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RELATIONS POLITIQUES ET COMMERCIALES

Notre isolement en Europe.

Tous les esprits soucieux des intérêts de la France, à l'intérieur comme à l'extérieur, n'ont pu considérer sans inquiétude les événements qui, dans ces dernières années, ont rendu presque complet l'isolement de notre pays. .

Il est évident que tout ce qui s'est accompli d'important en Europe, s'est fait sans nous et en dehors de nous. On a réservé, il est vrai, â nos ambassadeurs, une place distinguée dans les congrès et les conférences diplomatiques ; mais la part d'action qu'on leur y a laissée était en quelque sorte nominale et n'avait de réalité

; {!) Voir l'intéressant mémoire présenté dans cette séance par M. Pierre Bonassieux et les observations de MM. Levasseur, Tranchant et Ameline. Ce dernier a léclamé une fédération des chambres de commerce ; M. Lyon-Caen, une institution analogue pour l'agriculture. >

que juste ce qu'il en fallait pour que notre gouvernement se trouvât engagé par les traités internationaux. Depuis dix ans et tout récemment encore, la France a vu se préparer et se conclure sous ses yeux des alliances qui, si elles ne sont pas faites contre elle, semblent du moins l'exclure de toute grande combinaison politique. 11 n'est que trop visible, et ce n'est point là un fait nouveau, que nous n'avons rien à attendre de IKurope continentale et que le concours des nations qui nous sont le plus sympathiques est fort douteux, sinon chimérique.

Il restait cependant, en dehors du continent une nation qui, elle, n'avait nulle raison de s'éloigner de nous, qu'une longue alliance, tantôt politique, tantôt économique, nous avait attachée et que ses intérêts bien compris engageaient à maintenir une union dont l'un et l'autre j^ays n'avaient eu qu'à se louer. Sans qu'on pût attendre de l'Angleterre, dans des circonstances graves, un secours assuré, il était cependant certain qu'elle (levait, dans la plupart des cas, se montrer favorable à la France et qu'elle n'avait nulle raison de désirer, au point de vue purement politique, l'anéantissement de notre iniluence en Kuropc. On peut môme dire que 1 Angleterre a un intérêt considérable à l'existence d'une l'rance suffisamment puissante pour balancer, en un cas donné, des ambitions séculaires qu'a toujours combattues la politique anglaise.

Il était donc vraisemblable que, sans beaucoup d*e(forts, nos diplomates et nos hommes d'Etat conserveraient à la France et consacreraient à nouveau une amitié d'autant plus facile à garder qu'on avait moins à exiger d'elle. Ajoutons que la force de l'habitude acquise depuis trente ans, contribuait à maintenir excellents des rapports devenus presque indispensables.

Or, il apparaît aujourd'hui de la façon la plus évidente, que cette Angleterre, si bien disposée naguère en notre faveur, non seulement s'est détachée de nous, mais nous témcjjgne des sentiments bien dilTérents de

Alliances étrangères.

L'Angloterro.

Mauvaise humeur.

Nos inlérôts combattus.

Difficultés coloniales.

la cordialité d'autrefois. Sans doute elle ne nous est pas encore ouvertement hostile, d'une hostilité officielle, déclarée et publique, mais on devine, on sent, dans les déclarations de ses hommes d'Etat, dans le langage de ses journaux, dans les actes de son gouvernement, une sourde irritation qui, pour ne pas éclater au grand jour, ne s'en traduit pas moins par des effets matériels et parfaitement tangibles.

On peut dire qu'à cette heure il n'est pas une seule des entreprises de la France ou de celles dont elle a eu l'initiative qui ne soient, au delà du détroit, l'objet d'une opposition et d'une résistance opiniâtres. Aucune affaire française, aucune de nos tentatives à l'extérieur, ne trouve grâce devant une anim.adversion qui ne prendra bientôt plus la peine de se dissimuler.

Il n'est reproches, critiques, menaces que n'ait subis l'entreprise du canal de Suez qui, fondée par des Français, est pourtant une œuvre universelle ; mais qui ne se fait pardonner son origine que par des sacrifices importants.

Le projet du tunnel sous la Manche, qui profitera plus encore à l'Angleterre qu'à la France et qui, au point de vue de la défense nationale, ne peut soulever, d'une part comme de l'autre, que des objections enfantines, ce magnifique projet éveille chez nos voisins des susceptibilités, une circonspection, des appréhensions même qui, si elles n'étaient quelque peu affectées, seraient dignes d'une autre époque.

La vérité est qu'il en sera du tunnel de la Manche comme il en a été du canal de Suez, ce seront surtout les Anglais qui en useront ; mais c'est une idée française et, dans les dispositions actuelles de nos voisins, cela suffit pour qu'ils la combattent — jusqu'à ce qu'ils en profient.

Dans ces derniers temps, la France a cherché dans le développement de son empire colonial un aliment à son activité qu'on ne saurait, sans de graves périls, empêcher de se déployer. Peut-être est-ce là un acte de politique

intérieure plutôt qu'une manifestation d'un désir très vif de s'étendre au loin. De quelque façon qu'on juge nos essais de colonisatian, de protectorat, ou d'extension commerciale, il est certain qu'aucun d'entre eux ne peut sérieusement porter ombrage à la puissance maritime et à la prospérité coloniale de l'Angleterre. Or il n'en est précisément aucun qui n'ait soulevé à Londres, sinon des difficultés diplomatiques, du moins des observations, des récriminations de tout genre.

En quelque endroit que nos missions commerciales ou géographiques se portent avec un certain appareil, nos voisins les voient d'un mauvais œil.

Qu'on envoie de hardis voyageurs au Congo, des marins à Madagascar, des soldats au Tonkin ou des juges à Tunis, on froisse également le sentiment anglais et l'orgueil britannique.

Lorsqu'on s«e rend compte du peu d'inconvénients et ceîto" luSS '*'' de dangers que nos entreprises coloniales peuvent faire courir à la Grande-Bretagne, lorsqu'on considère combien peu de tort elles peuvent lui causer, on est naturellement amené à soupçonner que l'attitude de l'Angleterre à notre égard est motivée par quelque cause plus sérieuse que des craintes puériles ou feintes. On se demande si c'est bien du canal de Suez, du tunnel sous la Manche, du royaume d'Annam ou du Congo que nos voisins ont réellement souci et Ton demeure convaincu qu'ils ont contre nous d'autres griefs autrement importants.

C'est qu'en effet on a montré bien peu d'empressé ment à entretenir et à améliorer encore des relations p«"« qui, dans l'isolement de notre pays, eussent dû nous être précieuses. On a fait bien peu de chose pour empêcher de se rompre les liens qui unissaient les deux nations. Avec quelle lenteur, quelles hésitations, quelles intermittences, n'a-t-on pas, conduit les négociations en vue d'un nouveau traité de commerce ! Quelle indifférence n'y a-t-on pas apportée ? Comment douter que l'accord se fût fait, ^i, des deux parts, on l'avait ardemment

Traité de commerce m sus-

Cet étal de choses peut s'améliorer.

Il suffirait de mener à bien les traités de coranierce.

cherché et voulu ? Tous les- ministères qui se sont succédé n'ont pas la même responsabilité dans cette malencontreuse affaire ; il s'est trouvé des ministres, sincèrement animés du désir de conclure une nouvelle union économique, qui eussent obtenu cet heureux résultat, s'ils eussent eu la durée et, certes, le ministère qui se croirait assuré de l'avoir, qui pourrait compter sur un certain avenir, ferait acte de sagesse et de haute politique en reprenant la tâche interrompue là où ses prédécesseurs l'ont abandonnée.

Il y a très probablement, dans la conduite de l'Angleterre envers la France, plus de mauvaise humeur que d'animosité. L'impression que lui ont causée l'incertitude de nos dispositions et la rupture des négociations a pu être sensible ; elle ne saurait encore être profonde ; elle peut être facilement effacée. Pourquoi ne pas le tenter ? Quelle fausse vanité nous retient ?

L'amitié de l'Angleterre a son prix ; si un nouveau traité exige quelques sacrifices, il offre aussi de nombreux avantages et les assure pour un temps déterminé. Il est favorable à l'une et à l'autre nation aussi bien au point de vue économique qu'au point de vue politique et cette dernière considération est peut-être la plus importante pour nous en ce moment. Qu'on fasse donc une nouvelle tentative, qui ne peut avoir rien que d'honorable car elle répond aux intérêts bien compris du pays.

La conclusion prochaine d'un traité de commerce avec l'Angleterre apaiserait de nombreuses difficultés, donnerait aux anciennes relations entre les deux pays une cordialité qui n'existe plus et aiderait beaucoup à la reprise des affaires commerciales et industrielles. Un traité de commerce, conçu sur de larges bases, serait prolitable à la France, aussi bien au point de vue commercial et financier qu'au point de vue poUtique.

Après avoir mené à bien et résolu l'importante question des chemins de fer, après s'être occupé des moyens de développer à l'intérieur et à l'extérieur le commerce

QUESTIONS ÉCOiXOMIQUES : 1881-1885 283

français, le ministère actuel ferait une grande œuvre en renouant nos relations commerciales avec l'Angleterre le plus promptement possible.

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