OO 5 OO 8 OO 8 OO 7 00 5 OO
QUESTIONS ÉCUXOMIQUICS: 1885-1890
Paris se sont élevées en 1888 à 23,007,074 francs, c'està-dire à presque la moitié du déficit du budget de 1789.
Quant aux œuvres d'art, livres, bijoux, meubles, faïences, diamants, le plus petit bibelot du siècle dernier atteint dans les ventes publiques des prix énormes. Vous possédons le catalogue des livres de la bibliotlièque de Colbert et de celle de Turgot, avec l'indication des prix auxquels ont été vendus les ouvrages qui les composaient ; mis en vente aujourd'hui, ces livres constitueraient une fortune considérable (1).
Voici, enfin, un court tableau dans lequel nous avons lésumé la population par milliers d'habitants depuis cent ans, dans huit villes de France autres que Paris, qui comptent aujourd'hui plus de 100,000 habitants :
Population.
vili.es
rso
3oo
Marsi'illo
Bordeaux
Mlle
Nantes .
Saint-EHenn» . . . •.
Itouen
i,4io
Ces huit villes comptaient, il y a un siècle, 505,000 habitants ; elles en comptent maintenant plus de 1,700,000. Quant à Paris, sa population, qui était de 575,000 à 000,000 habitants à la fin du siècle dernier, s'élevait à -i. 344,550 en i886.
(I) La bibliolhèque de Colbert comptait 18,219 ouvrages do théologie, histoire de tous les peuples, sciences et arts, philosophie, belles-leiires, éditions spleiidides, vendues toutes quelques sons ou quelques livres. Turgot possédait 3,058 ouvrages divers, et des plus curieux, sur lout ce qui concernait Pagnculture, le commerce, les finances, l'administration. La vente eut lieu le 7 mai i78i dans une des salles des RU. PP. Angustins. On paierait de nos jours plusieurs milliers de francs quelques-uns de ces magnifiques traités vendus alors presque à vil prix.
'lOii
Résumé des indices exanii- »és.
La population totale de la France, en comparant le recensement de 1801 et de 1886, s'est élevée de 27,319,000 âmes à 38 millions, soit une augmentation de 40 % (1).
Nous résumons, dans le tableau comparatif qui suit, les principaux chiffres cités dans cette étude :
Il y a un siècle
De no3 jours
Escomptes commerciaux 503 millions.
Revenu national 3 à 5 milliards.
Caisses d'épargne néant.
Valeurs mobilières iOO à 300 millions.
Compagnies d'assurances
sur la vie : opérations. néant.
Sociétés de secours mutuels néant.
p.. i Ivcées (1810).. 9,310
*''*^^^* i collèges (1810). 2'2,ni
Produits bruts du budget 691 millions.
Contributions directes. . 363 —
Contributions indirectes 240 —
Revenu foncier (1191).. 1,440 —
Patentes (1820) 22 —
Propriétaires fonciers.. 4 —
Valeur moyenne de l'hectare 500 franc? .
Hectares ensemencés en
î)lé 4 millions.
Récolte de blé (1815) ... 40 millions hectolitres.
Production par hectare. 8'',06
Prl.\ du pain de 2 kilog.
(1801) Of',90
Salaire agricole 0 ,'60
Revenu annuel (familii
agricole) 200 francs
Production de la houille 240 milliers tonnes.
— Consommation... 450 — —
Production (mints de fe»") 50 — —
Commerce général 1,019 millions.
Goût de-î lettres 0.75 Paris à Mafscille.
Salaires industriels 1 à 3 francs.
(totale 25, millions.
Population } prim-ipales
I villes... 505,000
8 milliards 685 millions.
30 à 35 milliards.
2 milliards 1/2.
"0 à 80 milliards.
3 millions.
7,743 49,459 (1884) 39,730 — 3,011 millions.
1,700 francs.
7 millions.
800 francs 19,909 milliers tonnes 29,629 — —
9,361 millions.
4 à 10 francs.
38 millions.
(1) Toussaint Loua, Vingt-hinqùième anniversaire de la Société de statistique de Paris, ISW, liage 6^.
M. HKSUMi: GENKRAL ET CONCLUSION
Qui pourrait nier que le sort de notre pays ne se soit Progrès réaii-
SCS.
grandement amélioré depuis le siècle dernier ? Le crédit <^tait anéanti ; la banqueroute, « la hideuse banque- I nute » était à nos portes ; les moyens de l'agriculture,
•eux du commerce étaient insuffisants; les disettes ( iiiportaient des milliers d'hommes. Nous avons vu,
ivec le temps, les maux de la société s'atténuer ; le tra- \ ail, affranchi de lourdes chaînes, se développer ; Tin- It l'ét des capitaux descendre de 8, 7, 6 % à 5, 3, 2 % ; It'S objets de consommation diminuer de prix, le salaire
le l'ouvrier s'accroître, le goût de l'économie se répan-
• Ire partout.
Le vivre est assuré : on est mieux logé, mieux vêtu, ^J^^^^^^'' ''* ^"^ r[ sans dire que le mal a disparu tout entier, car il y aura toujours du mal dans le monde, des misères à calmer, des souffrances à apaisç^r, on est plus heureux qu'autrefois. Après la statistique de la richesse acquise »'t des améliorations réalisées depuis le dernier siècle, 11 peut faire aussi une statistique de la misère et de la bienfaisance et dire que les pauvres, les malheureux, les déshérités n'ont pas été oubliés.
Nous avons des établissements pour les aveugles, les Lassisiancc. sourds-muets, les aliénés, les bègues. Les hôpitaux et liospices destinés à recevoir les malades et les infirmes, asiles d'aliénés non compris, étaient en 1884 au nombre de l,65'i avec 29,177 agents, 72,045 lits de malades, 55,836 lits d'infirmes et de vieillards. Les recettes de (t's établissements, qui atteignaient à peine 50 millions
• n 1833, dépassaient en 1884 110 millions, non compris It's fonds libres des exercices précédents. Au 1" jaii- \ ier 1884, 2,075 enfants étaient à l'hospice et 47,439 à la campagne ; 37,053 étaient secourus à domicile. En 1884, nos 14,760 bureaux de bienfaisance ont secouru 1,443,320 personnes; les ressources dont ces bureaux <n[ disposé s'élevaient à 50,682.709 millions, dont
Ensei^ements économiques.
La question sociale : Plus de bien-être pour tous.
17 millions de fonds libres provenant des exercices précédents (1).
Oii trouver, sous l'ancien régime, des institutions semblables et à quelle époque a-t-on pris plus de soin de ceux qui souffrent, des malheureux ? A quelle époque de notre histoire a-t-on mieux compris et mieux appliqué cette magnifique pensée de Turgot : « Le soulagement des hommes qui souffrent est le devoir de tous et l'affaire de tous (2). » Jamais, mieux que de nos jours, le travail ne fut plus honoré, la pauvreté entourée de plus d'égards, la jeunesse plus protégée, la vieillesse plus respectée. Et notre siècle qu'on accuse de matérialisme, d'égoïsme et de dureté, a été le plus bienfaisant, le plus humain.
Ce siècle est aussi le plus fécond en enseignements économiques : le centenaire de 1789, c'est la constatation évidente d'une amélioration générale dans le sort de tous et on peut affirmer aujourd'hui, comme l'a démontré M. Paul Leroy-Beaulieu dans son Essai sur la répartition des richesses, que les améliorations survenues en accroissant le bien-être et la richesse de tous, ont aussi créé une moindre inégalité dans les conditions sociales.
« La question sociale, comme nous l'avons dit plusieurs fois (3), ne réside pas tout entière dans le désir que les philanthropes, certains économistes et quelques chefs de parti peuvent éprouver, plus ou moins sincèrement, en faveur d'une classe unique, fort intéressante il est vrai, mais qui, en somme, ne constitue pas toute l'humanité. Pour ceux qu'on a appelés jusqu'ici les sociahstes et qui sont, même entre eux, fort divisés, la question sociale peut bien être renfermée dans ces limites étroites ; mais l'homme de science voit de plus haut et plus loin; il confond dans un même
(1) De Foville, la France économique, page 9. — Voir éi,'alemcnt l'Annuaire statistique de la France, 188~, page 173, et la France sociale et économique, de Toussaint Loua.
(2^ Instruction sur les bureaux de charité (1770).
(3) Voir Suprâ, pages 232 el 233.
intérêt, dansHaneThême sympathie, toutes les classes de la société moderne^ et ce n'est point seulement le progrès pour quelques-uns qu'il observe (t souhaite, mais la prospérité de tous. Ses constatations peuvent être contraires à ses vœux, mais ses préoccupations embrassent tout ce qui est humain et rien de ce qui est humain ne peut lui être indifférent.
« L'évolution des classes diverses, les unes s'élevanl au bien-être désiré, les autres déclinant peu à peu jusqu'à la condition moyenne et satisfaisante qu'on peut espérer pour tous ceux qui forment le corps social, tel est le phénoniiMio qui se dégage des faits économiques de ce siècle.
« Los erreurs, parfois énormes, des économistes qui ont marqué la fin du dernier siècle et la première moitié de celui-ci ne doivent pas leur être trop amèrement reprochées. La faute commune, c'est la généralisation excessive de la tendance à traduire en lois des faits trop rares, insuffisants en nombre, en portée,, en signification.
« Turgol, le profond et généreux Turgot, eût plus niAorios é* appris dans ces trente dernières années que pendant SS^'^"*** "^^ toute sa vie et pendant les soixante années qui suivirent sa mort. 11 renoncerait assurément aujourd'hui à quelques-unes de ses théories sur le salaire, sur l'impôt, sur les capitaux à bon marché, sur les machines, sur le travail industriel. Malthus, Uicardo, Stuart-Mill, éclairés par tant d'observations nouvelles, par tant de documents et de constatations qui leur ont fait défaut, modifieraient profondément leurs jugements, leurs prédictions ou leurs utopies sur la population et sur le crédit public. »
La France moderne; date de la Révolution de 1789 et, lorsque nous comparons sa situation d'aujourd'hui à celle qui existait il y a cent ans, nous nous demandons si dans notre société actuelle, une classe quelconque voudrait, remontant le cours des ans, être aujourd'hui ce qu'elle était autrefois.
Qui donc désirerait revenir en arrière ?
L'ouvrier de L'ouvrier est plus heureux, car il est libre, il peut
porter partout son travail, utiliser son intelligence et
ses capacités. Il peut s'associer, discuter ses intérêts,
. faire emploi, comme il l'entend, de son talent, de son
industrie.
Ce n'est plus de nos jours qu'Adam Smith, comme il l'a fait dans un chapitre où il traite dé l'impôt, classerait parmi les objets qu'on pourrait appeler de luxe pour les ouvriers français, les souliers, les bas, une chemise même. Il n'en est plus ainsi. Le coton est à leur usage depuis de longues années ; la laine de plus en plus se répand. Regardez le vêtement de l'homme qui travaille et vous verrez le drap foulé remplacer la bure, le soulier remplacer le sabot. Aux haillons, aux véritables guenilles, a succédé pour la femme l'indienne aux couleurs variées, le lainage, le drap et, dans les ménages les moins heureux, vous trouverez du linge blanc et propre, mis en réserve pour les dimanches et jours de fête et même, dans grand nombre de mansardes des livres et des fleurs.
Les salaires ont triplé, quadruplé, quintuplé, décuplé même dans certaines industries. L'ouvrier gagnait péniblement 1 à 2 francs par jour ; il reçoit aujourd'hui 4, 5, 6, 8, 10 francs. La journée des champs valait, il y a cent ans, de 15 à 25 sous par jour ;- elle vaut 3 francs ; « lisez enfm Vauban," lisez les écrivains du grand siècle, et voyez cette peinture des champs abandonnés, des paysans fugitifs, et dites si rien de pareil arrive aujourd'hui, même avec les plus horribles guerres » (1). uhahitant des Comparez la vie de l'habitant des campagnes, il y a un siècle, à celle qu'il mène aujourd'hui. Le paysan vivait autrefois de privations continuelles ; le pain blanc était chose inconnue ; une ou deux fois par an, à Pâques et à la « ducasse », un morceau de lard était son régal. L'huile de navette et de faîne servait à accommoder les légumes. La boisson ordinaire était l'eau ; la bière était
(1) Tliiers, De la Propriété.
campagnes.
QUESTIONS ÉCONOMIQUES : 1886-1890 i07
clîèie ; le cidre nèTétait guère inoins ; le vin était rare.
Il était soumis à mille vexations, mille exigences de la part de son seigneur comme du plus petit représentant de l'autorité. Pas de liberté pour acheter ou transporter ce qui lui était nécessaire ; il était accablé d'impôts et succombait sous le poids des charges qui pesaient sur lui.
Sans parler des redevances en nature, il devait acquitter la dîme, la taille, la capitation, les vingtièmes et <ontièmes, la corvée, les aides, gabelles, etc. Voulait-il, lans les marchés où il lui était permis de le faire, venue les produits de son champ? Il lui fallait acquitter des droits de mesurage, de piquetage, de minage, de -lerlage, de palette, d'écuellée, de pied fourchu, de l'an- -ayage, d'éprouvage, d'étalage (1) ; c'estrà-dire payer tant par chaque septier de grain vendu ; tant par chaque vache, par chaque porc, chaque mouton ; tant sur le blé amené par les étrangers ; tant sur les paniers contenant des volailleSy'des œufss- du beurin^, du fromage ; tant par chaque cheval essayé et vendu.
Aujourd'hui, avons-nous encore des pay:raiis .' De même que nous avons des bourgeois de la ville, nous avons des bourgeois de la campagne, et nos bourgeois • ampagnards, travailleurs économes, sont de grands • igneurs, comparés ii leurs arrière-parents du xviir siècle.
On est autorisé à leur dire, comme Ta fait, iu reste, saUsfactionima avec tant de raison M. de Foville, dans son ouvrage eitrds n^isVVÛ' -ur les Variations de prix, que comme « satisfactions PHeuVljSieîainatérielles, leurs grands-pères n'avaient pas les deux tiers de ce qu'ils ont et que leurs arrière-grands-pères non avaient que le tiers ». Quelles que soient les privations qui leur incombent encore, nul d'entre eux ne pourrait se plaindre s'il comparait sa situation présente à celle de ses ancêtres.
Aux siècles derniers, la famine que nous ne connais- -uns plus que de nom, , était en quelque, sorte en per-
(1) De Galonné, la Vie.agricole sous Vancien régime (1883).
lions precétlfiites.
manence sur le sol fertile de la France. Tel siècle, le xii^ Ta vue plus de 50 fois. Sous Louis XIV, en 1663, en 1690, en 1709, des populations entières étaient mortes de faim. Les malheureux broutaient l'herbe des prés et dévoraient l'écorce des arbres ; des femmes imploraient comme une grâce, pour y faire bouillir un peu de son, de Teau dans laquelle on avait fait dessaler de la morue et M™* de Maintenon mangeait du pain d'avoine à Versailles. Plus tard, le marquis d'Argenson raconte dans ses Méfnoires, que le régent apporta une fois au Conseil du pain de fougère et, le posant sur la table : « Voilà, Sire, dit-il, à Louis XV, de quoi les sujets de Votre Majesté se nourrissent. »
Progrès écor.o- Le progrès économiquc de notre moderne société est
"^'^"^' une vérité désormais acquise, « quelles que soient les
ombres dont elle se mole encore » (1), de même que le soleil, parfois obscurci par quelques nuages, réchauffe et éclaire toujours l'univers.
Et au-dessus de toutes les constatations que cette statistique nous a conduit à faire, nous avons un critérium infaillible, une preuve certaine des progrès accomplis, dans l'ordre économique, au profit de la masse, c'est Accroissement l'accroisscment dc la vie moyenne et l'abaissement de
^e a Me moyen- ^^ mortalité. Gc fait indéniable suppose et résume tous les progrès. Il prouve que, depuis cent ans, l'alimentation a été meilleure, le logement plus salubre, le vêtement plus hygiénique, la tempérance mieux pratiquée ; il prouve que le bien-être s'est accru, en même temps que le travail et l'épargne, ont augmenté et que l'ordre a été plus longtemps maintenu dans le pays.
Nous n'avons donc, au point de vue économique, rien à regretter du passé ; et, entre le passé et le présent, où est la différence ?
Perfectionne- Elle cst dans Ic perfectionnement des moyens de com-
Tage! '^^ ^*'"^'^' munication d'abord, dans les ressources matérielles dont disposent l'industrie et le commerce pour remplir leur tâche ; elle est dans l'emploi des machines qui, sui-
(1) Baudrillart, la Liberté du travail et la démocratie.
Nant la belle pensée de Frédéric Passy, « sont noire -écurité et notre gloire, qui, en se faisant nos esclaves^ nous ont donné la liberté et le loisir et, dans ce siècle, mettent chaque jour à notre disposition une puissance qui dépasse de bien loin celle dont l'imagination de nos pères se plaisait à doter les génies et les fées ». La différence économique entre les temps passés et les temps •ontemporains, elle est encore dans les chemins de fer, l''S navires à vapeur, les routes ; et, au point de vue moral, dans les idées plus généreuses, dans les lois plus libérales, plus humanitaires et dans Tétat des esprits.
Quoi de plus beau, de plus grand que les principes ,|,^mme'^'*"* ^'^ hautement proclamés dans la Déclaration des droits de I homme et du citoyen?
Les hommes naissent et demeurent libres et épaux en Hroits. Les ilistiticiions sociales ne peuvent être fundces que sur l'utilito commune. Art. \".)
Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptil;>lcs de Thoi^me. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, la résistance à l'oppression. [Art. II).
Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans li Nation. Nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. [Art. III )
Nul n>) lioit être inquiété pour ses opinion*), mémo religieu«es, pourvu que leur manifotation ne trouble pas Tordre établi par la loi. (Art. \.)
La propriéic étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n*est lorsqtie la nécessité pub'ique, lé^'alement constatée, l'exige évidemment, et sous la conditiond'une juste et préalable indemnité. [Art. XVII.)
La constitution, qui abolissait lx)us les privilèges, qui déclarait qu'il n'y avait plus pour aucune partie de la Nation, ni pour aucun individu, aucune exception au droit commun de tous les Français, qui détruisait jurandes et corporations de professions, qui garantissait « comme droits naturels et civils » que tous les citoyens sont admissibles aux places et emplois, « sans îuitre distinction que celle des vertus et des talents », (|ui donnait, enfin, à tous la liberté d'aller et de venir, <lt' se réunir, de parler et d'écrire, etc., jeta dans le pays une semence féconde, et c'est A cet ensemble de libei;lés
Travail, ocoinio, é«'haniros.
L'émancipation clos juifs : leur apport à la prospérité de la nation.
et d'idées généreuses que nous devons pour la plus grande partie la transformation économique, commerciale et industrielle de notre pays, car les hommes travaillent d'autant mieux et d'autant plus qu'ils sont maîtres de leurs actes, de leurs paroles, de leurs pensées, lorsqu'ils ont leur liberté d'action, c'est-à-dire lorsqu'ils sont libres.
La tolérance religieuse inscrite dans la déclaration des droits de l'homme et du citoyen devait, elle aussi, procurer au pays d'immenses bienfaits. Les protestants n'eurent plus à craindre un nouvel édit de Nantes. Les juifs, traités jusqu'alors comme des parias, purent librement consacrer leur intelligence, leur activité, au service de la France (1).
Les causes de la richesse moderne, de l'amélioration générale du pays, au point de vue national, quelles sont-elles encore? Elles résultent du travail, de l'économie et de l'échange, c'est-à-dire des grands principes
(h Les juifs gardent la mémoiredu jour heureux où ils furent pleinement émancipes au sein de la nation libre el ils ont agi envers elle, on peut le voiraujo rd'hui, comme des fils reconnaissants et dévoués. N'est-ce pas il des luifs que la France est redevable du développement de son crédit et des «livcr>es transf rmations et améliorations que ce crédit lui- mémo a éprouvées ? Les noms des Rothscliibl, des Mirés, des Péreire, des Fould laisseront, dans l'Iiis'oire économique du siècle, une trace ineffaçable. Qui a construit le premier chemin de fer en France '?^ Des juifs : les Péreire. Qui, le premier, a eu l'idée des emprunts par souscriptions publiques, des créations de c édit foncier, du groupement des petits capitaux? Encore un juil : Mirés. Qui a sillomé l'Europe entière de chemins de fer, de routes, de canaux, a doté Paris et la France de compagnies de gaz cl d'eaux, de transports urbain"», terrestres et maritimes ? Les Uothschild et les Péreire. Et si nous sommes préservés de la famine, no le devons-nous pas à c< s hardi* pionniers quï ont supprimé les dislances entre les peuples et fait qu'aujourd'hui un chargement de blé ou de bestiaux met moins de temps pour venir de .New- York, d'Odessa, de Constanliiiople ou de Vienne qu'il ireii fallait, au siècle dernier, pour venir de la Beauce ? Etdnns des temps plus rapproches de nous, temps bien tristes, hélas! lorsque la ville de Paris s', st vue obligée de payer une indemnité de guerre de 200 millions aux Allemands qui menaçaient de prendre c-mmo garantie toutes nos richesses artistiques du Louvre et toutes les propriétés qui leur tombaient sous la main, qui s'est porte garant de payer cette somme ? Les Rothschild. Et ne sont-ce pas encore ces juifs qui ont le plus contribué au succès de nos gr nds emprunts libératoires par l'appui qu'ils ont donné à ces vastes opérations auxquelles un protestant non moins célèbre, M. Léon Say, devait, comme ministre de M..Thiers, collaborer?
• lue réconamie politique a toujours enseignés et déitndus.
Le travail a été rendu d'autant plus productif qu'il a été plus divisé, secondé par des instruments, exécuté par moins de bras et plus de machines, plus étendu et moins dispendieux.
Le travail étant devenu plus étendu, plus divisé, a augmenté les ressources du pays ; les capitaux sont devenus plus abondants ; les valeurs mobilières, répankies à rinflni dans les plus gros comme dans les plus petits portefeuilles, ont pris un développement inconnu : de là, de nouvelles sources de produits, de richesses; de là, le goût de l'économie dans les placements mobiliers.
Les échanges plus faciles, plus illimités, plus libres de se porter sur les marchés réputés les plus avantageux, quelle que soit la distance ; le transport des produits dans le monde entier devenu plus rapide, plus économique; les valeurs de circulation destinées à la libération des échanges ou à payer le prix des produits échangés, débarrassées de tout obstacle sérieux dans Jeur marche, ne redoutant pas les abus et les excès de pouvoir ; le crédit public développé au plus haut point, ti^ls sont les principaux faits économiques qui ont enri- ' lii le pays.
Kt cette richesse croissante a pu s'effectuer malgré les Ridiesso .ruisfautes commises par tous les gouvernements qui se révoîiîrntTu sont succédé. Pendant le siècle qui s'écoule, de 1789 à 1889, que de guerres, que de révolutions, que do crises]
IJopuis un siècle, nous avons eu quatre révolutions : 1 789, 1830, 18'i8, 1870 et la Commune de 1871 ; sept changt'ments de gouvernement : Napoléon I", Louis X\'III, Charles X, Louis-Philippe, la République de 1848, Napoléon III, la République actuelle ; la France a supporté les guerres du premier empire, les guerres d'Afrique, de Crimée, d'Italie, du Mexique, de Syrie, de Cï)ine, de Cochinchine, et enfin, celle dont on gardera le plus poignant^ souvenir,^ la guerre^. d^ 1370, et dans
crises.
La plaie du militarisme.
ces derniers temps, les expéditions de Tunisie et du Tonkin!
Que de milliards dépensés et disparus! que de ruines causées par ces épouvantables boucheries ! combien d'existences sacrifiées, combien de vies hum.iines perdues !
Le développement du militarisme qui s'est étendu sur la France et l'Europe entière est la plaie de notre époque ; à l'heure où nous sommes, l'Allemagne, la France, la Russie, l'Italie, l'Autriche, la Turquie, les Etats des Balkans peuvent mettre 10,480,000 hommes sur le pied de guerre ; 8,335,000 comme réserve de seconde ligne ; 9,195,000 comme réserves fmales, soit un total général de plus de 28 millions d'hommes pour l'Europe, sans comprendre l'Angleterre (1). Ces dépenses militaires poussées jusqu'à l'excès jettent une ombre douloureuse dans le tableau économique que nous venons de tracer, bien imparfaitement, des progrès accomplis depuis un siècle. En France, dans tout le continent, on ne trouverait pas aujourd'hui un seul homme de vingt ans adonné aux travaux des champs, s'occupant de commerce ou d'industrie : tous sont dans les casernes !
" Le siècle à venir verra-t-il la fin de ces armements ruineux et de ces guerres meurtrières ? Nous le souhaitons
(1) Voici lo tableau des troupes que ces pays peuvent mettre en ligne: