DÉVELOPPEMENT PROGIIESSIF DE LA RICHESSE PUBLIQUE
.^LéoTsay."^^ ^^^s avous SOUS les yeux le rapport que M. Léon Say vient de rédiger, au nom de la commission du
budget de 187 le paiement de l'indemnilé de
^'inrre et sur Ici us de change auxquelles ce
ij.tiLinent a donné document est, au point de
vue économique, particulièrement intéressant à consulttT. Il ! " l, comment les versements des
somni»- «lue nous devions à TAUemagne
ont été faits, comment le gouvernement français s*est procuré les valeurs que rAllemagne. acceptait en paiement, conunent a été employé le produit des deux grands emprunts de 1871 et de 1872. Il donne le détail titres d*or et d'argent et des leUn»s de change i - en paiement. ("i»sl, en un mot, un exposé des
procédés que le Trésor a employés pour réunir les ressources destinées à payer les 5 milliards de rindemnité de gruerre, Iran^formcr ces ressources en valt»urs étrangères, en faire pas-» i 1. montant en Allemagne après les avoir li ' n^es.
Nous trou issi, dans le rapport de M. Léon Say, ,^ii*
la constatation ofllcielle de Tunité Anancière de TEurope, ce fait nouveau dans l'histoire économique dont nous avons indiqué, dans de précétients écrits, les principaux caractère .
Lors de Tempruiit de 3 milliards, au mois de juillet 1872, le gouvernement français traita avec un syndicat de banquiers pour la fourniture de 700 millions de francs en changes étrangers.
Toutes les grandes maisons de iMuique de l'Europe, ayant à leur tête MM. de Rothschild frères qui ont été les initiateurs de cet immense groupement des forces financières européennes, ont concouru à cette opéralion et il suffit, pour en montrer l'étendue et la grandeur, de dire que le nombre des maisons qui ont signé le traité ou qui y ont adhéré était de cinquante-cinq. Plusieurs d'entre elles représentaient des syndicats de banquiers ; ce qui portait le nombre des intéressés à un chiffre bien plus considérable encore.
La concentration des efforts de toutes les maisons de banque de l'Europe a produit des résultats inespérés.
Sm eoo«UU-
dèrt<l«l*Borop«.
Toutes les autres affaires ont été suspendues pendant un temps et les capitaux de toutes les banques privées et de tous leurs clients ont concouru à assurer le succès du placement des emprunts français et le passage à l'étranger des capitaux réalisés.
Choses dites.
Comment nous avons paye.
Choses à dire.
Sources de travail et de richesse auxquels on a puisé.
Toutefois, à ce rapport quil faut lire et qui se termine par un éloge mérité des efforts laborieux de M. Thiers, « du gouvernement nouveau institué par l'Assemblée nationale le 2i mai 1873 » et de ceux des agenis du Trésor qui, dans une situation uniiîue où tout était à créer et où il fallait improviser chaque jour, devaient se transformer « en banquiers, en cambistes, en acheteurs et vendeurs de métaux précieux, » à ce rapport, disons-nous, il manque — on nous permettra de le dire — une conclusion pratique, dégageant l'enseignement sérieux qui en résulte pour nos linances publiques, pour la direction de nos affaires commerciales, industrielles et fmancières. Sans doute, il est intéressant de savoir comment des billets de banque français ont été transformés en billets anglais, belges, hollandais, etc., pour devenir finalement des billets prussiens ou bien de l'or et de l'argent monnayés ; sans doute, il est juste de signaler avec quelle prévoyance les versements à faire à l'Allemagne étaient combinés avec les encaissements provenant des souscripteurs de nos emprunts ; avec quelle sagesse les achats d'or et d'argent ont été faits, comment on a pu se procurer — et à quel prix — les lettres de change dont on avait besoin. Mais quel plus grand intérêt eût présenté le rapport de M. Léon Say, sïl eût mis également en lumière les sources de travail et de richesse auxquelles la France a puisé ces 5 milliards !
Gomment a-t-on pu les trouver dans un pays que Ton disait épuisé, anéanti, et qui en avait déjà dépensé cinq autres en frais de guerre ? A quelles causes faut-il attri-
avoM p« psfer.
buer celte véritable richesse publique ? Quels ont été }
les pour enrichir le pays au point l
(Je 1 ; ♦s de 10 milliards? :
La France, disait-on autref« issez riche pour
payer sa gloire. Les Iri^tes évtriiciiicnts de 1870, les ^
désastres de la guerre, ont prouvé que la France était '
assez riche pour payer ses malheurs. Comment a-t-elle trouvé celli e? yu^*l> moyen? l'ont développée? i
A quelles i doit-on celle transformation? Quels \
sont le |)Oliliques ou flnanciers qui ont mis le J
mieux » n ' s ressources du pays? j
Voii.i «1«- I uses question:; sur lesquelles se tait j
le rapport de M. Léon Say, questions délicates, sans j
doule, mais sur les(|uelles le public eût été bien aise |
d'être renseigné. Après nous avoir mon In* tie quelle ..fî?^*,^^ façon et de quelle manière nous avons payé, il eût été I ■ ' i comment nous avons pu payer,
dt»venus assez riches pour le faire.
Quelle élude attrayante, quelle histoire instructive --,„
que celle du développement progressif de la richesse JSSS^pi^ publique de la France I Nous essaierons, par quelques ^^' t
thilTres puisés à des sources sûres, de donner un résumé des progrès accomplis par Findustrie et le ' ]
commerce au moment où éclatait la guerre. Peut-élre 1
alors s'élonnera-l-on moins de la facilité avec laquelle |
la France a payé ses dépenses de guerre et sa rançon. 1
Les progrès de ragriculture, le développement du sotcanto». commerce et de Findustrie, l'impulsion donnée aux chemins de fer et au.x grands travaux publics, soit pour Tembellissement et l'assainissement des villes, soit pour rédiflcation de monuments ; la multiplication i
des voies de commucation ; lamélioralion des canaux ^
et des rivières ; l'agrandissement des ports ; Texlension donnée aux services postaux et télégraphiques ; les j
encouragements à l'agricullure ; la création de chambres consultatives, de comices et de concours agricoles ; le reboisement des montagnes ; la mise en valeur des biens communaux ; la création des institutions de crédit, de la caisse de la boulangerie et de nombreuses sociétés coopératives ; les traités de commerce avec l'Angleterre et presque tous les pays du monde ; la suppression de l'échelle mobile ; la création de la grande navigation à vapeur transatlantique ; les progrès accomplis dans la législation : abolition de la mort civile ; loi sur les coalitions ; liberté de l'enseignement et organisation d'un enseignement secondaire spécial ; fondation et augmentation de bibliothèques conmiunales ; encouragements aux missions scientifiques, à l'archéologie, aux lettres, aux sciences, aux arts : voilà, en une rapide énumération, les causes du développement progressif de la richesse du pays ; voilà la source et l'explication des progrès accomplis en France depuis moins de vingt-cinq ans, progrès que tout le monde peut, comme nous, évaluer par des chiffres.
La propriété L'agriculturc est entrée dans une voie nouvelle : elle
foncière. ^
a substitué à la grande propriété, souvent trop indifférente, la petite, qui s'acharne après la terre pour lift faire produire tout ce qu'elle peut donner.
Avant 1789, le clergé et la noblesse étaient propriétaires des deux tiers du territoire. Aujourd'hui, les grandes propriétés qui paient 500 francs d'impôt et davantage sont très loin d'atteindre 1 % de l'ensemble du territoire ; la moyenne propriété est d'environ 8 % ; la petite propriété, celle qui est cotée de 10 à 50 francs d'impôt, peut être évaluée à 26 %. En J868, le nombre total des cotes foncières était de 14,317,065 ; en 1870, il atteignait 14,485,282.
En 1821, on estimait la valeur vénale du sol à 39 milhards, 514 millions; en 1851, à 83 milliards 744 mil-
QUESTION» ÉCONOMIQURS: 1872-1875
lions. Aujourd'hui, les terrains d'une qualité inférieure, morcelés et acquis presque exclusivement par des cultivateurs, ont quadruplé et même quintuplé de pri.x.
En 1815, le rendement par hectare était de 8,50 % ; en 1868, il atteignait 16 %.
Eli 1851, la surface cultivée en froment eiuil de 5,999,376 hectares ; en 1867, de 6,960,425 hectares, soit un accroissement de 96t,0'i9 hectares ou de 16 %.
De 1843 à 1852, la production moyemie annuelle du blé par télé d'habitant avait été de 1 hectolitre 97 ; de 1863 à 1867, elle s'éleva à 2 hectolitres 20.
En 1789, la France possédait 1 million et demi d'hectares plant*'- tn viL'^no : on 1869, el!«» en avait 2,2<MJ,(K)0.
En 1852, la production des vins jaugeait 28,460,601 hectolitres ; en 1866, 63,838,000 hectolitres ; en 1869, 70 millions.
Le commerce extérieur de la France s*est développé u oommereo dans des proporliuns considérables, ainsi que le montre le tableau suivant, dressé d'après les états de douane :
PÊftIODBS
UIPUftTA.