LAISSEZ FAIRE! LAISSEZ PASSER
deleîie^formuic'l Lûissez ittive ! Laisscz passer ! Cette maxime qui nous la liberté. vicut dc nos premier» économistes, des physiocrates, de
Quesnay, de Turgot, des précurseurs et des vrais maîtres de notre école économique contemporaine, cette maxime ne signifie pas qu'il faut tout laisser faire et tout laisser passer. Elle exprime cette loi de commerce souveraine que la liberté .est le plus sûr et le plus profitable régime des échanges entre les nations ; que cette liberté doit être toujours recherchée ; qu'on doit tendre à s'en rapprocher de plus en plus parce qu'elle est, m point de vue commercial et industriel, le stimulant le plus puissant de la production et de la prospérité des Etats et, au point de vue social, le plus sûr agent du bien-être universel, échlnges.'' ^^^ Lûîssez faire ! Laissez passer ! ne veut pas dire qu'il faut laisser pénétrer dans notre pays des matières insalubres, des produits falsifiés, des substances dangereuses pour la sûreté et la santé publiques ; cela ne veut pas dire qu'il ne doit plus y avoir à nos frontières ni police, ni surveillance, ni vigilance d'aucune sorte ; mais, simplement, qu'au dedans comme au dehors, toute liberté est accordée à l'échange des produits de l'industrie humaine honnêtement et loyalement pratiquée.
L'Amérique du Nord nous envoie-t-elle des céréales et des farines : si céréales et farines sont saines, elles doivent pénétrer librement et librement ?p vendre >iir nos marchés.
L'Amérique du Sud nous envoie-t-elle du bétail, <iu'elle produit en si grande quantité : si ce bétail, après un long voyage, se trouve sain et peut sans danger être livré à la consommation, il doit être admis aux négociations commerciales sans subir d'autres droits que ceux auxquels nos nationaux sont assujettis sur les marchés Irançais.
C'est ce principe formulé depuis plus d'un siècle, con-
icré par des traités de commerce qui furent un premier pas fait dons la voie de la liberté entière, c'est ce principe libéral et généreux qui se trouve menacé aujourd'liui par un projet de loi dont on annonce Tapparition prochaine.
Princi|H! iii«v nacé.
Ll" Guu\t 1 iiementjdoit proposer aux Chambres de relever les droits d'entrée sur les farines et sur le bétail. Les farines, assure-t-on, paieraient désormais un droit de 3 fr. 20 ; les bœufs, 30 francs au lieu de 15 francs ; les moutons, 4 francs au lieu de 2 francs.
Le régime actuel, qu'on le note bien, est lom d'être celui de la liberté absolue. Or, il ne s'agit point de l'améliorer, mais au contraire de l'aggraver et de revenir violemment en arrière.
Pour justifier, disons mieux, pour motiver un recul si inattendu on allègue la cause de l'agriculture ; on invoque son salut même. Il faut, à tout prix, sauver, on France, In .iiifino des céréales et l'élevage des besliaux.
L'agriculture souffre : Qui en doute ? Et qui ne le déplore ? Mais, quelle industrie ne souffre pas en ce moment ? Quelle autre source de production n'a pas diminué ? Quelle branche du commerce intérieur ou
Hclèveniont do droits propose gur les farinra el le bétail.
Prétonducsjustiflcations.
L'aîrricullure.
L'industrie.
Deux politiques : protection ou liberté.
extérieur n'est pas atteinte ? Dans Tagriculture même, notre industrie viticole et vinicole n'est-elle pas plus frappée encore par la nature que par la concurrence étrangère ? Le phylloxéra n'est-il pas un ennemi autrement redoutable que l'importation des vins espagnols ? Faudra-t-il qu'à chaque maladie qui viendra s'abattre sur tel ou tel des produits de notre sol, nous relevions aussitôt les droits sur les produits similaires des autres pays : aujourd'hui sur les vins, demain sur les blés, plus tard sur les pommes de terre, le& betteraves, etc. ?
La récente enquête économique a suffisamment démontré qu'il n'est pas en France une seule industrie qui ne soit menacée, non seulement sur les marchés étrangers, mais sur nos propres marchés. L'industrie de l'ameublement et tous les métiers accessoires qui s'y rattachent résistent difficilement aux envahissements de l'étranger. Les maîtres menuisiers se plaignent que l'Allemagne envoie, non des bois, mais des produits ouvrés, absolument achevés, des pièces prêtes à être posées. Les soieries de Lyon, naguère sans rivales, trouvent, dans les qualités inférieures il est vrai, une concurrence très sérieuse. L'industrie sucrière, celles du papier, des cotonnades, des fers, de la houille et cent autres luttent avec peine et toutes, toutes sans exception, ont un droit égal, non seulement à être aidées, secourues et consolées, mais encore à être protégées, puisque c'est à la « protection » qu'on semble vouloir revenir.
Il n'y a pas trois politiques économiques ; il n'y en a que deux : la « protection » ou la « liberté ». La protection, c'est tout ce qu'on a brûlé en 1860 ; la liberté, c'est tout ce qu'on prépare de fécond pour l'avenir par ces acheminements graduels, par ces transitions progressives qu'on appelle traités de commerce ou tarifs généraux de plus en plus réduits.
Toutes les industries du pays ont, sinon une égale importance, du moins des droits égaux à l'existence, à ractivité, à la prospérité. Sous le régime de la liberté, elles doivent tout attendre d'elles-mêmes et des eifets
d'une bonne gestion gouvernementale et administrative ; sous le régime de la protection, elles doivent naturellement attendre de l'Etal un secours constant, justement réparti entre elles. Si l'on en protège une, toutes- doivent tre protégées. Quelle est, en effet, l'industrie française [ui, aujourd'hui, ne trouve à l'étranger une concurrente habile et active ? Quelle est celle qui semble assez inutile ou assez méprisable pour être moins favorisée que los autres ? Dès qu'on s'engage dans la voie des surtaxes, des aggravations de droits à l'entrée, pour une, deux, trois industries, il faut s'attendre à les voir toutes élever des plaintes et, ajout«rons-nous, des plaintes qui loutes devront paraître et seront légitimes.
Le projet de loi relatif aux droits sur les farines et les bestiaux nous ramène au régime protectionniste. Le ministre de l'agriculture peut porter allègrement cette responsabilité. Mais que dira demain le ministre du commerce aux métallurgistes, aux fllateurs, aux papetiers, aux imprimeurs sur étoffes, à tous les industriels ([ui viendront lui demander protection, qui lui prouveront, chiffres en mains, que, s'ils produisent et s'ils vendent, c'est sans bénéfice, qu'ils par\iennent à peine cl entretenir leur personnel et que, s'ils ne sont pas soutenus, une multitude immense d'ouvriers, hommes, femmes, enfants, se trouveront à bref délai sans travail et sans pain ? Tous auront d'excellentes raisons à donner, des statistiques et des tableaux émouvants à fournir.
L'effet immédiat de la protection, on le connaît, c'est . Effet de la pru-
^ * ' iccUon : le con-
d assurer au producteur, au commerçant, la libre dis- '^>mmateup taposition des prix ; c'est organiser la cherté ; c'est vouer tous les consommateurs en général et le consommateur pauvre en particulier à la plus lourde sujétion, celle qui pèse sur toijs les besoins de la vie quotidienne.
Un relèvement des droits à Timportation des principales substances alimentaires, ne fût-il considéré que comme mesure essentiellement provisoire, peut-il du moins paraître opportun ? C'est ce qu'on ne saurait soutenir, alors que la commission d'enquête économique n'a pas encore étendu ses recherches aux départements, c'est-à-dire aux populations agricoles, et ne connaît encore que la détresse et la misère des grandes villes. Cherté gcné- Parlout OU se plaint du haut prix des denrées, de la
vfllo constcitcc
cherté des choses les plus nécessaires à la vie, et c'est ce moment qu'on choisit pour surélever les droits à l'entrée des farines et des bestiaux, pour livrer les prix au producteur ! On proclame comme un signe de progrès, de bien-être général, de civilisation même, l'extension continue de l'usage de la viande dans les classes pauvres, et l'on va augmenter l'impôt de douane, car c'est bien un impôt qui frappe la viande ! Et cela, à l'instant où les dernières constatations de la statistique démontrent que la consommation de la viande à Paris en 1883 est en diminution notable sur les résultats de 1882, à l'instant où l'on constate qu'en dépit de la liberté limitée laissée jusqu'ici à l'importation, le prix de la viande, bœuf, veau ou mouton, dépasse tous les cours antérieurement cotés. Et l'on sait, à n'en pas douter, que l'élévation croissante de ce prix, malgré une diminution dans la consommation, tient surtout au maintien de droits à l'importation et des taxes qui pèsent sur la viande.
Répercussion Cette guerrc de tarifs qu'on semble vouloir entrepren- Tcm\ ^ ^'^ dre, ce sont les consommateurs qui vont en faire les frais. Mauvais calcul, même pour les producteurs favorisés qui seront obligés de restituer leur profit éphémère en surélévation de salaires, en augmentation de toutes choses usuelles, car à tout accroissement de la valeur des subsistances correspond un renchérissement général. Le producteur riche ne gagnera que bien peu à la protection qu'on va lui accorder, mais elle se fera sentir durement sur les classes pauvres et laborieuses. Quant
au budget, ce n'est pas la goutte d'eau que laisseront échapper les droits de douane violemment pressés qui le remettra à flot.
Pour le budget, comme pour l'agriculture, pour l'industrie et le commerce, il faut plus et mieux.
Il faut une politique sage et économique, au dehors ^.^^^ vraie soiucomme au dedans, politique ferme suivie avec persévérance, qui abaisse les obstacles devant nos producteurs, qui seconde les efforts de nos agriculteurs et de nos industriels pour améliorer leurs procédés, transformer leur outillage, modifier leur exploitation.
Il faut s'efforcer d'arriver par une administration habile, par une économie scrupuleuse, à rendre possible l'extinction des charges qui accroissent considérablement le prix de revient de nos produits de toute nature et nous constituent dans un étal d'infériorité marquée vis-à-vis des autres nations.
Il faut slimuler l'initiative privée, provoquer la création d'institutions que, de toutes parts, réclament nos chambres de commerce, faciliter l'ouverture de nouveaux débouchés, nouer avec les nations voisines des relations commerciales toujours plus étroites et plus sûres.
Telle est la vraie protection, la seule efflcace, la seule u vraie pra féconde, que l'Etat doive à ragricullure, à l'industrie et :iu commerce. C'est la seule qui soit utile à tous, la seuhî juste, car elle ne favorise aucune classe aux dépens d'une autre ; enfin la seule fructueuse pour l'Etat luimôme dont le budget s'alimente non pas des maigres recettes que peuvent donner quelques surtaxes abusives, mais des larges ressources qu'assurent en abondance une production qui se développe régulièrement et une consommation qui s'accroît sans cesse.