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UN CONGRES COMMERCIAL

Une idée pré- S'il cst vrai qu'il ne se fonde rien de stable sans le

conisee bien des , , . - . . , • w • i

fois déjà. concours du temps, il faut croire que les idées justes

qui se réalisent enfin après une longue période d'étude et d'efforts répétés, sont celles dont le triomphe final et la durée doivent être le plus complètement assurés. Nous espérons fermement que tel sera le sort d'une idée que nous avons émise, il y a déjà de longues années, que nous n'avons cessé, depuis, de soutenir et de développer et qui semble enfin entrer dans le domaine de l'application.

Nous voulons parler de notre projet de congrès commercial, qui, peu à peu, a réuni des suffrages aussi imposants par leur nombre que par leur valeur et trouvé les concours les plus précieux et les plus dévoués.

Que de fois, depuis le jour oii nous avons formulé ce projet, ne sommes-nous pas revenu sur cette question

ù nos yeux si importante? Notre idée n*a pas mis moins ^^Progrès tangide dix ans à faire son chemin ; mais enfm elle arrive ; et ce n'est pas sans une vive satisfaction que nous nous reportons par le souvenir jusqu'à son point de départ.

Cette idée n'est point née seule. Elle était dans notre esprit liée en quelque sorte à celle d'un conseil supérieur des finances, dont nous réclamons encore la créalion (1). Bien que fort dissemblables, les deux projets étaient sortis d'une même préoccupation ; leur conception a été simultanée ; c'est une même étude qui les a produits en même temps.

Ils furent en effet formés, puis mûris ensemble dès co»*©»' des o-

* nacoos oi con-

1870 et 1871, alors que nous rassemblions les matériaux grè« commercial, de notae ouvrage sur Colbert et son temps.

Il nous semblait déplorable que certaines créations du grand ministre eussent été abandonnées et qu'après tant de progrès réalisés, on se privât volontairement de lumières et de secours dont cet homme de génie avait cru nécessaire de s'entourer. Ce qui avait paru bon et utile à Colbert et à son temps, ne nous semblait indigne ni de nos institutions, ni de nos contemporains.

Ce fut donc ù Colbert, que nous empruntâmes d'un môme coup et l'idée d'un conseil supérieur des finances, et celle d'une représentation commerciale sur de larges bases. Depuis cette époque, nous n'avons, pour ainsi dire, plus séparé les deux idées jumelles ; nous les avons conduites et développées de front. Si l'une d'elles reste en arrière, ce n'est certes pas notre faute. Nous n'avons depuis 1872 laissé échapper aucune occasion d(i ramener l'attention sur ces deux questions.

En 1873, lorsqu'à propos du budget nous déplorions «fforu succèsl'inccrlitude de la politique économique et financière de l'Assemblée nationale, nous insistions sur le peu de parti qu'on tirait des Chambres de commerce et

(i) Voir, tome ii, p. 188.

des excellents éléments d'information et de jugement qu'elles devaient fournir. Et nous tracions à grands traits le plan sur lequel pouvait être promptement constitué ce congrès, cette assemblée centrale du commerce telle que nous la concevions (1), telle qu'elle se fondera sans doute.

Un peu plus tard, nous dressions une liste des grandes réformes que l'Assemblée nationale et le gouvernement devaient s'efforcer d'accomplir et nous placions parmi les plus nécessaires cette représentation des chambres de commerce, souvent consultées, donnant toujours leurs avis et les donnant toujours en vain. Nous faisions ressortir, d'une part la force et l'autorité des décisions prises par le congrès conmieraial et, d'autre part, le point d'appui que les ministres y trouveraient pour faire prévaloir dans le Parlement les solutions jugées les meilleures par des hommes compétents.

Espoir déçu. Quelque temps après, dans une étude spéciale sur le conseil supérieur des finances, nous revenions, incidemment cette fois, sur ce projet de congrès commercial ; désormais, nous devions le rappeler presque périodiquement, à des intervalles plus ou moins rapprochés. Au risque de tomber dans la satiété, en traitant si soîivent une même question, sous des formes diverses il est vrai, nous pensions que celte insistance ne serait pas inutile. Et un moment, en effet, nous eûmes l'illusion du succès. Le 5 août 1877, divers journaux répan-

(1) Quanl on consulte les chambres de commerce, écrivions-nous alors, on fait assurément fort bien ; mais le mode employé pour cette consultation nous paraît vicieux. On ne recueille ainsi qu'une série d'avis isolés, conlradicioires, dont on tire rarement quelque lumière.

Il faudrait en quelque sorte centraliser ces conseils commerciaux, leur créer des liens communs, des rapports, des relations suivies, uno organisation enfin analogue à celle que se sont donnée les sociétés savantes. Lorsqu'il s'agirait de statuer sur une question importante, chaque chambre de commerce, après avoir délibéré et pris une résolution, enverrait ^ Paris un délégué chargé de la représenter. Les délégués des chambres do commerce formeraient ainsi un conseil consultatif qui serait bien lu représentation exacte des intérêts divers de l'industrie et du commerce et dans lequel une entente pourrait s'établir sur les points en litige.

dirent le bruit que le ministre du commerce, — c'était M. de Meaux, croyons-nous, — avait consulté les chambres de commerce sur l'opportunité et l'utilité de la réunion de ce congrès que nous réclamions.

La nouvelle n'était malheureusement pas exacte. Mais notre idée avait marché ; elle avait avancé ; on la 'li^r'iitait. donc elle vivait.

Pt^ndant rExposition de 1878.

Notre projet comptait déjà, en effet, des adhérents i^^s aiihércnts dans les conseils du gouvernement, dans les chambres !•' commerce et les autres corps spéciaux. Au^si reve^ nions-nous à la charge, mettant en évidence les côtés par lesquels notre projet devait le plus frapper Tattenlion des trois ministères compétents : finances, travaux publics et commerce. Et nous renouvelions nos arguments, nous perfectionnions l'idée première, la reprenant sous toutes ses faces, tantôt en la faisant entrer dans un programme économique, tantôt à propos d'une discussion parlementaire ou d'une réunion spontanée de commerçants et d'industriels.

Lorsque l'Exposition universelle de 1878 eut lieu et que les commerçants français et étrangers se trou- \rrent réunis, nous pûmes, encore une fois, penser que notre projet touchait au terme de ses vicissitudes. On annonça en effet que des réunions ultérieures seraient convoquées. Mais, l'exposition finie et ses hôtes dispersés, on n'y songea plus.

Cependant, une tentative, toute privée fit soupçonner ce qui pouvait être accompli avec un peu de persévé- P'"o'«c»»o«»n*»*e»rance et beaucoup de volonté. On se rappelle le mouvement que les chefs du parti protectionniste excitèrent,

ix mois de mars et d'avril 1882. Ils convoquèrent une • union des délégués des chambres de commerce qui }»artageaient leurs doctrines et leurs désirs. Ces industriels éminents s^ns doute, mais ne disposant çepen^

Tentatives des

dant que de leurs propres forces, avaient compris le parti qu'on pouvait tirer d'une manifestation ainsi provoquée. Cette tentative ne fut pas vaine. Quarantequatre chambres de commerce répondirent à l'appel qui leur était adressé.

Succès partiel. Ce succès obtcuu par des influences toutes personnelles, pour un objet exceptionnel et étroitement limité, nous faisait prévoir celui qui était réservé à notre projet le jour où une action collective habilement conduite s'exercerait, non plus en vue d'un résultat tout passager, d'une réunion accidentelle et éphémère, mais afln de créer une institution solide, régulière, ayant la consistance que donnent la périodicité, la permanence et la durée.

Moment favo- Gcttc expérience, tentée en dehors de nous, suffisait à démontrer combien était pratique et facilement réalisable notre projet, s'il était exécuté comme il a été conçu, c'est-à-dire sans aucune préoccupation de système, d'école, ou d'intérêts particuliers.

L'idée nous sembla véritablement mûre à ce moment. On l'accueillait favorablement dans des centres commerciaux fort divers ; au Havre, elle était très chaudement appuyée par des hommes considérés, par des journaux écoutés. A Lille, à* Bourges, les chambres de commerce émettaient des vœux conformes à notre pensée. C'est alors que nous nous sommes décidé à faire de notre projet une communication spéciale à la chambre syndicale des industries diverses, qui avait déjà vu adopter et réaliser plusieurs réformes étudiées et patronnées par elle. Nous expliquâmes l'économie du projet et la chambre syndicale des industries diverses, à l'unanimité, mit la question à son ordre du jour.

Projet accepté. D^ns la séaucc du 20 février 1883, nous lui soumettions l'exposé des motifs qui justifiaient notre proposi-

La question portée devant la chambre des industries diverses.

lion et, après avoir adopté nos conclusions, cette chambre, afin d'assurer Texécution de notre projet^ décidait qu'elle se chargerait des démarches à faire pour la réunion du congrès et votait l'impression de notre travail afln qu'il fût envoyé aux tribunaux et chambres de commerce, aux chambres des arts et manufactures, aux conseils de prud'hommes et aux ohambres syndicales de patrons.

Les chambres commerciales et industrielles invitées ?*i<i^^ p^""^

suivie. Réponses.

1 se prononcer sur l'utilité du congrès projeté ont fait It^ meilleur accueil à la communication qui leur était adressée. La chambre syndicale des industries diverses a rapidement reçu un grand nombre de réponses (1). De ce côté, le succès paraît assuré et Ton peut déjà espérer qu*on obtiendra la presque unanimité des suffrages.

La presse à son tour a fait à l'idée du congrès com- Dans u presw. mercial le plus favorable accueil ; le National, la France, le Journal des chambres de commerce, le Journal des transports, plusieurs autres organes politiques ou spéciaux ont prêté à notre projet un concours précieux dont nous leur sommes profondément obligé.

Aujourd'hui cette question est partout discutée et, aux ^sociétés disons-le, résolue partout selon nos désirs. A la Sorbonne, au récent congrès des Sociétés savantes, la section des sciences économiques et sociales avait fait figurer dans son programme l'étude des assemblées représentatives du commerce sous l'ancien régime ; de la discussion s'est dégagée la possibilité de rappeler

(1) Parmi les adhésions déjà recueillies, citons celles : de la chambrt de commerce et du tribunal de Brest, de la chambre de commerce de Valenciennes, du tribunal de commerce de Bagnères, des conseils de prud'hommes de Marseille, Nantes, Besançon et ÀTignon, des chambres syndicales de Versailles, de Bouen, de Kochefort, du Puy, de Melun, et, enfin, à Paris, d(>s chambres des négociants-commissionnaires, des cha« peaux de paille, de l'industrie des cheveux, des fleurs, plumes et modes, etc., etc.

savantes.

ces premières assemblées par quelque institution similaire (1).

A l'étranger. A l'étranger même, dans les pays encore privés d'une représentation du commerce, -des tentatives sérieuses sont faites dans ce sens. En Autriche, une chambre de commerce propose aux autres chambres la formation d'une association libre des chambres de commerce autrichiennes qui chargeraient leurs secrétaires de les représenter dans des réunions trimestrielles.

En bonne voie. Eu présentant ici l'historique rapide d'un projet dont nous avions pris l'initiative il y â de longues années, nous avons voulu préciser l'état actuel de la question, les progrès, lents sans doute, mais décisifs qu'elle a faits depuis que nous l'avons soulevée. Nous avons tenu surtout à remercier tous ceux qui ont, avec nous, contribué à jeter les bases d'une institution utile, nécessaire, destinée à rendre les plus grands services.

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