous les points de vue : les unes aux mains de la Compagnie de Paris- Lyon-Méditerranée, les autres aux mains de compagnies puissantes, jouissant de subventions étendues^ dont certaines mêmes ont obtenu des garanties exceptionnelles que des considérations à la fois économiques et politiques ont commandées. Les lignes de Bône à Guelma, de l'Est-Algérien, de l'Ouest-Algérien, de la Compagnie franco-algérienne, leurs embranchements et prolongements, portent déjà à travers les contrées productives et colonisées du territoire algérien, l'animation, le mouvement, tous les stimulants de la vie
Richesse l'Algérie.
de
Banque de l'Algérie.
Uompagnie algérienne.
européenne, tous les moyens de mise en œuvre, tous les éléments d'exploitation.
De grandes sociétés industrielles s'y sont fondées dans des conditions de prospérité très heureuses-, comme, par exemple, la Compagnie de Mokta-el-Hadid ; d'importantes entreprises forestières y deviennent florissantes.
On n'hésite plus à y créer de vastes travaux d'art, entraînant des dépenses considérables, pour assurer la fécondité de plaines admirablement fertiles. On sait aujourd'hui tout ce qu'on peut tirer de ce sol merveilleux, sur lequel les cultures les plus fructueuses réussissent lorsqu'elles sont dirigées par des colons pourvus de ressources suffisantes.
L'Algérie a des mines riches, des marbres, des onyx, de vastes forêts ; elle a le blé et déjà des vignes étendues ; elle a ses troupeaux et ses laines ; elle a le coton qui s'y récolte dans sa plus rare qualité ; elle a ses précieux alfas qui entreront promptement sans doute dans la consommation industrielle de l'Europe ; elle a ses fruits et ses primeurs ; elle a enfin tout ce qui peut alimenter un mouvement d'exportation considérable, une activité d'échanges incessante, soit avec la métropole, soit avec l'étranger.
Elle a trop longtemps manqué de capitaux, manqué d'argent.
Cette faute de la métropole se répare aujourd'hui. Les bienfaits du crédit vont pouvoir désormais se répandre sur toute l'étendue de la colonie.
La Banque de l'Algérie, déjà ancienne, pourvue de privilèges étendus, d'une circulation qui lui est propre, administrée par des hommes éminents, affermie tout récemment encore par d'habiles réformes, est une institution précieuse pour le pays tout entier.
La Compagnie algérienne a également rendu de très nombreux et très importants services.
Il y avait dans ces premières créations tous les principes des développements futurs.
Et voici, maintenant, l'Algérie ouverte au crédit cr*^'< f^""'"'
' » ^ argorien.
immobilier, aux prêts hypothécaires, grâce a la fondation du Crédit foncier et agricole algérien qui, dès aujourd'hui, représente, au delà de la Méditerranée, la grande institution foncière métropolitaine, le Crédit foncier de France. L'exemple est promptement suivi : à peine cette société toute spéciale estrelle fondée, que se forme le Crédit algérien auquel assurément le champ crédit aij^é-
rior
d'opération ne fera pas défaut. Et après cette dernière création, d'autres viendront encore qu'il faut appeler, qu'il faut encourager, et qui, bien conçues et solidement fondées, sauront se faire une place proportionnée aux besoins auxquels elles répondront.
On a donc enfin compris que ce qu'il fallait donner à l'Algérie, à ses grands centres, à sa capitale avant tout, c'était la vie financière, le mouvement du crédit, l'abondance des capitaux.
Mais, quoi ! Une vie financière, de l'argent, des ^.^ ^%^!i^ affaires, du crédit, et pas de Bourse I Pas de chambre "ne Bourse des
. , , . Jf ,, . . . . valeurs roobl-
d agents de change I Pas d existence propre, au point uero». de vue financier, pour cette vaste colonie, pour une colonie séparée de la France par une mer I Toujours la dépendance de la métropole, l'assujetlissemonl colonial dans toute sa rigueur : lenteur des négociations, difficulté des ventes et des achats, incertitude des prix ; c'est là une situation anormale qui ne saurait se perpétuer.
On a souvent reproché et non sans raison aux Français d'être peu colonisateurs. C'est que, par une politique coloniale étroite, la France, bien éloignée en cela de sa voisine l'Angleterre, a toujours craint de laisser à ses colonies une somme suffisante de liberté d'action. Sans qu'on puisse réclamer pour des terres conquises sur un peuple belliqueux et remuant une autonomie dangereuse, encore doit-on souhaiter, à tous égards, une certaine indépendance dans le jeu des institutions locales. En un mot, si on veut réellement, sincèrement, complètement, une Algérie prospère et active, il faut
FIN ANXES CONTEMPORAINES
Cette création ne saurait èti'e retardée davantage.
la doter de tous les éléments indispensables d'activité et de prospérité.
Toutes les grandes villes de France ont une bourse ouverte aux négociations des valeur^ nationales et aussi aux valeurs locales parmi lesquelles il en est d'excellentes et de fort recherchées. Les cotes de Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille sont attentivement consultées et suivies à Paris même. D'autres villes de moindre importance, Rouen, Troyes, Reims, ont leurs agents do change.
Alger et l'Algérie n'ont point de bourse, point d'agenls de change.
Qu'on ait pu, jusqu'à présent, fermer les yeux sur cette anomalie et laisser une telle lacune subsister, le fait est assez extraordinaire en lui-même pour qu'il cause quelque surprise. Mais qu'en présence des efforts faits par l'Etat, par la métropole, en présence des tentatives faites aussi par l'initiative privée pour stimuler l'essor de la production algérienne, on ne se hâte pas de combler un vide si regrettable, c'est ce qu'il n'est pas possible de supposer.
Nous sommes donc convaincu que la création dont nous signalons la nécessité et l'urgence, ne se fera pas longtemps attendre, soit que le commerce et l'industrie de la colonie la réclament et la provoquent, soit que spontanément les pouvoirs publics s'en assurent le seul mérite et le premier honneur.