‹ Finances contemporaines (volume 2)Chapitre 79 sur 229 · I. — LA FRANCE EN · texte numérisé non relu

I. — LA FRANCE EN

Dans le triste et éloquent tableau que Taine a présenté de la situation de la France en 1789, il faut retenir quelques faits économiques et quelques chiffres utiles pour la statistique.

Avec l'année 1789 commentée l'anarchie. La première i.^ misère. ■cause fut la disette. La récolte de 1788, année très sèche, avait été mauvaise. A la veille de la moisson, raconte Marmonlel, une grêle effroyable s'abattit autour -de Paris, depuis la Nonnandie jusqu'à la Champagne, dévasta soixante lieues du pays et fit un dégât de 100 millions. L'hiver fut le plus dur qu'on eût vu

\j3l famine.

Les troubles.

depuis 1709. Fin décembre, la Seine gela de Paris au Havre.; le thermomètre tomba à 18 3/4 au-dessous; de zéro. En Provence, le tiers des oliviers mourut ; dans le Nivernais et les Gévennes, les châtaigniers avaient péri. La misère est partout : on n'entend parler que de la cherté du pain et de la détresse du peuple. A Troyes, le pain coûte 4 sols la livre ; les artisans affluent aux ateliers et-chantiers où ils ne gagnent que 12 sols par jour.

En pleine paix, Paris semble une ville affamée et, dit Taine, « la disette ne sera pas plus grande, ni la nourriture pire en décembre 1870 qu'en juillet 1789 ».

La deuxième cause fut le redoublement et le relâchement des pouvoirs administratifs. Des troubles éclatent sur tous les points du territoire. Dans les quatre mois qui précèdent la prise de la Bastille, on peut en compter plus de 300. Il y en a, de mois en mois, de semaine en semaine, en Poitou, Bretagne, Touraine, Orléanais, Normandie, Ile-de-France, Picardie, Champagne, Alsace, Bourgogne, Nivernais, Auvergne, Languedoc, Provence. On pille les greniers, on éventre les sacs à coups de ciseaux. Chaque semaine, le jour de marché, en apprenant que la miche de pain est augmentée de 3 sous, de 4 sous, de 7 sous, « les femmes crient et s'indignent ». Dans le Languedoc, les paysans parcourent la ville en menaçant de tout mettre à feu et à sang si on ne leur donne du blé et de l'argent ; ils vont chercher du grain chez les particuliers, se le partagent à prix réduit, « avec promesse de le payer à la récolte prochaine » ; ils forcent les consuls à mettre le pain à 2 sous la livre et à augmenter de 4 sous la journée de travail. Les autorités, consuls, échevins, maires, cèdent au peuple. A Amiens, ils prennent le blé des Jacobins et le vendent à un tiers au-dessous de sa valeur. A Nantes, ils en fixent le prix à 1 sou par livre. Partout les intendants et les subdélégués appellent à l'aide.

Contrebandiers, faux-sauniers, braconniers, vagabonds, mendiants, repris de justice, sont autant de

recrues pour les^âttroupements, et « dans l'émeute, à côté de rémeute, chacun emplit son sac ». Au mois de février 1789. Necker avoue « qu'il n'y a plus d'obéis- -ance nulle part et qu'on n'est même pas sûr des troupes ». A la fm de 1789, « le Roussillon refuse des -ecours au Languedoc, le Haut-Languedoc au reste de lii province, la Bourgogne au Lyonnais ; le Dauphiné se cerne ; une partie de la Normandie retient les blés achetés pour Paris (1) ».

Des pamphlets, des écrits de toute sorte excitent les cerveaux. « On nous dit de nous assembler, de voter, de nommer des gens qui feront nos affaires : faisons-les nous-mêmes ; assez de bavardages et de simagrées : le pain à 2 sous et allons chercher le pain où il y en a. » Ainsi raisonnent les paysans. Dans le Nivernais, le Bourbonnais, la Nièvre, la Touraine, les réunions électorales sont le « boute-feu des insurrections (2) ». A SaintrSauge, avant tout travail, l'assemblée provisoire oblige les officiers municipaux, sous peine d'être décollés, « à taxer le blé ».

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