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CE QUE LA FRANCE A GAGNÉ A L'EXPOSITION DE

L'exposition décidée en 1884.

Discussions sur son utilité.

Le 5 novembre 1884, M. Rouvier, ministre du commerce, adressait au président de la République un rapport tendant à ouvrir une exposition universelle en 1889.

Dans ce rapport, le ministre rappelait que la République, ,en 1798, avait décrété la première exposition de l'industrie française ; que, depuis cette époque, la France avait eu quatorze grandes expositions et qpe la, date de 1889 apparaissait au sentiment national comme l'échéance d'unC; nouvelle exposition universelle.

Cette date, disait M. Rouvier, semblait indiquée par la périodicité de onze à douze ans qui s'était étabUe entre les dernières expositions. Elle l'était bien plus encore parce qu'elle devait coïncider avec le centenaire « d'une hégire chère au patriotisme français ».

Un décret conforme aux propositions du ministre fut signé par M. Jules Grévy : un arrêté ministériel nomma M. Antonin Proust commissaire général de la future exposition.

Si, à cette époque, l'ouverture d'une exposition universelle, en 1889, était favorablement accueillie dans le monde politique, ce ne fut pas sans controverses, sans

appréhensions, qu'elle fut acceptée par le monde commercial et industriel.

A quoi bon, disait-on, une exposition après celles de objections di- 1855, de 1867, de 1878? . '''''^'

Pourquoi, si nos produits sont supérieurs à ceux des, nations qui nous entourent, leur montrer les secrets de notre supériorité et, s'ils sont inférieurs aux leurs, avouer, en quelque sorte, notre infériorité? ■.

A quoi bon une exposition universelle, c'est-à-dire une œuvre de paix, quand l'Europe n'est qu'un. vaste camp armé, quand la moindre étincelle peut mettre le feu aux quatre coins du continent, quand, enfin, nous nous déb;iff<>ii< «-ontre des difTirnlI/'S sans, cesse renaissantes ?

Pourquoi une exposition quand nous sortons à peine <rune crise financière, crise de spéculation des plus intenses, le krach de 1882 qui a englouti des centaines de millions?

Des objections de toute nature étaient faites contre le projet du gouvernement et, en se reportant aux journaux de l'époque, on peut voir que, si les partisans en étaient nombreux, les adversaires, n'étaient ni moins compacts ni moins résolus.

Les chambres syndicales, il faut leur rendre cette Adhésion dt» justice, donnèrent, après de nombreuses discussions, IS. un appui sans réserve ; elles appuyèrent chaudement le projet ; elles montrèrent la foi la plus complète dans le résultat de l'œuvre qui devait s'accomplir. On pouvait penser qu'elles étaient trop optimistes et qu'elles écartaient avec trop de facilité les difïlcultés que soulevait une telle entreprise.

Les faits ont répondu pour elles.

■Iiambres »yndi-

Aujourd'hui, en effet, l'œuvre est accomplie. L'ex- oEuvre accomposition est close. Elle apparaît à tous comme la manir festation la plus brillante du génie français ; elle a

plie.

dépassé les espérances les plus enthousiastes ; en. France, dans le monde entier, on n'a entendu qu'un cri. d'admiration. Et nous pouvons juger des résultats qu'elle a procurés en donnant quelques statistiques, en cherchant à relever le profit que notre pays a pu trouver dans cette manifestation économique, commerciale, industrielle, en établissant, en un mot, ce que la France a gagné à l'exposition.

En parlant « chiffres », nous resterons, en vérité, dans l'esprit et le cadre — si nous pouvons nous exprimer ainsi — de l'exposition, chiffres ^^ ^°* A aucune époque, les chiffres, les statistiques, les graphiques, n'ont été plus en honneur qu'au Ghamp-de- Mars. Statistiques agricoles, financières, commerciales ;. statistiques de l'hygiène, de l'épargne, de la production, de la consommation ; statistiques de la vie humaine; statistiques des chemins de fer, des compagnies d'assurances, des recettes et dépenses budgétaires, des contributions directes et indirectes, du commerce, de la population, de la justice, etc., elles ont abondé dans toutes les parties de l'exposition, au Champ-de-Mars, à l'esplanade des Invalides, dans le magnifique groupe de l'économie sociale, si admirablement dirigé et mis en lumière par. MM. Léon Say, Levasseur, Gheysson, de Foville, Frédéric Passy, Beaudrillart, et qui a obtenu tant de succès ! Les statistiques publiées par les ministères et par les diverses administrations publiques, notamment celles de MM. Turquan et Loua, font le plus grand honneur à notre pays, en même temps qu'ils lui rendent les services les plus utiles. La statistique est un miroir fidèle de l'état d'une nation, de la situation de telle ou telle branche de l'activité humaine ; elle ne flatte pas, elle reproduit et montre ce qui est ; elle est tout à la fois un procès-verbal et un avertissement : si, par elle, on se rend compte des progrès accomplis, des décadences ou des défaillances survenues, par elle aussi on voit que tout n'est pas fait quand il reste encore quelque

chose à faire, un progrès à réaliser, une réforme. .\ accomplir ; par elle, on compare et on marche alors avec plus d'assurance, plus de confiance dans Tavenir. On évite ainsi un des plus grands malheurs qui puissent atteindre un peuple comme un individu, c'est-à-dire, l'immobilité, le stationnement dans l'ouvrage entrepris, car le stationnement c'est la mort, et la société doit continuer sa route vers le progrès et le bien.

Si notre pays a travaillé, s'il a gagné à cette exposition, s'il a trouvé des profits, ce sont également les statistiques, ce sont les chiffres qui vont nous le dire.

Quoi de plus éloquent, quoi de plus convaincant Résultats mis

en évidence par

qu'un chiffre? « Les chiffres, a-t-on dit, gouvernent le ics statistiques, monde ; non, ils indiquent comment il est gouverné I » Rien n'est plus vrai que celte pensée. Quoi de plus sûr, en effet, pour s'assurer de l'état économique d'un pays, que de consulter les divers indices qui, par leur ensemble, reflètent sa situation exacte.

Un des signes les plus frappants du profit, pour le L'encaisscar pays, de 1 Exposition universelle, c'est l augmentation de France, l'encaisse or de la Banque de France. D'une année à l'autre, du 25 octobre 1888 au 2'i octobre 1889, l'encaisse or a passé de 1 milliard 21 millions 6 à 1 milliard 294 millions 3, soit une augmentation de 272 millions 6. C'est surtout depuis l'ouverture de l'exposition que cette augmentation s'est produite. Voici, en effet, du 25 avril au 25 octobre, mois par mois, les chiffres de potto encaisse :

millions DATES de franc*

25 avril 1,012,4

23 mai. 1,033,3

20 juin 1,130,0

25 juillet 1,2.^1,8

22 août 1,326,2

26 septembre 1,321,4

24 octobre 1,294,3

D'avril à octobre 1889, Taugmentatian est exactement de 282 millions et on peut voir que, plus cette encaisse

s'accroît, plus le succès de rexposition s'affirme, plus le nombre des visiteurs est élevé : d'avril à mai, 21 millions d'augmentation ; — de mai à juin, 86 ; — de juin à juillet, 112 ; — de juillet à août, 95.

D'août à septembre, l'encaisse diminue de 70 millions, mais cette diminution tient à des causes particulières. La Banque a utilisé le trop-plein de son or pour éviter en France le contre-coup du renchérissement du loyer de l'argent qui a eu lieu sur toutes les places européennes. Depuis le mois d'avril, en effet, l'escompte est de 1, 2 et 3 % plus haut à Londres, à Berlin, à Amsterdam, etc., que chez nous ; une crise monétaire intense a sévi dans plusieurs pays, tandis que nous avons l'argent aussi bon marché que possible et que la Banque n'a pas augmenté le taux de son escompte. Qui a contribué à augmenter l'encaisse or de la Banque ? Les étrangers qui, venus en France, y ont apporté de l'or et l'y ont dépensé. 600,000 voya- Il est venu près de 600,000 voyageurs d'Angleterre à

gcurs étrangers t^.,,, . ii, •.• i ir» • n*

à Paris. Pans, a 1 occasion de lexposition, depuis le 6 mai. Ces

voyageurs se répartissent ainsi par ports d'arrivée : Calais-Douvres, 313,702 ; Dieppe-Newhaven, 172,935 ; Boulogne-Folkestone, 101,834. Le dernier mois de l'exposition (octobre) compte pour 70,408 passagers, dont 40,950 via Calais-Douvres, 18,163 via Dieppe-Newhaven, 11,924 via Boulogne-Folkestone.

En Amérique, on calcule que les Américains ont, à eux seuls, apporté et dépensé chez nous plus de 350 millions en or ; et, tout récemment, dans une notice d'une banque sérieuse de notre place qui examinait les causes de la crise monétaire argentine, on évaluait à 70 ou 80 millions en or les capitaux apportés par les habitants de ce pays qui sont venus visiter notre exposition.

On estime qu'il est venu en France, à l'occasion de l'exposition, 1,500,000 étrangers se répartissant ainsi : Belges, 225,400; — Anglais, 380,000; — Allemands, 160,000 ; — Suisses, 52,000 ; — Espagnols, 56,000 ; —

Italiens, 38,000 ; — Russes, 7,000 ; — Suédois et Norvégiens, 2,500 ; — Grecs, Roumains, Turcs, 5,000 ; — Autrichiens, 32,000 ; — Portugais, 3,500 ; — diverses nations de l'Asie, 8,250 ; — diverses nations de TAfrique, 12,000 (les Algériens forment la plus grande partie de ceux-ci) ; — Amérique du Nord, 90,000 ; — Amérique du Sud, 25,000 ; — Océanie, Java, etc., 3,000.

Malgré les tristes prédictions qu'un ministre étranger ne craignait pas d'émettre, du haut de la tribune, sur le « Paris révolutionnaire et son insécurité », on voit que de tous les points du globe les nationaux de tous les pays ont afflué (1).

Ce n'est pas seulement l'encaisse or de la Banque de Disponibilités France qui a augmenté dans de fortes proportions, ^^'^p*^^'"*^ comme nous venons de le démontrer, mais les disponibilités de l'épargne qui se sont accrues, comme le

(1) L'énumératioii des personnages de marque qui sont venus à Paris est curieuse à citer. Nous l'empruntons à une chronique très bien faite parue dans le .Soir.

Comme le dit Tauteur de oe travail, les visiteurs sont nombreux et poiat du tout « nouvelles couches » dans leur immense majorité : «• Le roi des Hellènes, les princes de la famille impériale de Russie, le schah de Perse, le prince de Galles, le duc d'Edimbourg, le prince Albert -Victor, le prince George d'Angleterre, Témir Ali Khan, le prince Biron de Courlnnde, le prince George de Beaufort, le prince Jean II de Lichtenstcin, l'archiduc Albert, le prince .Mien Trien, frère de l'empereur d'.\nnam, M. Delyannis, le duc de Lenchtemberg, le prince Borgbese, le primée Sourmonoff, le comte de Flandre, le prince Dolgorouki, le prince Woronzoff, lord Hamilton, lord Seymour, le prince Rougouchoff, Thomas Edison, le général NVannovski, l'ancien président de la République du Pérou, le prince Pejatcki, le bey de Zil)outi, le prince Manousky, le prince Esterkazy, le duc de Bragance aujourd'hui roi de Portugal ; le prince Radzivill, le baron de Frauenberg, l'amiral ^lactionald, le prince Roslowsky, le prince Serge («araznine, le prince Altomont, le prince lilûcher de \Valstatt, le chef de police de Budapest. M. Lincoln, le prince Spieljery, lord Childers, le général Légitime, le général Ignatieff, le prince Wserolojsky, lord .Malborough, l'archevêque Croke, le prince de Croy, le prince de Cantacuzène, M. Washburne, le neveu de l'empereur du Japon, Ali-kaoli-kan, le grand-duc Alexis, Je grand-duc Michaïlowich, le prince Schakouskoy, le grand-duc de Mocklembourg, sir Ashiey, le prince Bathyanyi, le baron Wuiff, le gouverneur de Saint-Pétersbourg Suulkowski, le duc Alexandre d'Oldenbourg, le général Gourko, Malcom Khan, le grand-duc W'Iadimir, le prince Alexis Hrloff, le duc de Ncwcastle, lord VVakingham, le conseiller prince Baticheff, le lordmaire Whitehead, le prince de Hohenlolie, gouverneur d'Alsace-Lorraine, lord Dufferin, etc. » Nous en passons, mais cette énamération suflit.

prouvent les capitaux déposés dans les grandes banques de dépôt de Paris.

Voici quelques chiffres qui peuvent, à ce point de vue, servir d'indication.

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