‹ Finances contemporainesChapitre 10 sur 85 · OBLIGATIONS · texte numérisé non relu

OBLIGATIONS

Est 3%

Lvon (fusion)

Midi 3 %

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Orléans 3 %

Ouest 3%

Charentes 3 %

— Bons 6 %

COURS

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COLliS du

31 OÉI.EMBRE

ir. «.

HAUSSE

fr. c.

là 7.'' i3 1.0 l4 5u

Titres des chemins de fer étrangers.

Ainsi la hausse est générale : l'Est, le Midi et l'Ouest sont en tête du mouvement. Faisons remarquer l'amélioration importante produite sur les Charentes et Texcellente tenue des bons qui, depuis longtemps audessus du pair, ont pu encore progresser.

Les titres divers de chemins étrangers ont eu des fortunes très diverses.

Les actions des chemins autrichiens ont baissé, sous l'influence de diminutions de recettes causées par des circonstances indépendantes de la compagnie, mais aussi par suite du fâcheux effet que produisent les modifications toujours imprévues des résultats qu'on croit acquis. Les actions des chemins lombards, ainsi que ' leurs obligations, ont subi une dépréciation sensible quoique dans des proportions différentes; on sait quels ont été les termes de la convention conclue. Quant aux i principales lignes espagnoles, leurs obligations ont ] réalisé une plus-value notable que nous voudrions voir i s'accroître d'une manière continue.

COMP.\GNIES

COURS du

is:5

COURS du

i\ D^XEMBRE

HAUSSE

BAISSE

fr. c.

522 5o i65 00 235 00 1" série ■lâa 00

fr. c.

fr. 0.

— (obi. anc.)

r.orrliiue-Sèville (oblig.).. .

Nonl lie l'Espagne <obl. de

.Nonl de l'Espagne (obi. à

1 revenu variable avecc).

Pampclune ^oblig.)

! 2» série 225 00 23i 5o 145 00 i56 00 244 00 2n8 00

Nous ne relevons ici que les cours comparatifs des valeurs les plus répandues dans le public. Ce que nous remarquons en général, c'est ou une très grande fermeté ou une tendance marquée à la hausse. La baisse est l'exception. Observons toutefois qu'ici les progrès ne sont en rien comparables à ceux réalisés par la rente française et les obligations de nos grandes lignes.

Valeurs divei^ ses.

COURS

COURS

VALEURS

du

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HAUSSE

BAISSE

fr. c.

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C" pai i>iehne du gaz (act.). .

C" transatlantique (act.)

Omnibus de Paris (aa.)

qSu 00

Suez (art.)

— ("blig.)

/ Oblig. 1860

Ville \ — 18fô

5oo 00

de ^ — 1869

Paris. / — 1871

/ Ob.f.io/deSOOf..

5oo 00

Crédit J — ôOOfr. 3%....

foncier. ) — comm. 3 % . . . .

487 Bo 417 00

Nous n'avons pas à justifler la hausse des actions de

ia ôOJn:^pagnie du gaz ; le développement de l'exploitation suffit à l'expliquer. L'amélioration des actions de la Compagnie transatlantique est due au retour progressif de l'ancienne clientèle de ces titres dont nul événement fâcheux n'a enrayé la marche graduelle. Les actions des Omnibus ont beaucoup monté ; mais la hausse qui les a favorisées nous semble avoir à peu près atteint son extrême limite.

La baisse des actions Suez n'a rien d'inquiétant ; ' après avoir été poussées, à la fin de l'année dernière, à des cours exagérés lors de l'achat des actions du khédive par l'Angleterre, elles ont repris d'elles-mêmes leur juste niveau. Il en a été de même des délégations auxquelles nous persistons à préférer les actions. Quant aux obligations, elles sont restées fermement au même prix.

Les obligations de la ville de Paris ont toutes gardé une excellente attitude, sauf toutefois celles de 1875 qui ont fléchi tandis que toutes les autres obligations sont en hausse : c'est un fait anormal et qui, pensonsnous, ne tardera pas à disparaître. Les obligations de 1873 ne doivent pas tarder à s'établir dans le cours de 500 francs.

Ainsi que le montre le tableau ci-dessus, les obligagations émises par le Crédit foncier n'ont été nullement influencées par les variations qu'ont subies les actions de ce grand établissement. On leur a conservé la même confiance parce qu'elles présentent toujours les mêmes garanties.

Conclusion. Lcs cliiffrcs Comparatifs que nous venons de présenter portent avec eux leur signification ; et ces rapprochements accusent nettement l'importance réelle de l'exercice 187G au point de vue financier.

Nos fonds publics montent en dépit des inquiétudes que causent les complications extérieures et nos luttes parlementaires. L'éventualité d'une conversion n'arrête pas même le progrès du 5 %. Les actions et obligations de nos grandes compagnies de chemins de fer et de quelques compagnies secondaires montent ; les obli-

galions de la ville de Paris et du Crédit foncier s'élèvent ou gardent leurs cours. Ces faits témoignent de la tendance de l'épargne ; les capitatix sans emploi se perlent vers les valeurs mobilières qui offrent le plus de garanties.

Les fonds étrangers sont écrasés ; les actions des établissements de crédit sont immobiles lorsqu'elles ne fléchissent pas ; les valeurs mdustrielles sont, à peu d'exceptions près, sans mouvement ou délaissées : autant de signes de l'incertitude du public qui n'ose exposer ses capitaux, qui ne veut affronter aucun risque tant il est peu rassuré sur l'avenir ; autant de signes de la stagnation des affaires. C'est un temps d'arrêt d'une année qui a paru longue. Espérons que 1877 verra se dissiper les nuages amoncelés par l'année qui va s'achever.

Ce que fut l'année 1876, on s'en souvient : Vannée des inquiétudes, une année pleine de doutes et d'appréhensions ; année ambiguë et mystérieuse, posant toutes les questions redoutables et laissant à l'avenir le soin de deviner et de résoudre.

Elle fmit tristement sur le vote laborieux d'un budget fécond en conflits, sur des concessions faites à contrecœur par une Chambre exigeante et égoïste, sur une crise ministérielle qui se termina par la formation d'un cabinet mémorable dont M. Jules Simon fut le chef.

Cette année 1876 léguait à celle qui lui succédait tout le fardeau de difficultés accumulées comme à plaisir, la trame embrouillée des situations mal nouées, des transactions mal engagées, des affaires mal commencées.

Rude tâche pour l'année 1877, rude tâche pour les pouvoirs publics, pour les partis, pour la nation ellemf'me. Aussi, pendant le cours des douze mois qui viennent de s'écouler, n'a-t-on su de quoi il fallait s'étonner le plus ou de la violence des efforts déployés ou de l'inanité des résultats.

L'année s'est ouverte sur Vincertain, elle se ferme sur Tinconnti. A son début on pouvait espérer qu'elle nous conduirait à quelque port, sinon de salut du moins de repos: au moment où elle finit la France ni l'Europe ne savent oii elles vont.

1877 est l'année des crises.

Échec de la conférence turque.

M.LéonSaydé pose, dès janvier, le projet de budget de 1878.

M. Gambetta de nouveau président delà commission du budget.

Crise lyonnaise.

La crise oriental e s'accentue encore.

C'est une longue série de convulsions dont aucune n'a eu un caractère tel qu'on pût la considérer comme la dernière. L'année 1877 devra être justement appelée Vannée des crises. C'est par une crise qu'elle s'annonce; c'est par une crise qu'elle finit.

La crise du début est tout extérieure. Elle éclate et se développe en plein mois de janvier, en plein Orient, dans la capitale de cet empire turc qu'on croit épuisé, presque mort, et qu'on s'efforce non point de ranimer, mais d'embaumer, mais de conserver. Les plus habiles diplomates du monde se sont réunis à Constantinople pour cette opération prématurée. Mais la Turquie ne s'y soumet pas et la conférence se clôt sur un des plus fâcheux échecs qui aient été infligés à la diplomatie.

En France, cependant, on paraît songer à reprendre un train de vie régulier, à s'occuper des affaires; le Parlement lui-même y parait disposé. Dès le 11 janvier, M. Léon Say dépose le projet de budget pour 1878.

Et les rentes montent. Au commencement de l'année ïe 5 % est à 106 francs, le 3 % à 71 francs ; à la fin de janvier le 5 % est à 107 fr. 40, le 3 % à 72 francs.

Le désir d'étudier et de discuter sérieusement le budget paraît tout d'abord sincère ; on le croit du moins en voyant deux hommes, connus par des aptitudes fort différentes, briguer la présidence de la commission du budget : MM. Gambetta et Germain ; le premier, tout politique; le second, tout financier. C'est le premier qui l'emporte : de M. Germain, on attendait des idées pratiques ; de M. Gambetta, on attend des réformes, sociales et politiques ; on craint déjà que le budget ne devienne une machine de guerre. Février commence sur cette élection ; mais ce fait ne devait pas suffire à remphr le mois, il fallait une crise. On la dénonce en pleine tribune et, en la dénonçant, on l'aggrave : c'est la crise lyonnaise qu'on eût pu prévenir et qu'on ne sut qu'irriter.

La question d'Orient reste dans le statu quo ; on ne pressent que trop ce qui se prépare : la guerre pour le

printemps, la guerre qu'on retardera forcément jusqu'à l'époque favorable en faisant mine de négocier. Bien entendu qu'à Constantinople la politique des réformes est délaissée; elle sombre avec Midhat-pacha qu'on exile.

Cette fois, la rente s'attarde ; elle veut bien ne point monter et consent à rester simplement stationnaire. Le 3 % reste à 72 fr. 75; le o % baisse à peine de 105 fr. 80 à 105 francs.

La grande comédie diplomatique qui a commencé dès que la conférence de Constantinople a été close se déroule. La paix se conclut entre la Turquie et la Serbie. Le Monténégro négocie lentement. Le général Ignatieff, qui a une si large part de responsabilité dans les affaires d'Orient, entreprend une longue tournée en Europe. Quelque lueur d'espoir qu'on parvienne à ranimer, la crise orientale s'accuse et sévit sur le commerce de l'Europe entière.

Aux Etats-Unis une autre crise a éclaté, qui se résout, cmf poi'Uqœ celle-là ; heureux Nouveau Monde! Le parti républicain de l'Amérique du Nord l'emporte non sans peine, non sans contestation, sur le parti démocratique qui perd la partie faute d'un point.

En France éclate une crise attendue et redoutée mais . crise des pe-

.... . , . j ti tes compagnie»

que 1 on espérait conjurer, crise dangereuse et de na- de chemins de ture à compromettre les intérêts les plus respectables : " *" '^*^' la crise des petites compagnies de chemins de fer. La grave question des lignes secondaires, si urgente, si importante, soulève beaucoup de théories, mais ne trouve aucune solution : elle est étudiée par une commission sans initiative, présentée par un ministère sons idées, discutée par une majorité sans esprit de décision.

Les Chambres, prorogées jusqu'au l" mai, suspen- ^^^c^^^^^ dent leurs délibérations dans un moment où l'incertitude domine. Le ministère semble ne plus savoir sur quelle base il doit se poser; s'appuiera-t-il sur le Sénat? S'appuiera-t-il sur la Chambre des députés?

Retraite de M.

de Bismarck.

Guerre rassoturque.

Rentrée CLambres.

des

On ne le sait. C'est un mystère qu'on espère éclaircir en un mois de vacances.

Et les rentes montent énergiquement : au commencement du mois le 5 % dépasse 106 fr. 50, le 3 % est à 73 fr. 80 ; au milieu du mois, Tun est à 107 fr. 80, l'autre à 74 fr. 25; le mois fmit sur les cours de 72 fr, 30 et 107 fr. 30.

Le mois qui suit est un mois de relâche pour la politique' intérieure, mais non pas un mois de calme et de sécurité pour les affaires. Les regards un instant détournés de la question d'Orient, qui languit, sont attirés du côté du Rhin. On apprend, non sans émotion, la retraite de M. de Bismarck qui, dit-on, a demandé et sollicité un coïigé illimité. Et cette retraite est d'autant moins rassurante qu'elle était plus inattendue. On n'attend d'ailleurs rien de bon de ces congés pendant lesquels le chancelier se recueille et médite. On a toujours remarqué qu'ils coïncidaient avec quelque fâcheux événement.

En effet, le protocole accepté à Londres par les puissances est repoussé par la Porte. La guerre entre la Turquie et la Russie est déclarée et les hostilités s'ouvrent.

Cependant la France est toute à la paix ; elle n'a rien dit, rien fait qui pût inquiéter qui que ce fût. Aussi apprend-on avec surprise que M. de Moltke, prétextant certaines dispositions militaires prises sur notre territoire, a, pour obtenir un crédit du Rèichstag, parlé de la nécessité de prendre des « mesures compensatrices ».

Ces émotions successives ébranlent nos rentes : au commencement d'avril le 5 % est au delà de 108 fr., le 3 % dépasse 73 francs; le 15 avril le 5 % est à 104 fr. 75, le 3 % à 68 fr. 80 et, à la fm du mois, le 5 % retombe au-dessous de 103 francs, le 3 % au-dessous de 67 francs.

Nous voici enfin arrivés à ce solennel mois de mai rendu si célèbre parles exagérations des parlis et les

conséquences qu'elles ont entraînées. Ce mois cependant, il faut s'en souvenir, débuta d'une façon heureuse. Les Chambres venaient de rentrer, tout émues des événements de Fextérieur; deux déclarations successives du ministre des affaires étrangères rassurèrent le pays. Dans un langage énergique et digne, le duc Decazes définit nettement le rôle que la France devait garder en Europe et promit la « neutralité la plus absolue, garantie par l'abstention la plus scrupuleuse ». Mais à peine ces déclarations rassurantes avaientelles été faites aux applaudissements de la nation, que des paroles échappées à l'ardeur de deux prélats français ranimaient dans le sein de la Gheimbre des déiiutés des ferments de division mal éteints. Un blâme mfligé par la majorité n'était pas de na,ture à calmer les esprits. La discussion de la loi municipale vint encore les envenimer. On souleva la question inutile, sinon langereuse, de la publicité des délibérations des conseils municipaux. Le ministère s'abstint de se prononcer à cet égard, bien que le projet de loi fût déjà -oumis à la formalité de la seconde lecture. Le Présilent de la République, craignant alors que les prinipes conservateurs ne vinssent à être séri.eusemertt menacés, signifie à M. Jules Simon, chef du ministère, lu'il n'entend pas suivre plus longtemps le cabinet lans la voie oii il était entré. Un ministère de droite est constitué (18 mai) et les Chambres sont prorogées pour un mois.

Tel fut cet acte que désigne la date devenue fameuse lu « 16 mai » et qui devait avoir une influence si consiiérable sur les destinées politiques de la nation.

C'est une grande crise poHtique qui éclate au moment même oii la crise commerciale et industrielle que traversent les autres nations de l'Europe commence à sfrvir énergiquement en France.

Elle marque la fin d'une période de cinq mois, moins agitée, moins troublée, moins in({uiète encore que celle qui va suivre.

Déclarations du dac Decazes sur la politique extérieure.

Crise politique intérieure.

Le maréchal de Mac-Mahon se sépare du cabinet Jules Simon. Constitn— tien d*an ministère de droite.

3* cabinet de Broglie. Dissolution de la Chambre.

Il est bon de rappeler ici, bien que depuis on ait affirmé le contraire, que le monde des affaires ne s'effraya point de cette évolution politique. Le 15 mai les rentes étaient cotées : le 5 %, 102 fr. 75, et le 3 % 67 fr. 60; à la fin de mai le 5 % était .à 104 environ; le 3 % avait dépassé 69.

Ce mouvement continua en juin.

Les paroles prononcées par le Maréchal dans sa visite aux travaux de l'exposition universelle et dans son excursion à Gompiègne exprimaient avec vérité l'immense désir de travail qui animait le pays. Un dca nouveaux minisires avait dit aussi un mot excellent : « On meurt de politique, on vit de travail. » Tout cela devait évidemment rassurer les esprits, âienacesdere- Le Parlement se réunit de nouveau. Dans l'intervalle,

fus du budget. ,,•.■,

la majorité de la Chambre des députes avait, par les cent voix de la presse, menacé le pouvoir exécutif et le Sénat du refus du budget. Cette menace eut des résultats funestes : le président de la République, ainsi qu'on s'y attendait d'ailleurs, résolut de demander au Sénat son « avis conforme » en vue d'une dissolution immédiate de la Chambre ; il l'obtint et celle-ci fut dissoute.

Dès ce moment une nouvelle crise s'ouvre, la crise électorale; car à quelque époque que doivent être fixées les élections, c'est une nécessité pour les partis d':; prendre position et de se préparer à la lutte.

nature^^ *^° '°"*^ ^^ ^^ ^^^ '^^ j"^'^ jusqu'au milieu d'octobre, les mois n'ont point de physionomie qui leur soit propre; c'est la crise ou plutôt ce sont toutes les crises réunies, sans cependant qu'elles aient encore atteint leur degré d'intensité le plus élevé : crise extérieure, crise électorale, crise industrielle, crise commerciale.

La guerre rus- En Orient, Ics Russcs, après avoir franchi le Danube

so-turque. Ba- ' ' ^

taille de piewna. saus résistaucc, remportent une série de succès faciles qui rendent vraisemblable tout ce qui a été dit du prétendu épuisement de la Turquie. Puis soudain les armées du tsar, arrivées jusqu'aux Balkans,

se heurtent à des obstacles infranchissables, rencontrent des résistances acharnées, héroïques. Bien plus « l'homme malade » ne se contente pas de vivre et de se défendre; il bat son ennemi bien portant et le contraint aux plus excessifs elTorts.

La lutte prend chaque jour un caractère plus terrible, plus sanglant, dans les batailles presque interminables de Schipka (20-26 août) et de Plewna (31 aoùt-il septembre).

En France cependant, la campagne électorale se poursuit, traversant ses phases naturelles, lorsqu'un événement considérable vient tout à coup modifier profondément la situation.

M. Thiers, que ses grands services en des jours dou- ti^«^' loureux avaient rendu plus cher au pays que n'avaient pu le faire et sa gloire d'historien et sa réputation d'homme d'Etat, M. Thiers, devenu récemment le chef officiel de la majorité de la Chambre dissoute, meurt subitement.

Ce fut un deuil pour la France; pour les partis, surtout une surprise. L'événement sembla favorable à' l'un des partis tandis que l'autre le crut assez dangereux pour tenter de se réserver tout le prestige des funérailles de l'illustre mort.

A la vérité, les partis ne discernèrent guère d'abord ce qu'ils avaient réellement perdu.

Quelque tendance qu'eût montrée M. Thiers pour la République, il est certain que la cause conservatrice perdait un de ses défenseurs ; il est certain aussi que la cause républicaine perdait le seul homme qui pût exercer utilement sur ses partisans une action modératrice.

La mort de M. Thiers eut-elle sur le résultat des «SIections une influence considérable? C'est ce dont il est permis de douter. Ce résultat, on sait ce qu'il fut et il serait bien difficile de dire aujourd'hui par quels moyens et sous l'empire de quelles circonstances il eût pu être modifié.

Mort de M.

ocwbre'Tamajo^ ^^^ majorité de gauche revint à la Chambre. La rite passe à gau- çnsQ élcctorale est terminée; la crise gouvernementale

che. Crise gou- °

vernemenlale. S'OUVrC.

C'est bien en effet une crise gouvernementale; il ne s'agit plus seulement de mettre en cause le ministère du 18 mai. Des paroles graves ont été prononcées au cours de la campagne électorale; la personne même du chef de l'Etat a été discutée; on a posé cette alternative : démission ou soumission.

Tandis que, dans les régions politiques, s'agitent tant et de si violentes passions, tandis que l'industrie et le commerce, dont les souffrances s'accroissent, commencent à élever haut leurs plaintes, la Bourse montre, elle, une singulière placidité et témoigne d'une étonnante confiance dans le présent et dans l'avenir. Il n'est pas inutile de réunir ici les cours cotés de mois en mois par nos rentes depuis la fin de juin jusqu'à la fin d'octobre :

Le 30 juin le 3 % était à 70 fr. 35; le 5 % à 106 fr. 75.

Le 31 juillet le 3 % était immobile à 70 fr. 35; le 5 % plus recherché à 107 fr. 10.

A la fin d'août le 3 % a monté à 70 fr. 80, tandis que le 5 % a fléchi à 106 fr. 85.

Le mois de septembre amène une baisse sensible : le 3 % retombe à 69 fr. 20 et le 5 % à 105 fr. 25.

Le 13 octobre, à la veille des élections, ces derniers cours sont à peu près maintenus : le 3 % est à 69 fr. 15, le 5 % à 105 fr. 45.

Le 16 .octobre, quand les résultats du scrutin sont . entièrement connus, la Bourse peu émue porte le 3 % à 69 fr. 90, le 5 % à 106 fr. 20. Et ce mouvement continue.

A la fin du mois, le 3 % est à 70 fr. 40, le 5 % à ,106 fr. 80.

; Le Parlement se réunit de nouveau et les trois pouvoirs publics se retrouvent en. présence. Le ministère du 16 mai s'écroule après une défense énergique. On

est en pleine crise. Le Maréchal a recours à un ministère extra-parlementaire qui, en tout autre temps, eût fait un bon ministère d'affaires. Mais la Chambre le condamne dès son apparition. On est en plein chaos. Les partis extrêmes ne rêvent que de solutions extrêmes; les esprits modérés n'osent plus espérer de solutions modérées. Ces difficultés laissent la Bourse imperturbable ; toujours poussée par un flot de capitaux .iébordants, elle conduit le 3 % à 71 fr. 70, le 5 % à 107 fr. 06.

La crise industrielle et commerciale sévit avec d'autant plus de violence qu'on se rapproche dune époque d'ordinaire féconde en affaires. La nécessité de transiger semble devoir s'imposer. Et cependant toutes les tentatives de transaction avortent.

La situation paraît inextricable et sans issue; on semble de part et d'autre s'arrêter à des projets de combat, de résistance acharnée. Soudain, une éclaircie se fait, l'accord s'établit; pourquoi, comment? on ne le sait encore, et le lendemain du jour où l'on croyait à 1 ipparition d'un ministère de dissolution, on apprend la formation d'un ministère de conciliation, d'un ministère de gauche et de centre-gauche.

Tandis qu'au dedans les pouvoirs publics semblent enûn disposés à convenir entre eux d'un modus Vivendi pour assurer, tout au moins pendant un certain

■nps, la reprise et le progrès des affaires du pays,

ici qu'à son tour la situation extérieure se détend

)lemment. Toute une armée turque est faite prisonnière à Plewna après des prodiges de valeur. Cette \ictoire va permettre à la Russie de traiter dans

s conditions favorables et à l'Europe d'intervenir uti-

ri>ent pour la conclusion de la paix.

Et maintenant allons-nous assister à un règlement

rieux de la question d'Orient?

Allons-nous enftn voir notre majorité parlementaire

oins impatiente se contenter de la part d'influence et de pouvoir gui lui est faite?

Ministère extraparlement aire.

Cabinet de B»chcboueU

Ministère de conciliation. ^ cabinet Dafaure.

La Russie vio> torieoBe à Ptew

crrm" pouvait Dans les derniers événements qui viennent de s'acétre 1878. complir, faut-il voir une fin, faut-il voir un commen-

cement? C'est là une question à laquelle l'année 1878 pourra seule répondre.

Et cependant, si on voulait!

Si on voulait, combien cette prochaine année pourrait être utile et fructueuse!

Si on voulait, quels avantages elle pourrait assurer au pays?

Ce serciit l'année de la paix,- en Europe; l'année du travail, du commerce, en France. Ce serait l'année de l'Exposition universelle ouverte à tous les peuples rapprochés.

Cette année-là, si on voulait, si on était modéré, si les partis savaient borner leurs ambitions, serait l'année des fécondes solutions économiques : elle verrait la réorganisation de notre régime de chemins, de fer et la reconstitution de notre réseau secondaire; elle rendrait à notre marine marchande sa force et sa vitalité; elle nous donnerait des traités de commerce conclus sur des bases larges et libérales.

Cette année-là pourrait être celle du budget sagement et prudemment étudié, lentement et profondément discuté; l'année qui effectuerait des réformes fiscales urgentes, qui préparerait celles qui devront être réalisées dans un avenir plus ou moins prochain. Elle serait, si on voulait, et ce rêve n'a rien d'exagéré, l'année des économies vraies et sérieuses, et aussi l'année des dépenses productives.

Les économies, c'est la conversion qui les peut procurer d'une façon certaine. Les dépenses productives sont celles qu'appellent tous les grands travaux réclamés par nos ports, nos rivières, nos canaux, nos routes, nos chemins de fer; dépenses que le mouvement des affaires, le produit des échanges, les bénéfices du commerce international rembourseront avec usure.

Pour faciliter la conversion, nos rentes s'élèvent, en dépit de nos agitations, à des cours inespérés; au de-

hors, la paix viendra bientôt sans doute rassurer les esprits.

Pour favoriser la reprise des affaires que provoquerait une accalmie politique, nous avons la masse considérable de nos capitaux disponibles, qui n'attendent que l'heure propice pour s'employer.

Telle est l'année que nous souhaitons, que nous espérons et que les Français auront s'ils veulent, ou, comme on dit aux enfants, s'ils sont bien sages.

L'année 1875 fut Vannée des surprises; 1876, Vannée des inquiétudes; l'annéo i877 mérite de garder le nom d'année des crises. Puisse-t-elle du moins les avoir toutes épuiséesl

L'année 1877 avait, à tous égards, mérité le nom Débnisdei'a». d'année des crises; il nous semblait permis, alors °*^qu'elle s'achevait, d'espérer que celle qui lui succédemit ne renouvellerait pas des épreuves qui avaient été vaillamment supportées, il est vrai, mais qui ne lavaient pas été sans peine ni sans fatigue.

L'année 1878, il faut le reconnaître, eut des débuts rassurants; elle donna tout d'abord des promesses et des espérances. Le premier mois n'offrit même que les augures favorables.

Au dedans, on semblait enfin disposé à oublier les Accalmie pdiressentiments de parti pour ne plus s'occuper que des ^"of^cussions L'iands intérêts commerciaux et industriels du pays. ** ^iJ^programme < »n étudiait et on discutait la grave question des che- Freycmel mins de fer. On songeait à dresser de grands proirrammes économiques et M. Léon Renault en produisait lui-même un qui contenait certes de quoi fournir il la plus ardente activité. De son côté, le nouveau ministre des travaux publics, M. de Preycinet, présentait, dans des rapports qui furent commentés, une série de projets fort vastes, dont l'opportunité et l'urgence pouvaient être contestées, mais qui témoignaient néanmoins d'un véhément désir de faire beaucoup et de H faire grand. » (1).

Au dehors, la chute de Plewna, en relevant le près- situation extétige militaire de la Russie, lui permettait de négocier "®'^®'

(1) Voir notre étude sur Les grands travaux publics, in-S* 1878

avec honneur et sans désavantage. Déjà l'Angleterre croyait le moment favorable pour intervenir diplomatiquement et rissue de la bataille de Schipka, suivie d'un armistice, faisait prévoir un rapide dénouement.

EiSauer*^*"' ^^ ™°^*' ^^ Victor-Emmanuel avait seule attriste ces prémices de la nouvelle année, La fin du roi galant homme était d'ailleurs enviable : il s'éteignait entouré de respect et universellement regretté, léguant à son fils Humbert sa grande popularité.

L'Espagne s'associait à la joie de son jeune souverain qui venait de contracter une alliance selon son cœur, union qui promettait d'être heureuse et qui devait être si cruellement et si promplement brisée.

ral^ies!^*' ^^^^ A cc moment donc, tout semblait préparer à la France et à l'Europe de justes compensations aux vicissitudes de l'année précédente.

Cependant la politique semblait, prête à reprendre ses droits et les nombreuses invalidations prononcées par la majorité de la Chambre des députés attestaient , . ^ , la vivacité des rancunes et des animosités de parti.

tioii d'une rente Sans ctrc rigourcux, le mois de février se montrait

b\e!' '*'"°"'®''''' déjà moins clément. Il mettait au jour un projet financier dont les conséquences paraissaient dangereuses à divers égards. On se proposait de créer un nouveau fonds d'Etat, une nouvelle rente 3 %, amortissable celle-là, et qui devait être émise en titres analogues aux obligations des chemins- de fer. C'était compromettre ou ajourner la conversion que la pacification de l'Europe devait favoriser; c'était menacer aussi d'une dangereuse concurrence nos grandes compagnies pour leurs futures émissions. Cependant les divers organes de la majorité accueillirent ce projet avec enthousiasme; la commission du budget en adopta le principe avec empressement; le futur fonds d'Etat eut, dans certaines régions politiques, un tel succès avant sa naissance, qu'on le présentait comme le type modèle de la rente populaire, la base des systèmes financiers de l'avenir et de l'unification de la dette publique. Tout en cares-

1878. - L'ANNÉE Dli LKXPOSlTIOjV

sant ces illusions, la Chambre des députés discutait et \otait avec une vertigineuse rapidité le budget de 1878, i malheureusement attardé.

La situation extérieure ne s'aggravait pas encore. LAutriche proposait un congrès. M. de Bismarck pro- , mçait devant le Parlement prussien un discours qui •ouvait paraître sincèrement pacifique. On n'était pas ms crainte sur les complications éventuelles qui pou- N aient s'élever à la mort de Pie IX. Cependant l'élection du nouveau pape, Léon XIII. s'effectua sans difficultés et le choix du conclave fui généralement accueilli avec faveur.

Mars vint tout compromettre et remit tout en question. La Chambre des députés procédait à de nouvelles invalidations et s'engageait dans la malheureuse et inutile affaire du rachat des chemins de fer. II fut bien entendu cependant, au cours de la discussion, que l'adoption de cette mesure n'engageait en rien l'avenir ^'t que tous les principes étaient réservés. Toutefois l'Etat se trouva ainsi avec plusieurs chemins de fer sur les bras sans en savoir que faire. Bientôt après, et par une conséquence aussi logique que regrettable, la création du 3 % amortissable fut votée (1). Il est juste néanmoins de porter à l'actif de notre Parlement deux améliorations fiscales importantes par leurs résultats : la réform.e postale et télégraphique, et la suppression de l'impôt de 5 % sur la petite vitesse.

A l'extérieur, la situation s'aggravait singulièrement. La Russie concluait avec la Turquie une paix séparée et formulait ses exigences dans le traité de San-Stefano dont, selon toutes les apparences, l'Europe et surtout l'Angleterre ne pouvaient accepter les principales clauses. L'orage en effet ne tardait pas à éclater. La lémission de lord Derby et l'appel des réserves anglaises indiquèrent nettement que le gouvernement bri-

Congrès européen (leniaiidê par l'Autriche.

Altitude pacifique de M. de- Bismarck.

Mon de Pie IX.

Aggravation de la situation Catérieure. Tra.te de Saa-Stefun«.

(1) Voir notre étude sur La rente 3 présent, son avenir, in-8*.

amorlissable. Soa passé, son

tannique entendait suivre désormais une politique plus active et plus énergique. L'inquiétude se répandit aussitôt à travers l'Europe; on regardait déjà comme imminent le choc des deux grands empires dont ies influences se heurtent en Orient depuis si longtemps. On se crut à la veille d'une grande guerre dont les conséquences pouvaient être redoutables; ce fut une panique générale. Tous les marchés financiers furent ébranlés; le nôtre fut peut-être celui qui résista le plus énergiquement à cette crise.

Ce fut du moins en France que les esprits revinrent le plus promptement au calme et au sang-froid.

ef de^r»?^*^ '^^^ Notre ministre des finances, avec un empressement qui eût dû être imité par nos législateurs, présenta le budget de 1879, dès que celui de 1878 eut été voté. Les Chambres se séparèrent pour les vacances de Pâques sans que le Sénat eût ratifié le projet de rachat des chemins de fer ; la discussion eh fut ajournée jusqu'à la reprise de la session. Le 7 avril, eurent lieu des élections partielles qui, ainsi qu'on l'avait d'ailleurs prévu, assurèrent à la gauche la possession de quinze sièges nouveaux. Les conseils généraux, cependant, il faut leur rendre cette justice, s'occupèrent alors fort peu de politique ; ils expédièrent sans bruit les affaires départementales. Que n'en était-il ainsi de celles du pays, et que n'abandonnait-on la politique pour

^Jnauju ration veiller aux grands intérêts nationaux. C'est à ce souci

Basiiai. des affaires que M, Léon Say rappelait les esprits,

lorsque, dans un excellent discours prononcé dans les Landes à l'inauguration de la statue de l'illustre économiste Bastiat, il reprochait aux partisans des fécondes réformes inaugurées en 1860 de s'être « endormis sur leurs lauriers ».

"lo^sse'''* ^^ Cependant le conflit anglo-russe ne se résolvait pas. Le marquis de Salisbury, qui avait remplacé lord Derby au Poreign Office, avait lancé une circulaire dans laquelle il contestait, non pas une ou plusieurs des stipulations du traité de San Stefano, mais le traité

loul entier. Le prince GortschakolT répondait en maintenant les prétentions de son gouvernement et en reprochant au cabinet anglais de se borner à des protestations purement négatives sans formuler aucune proposition déterminée. Ce reproche indiquait déjà un acheminement vers des idées moins absolues. D'autre part, le ministère anglais protestait devant le parlement de son désir d'apaisement et de conciliation. Mais quelles espérances fonder sur de si douteuses conjectures?

C'est à travers ces incertitudes et ces difficultés sans cesse opposées par les circonstances à une sérieuse reprise des affaires que l'on gagne le mois de mai, c'est-à-dire l'ouverture de l'Exposition.

L'Exposition de 1878, c'est le grand fait, la grande œuvre de l'année, événement considérable qui n'eut pas seulement un intérêt national, mais un intérêt vraiment universel. Sans doute, il était regrettable que cette belle entreprise s'effectuât à une époque troublée et inquiète où la plupart des nations souffraient cruellement des conséquences de la guerre orientale. Mais, d'autre part, il était vraiment courageux, de la part d'une nation naguère si éprouvée par la guerre, de donner en un tel moment et sous une forme matérielle si vive, si frappante, un éloquent témoignage de la puis- ^.ince de la paix. Nul enseignement ne devait mieux

icher tous ces peuples qui semblaient prêts à s entr'égorger et peut-être, à cet égard, le rôle politique de la France a-t-il été beaucoup plus actif et efficace qu'on ne pouvait l'espérer. C'était prêcher d'exemple; il n'y avait pas de meilleur moyen de persuasion que ce spectacle pacifique et rassurant de l'Exposition universelle.

C'est à ce moment, en effet, que se manifestèrent

lin les dispositions conciliatrices des puissances : déclarations rassurantes de notre ministre des affaires étrangères, entremise obligeante de rAllemagne. mission du comte Schouwaloff à Londres et à Paris. L'hori-

Ouvertnre de l'Exposition nniverselle.

Amélioralloi do la silnalioB extérieure.

FINANCES CONTEMPPORAINES

Attentat contre l'empereur Guillaume.

Questions d'affaiies résolues.

Uachatdcs chemins de fer secondaires.

Au Crédit foncier

Projet de congies à Berlin.

Nouvel attentat contre l'empereur Guillaume.

zon se rassérénait. Cependant un premier attentat contre l'empereur Guillaume révélait le travail souterrain et sombre qui depuis longtemps mine sourdement les Etats.

A l'intérieur, on semblait pénétré de la nécessité de faire trêve aux polémiques irritantes jusqu'à la clôture de l'Exposition. La Chambre des députés votait une loi libérale sur la retraite des officiers, loi que la Chambre haute améliora encore. Le Sénat, de son côté, votait le rachat des chemins de fer secondaires, mais après avoir obtenu du ministre des travaux publics des déclarations formelles qui réservaient le principe et laissaient, en somme, la question entière et non préjugée. Il ratifiait en outre le projet relatif à la création du 3 % amortissable qui allait bientôt faire parler de lui.

Au même moment s'élevait la délicate question du Crédit foncier posée dès cette époque par le gouverneur, M. Christophle, qui s'était refusé à effectuer la distribution d'un dividende voté par l'assemblée générale sur des bénéfices qu'on ne pouvait considérer comme définitivement acquis.

Le mois de juin répare enfin tout le mal que le mois de mars avait apporté. Les espérances pacifiques prennent une sérieuse consistance. Les marchés financiers se relèvent. Notre Bourse témoigne d'une entière confiance qui se traduit par une hausse très accentuée de nos rentes.

La réunion d'un congrès est enfin décidée; sur la proposition de l'Autriche, le gouvernement impérial allemand invite les puissances intéressées à envoyer des représentants extraordinaires à Berlin pour ces solennelles conférences que doit présider le prince de Bismarck.

Un nouvel attentat, auquel l'empereur Guillaume n'échappe que grièvement blessé, avertit les gouvernements d'avoir à se défendre contre ces entreprises odieuses.

En France, le Parlement s'ajourne jusqu'à la (la d'octobre, laissant -le pays tout entier à ses devoirs d'hospitalité qu'il exerce d'ailleurs magnifiquement en offrant à ses hôtes, le 30 juin, une fête splendide.

Pendant les premiers jours de juillet les préoccupalions de la politique européenne l'emportent. Le congrès multiplie ses séances qui sont closes, le 13, -par la conclusion d'un traité général. Mais, au moment même où se manifeste la satisfaction que cause partout cet heureux résultat, éclate le coup de théâtre de la convention anglo-turque qui livre l'île de Chypre à la Grande-Bretagne. La surprise chez les uns, la déconvenue chez les autres à cette nouvelle inattendue, sont extrêmes. La hausse de nos rentes s'en trouve enrayée.

l^e conflit élevé entre le gouverneur du Crédit fontitr et plusieurs actionnaires entre dans la période aiguë.

Le nouveau 3 % amortissable fait sa première apparition à la cote de la Bourse et sur le marché; il est aussitôt poussé à des prix tellement exagérés qu'ils en éloignent pour longtemps le vrai public.

La conclusion de la paix fait disparaître les causes

térieures qui pouvaient mettre obstacle à la conversion de notre rente 5 %. Cette opération depuis longtemps praticable est devenue facile. Elle semble probable et l'appréhension des rentiers qu'on laisse dans une perpétuelle incertitude détermine la baisse du 5 %.

D'autre part, on redoute une crise ouvrière dont nous nacent les grèves importantes qui se produisent actns le Nord. Ce danger est heureusement écarté au bout de quelques semaines.

Le mois d'août n'améliore et ne résout rien. Le gou

rneur du Crédit foncier s'appuyant sur le Conseil

! Etat et l'autorité du ministre des finances, triomphe

des prétentions des actionnaires dissidents. Mais il

demeure évident que les grands intérêts de l'institution

ne seront solidement assurés que par une réforme des

CoDventioB anglo-tarque.

L'Angleterre à Chypre.

Bruits de conversiob do 5 %

Grèves Nord.

du

An Crédit foocier.

statuts qui assure une représentation exacte et réelle aux 11,588 actionnaires du Crédit foncier et non pas seulement aux 200 plus forts porteurs de titres.

Le 3 % amortissable subit de sérieuses vicissitudes. On a recours, pour le placer à l'émission, aux guichets du Trésor et des trésoriers-payeurs généraux.

La politique qui semblait sommeiller se réveille tout à coup et l'on voit surgir, bien prématurément, la question des élections sénatoriales. Dès ce moment les partis s'agitent pour s'assurer le choix des délégués sénatoriaux. Cette irruption subite des préoccupations électorales ne laisse pas de troubler le peu de quiétude que l'on gardait.

Elections légis- De nouvelles complications s'élèvent au dehors. Les 'es. ''^ ^ ^'"*"" élections au Reichstag allemand profitent au parti national-libéral et affaiblissent le parti conservateur, sans cependant éliminer le parti socialiste. L'Autriche qui, conformément aux clauses du traité de Berlin, procède LAiitrici.e oc- à l'occupation de la Bosnie, y rencontre une résis-

cupe la Bosnie. , , , , , ^ , -i ■ , ■■,■,■,.

tance énergique et tout a fait imprévue; il lui faut dompter une puissante insurrection mystérieusement entretenue.

Opinions di- En Septembre, on se préoccupe toujours de la conver-

verises à propos • . a, •■,,.,• i ir, , ,

de la conversion, sion, qui parait Si légitime qu on s étonne de ne pas la voir préparer. Certains journaux affirment que le ministre n'y songe nullement. Il doit d'ailleurs dans un prochain voyage se prononcer à cet égard. Vaine attente. Le voyage s'effectue. M. Léon Say parle en effet, se loue de l'émission du 3 % amortissable, affirme son accord constant avec M. de Freycinet, accord dont on avait douté, mais il garde un silence absolu sur la conversion, mbetta op- Moins discrct, M. Gambetta, dans un discours peu

bion du V^r*^ favorable à la magistrature et au clergé, déclare incidemment, mais en termes formels, qu'il est opposé à la conversion. Naturellement le 5 % remonte. Le 3 % amortissable effectue enfin une dernière évolution. T-.e solde de la somme de cette rente à émettre en 1878

1878. — L'ANNÉE DE LEXPOSITION

est offerte en bloc à la Bourse, à des cours plus accessibles cette fois; il est promptemenl absorbé par la haute finance et les sociétés de crédit dont on avait d'abord dédaigné le concours. Quant au public ordinaire, il a été oublié.

Le mois d'octobre est peu généreux. Il apporte peu de chose et ce peu n'a rien de bien satisfaisant. Les discours de M. de Preycinet dans l'Ouest et le Sud-Ouest, si modérés qu'ils soient, n'offrent pas une compensation suffisante à l'impression profonde que produisent les paroles menaçantes prononcées au Reichstag par M. de Bismarck. I^e chancelier accuse la presse libérale allemande de prendre son mot d'ordre auprès des organes attitrés de la majorité du Parlement français; sous le voile des précautions oratoires, c'est le gouvernement même et la nation française qu'il avertit durement.

Le conflit du Crédit foncier de France se perpétue. Les censeurs de cette Institution réclament la convocation dune assemblée générale. Le gouverneur sy refuse et s'adressant directement à tous les actionnaires sans distinction, il leur fournit, dans une. circulaire étendue, les explications les plus complètes et les plus loyales; il les rassure aussi sur le dénouement prochain de l'affaire égyptienne qui intéresse à un si haut degré cet établissement.

Notre marché financier subit le contre-coup de l'ébranlement considérable causé au marché de Londres par le sinistre de la banque écossaise « City of Glas- -o\v » dont l'écroulement jette une profonde perturbanon dans les affaires.

Dans ce même mois d'octobre la tribune et le clergé français font une très grande perte en la personne de l'éminent évêque d'Orléans, Mgr Dupanloup, qui fut un orateur éloquent, un polémiste ardent et, plus encore, un vaillant serviteur de la patrie.

Le mois de novembre vient clore la longue fête de l'Exposition. La nation, pendant six mois, ne s'est pas

Diseoars nieniçant de M. de Bismarck.

Encore le Crédit foncier.

Crise sar le marché de Londres.

Mort de H^r Dupanloup.

L'ExpositloB

close.

Dnei Gambetta- duel parlementaire de

<!e rourtou.

L'exécution du traité de Berlin.

Attentats contre le roi d'Espa3:ne et le roi d'Italie.

Conclusion.

Ce qu'a été Tannée 1878.

complètement appartenue; elle se devait à ses hôtes. Elle va pouvoir reprendre possession de soi-même, satisfaite qu'elle est des témoignages de sagesse, de courage, d'amour du travail et de la paix, qu'elle a donnés.

Les Chambres sont de nouveau réunies; mais pourquoi faut-il retrouver, à la fin de l'année, les mêmes préoccupations qui en ont marqué le commencement. On en est encore, après quatorze mois écoulés, aux récriminations politiques, aux animosités de partis, aux invalidations dont la liste n'est pas épuisée. Le

MM. Gambetta et de Pourtou n'apaise pas cet esprit de discorde stérile; les discussions passionnées s'interrompent à peine pour laisser examiner, discuter et voter en moins de dix jours l'énorme budget de l'exercice prochain.

Les questions d'affaires sont et demeurent sacrifiées, comme toujours.

En Europe, l'exécution du traité de Berlin rencontre de nombreuses difficultés et subit de fâcheux délais. En Asie, la guerre éclate entre l'Afghanistan et l'Angleterre qui, de ce côté encore, peut se heurter contre la Russie. L'agitation socialiste s'étend de plus en plus. Un attentat à la vie du roi d'Espagne avait déjà donné un nouvel avertissement aux nations; le roi d'Italie à son tour est en butte aux entreprises des assassins.

Le mois de décembre ferme silencieusement l'année. La Chambre se sépare, non sans avoir encore invalidé quelque peu ; elle ne laisse au Sénat qu'un temps à peine suffisant pour jeter un prompt regard sur le budget et le voter à la hâte. La situation extérieure reste embarrassée et indécise.

Qu'aura donc été l'année 1878? Une mauvaise année? Non certes : elle n'a été signalée ni par de bien grandes joies, ni par des accidents bien redoutables; elle n'a procuré ni mécomptes irrémédiables, ni satisfactions vives. Fut-elle une année d'affaires? Assurément non. Chaque

fois qu'on s'est cru à la veine d'une reprise sérieuse des affaires, quelque complication a surgi pour l'enrayer. Effectivement, elle est tout entière contenue dans \m fait, considérable il est vrai, mais unique. C'est l année de VExposition. C'est sous cette dénomination, ?ans doute, quelle restera dans les souvenirs.

Le fait qui avait particulièrement caractérisé l'année 1878, c'était cette vaste exposition universelle ouviTte à toutes les nations et dans laquelle toutes de- \ aient se trouver réunies sur un champ de bataille pacifique et fécond. C'était comme un éloquent appel I tous les peuples, un hommage rendu à la paix et à r>s œuvres, une grande exhortation au travail. On l»ouvait croire qu'une telle manifestation produirait de -'rands effets et qu'elle imprimerait à l'activité produc- : ice des deux mondes un énergique essox.

Tout d'ailleurs semblait justifier cette espérance: Tannée 1879 s'ouvrait sous les meilleurs auspices; la paix était partout rétablie au dehors; à l'intérieur, le i -sir de l'ordre et le besoin de travail éclataient de us côtés avec tant d'évidence qu'il était vraiment [.ermis de croire qu'après tant d'années difficiles ou improductives, on aurait enfin une bonne année d'affaires. Ce fut par cet espoir, qui était un vœu ardent, ne fut salué le nouvel an.

La politique, il faut bien le reconnaître, se fit dès Élections séna-

If premier mois, la part du lion. Le 5 janvier, eurent '°'"'*"*-

lieu les élections sénatoriales qui assurèrent à la gau-

■ he la majorité dans la Chambre haute. Ce résultat

•mblait devoir écarter toute éventualité de conflit

ntre les deux Chambres et assurer, par conséquent, le

fonctionnement régulier du mécanisme gouvernemental. Le ministère présidé par M. Dufaure présenta un programme à la fois ferme et modéré dans lequel les questions économiques n'avaient pas été oubliées. Mais les exigences imposées au cabinet relativement aux Retraiteauma- giands Commandements militaires entraînèrent la re-

r 0 c h a I de M a c- "

Mahon. Élection traite du maréchal de Mac-Mahon. On dut procéder,

deM.JulesGrévy , , . . . , •

xM.Gambetta saus dcsemparcr, a la transmission des pouvoirs; Chambre. M. Julcs Grévy fut élu président de la République (30 jan-

vier) et remplacé par M. Gambetta à la présidence de la Chambre des députés.

Le mois de février ne fut pas moins agité. « A une

situation nouvelle, il faut des hommes nouveaux, »

Cabinet wad- avait dit M. Dufaure ; on constitua un nouveau cabi-

aington.

net. Dans son message du 6 février, M. Jules Grévy définit nettement l'attitude qu'il entendait garder en affir- Message de M. mant sou intcntion a de n'entrer jamais en lutte contre

Grevy. Ses inten- ■'

lions. la volonté nationale exprimée par ses organes constitu-

tionnels. »

M.^GambSu ^"^ ^^ ^^^ ^^^^^ ^- Gambetta, dans une allocution qui fut fort remarquée, annonçait l'ouverture d'une ère nouvelle pour la République qui, disait-il, « devait entrer dans sa période organique et créatrice. » Le chef de la majorité, dont la perspicacité n'était i>as en défaut, comprenait la nécessité de pourvoir aux intérêts matériels du pays et il exprimait le vœu qu'on abordât « les grandes questions scolaires, militaires, financières, industrielles, économiques. »

Cfifi™™^^ P^^ Mais déjà, autour des Chambres et dans les Chambres mêmes, c'étaient les questions irritantes de parti qui l'emportaient : celle de l'amnistie plénière, celle de la translation à Paris du siège des pouvoirs publics; on demandait enfin la mise en accusation des ministres du IG mai. Une seule de ces questions put être alors réglée; l'amnistie plénière fut repoussée et la Chambre des députés adopta le projet d'amnistie restreinte appuyé par le gouvernement.

Un grand intérêt financier eut cependant le don de i^f-^ll^^^^ fixer l'attention pendant ce mois : un député interpella conversion. le ministre des finances sur la conversion et sur la manière dont elle serait effectuée. M. Léon Say lui répondit simplement qu'il n'avait pas d'opinion à ce sujet et que la Chambre elle-même n'avait pas d'avis à émettre (1). Toutefois il parut certain que la majorité de la commission du budget était favorable à la conversion et que cette opération pouvait être tentée à bref délai. Dans cette prévision, une spéculation active se déploya en Bourse jusqu'au moment oii on apprit, avec une étonnante soudaineté, que le ministre avait déclaré à la commission qu'il regardait la conversion comme impossible à raison de la situation économique et financière du pays. Il en résulta une I»anique restée fameuse et un désarroi dont les cours des rentes se ressentirent pendant quelque temps. Dès ce moment, il était facile de prévoir combien la spéculation pourrait, à une heure donnée, agir sur un marché admirablement préparé pour les affaires, mais ù les affaires vraiment sérieuses manquaient. D'autre part on s'inquiétait de l'indécision du gouvernement et de son abstention, même en matière économique. On avait vu au mois de janvier, non sans une vive crainte, notre traité de commerce avec l'Autrichellongrie soudainement dénoncé, non renouvelé, sans avis donné en temps opportun aux intéressés. Cet acte d'imprévoyance était peu fait pour inspirer confiance. L'agitation protectionniste s'accentuait depuis deux mois ; de leur côté, les libres-échangistes s'inquiétaient; cette incertitude aggravait les effets de la crise industrielle. La Chambre s'était décidée pourtant à aborder la question de la marine marchande; mais après une discussion languissante, sans cesse interrompue par les incidents politiques, le malheureux projet fut ren-

Qaestians éeo> nomiques.

Agitation protecUonniste.

(1^ Voir DOS études sur La conversion de la rente 5 %, in^, 1876, et Us contribuables et les conversions de la rente, in-8% 1878.

con

tére du 16 mai.

Questions extérieures.

voyé à une commission! A grand peine la Chambre

parvenaitrelle à voter avant les vacances de Pâques la

loi de classement du réseau complémentaire des che-

ordre du jour jnjns de fcr d'intérêt général. Il est vrai qu'on avait

ntre le minis- ° ^

fait beaucoup de politique, renversé M. de Marcère, discuté la question de mise en accusation des ministres du 16 mai et, finalement, voté contre eux un ordre du jour dit de « flétrissure. »

A l'extérieur rien de grave ne s'était accompli depuis le commencement de l'année si ce n'est le triste échec subi au Cap par l'armée anglaise ; mais, d'autre part, l'Angleterre avait achevé avec succès sa campagne contre l'Afghanistan; la Russie avait conclu sa paix définitive avec la Turquie; un différend s'était élevé entre elle et la Roumanie à propos de l'occupation d'Arab-Tabia sur la frontière de la Dobrudcha. En Egypte, la réorganisation financière rencontrait toujours de nombreuses difficultés; mais l'accord de l'Angleterre et de la France faisait espérer qu'un contrôle sérieux pourrait être exercé par les agents des deux puissances, MM. de Blignières et Wilson.

A la fin de ce premier trimestre nos rentes, remises d'une secousse passagère, retrouvaient leurs hauts cours. Le 3 % était k 79 Tr. 32 ; le 5 % à 115 fr. 22 et la rente 3 % amortissable à 81 fr. 70.

Le mois d'avril fut tout d'abord marqué par le succès prévu des candidats républicains aux élections qui eurent lieu, le dimanche 6, dans vingt et une circonscriptions. Le 20 avril, du scrutin de ballottage sor-tait la fameuse question Blanqui; le révolutionnaire impénitent venait d'être nommé par les électeurs de Bordeaux. Au conseil municipal de Paris, M. Hérold, préfet de la Seine, présentait le projet de loi relatif au remboursement de 282 millions dus au Crédit foncier et à un emprunt nouveau à contracter auprès de cet établissement. Les conseils généraux tenaient leur session avec calme ; trente d'entre eux environ se pronon-

Élections législatives complémentaires.

1879. — LAXNÊE DES SYNDICATS

çaient contre le projet de loi sur l'enseignement supérieur présenté par M. Jules Ferry.

En Egypte, une nouvelle crise ministérielle éclatait, amenant des complications nouvelles. Un odieux attentat à la vie du tsar révélait à l'Europe le trouble profond des esprits et les menées ténébreuses du parti ocialiste en Russie.

L'exécution du traité de Berlin, en ce qui concerne , frontière turco-grecque, rencontre des difficultés que ( Grèce et la Turquie ne savent ou ne peuvent aplanir; M. Waddington invite par une circulaire les puissances contractantes à provoquer une réunion des ambassadeurs en vue du règlement de cette question.

Le mois de mai amène des grèves intenses, signes

• rtains des souffrances de notre industrie et des

lasses laborieuses. Aussi l'agitation économique est-

lie de plus en plus vive. Le pcu-ti protectionniste dé-

[>loie une infatigable activité. Une grande réunion des

K!^légués des Chambres de commerce a lieu et ses con-

■lusions sont favorables au relèvement des tarifs. Le

nouveau ministre du commerce, l'honorable M. Ti-

rard, se prononce énergiquement contre ces tendances

et, tandis que M. Pouyer-Quertier va plaider la cause

protectionniste à Laval, le ministre se rend lui-même

à Marseille pour y affirmer les bienfaits de la liberté

ilu commerce.

La Chambre vote la loi sur l'état-major et résout la question Blanqui en invalidant l'élection de Bordeaux. Les grèves s'apaisent peu à peu.

Les clauses les plus importantes du traité de Berlin s'exécutent graduellement. Le prince de Battenberg est élu prince de Bulgarie sous le nom d'Alexandre I*. Les troupes russes évacuent la Roumélie et la Bulgarie.

Le mois de juin se signale par une explosion nouvelle d'irritations politiques. Toutes les questions de parti et de personnes se ravivent au sein de la Chambre des députés et y donnent lieu à des scènes d'une incroyable

Attentat contr»

le tsar.

Grèves inteoses.

Campagne pro.

teclionoisle.

Paris redevient le siège du goavemement et des pouvoirs publics.

Mort du prince impérial. ConséquiKices politiques.

Traité entre la ville de Pans et le Crédit foncier.

Abdication du khédive.

Loi sur l'enseignement supérieur; l'article 7.

violence. Le Sénat, après bien des hésitations, se décide enfin pour le retour des Ghambreo à Paris. A la suite de cette résolution, le Gongrès' se réunit et vote Tabro- ■ gatiori dé l'article- 9 qui fixait à Versailles le siège du gouvernement et des pouvoirs publics.

Soudain éclate, comme un coup de foudre, la nouvelle de la fin tragique du prince impérial, mort courageusement pour la cause d'une nation amie, sur une terre lointaine et mystérieuse. Ce triste événement a immédiatement des conséquences considérables ; on sent, on comprend que les conditions des partis en présence se trouvent profondément modifiées. Le parti bonapartiste n'a plus de tête et, s'il retrouve un chef, encore n'est-il pas cerlain que ce chef soit facilement accepté et unanimement suivi.

La discussion générale du projet de loi sur l'enseignement supérieur a lieu à la Ghambre des députés qui passe à la discussion des articles.

Le conseil municipal de Paris approuve (28 juin) le projet de traité avec le Grédit foncier portant remboursement à cette grande société des 282 millions dus par la ville de Paris contre un prêt égal consenti à des conditions dIus favorables.

La politique extérieure ne fournit alors que peu d'aliments à l'attention publique. LEgypte seule éveille de sérieuses préoccupations. L'étrange conduite du khédive a lassé toutes les complaisances; on le contraint à abdiquer en faveur de son fils Tewflk qui, pense-t-on, offrira peut-être aux légitimes exigences de l'Europe des garanties plus sûres.

Le mois de juillet voit ouvrir la discussion du budget qui se traîne languissamment, sans cesse interrompue par des débats assurément moins utiles. La loi sur l'eni seign^m^nt supérieur, qui soulève tant d'objections el excite tant de passions, est votée tout entière, y compris le fameux article 7; elle est bientôt suivie de la loi sur lel conseil supérieur de l'instruction publique. La Ghambrej vote encore le projet sur la réorganisation du Conseil

d'Etat et celui qui approuve le traité conclu entre le Crédit foncier et la ville de Paris, déjà adopté par le Sénat qui, de son côlé, ratifie le projet de classement des chemins de fer d'intérêt général. La discussion du budget s'achève péniblement à la Chambre des députés et la session est close.

Le parlement ne doit plus se réunir que vers la fm de novembre. Il semble donc que l'année politique doive se clore en même temps que les débats législatifs et que l'on puisse enfin compter sur une trêve qui permette de faire sérieusement des affaires sérieuses. On n'a rien tenté, il est vrai, pour provoquer l'essor de ces affaires ; toutes les questions financières, industrielles, commerciales, ont été différées, ajournées, esquivées ; pas une parole d'encouragement n'est tombée de haut qui vînt ranimer les courages et. raviver les espérances. Ces affaires vont-elles naître d'elles-mêmes spontanément? Le marché, il est vrai, est admirablement préparé. Les cours de nos rentes et ceux de nos bonnes valeurs sont fort élevés : le 3 % est à 82 fr. 50 ; le 5 % à 117 fr. 60 ; le 3 % amortissable vaut près de C5 francs. Si Tannée politique est terminée, l'année financière va-t-elle commencer? L'événement serait tardif et inattendu, insolite surtout; c'est cependant ce qui a lieu. Avec le mois d'août s'ouvre une période toute différente, étrange, curieuse à observer, pleine de surprises et de péripéties et qui, certes, mérite d'être étudiée d'une façon particulière.

Vacances parlementaires.

L'année politique est presque tout entière enfermée ns les sept premiers mois de 1879. L'année financière cl été de plus courte durée encore : elle s'ouvre en août dès la prorogation des Chambres, elle se ferme à la fin d'octobre ; rien avant août, rien après octobre. Mais, il faut bien l'avouer, jamais mois ne furent plus remplis de faits, d'événements, d'accidents, d'émotions. Et il

Marché financier.

Émissions •importantes.

Nouvelles opérations de M.

Philippart.

La Banque européenne.

s'agit ici de ces mois qui d'ordinaire sont le plus dénués d'affaires et de mouvement.

Les premiers jours d'août sont marqués par des émissions importantes. Du 2 au 7 on voit se produire à la fois l'émission d'un emprunt portugais, celle de la Société de l'agence Havas, celle du nouveau canal de Panama, d'autres encore. La principale, qui les domine toutes par son importance, son objet et ses effets, est l'émission par le Crédit foncier de France d'un million d'obligations communales.

Préparée avec soin, habilement présentée, pleine d'attraits et d'avantages pour le public, cette émission obtient un succès considérable. Les capitaux affluent aux guichets du Crédit foncier attestant ainsi l'universel désir des capitalistes et des rentiers de consacrer leurs fonds disponibles aux affaires sérieuses. La souscription est couverte dix fois environ. Cette pleine et légitime victoire remportée par notre grande institution foncière fait connaître les ressources réelles du marché et ses dispositions extrêmement favorables.

Une telle situation est bien faite pour tenter les esprits audacieux et entreprenants. C'est à ce moment que reparait sur notre scène financière une personnalité que des succès brillants et des revers soudains avaient déjà mis en relief.

M. Philippart, auquel on s'accorde à reconnaître une vive intelligence des affaires et un esprit d'entreprise très développé, sollicite les concours des capitalistes. II rappelle les heureux débuts des sociétés qu'il a fondées et il fait espérer que, n'ayant plus les mêmes luttes à soutenir, il ne courra plus les mêmes dangers. Il offre au public à 700 francs, c'est-à-dire avec 200 francs ie prime, les actions d'une société qu'il vient de créer. Le public s'arrache les actions de la société nouvelle ; lors de la répartition on ne peut môme pas obtenir des titres entiers ; aux souscripteurs d'unités, il n'est accordé que des moitiés d'action. Devant un tel résultat, inespéré peut-être, le hardi linancier pense qu'il peut demander

plus encore. Une nouvelle souscription est ouverte en

vue d'une augmentation non limitée du capital social

et de nombreux titres et capitaux viennent se déverser

dans les caisses de la société.

Après cette double émission, le marché financier, resté

assez inactif jusqu'au 15 août, se ranime soudain. La

liquidation s'effectue dans les meilleures conditions,

avec des reports exceptionnellement bas.

Au commencement de septembre la hausse s'effectue t devient générale. Elle a cet heureux effet de porter à

• le meilleurs cours les actions de nos bonnes institutions le crédit, dont les titres ont été jusque-là injustement lélaissés. Mais, en même temps, la spéculation, qui

i conçu des espérances sans bornes et semble croire que '>ut est désormais possible, s'avance avec une ardeur xcessive, pousse à des cours insensés des groupes nliers de valeurs qu'on eût appréciées favorablement n se bornant à dire qu'elles avaient plus d'avenir que le passé. C'est une véritable fièvre de primes, une fureur

de syndicats, de hausses factices, de plus-values fictives. Un mouvement si rapide, un essor si prompt et si vio- Émission des

,.,.,.., » obligations f on-

ent, eussent du être diriges. Les esprits clairvoyants cieres i879. )ressentent quelque dénouement fâcheux si aucune inluence ne vient régler ce marché dans sa fougue aveugle f ne parvient pas à modérer cet entraînement! Com- ^•ien ne devait-on pas regretter que quelque grande affaire publique, conversion ou émission de rente amor* tissable, n'apporte pas un dérivatif salutaire à cette contagion si dangereuse! Craint-on de ne pas trouver assez le capitaux? Le succès de la nouvelle souscription ouverte le 7 octobre par le Crédit foncier de France qui met 1,800,000 obligations foncières, prouve bien que outes les affaires présentant des garanties solides sont .issurées d'avance de la faveur du public. Mais le marché reste livré à lui-même.

La liquidation de septembre s'effectue dans des conlitions défavorables; les reports deviennent extrêmement chers. La vérité se fsit jour on commence à mettra

Panique Bourse.

à la

La nouvelle école financière.

en doute le crédit de ceux-là mêmes dont l'initiative a déterminé celte étrange agitation financière.

La panique est extrême. Toutes les valeurs s'en ressentent dans une mesure plus ou moins grande ; mais celles qui, comme nos rentes, comme les titres de nos grandes compagnies de chemins de fer, comme les actions de nos principales sociétés de crédit, offrent une solidité incontestable et incontestée, ne reçoivent que des atteintes passagères et ne subissent que des blessures promptes à se cicatriser. Il en est tout autrement de ces valeurs douteuses qu'on a tant primées, tant syndiquées, tant surfaites et surchauffées. Les outres se dégonflent. Il ne reste plus que la réalité. Le mois d'octobre et sa liquidation sont désastreux pour les spéculateurs ; car nous devons faire observer que si, dans cette malheureuse aventure, les capitaux de placement et d'épargne éprouvent quelques vicissitudes, c'est surtout la spéculation qui est frappée, et frappée si rudement qu'il lui faudra des mois pour se relever d'un tel coup.

Quant à nos fonds d'Etat, on jugera facilement par les chiffres suivants de l'effet que cette crise exerça sur eux. A la fin de juillet, c'est-à-dire avant que le marché eût été poussé vers les hauts cours, le 3 % était à 82 fr. 50 ; le 5 % à 117 fr. 60, le 3 % amortissable à 84 fr. 65. A la fm d'octobre, c'est-à-dire au moment où la crise perd de son intensité et touche à son terme, le 3 % était à 80 fr. 35, le 5 % à 116 fr. 47, le 3 % amortissable à 82 fr. 27.

Cette baisse, très sensible sans doute, paraîtra pourtant relativement modérée si l'on tient compte des conditions dans lesquelles se trouvait le marché des autres valeurs et du désarroi général qui régnait sur la place. N'étaient-ce pas là encore de beaux cours à une heure d'effondrement ?

Les conséquences de la liquidation d'octobre furent graves. Elles montrèrent l'inanité de toutes ces prétendues affaires qu'août et septembre avaient vues naître el.

grandir brusquemenl. Les mirages déjà s'étaient évanouis et, devant les sinistres qui atteignirent les chefs mêmes du mouvement, on se laissa aller à des craintes xagérées. Elles étaient excessives, en effet, car, en jmme, cette crise de Bourse n'a guère eu d'action que iir la Bourse même, elle n'a pas dépassé les limites du marché ; elle a abattu quelques spéculateurs, mais elle n'a pu modifier profondément la situation générale. Les énormes capitaux en disponibilité avant cet événement n"ont pu disparaître soudainement ; ils existent toujours et restent toujours prêts à s'employer en opérations sérieuses, prudentes et sages. A vrai dire, ce ne fut là qu'une aventure, très regrettable, très déplorable sans doute, mais qui porte avec elle des enseignements dont n doit tirer pitjfit. Une nouvelle école financière est venue essayer en grand sur notre marché financier des pratiques nouvelles qui avaient déjà, depuis quelque temps, été expérimentées discrètemeni. Cette épreuve a produit les résultats que l'on sait; elle n'eût certainement pu avoir lieu si une bonne revision de iiotre législation sur les sociétés eût été faite en temps opportun. La dernière quinzaine de novembre et le mois de décembre tout entier ont été une période de réparation pénible et lente. La spéculation se remet difficilement de ses terribles défaites. Cependant nos rentes et nos valeurs reprennent leur mouvement ascensionnel. Dès la lin de novembre, le 3 % est à 81 fr. 95, le 5 % à 115 fr. 20, le 3 % amortissable à 83 fr. 60 ; les obligations des grandes compagnies, des emprunts de villes et du Cr«> dit foncier regagnent peu à peu les hauts cours.

Au 31 décembre le 3 % est à 81 fr. 50, le 5 % à 115 fr. 30, l'^ 3 % amortissable à 83 fr. 7o.

On ne saurait dire que l'année finit mal pour les rentiers, pour l'épargne, pour les capitaux de placement. L'argent est très abondant ; le crédit de l'Etat est aussi large et aussi sûr qu'il l'a jamais été ; il n'est si grande entreprise d'utilité publique pour laquelle le gcuvernement ne puisse trouver, quand il en voudra et

à des conditions excellentes, toutes les ressources qu'il pourra désirer.

Conclusion. Et maintenant, concluons, sans nous exagérer les émo-

tions politiques et flnancières que l'année 1879 nous a apportées. Qu'a été cette année? Quel caractère offre-telle? Sous quel aspect spécial apparaît-elle?

Au point de vue politique, c'est une année de crises et elle ne se dément pas ; elle fmit comme elle a com mencé, par une crise ministérielfe.

Au point de vue financier, est-ce une année d'affaires? Non ; on ne saurait dire qu'il y ait eu des affaires dignes de ce nom, soit en Bourse, soit hors de Bourse. C'est une année de spéculation, c'est l'année des valeurs à primes, c'est Vannée des syndicats.

L'ANNEE DES DÉCRETS l'article 7

L'année 1879 se fermait sur une crise ministérielle, cabinet de Frey-

cinet.

Lie cabinet présidé par M. Waddington se retirait et ses tendance».

M. de Freycinet restait chargé de la constitution d'un

ministère nouveau qui devait nécessairement être un

peu plus accentué que celui qui venait de disparaître.

Les ministres dont l'arrivée ou le maintien aux affaires

fixa le plus l'attention étaient, en detiors du président

du conseil, MM. Magnin, Varroy, Tirard et Ceizot.

Chacun de ces noms avait une signification très nette, qui fut d'ailleurs confirmée tout d'abord par les paroles que ces ministres adressèrent respectivement à leur personnel.

M. Magnin devait apporter dans l'administration des finances la prudence et l'autorité que donne une longue expérience. M. Tirard, libre-échangiste déclaré, devait continuer à préserver de toute atteinte les principes économiques appliqués depuis 1860. M. Varroy acceptait la succession de M. de Freycinet au ministère des travaux publics et adoptait son programme, à condition, disait-il lui-même, de « conserver l'appui de ses conseils et de son amitié. »

Le maintien de M. Jules Ferry et l'entrée de M. Gazot au ministère avaient une portée plus grave. On savait le premier disposé à la laïcisation complète de l'enseignement et le second favorable à une réforme judiciaire

qui pouvait modifier profondément la situation actuelle de la magistrature.

La session législative s'ouvrit le 13 janvier. Ce n'est certainement pas, ce qu'on nous permettra d'appeler, la « matière délibérable » qui fait défaut. Toutes les grandes questions économiques restent à résoudre. On a devant soi pour plusieurs sessions de besogne utile et fructueuse. On peut donc parfaitement se dispenser de questions politiques, personnelles, irritantes, oiseuses, dont personne, en France, sauf les esprits inquiets, téméraires ou chagrins, n^'a souci.

tioïsT '*™°' Malheureusement, dès le mois de janvier, il est permis de prévoir qu'après avoir traversé en 1879 Une année de crises, on traversera en 1880 une année d'émotions.

N'a-t-on pas déjà en perspective les dangers de l'article 7, les débats d'une nouvelle proposition d'amnistie, la campagne qui se prépare sur la question de l'inamovibilité? Ces prévisions seront dépassées.

D'importantes modifications dans le personnel administratif préludent d'ailleurs aux transformations plus profondes qu'on doit tenter plus tard.

Le président d'î la CÏÏambre des députés semble ("•ependant redouter le danger des discussions de partis : il préconise la « politique des résultats » et s'écrie, non sans trahir une certaine impatience : « il faut aboutir! »

Faisons observer que, d'autre part, la présence de M, de Freycinet à la tête du conseil comme ministre des affaires étrangères inspire une grande confiance au point de vue de la politique extérieure, en même temps que la certitude de voir poursuivre l'exécution de son programme de travaux publics fait espérer un essor plus vif des affaires.

Au point de vue financier, l'année se présente d'ailleurs dans de bonnes conditions. La liquidation de décembre 1879 s'est effectuée facilement, on a cessé dt^» craindre une élévation du taux de l'escompte ; le

5 % a dépassé le cours de 115 francs ; le 3 % est à 81 fr. 50 ; les émissions se font avec succès ; les fonds étrangers eux-mêmes s'améliorent, en dépit des points noirs que garde toujours l'horizon d'orient.

Le mois de février voit s'engager les grosses questions attendues. Par sa grave et belle discussion sur l'organisation du conseil de l'instruction publique le Sénat fait pressentir ses futures décisions sur le projet de loi relatif à l'enseignement supérieur, projet qu'à l'avance M. Jules Simon se déclare prêt à discuter H avec un intérêt passionné. »

M. Louis Blanc produit à la Chambre des députés une nouvelle proposition d'amnistie plénière. M. de Freycinet en conteste l'opportunité et affirme que « l'opinion n'est pas suffisamment préparée à cette solution » qui est écartée par 316 voix contre 114.

En revanche, on entame enfin la discussion des tarifs de douane, inaugurée par un très remarquable discours de M. Tirard qui expose en termes très nets les idées libérales du gouvernement. L'intervention éloquente de M. Rouher, dans ce débat, lui prête une sorte de solennité que l'importance de la question et les efforts tentés par les protectionnistes justifient amplement.

L'avortement d'un odieux attentat contre la vie du tsar dans le palais impérial même, provoque en France de nombreuses et vives sympathies.

L'empereur d'Allemagne, en ouvrant le Reichstag, donne à l'Europe des assurances pacifiques qui sont accueillies avec satisfaction, alors qu'il était permis de douter des véritables intentions de la Prusse.

Aussi, en dépit des préoccupations causées par la politique intérieure, voit-on la Bourse de Paris conserver une sérénité complète et les rentes françaises poursuivre leurs progrès. Cette situation profite aux valeurs étrangères que désormais, en vertu d'un dé- '^rel spécial, la Chambre syndicale des agents de

Importantes discussions :

rinslniciion publique, l'amnistie, les tarifs de douane.

Attentat contre le tsar.

Assurances p>> ciSqnes de l'AUe* magne.

Les valeurs étrangères et U cote orScielle de la Bourse.

change, est autorisée à admettre à la cote officielle sans l'avis préalable du ministre des finances.

Le commencement du mois de mars est cependant un peu troublé par l'incertitude qui plane tout d'abord sur les motifs réels du départ du prince de Hohenlohe, ambassadeur d'Allemagne à Paris. Le Times avait considéré ce rappel, d'ailleurs inattendu, comme un acte comminatoire. Ce bruit, fort commenté, cause une assez vive impression; la Bourse paraît un moment fort inquiète. Mais des explications satisfaisantes viennent calmer ces craintes; on reçoit l'assurance que l'ambassadeur allemand n'a été appelé à Berlin que pour remplacer « provisoirement » M. de Bismarck aux Affaires étrangères et que son départ de Paris n'a aucune signification hostile.

L'enseignement Cependant, le Sénat aborde la discussion du projet

supérieur, l'arti- , , . ,, • , r • . «

cie 7. de loi sur 1 enseignement supérieur et repousse, a une

majorité de 19 voix, le trop fameux article 7. La Chambre des députés proteste contre ce vote par un ordre du jour invitant le gouvernement à l'application des « lois existantes. » Cette résolution est grosse d'orages; mais on ne paraît pas alors en soupçonner toute la gravité.

Vers la même époque, le refus d'extradition du socialiste Hartmann, accusé d'attentat contre la vie du tsar, fait craindre une certaine altération des rapports de la France avec la Russie.

Décrets du 29 Le mois sc termine par la publication des décrets

coTgrégaUons du 29 mars dont la rigoureuse exécution doit vivement

religieuses. agiter Ic pays et l'opinion.

Il va sans dire, que, pendant ce temps, la discussion des tarifs de douane se poursuit péniblement ; elle est finalement ajournée après les vacances de Pâques.

Revenue promptement de l'alerte subite qui avait - marqué les premiers jours de mars, la Bourse a re-

pris son allure confiante, sans s'émouvoir beaucoup des conflits parlementaires; les cours continuent à pro-.

gresser. On en jugera par les principaux résultais du trimestre écoulé.

Du 1" janvier au 31 mars, la rente 5 % s'élève de 115 fr. 30 à 118 fr. 20 ; le 3 % perpétuel, de 81 fr. 50 à 83 fr. (^ ; le 3 % amortissable, de 83 fr. 75 à 85 fr. 55. Les actions du Crédit foncier montent de 28 francs ; les actions de Suez de près de 200 francs; celle des Omnibus, de 75 francs; celles du Gaz, de 50 francs. Les actions du chemin de fer de Lyon montent de 54 francs; celles du Midi, de 60 francs; celles d'Orléans, de plus de 90 francs; celles de l'Est, de 27 francs; celles de l'Ouest, de 30 francs. Parmi les fonds d'Etat étrangers, l'Italien progresse de 2 fr. 50; la rente autrichienne 4 °o en or, de 6 francs ; la rente hongroise?, de 3 francs; les fonds turcs eux-mêmes avancent de 10 francs à 10 fr. 65. Les institutions de crédit étrangères gagnent ^ussi du terrain; les actions de la Banque ottomane montent de 8 francs; celles du Crédit foncier d'Autriche, de 30 francs; celle du Crédit mobilier espagnol, de 115 francs.

Pendant le mois de mars, le cabinet anglais présidé Défaite du pm<par lord Beaconsfield s engage dans une smguliere aven- terre. ture. Peu satisfait des majorités qu'il trouve au sein du parlement, il croit sans doute que de nouvelles élections lui donneront une force plus grande pour poursuivre sa politique extérieure. L'événement ne confirme pas ses espérances. Le mois d'avril s'ouvre sur la défaite complète du parti tor>', qui doit céder la direction des affaires aux whigs. M. Gladstone remplace lord Beaconsfield; le Foreign-Offlce passe des mains du marquis de Salisbury à celles de lord Granville.

En Allemagne, le prince de Bismarck donne une fois de plus sa démission, exécutant une de ces fausses sorties qui, d'ordinaire, inspirent à l'Europe une défiance d'ailleurs justifiée.

Le gouvernement français désigne pour le repré- m. Léon say senter à Londres M. Léon Say, choix excellent dans u^d^^****""" * un moment où la question des traités de commerce est

Crise ministérielle à Rome.

La IM sur les patentes.

Grèves Fiance.

Hausse de la x)urse.

en pleine discussion et oii il semble si nécessaire que notre ambassadeur en Angleterre puisse négocier, avec entière connaissance de cause, les conditions d'un nou veau traité de commerce.

La politique étant ainsi dans une accalmie complète, rien ne s'oppose à la marche ascensionnelle des cours à la Bourse de Paris. La liquidation de mars s'accomplit facilement; les capitaux disponibles sont abondants; les fonds provenant des coupons d'avril reviennent en partie s'employer sur le marché. Tout favorise une hausse dont on ne peut guère fixer les limites. Aussi les rentes continuent-elles à monter, entraînant à leur suite les principaux fonds étrangers.

Un peu plus mouvementé, le mois de mai se montre pourtant encore assez clément. Une crise ministérielle éclate en Italie. Le ministère Gairoli succombe sur une question étrangère à la politique, dans une discussion budgétaire; mais le roi refuse la démission de ses ministres et en appelle aux électeurs qui donnent gain de cause au cabinet.

Dans les Cha-^ibres françaises peu d'activité, peu d'application. La Chambre des députés vote, avec une indifférence et une inattention absolues, la loi si étendue et si grave des patentes; le Sénat discute mollement l'inutile proposition relative au repos du dimanche. Rien d'important au point de vue parlementaire, si ce n'est la retraite de M. Lepère, remplacé par M. Constans. Mais des grèves intenses et nombreuses éclatent dans le Nord de la France : à Lille, à Roubaix, à Tourcoing, à Armentières, à Reims. On parvient, non sans peine, à les apaiser.

Mais c'est trop peu pour inquiéter la Bourse qui est manifestement optimiste tant que la politique extérieure n'est pas en jeu. Les émissions nouvelles s'effectuent dans de bonnes conditions; les fonds d'Etat progressent encore; les actions des chemins de fer, du canal de Suez, du Crédit foncier de France obtiennent de nouvelles plus-values ; enfin, les porteurs de valeurs

ottomanes reprennent quelque espérance à la nouvelle de la nomination de M. Goschen en qualité d'ambassadeur de la Grande-Bretagne auprès du Sultan; on croit que la question financière tient une place imporlant-e dans les instructions de Thabile négociateur.

Ce n'est point sans une vive satisfaction qu'on voit enfin, au commencement de juin, la Chambre des députés achever la discussion des tarifs de douanes qui auront encore à subir l'examen attentif de la seconde Chambre. A ce moment même, la présidence du Sénat est vacante, par suite de la démission de M. Martel gravement malade; plusieurs candidatures sont en présence, toutes prévues à l'avance, sauf pourtant celle de M. Léon Say, alors ambassadeur à Londres; c'est cette candidature, tout d'abord la moins probable,. qui :ependant l'emporte.

Mais il faut remplacer M. Léon Say en Angleterre; l'embarras est grand ; il s'élève alors une sorte de « question diplomatique »; le ministère se décide enfin en faveur de M. Challemel-Lacour dont la nomination provoque dans le sein du parlement anglais les interpellations Ottway et ODonnell.

lia mort de l'impératrice de Russie, redoutée depuis longtemps, vint fournir à la France l'occasion de donner de nouveaux témoignages de sympathie au grand empire du Nord.

Le véritable événement de ce mois, le plus important de l'année, du moins après la publication des décrets du 29 mars, est le vote de l'amnistie plénière par la Chambre des députés, vote enlevé d'autorité par l'éloquence entraînante de M. Gambetta, qui ne recule, pas devant les lourdes responsabilités d'un tel acte. On n'a pas oublié les grandes lignes du discours dans lequel l'habile orateur, délaissant les considérations de sentiment, semble ne vouloir s'appuyer que sur les raisons tirées de la nécessité politique et de l'opportunité df» cette mesure. Il condamne d'ailleurs, en termes

M. Léon Say remplace M.

Martel à la présidence du Sénat.

M. Challemel- Lacour ambassadeur à Londres.

Mort de l'impératrice de ftassie.

L'amnistie votée à la Chambre.

Discours de Gambetta.

126 FINANCES CONTEiMPORAINES

énergiques, la funeste insurrection de la Commune, « cette folie inoubliable. »

Continuation Qq vote n'a qu'une influence très faible et très passagère sur la Bourse, cependant si conservatrice dans tous les temps. La rente atteint, le 14 juin, le cours ds 120; elle se retrouve au-dessus de 119 à la fm du mois.

Les résultats financiers du second trimestre de l'année sont d'ailleurs intéressants à constater. Pendant cette courte période la rente 5 % monte encore d'environ 1 franc ; le 3 % perpétuel, de près de 2 francs ; le 3 % amortissable, de 2 fr. 10. Les actions du Crédit foncier dépassent le cours de 1,250. Les actions de Suez s'élèvent, pendant ces trois mois, de près de 160 francs ; celles du Gaz et des Omnibus fléchissent légèrement; déjà la spéculation commence à se porter sur ces valeurs. Mais les actions du chemin de fer du Nord ont monté de 85 francs, celles du Lyon, de près do 100 francs ; celles du Midi, de 90 francs ; celles de l'Est, de 8 francs ; celles de l'Ouest atteignent le cours rond de 800 francs. Les fonds d'Etat étrangers ne font pas de moins vifs progrès. La rente italienne monte de près de 4 francs; la dette unifiée égyptienne, de 16 fr. environ ; le 5 % russe de 1877, de plus de 5 francs ; la rente hongroise, de 7 fr. 50.

Les progrès réalisés sur les cours des principales valeurs pendant le premier semestre de l'année 1880 sont donc considérables.

Le mois de juillet est, à tous égards, moins pacifique que les mois antérieurs. On procède à la première application partielle des décrets du 29 mars; les Jésuites sont expulsés, à l'exception pourtant de ceux qui font partie du personnel enseignant des maisons d'éducation de cette congrégation et qui peuvent achever l'année scolaire. Les membres de cette compagnie ne veulent céder qu'à la force, afin de s'assurer le bénéfice éventuel des revendications légales qu'ils se proposent d'exercer. Ces exécutions produisent une certaine agitation.

Le Sénat, saisi du projet de loi sur l'amnistie plénière, le repousse dans sa teneur, mais pour l'adopter peu après avec une modification de pure forme. Grâce plénière, l'amnistie pourra profiter à tous. Le lendemain du vole, les amnistiés que la Nouvelle-Calédonie ne retient point, commencent à se montrer dans Paris.

La Chambre des députés essaie cependant de s'occuper d'affaires. Elle discute la question de la marine marchande, question à laquelle elle ne donne peut-être pas la meilleure solution. Elle accepte le principe de la prime à la navigation, en dépit des efforts de M. Rouher ; on décide cependant que 20 % de ces primes seront attribués aux équipages. La Chambre vote en outre la création d'une caisse d'épargne postale qui rendra certainement d'utiles services.

Longtemps le gouvernement avait cherché une date favorable pour la célébration d'une fête nationale annuelle. Le choix s'est enfin fixé sur l'anniversaire 19 la prise de la Bastille en 1789. Une grande fête a donc lieu le 14 juillet; elle fournit l'occasion, plusieurs fois différée, de distribuer à l'armée de nouveaux drapeaux. Cette cérémonie et les réjouissances qui l'ont accompagnée ont eu tout l'éclat désirable et elles n'ont point été troublées.

Au dehors, les plénipotentiaires des puissances européennes, après avoir longuement discuté la question grecque, prononcent la clôture de la conférence de B'^rlin ; ils ont arrêté les termes d'une note collective qui doit être communiquée officiellement à la Porte. Déjà le refus probable du gouvernement du Sultan d'adopter les décisions de la conférence fait prévoir des difficultés : on commence à parler, vaguement du moins, d'une « démonstration navale » et de la cession de Duicigno au Monténégro.

A vrai dire, les événements politiques n'ont pas, pendant ce mois, une bien vive action sur la Bourse; mais le monde financier est profondément impres-

L'anmisUe «a Sénat.

Marine marchande.

Caisse d'épargne postale.

Fête nationale annuelle axée au 14 juillet.

Affaires d'Orient. Clôture de la conférence de Berlin.

Mort de M.

Isaac Pereire.

Fêtes de Cherbourg. Discours de M. Gambelta.

Discours -proîlTamme deM.de Freycinet à Montauban.

sionné par la mort de M. Isaac Pereire, dont l'influence personnelle sur le marché était si considérable. Toutes les valeurs du groupe d'affaires auxquelles M, Pereire s'intéressait directement furent d'abord atteintes; d'autres valeurs, en grand nombre, furent un moment arrêtées dans leur marche.

Au commencement d'août, on connaît la réponse du gouvernement turc à la note des puissances; cette réponse est telle qu'on devait s'y attendre. La Turquie repousse le traité arrêté par la conférence de Berlin ; toutefois elle se déclare prête à négocier sur de nouvelles bases. On pressent ce que la résistance de la Porte peut faire naître et, dès ce moment, l'opinion publique en France se prononce nettement pour une politique d'abstention, dont le gouvernement paraît déjà s'être quelque peu écarté en faveur de la Grèce. On espère aussi que l'Angleterre, qui vient de subir un grave échec en Afghanistan, n'insistera pas sur la nécessité d'une intervention collective en Orient. Cependant « l'affaire » de Dulcigno s'aggrave.

La politique intérieure ne demeure pas inactive. Les fêtes de Cherbourg, auxquelles assiste le président de la République, accompagné des présidents du Sénat et de la Chambre, fournissent à M. Gambetta l'occasion de prononcer des paroles qui, à divers points de vue, sont considérées comme fort significatives. Il affirme le principe de l'autorité en disant qu'il faut « tenir ferme le gouvernail et barrer droit; » il touche aussi la fibre patriotique du pays et donne à son langage un accent qui, au delà des Vosges, paraît un peu agressif.

Sur ces entrefaites s'ouvre la session des conseils généraux qui viennent d'être renouvelés partiellement et dans la plupart desquels l'élément républicain se trouve accru. C'est au conseil général du Tarn-et-Garonne, à Montauban, que M. de Freycinet prononce ce discours décisif qui devait avoir de si graves conséquences et dont on ne mesura pas immédiatement

toute la portée. M. de Freycinet donne à sa politique aussi bien extérieure qu'intérieure, l'aspect le plus conciliant : au dehors, il veut « la paix sans jactance »; au dedans, « l'apaisement pour tous » ; il fait espérer que les congrégations menacées par les décrets du 29 mars pourront profiter des clauses de la loi sur les associations qui doit être discutée à bref délai.

Les conseils généraux condamnent, en grand nombre, le rachat des chemins de fer et ajoutent le poids de leurs décisions à celui des avis émis par les chambres de commerce.

A cette époque s'élève la délicate question tunisienne. L'influence française est, un instant, menacée par celle de l'Italie ; elle finit enfin par l'emporter.

Au commencement de septembre s'exécute la seconde partie des décrets relative à la Société de Jésus; les membres enseignants de cette compagnie sont à leur tour dispersés. Il devient de plus en plus visible que les dispositions bienveillantes de M. de Freycinet ne pourront prévaloir et que c'est en vain que les congrégations non encore frappées se flattent d'obtenir un modus vivendi jusqu'au vote de la loi sur les associations.

Une scission violente ne tarde pas en effet à se manifester dans le cabinet ; les dissentiments y prennent tout à coup le caractère le plus aigu ; une crise ministérielle éclate. M. de Freycinet se retire, entraînant avec lui plusieurs de ses collègues, tandis que les membres dissidents du conseil constituent un nouveau ministère sous la présidence de M. Jules Ferry, le véritable promoteur de l'agitation religieuse.

L'entrée de M. Carnot aux affaires ne fait pas prévoir un changement marqué dans la direction de nos grands travaux publics. Le remplacement de M. de Freycinet au ministère des affaires étrangères par M. Barthélémy Saint-Hilaire ne fait pas non plus supposer que le gouvernement veuille s'écarter de la politique prudente si opiniâtrement indiquée par le vœu

Les conseils généraux condamnent le rachatdeschemins de fer.

Question tunisienne.

Nouvelle application des décrets du 29 mars.

Nouvelle crise ministérielle.

Cabinet Jules Ferry.

U. Carnot, ministre des travaux publics; M. Barthélémy Saint-Hilaircaui Affaires étrangères.

Attitude du marché.

En Orient.

Expulsion des co p. g régalions religieuses.

gf^.néral du pays. Cependant la bizarre démonstration navale, annoncée depuis deux mois, va avoir lieu et déjà les vaisseaux des puissances sont réunis à Raguse.

La Bourse ne s'émeut pas de tous ces incidents. C'est à peine si elle se montre un instant hésitante. Un temps d'arrêt plus ou m'oins marqué se produit bien par intervalles, mais la marche en avant est aussitôt reprise.

Au 30 septembre nous retrouvons la rente 6 % k 120 fr. 10, le 3 % ancien à 85 fr. 50, le 3 % amortissable à 88 fr. 30. Pendant le trimestre qui vient de s'écouler les actions du Crédit foncier de France ont monté de 100 francs; les actions de Suez, de 180 francs; les actions du Gaz, de 50 francs; celles du chemin de fer du Nord, de 10 francs; celles du Lyon, de 94 francs; celles du Midi, de 23 francs ; celles de l'Orléans, de 55 francs; celles de l'Est, de 35 francs; celles de l'Ouest de 40 francs.

Les complications extérieures ont pesé un peu, il est vrai, sur les fonds d'Etat étrangers ; mais, en somme, ils gardent à peu près les cours élevés précédemment obtenus, tandis que les sociétés de crédit qui, depuis plusieurs mois, ont accompli de si larges progrès se préparent à prendre un nouvel essor.

Dans les premiers jours du mois d'octobre, la question orientale semble sur le point de s'aggraver; on s'inquiète tout à coup, on prend peur et une sorte de panique se produit à la Bourse; mais, deux jours après, toutes les impressions sont changées : d'une crainte excessive on est passé sans transition à la plus entière confiance. On se retrouve rassuré, avec une profonde indifférence sur le sort de Dulcigno et un scepticisme profond sur l'efficacité de la démonstration navale.

Les décrets du 29 mars sont appliqués dans toute leur rigueur; les expulsions se succèdent sur toute l'étendue du territoire. Le ministère veut évidemment que cette exécution soit entière et complète avant la rentrée du parlement qui est convoqué pour le 9 novembre. Toutes les congrégations non autorisées sont disper-

sées. Des mesures de cette gnavité ne pouvaient être prises d'une manière si stricte et si étendue sans qu'une agitation assez vive se produisit sur divers points du pays ; elle est à peu près calmée aujourd'hui.

Ces émotions n'éveillent que peu d'échos sur notre marché financier. On remarque toujours l'excellente tenue de nos rentes, les progrès constants des actions de nos grandes compagnies, les cours élevés des valeurs étrangères et les bonnes dispositions des capitalistes prêts à prendre part aux affaires sérieuses qui se présenteraient.

Réunies de nouveau dans les premiers jours de novembre, les deux Chambres eussent dû, avant tout, se hâter d'achever la discussion du budget. Mais on s'attarda, comme à l'ordinaire, aux questions de politique pure. Dès le début de la nouvelle session le ministère, encore de fraîche date, faillit disparaître ; on le crut un moment disloqué; le lendemain un vote de confiance le reconstituait. La Chambre des députés, que troublent de regrettables incidents clos par une application rigoureuse du règlement, discute et vote le projet de loi sur la réforme judiciaire qui porte, on le ^.La.'«^°"»«i"sait, suspension de l'inamovibilité. C'est là une résolution grave, mais qui ne saurait d'ailleurs être définitive qu'après la ratification conforme du Sénat.

Enfin la politique orientale semble entrer dans cessiondeDuila voie des solutions désirées. On ne doutait pas que la Turquie ne se décidât à céder Dulcigno; mais encore fallait-il qu'elle pût disposer de cette malheureuse place. Or, les Albanais ne paraissaient pas vouloir la lui abandonner. Les Turcs durent se résigner à la leur reprendre et purent enfin la remettre aux Monténégrins.

Si mince que soit ce résultat, il n'en est pas moins accueilli avec plaisir par le monde des affaires qui compte bien que la démonstration navale est pour longtemps suspendue et qu'on ne laissera pas engager la France plus avant dans la question grecque.

Procès de Cis-

Mort de Thiers.

Canal de Panama. Émission réussie.

Conclusion.

Le mois de décembre est heureusement peu mouvementé. Ses débuts sont marqués par la triste impression que causent les péripéties du procès du général de Cissey et par la formation d'une commission d'enquête sur les actes de l'ancien ministre de la guerre, mesure que beaucoup d'esprits modérés s'accordent à regretter.

La mort de M""^ Thiers apporte une vive affliction à tous ceux qui n'ont point perdu le souvenir des grands services rendus par l'homme d'Etat éminent que sa compagne fidèle va rejoindre dans la tombe.

Enfin la discussion hâtive, incomplète et étrangement insuffisante du budget dans les deux Chambres se couronne par un conflit que seule pouvait écarter l'excessive condescendance du Sénat.

Tout l'intérêt de cette fin d'année est dans le succès de la souscription ouverte pour assurer l'exécution de l'œuvre nouvelle de M. Ferdinand de Lesseps, le percement de l'isthme de Panama. Les capitalistes français n'ont reculé ni devant les difficultés de l'entreprise, ni devant l'éloignement des résultats; ils ont voulu s'associer à une création vraiment nationale et dont le monde entier profitera.

Lorsque, parvenu au terme de cette année, on a ainsi d'un rapide coup d'œil embrassé les faits principaux qui l'ont plus ou moins heureusement remplie, on se demande involontairement quel est l'événement capital ou le signe manifeste qui la caractérise le mieux.

Au point de vue politique, l'hésitation ne saurait être longue : c'est Vannée des décrets. Les débats parlementaires qui les ont déterminés, leur promulgation, leur exécution graduelle, espacée, étendue sur une large période, les conséquences politiques et les suites judiciaires qu'ils ont eues, ont bien certainement, en effet, absorbé la plus large part de l'activité politique de l'année, activité d'ailleurs peu féconde à en juger les résultats. Les événements de ces douze mois, soit au dehors, soit à l'intérieur n'offrent en eux-mêmes,

loars diverses.

rien de rassurant, rien de satisfaisant. Ils semblent tous ne contenir au contraire que des menaces; tous ils pouvaient, ils devaient effrayer.

Chose étrange, leur action sur le marctié financier s'est à peine fait sentir. Ils n'ont ni éteint les espérances, ni amoindri la confiance, ni ralenti les capitaux; du moins il n'y a pas paru et il est permis de se demander à quelle puissance de crédit, de prospérité et de richesse notre pays pourrait atteindre s'il travaillait, produisait, échangeait, au sein du calme et de la paix, de la sécurité complète et de la pleine foi en l'avenir.

Les rentes françaises ont atteint des cours extrême- posse géné-

^ raie des [onds

ment élevés, des cours que jamais, au moment où l'on Pl^jj^fj^tL."** émettait des 5 % à 82 et 84 francs, on n'eût osé espérer. En un an, nos trois rentes anciennes ou nouvelles ont monté chacune d'environ 4 francs. Les fonds d'Etat étrangers, peu favorisés il y a quelques années, ont, pour la plupart, dépassé eux-mêmes toutes les prévisions. Les actions de nos grandes compagnies de cl^mins de fer, en dépit des dangers dont les projeis d^ cachât les menaçciient, ont réalisé des plus-values ccm^dérables. Certaines de nos valeurs industrielles ont été portées, soit par le développement naturel de leur marché, soit par la spéculation, à des prix jusqu'ici inconnus. Nos grandes institutions de crédit, affermissant les résultats déjà acquis, fortes déjà des succès obtenus et des bénéfices antérieurement réalisés, prêles à prendre part aux grandes affaires qu'on attend, ont vu leurs actions recherchées avec une faveur toujours croissante et poussées par une hausse progressive et large.

L'année 1880 aura donc été à tous égards profitable au point de vue financier : c'est une année de hausse, de consolidation et de préparation.

Quoiqu'elle eût été marquée par des émotions politiques assez vives, Tannée 1880 s'était cependant déroulée et terminée dans des conditions favorables au point de vue financier.

Au moment où s'ouvrait l'année 1881, les rentes françaises avaient atteint des cours très élevés et leurs progrès semblaient encore devoir se poursuivre.

La rente 5 % était cotée bien près de 120 francs, prix que n'eût jamais osé espérer M. Thiers au moment ")ù il l'avait émise à 82 et 84 francs.

Les fonds d'Etat étrangers avaient été eux-mêmes plus recherchés et plus favorisés qu'à aucune autre époque. Des nations dont le crédit n'avait jamais été bien puissant trouvaient à placer facilement leurs titres sur notre marché.

Les actions des chemins de fer français, restées un peu en dehors de ce mouvement, s'élevaient à leur tour ; celles des chemins étrangers étaient prêtes à les suivre.

Les institutions de crédit n'avaient pas encore, du moins pour la plupart, réalisé de larges plus-values ; mais elles montraient la plus grande solidité et une tendance marquée à la hausse.

Les nouvelles extérieures n'étaient cependant pas satisfaisantes et l'on apercevait plus d'un point noir à l'horizon de la politique européenne, mais les disposi-

lions du monde des affaires n'en étaient pas troublées. On savait que d'importantes opérations se préparaient, que nos grands établissements financiers déployaient une vive activité ; on comptait mener à bonne fin et avec profit la campagne d'hiver. C'en était assez non seulement pour soutenir le marché, mais encore pour le pousser en avant.

On se préoccupait surtout du différend gréco-turc et l'opinion publique avait nettement manifesté sa répugnance pour toute entreprise qui pût nous engager plus ou moins sérieusement dans les complications orientales.

Quand la session, qui devait être la dernière de la Chambre sortie des élections de 1877, s'ouvrit, on souhaitait vivement qu'elle fût surtout consacrée à l'étude et à la solution des grandes questions économiques et financières restées en suspens.

Le début de cette session fut d'ailleurs plein de pro-

Bni1getdel882.

Crédit inscrit

§^"3 "'^amonif ï^^sses. Le projet de budget pour 1882 fut presque immé-

sable à émettre.

Impression favorable.

diatement présenté ; on constata avec satisfaction qu'à son chapitre 5 figurait un crédit ayant pour objet de faire face au service de la rente 3 % amortissable dont le gouvernement se proposait de faire une nouvelle émission.

Cette émission devait, pensait-on, exercer sur le marché la plus heureuse influence. Elle devait offrir un emploi aux capitaux de placement qui, déjà, ne se montraient que trop enclins à se porter vers la spéculation, Les financiers sagaces ne se trompaient pas à cet égard et jugeaient bien, à des symptômes significatifs, des tendances nouvelles du public.

On comptait donc que cette opération serait prochaine et l'on se disposait à la bien accueillir. On se passionnait d'ailleurs fort peu pour la politique intérieure et l'on peut dire que ce fut au milieu d'une indifférence presque complète que se déroulèrent les élections municipales et les premiers débats sur la nouvelle loi de la presse. Mais on commentait avec faveur l'allocution pro-

noncée par M. Gambelta en prenant de nouveau la pré- „ ^ '''"potion «»•

*^ * M. uamoeiia,

sidence de la Chambre des députés, allocution dans réélu président

de 1« Chambre.

laquelle il répudiait « tous desseins secrets » et tout désir « d'aventures ». Ce langage répondait bien au vœu universel. On avait besoin d'être rassuré ; on craignait en effet de sérieuses difficultés pour la liquidation de janvier et la Bourse trahissait une hésitation visible. L'interpellation de M. Antonin Proust sur la politique interpeiiaJion

' X- -1 gQf |j^ politique

extérieure provoqua de la part du ministre des affaires extérieure, étrangères, M. Barthélémy Saint-Hilaire, des explications qui dissipèrent toutes les apréhensions. Aussi les premiers jours de février furent-ils marqués par un mouvement de hausse qui certainement dépassait la juste mesure.

Ce qui eût été sage à ce moment, c'était la consolidation des cours, le soin d'assurer les résultats acquis. Tout monta; ce fut comme une conjuration générale en faveur de toutes les valeurs, même de celles qui justifiaient le moins un semblable entraînement.

Dès cette époque il nous fut permis de prévoir tous les excès auxquels allait se livrer une spéculation toujours plus active. Les fluctuations, dans un sens ou dans l'autre, devaient devenir de plus en plus fréquentes ; la moindre crainte causant presque toujours une panique, le moindre espoir déterminant des relèvements violenLs et immodérés.

L'accalmie qui se produisit au milieu même du mois ^jr* ">•;••='*-

^ ^ nelle en E^pu-

de février eût dû cependant servir d'avertissement. Les p>e. rentes languissaient, les actions de nos grandes compagnies de chemins de fer restaient immobiles ; on attendait cette émission de rente amortissable qui ne venait pas. D'autre part la chute du ministère Canovas del Castillo en Espagne inquiétait vivement les porteurs de fonds espagnols; le ministère Sagasta, qui lui succédait, allait-il abandonner le programme financier que le cabinet Canovas avait élaboré et dont l'exécution devait avoir des résultats si favorables au crédit d'Espagne? Les fonds étrangers en général, tout en conservant

une cerlaine fermeté, s'étaient arrêtés. Sans doute il eût mieux valu qu'on s'en tînt, pour quelque temps au moins, à cette réserve. Un peu de repos et de modération étaient bien nécessaires.

flda°en^Tun[^ie ^''^^ complicatious du dehors n'étaient pas aplanies ; la question gréco-turque était toujours en cours de négociation ; en Tunisie, s'élevait le malheureux conflit de l'Enfida qui devait s'envenimer si promptement. Tout engageait à la circonspection.

Mais quelques nouvelles plus rassurantes, un nouveau discours du président de la Chambre pour réparer l'effet des paroles naguère prononcées à Cherbourg, et l'on sembla n'avoir plus rien à craindre. Pendant les derniers jours de février ce fut, encore une fois, une fièvre de primes, un engouement de valeurs majorées, poussées, surmenées. La liquidation s'accomplit assez facilement ; mais la cherté des reports, qui va se reproduire avec tant de persistance, révèle déjà combien la situation de la place est surchargée et les dangers futurs qu'elle contient.

Au commencement de mars la fermeté des valeurs est générale. Au dehors, l'esprit d'apaisement semble l'emporter ; on croit que la médiation des puissances dénouera enfin la question des frontières grecques ; en Tunisie, l'affaire de l'Enfida paraît devoir se résoudre pacifiquement. Au dedans la question du scrutin de liste n'émeut que le monde parlementaire ; son importance échappe à la masse du public. Enfin, le Journal officiel publie le décret autorisant l'émission attendue de rente Emission du 3 % amortissablc jusqu'à concurrence d'un milliard.

8 % amortissa- /" j -n

bie. Cette mesure, prise avec résolution et dans des circon-

stances opportunes, est accueillie avec une satisfaction générale. Nous avons dit quels effets à la fois matériels et moraux en attendaient les esprits sérieux et prudents. Cette espérance est malheureusement déçue.

La souscription à l'emprunt d'un milliard est ouverte le 17 mars. Elle a certainement un grand succès puisque remj)runt est couvert quinze fois, on s'attendait à mieux

cependant ; il semblait que la grande quantité de capi- Emprunt d-an

r ' ■* fixii- milliard couvert

taux disponibles devait assurer des résultats plus impo- quinze fois. sants ; ceux qu'on a obtenus restent un peu au-dessous des prévisions. Mais on pense que, si elle n'a pas été l'objet d'un de ces enthousiasmes qui ont salué d'autres emprunts nationaux, la nouvelle rente 3 % amortissable n'en sera peut-être que mieux classée. Or, l'aveu récent de M. Léon Say a dissipé, même sur ce point, toute illusion. La vérité est qu'à l'heure actuelle ce classement ne s'est pas effectué et qu'une quantité considérable des titres de cet emprunt est entre les mains de la spéculation.

Ainsi, l'émission n'a ni calmé cette spéculation, ni attiré les vrais capitaux de placement ; elle n'a point fourni le dérivatif attendu. C'est là un fait grave et qui montre bien que ce n'est point un mal passager que celui que la Bourse laisse apercevoir aux yeux exercés.

Les résultats de l'émission ont jeté quelque défaveur sur le système des souscriptions publiques pour les emprunts d'Etat, défaveur qui s'accentuera peut-être encore dans l'avenir, alors que des expériences nouvelles auront démontré qu'il est possible, par d'autres procédés, d'emprunter dans de meilleures conditions et avec plus d'avantages, à la fois pour le public et pour l'emprunteur.

Cette grande opération absorba, on le comprend, toute racti\ité du mois de mars; les établissements financiers durent naturellement ajourner toutes les autres affaires en préparation et cette abstention se produisit non seulement en France, mais sur les divers marchés de l'Europe. L'horizon d'ailleurs s'assombrissait : l'assassinat du tsar venait de jeter une douloureuse impression : les complications qui s'étaient élevées en Tunisie s'aggravaient ; au-dedans même, la question du scutin de liste aigrissait les esprits.

AsB&ssinat da tsar.

Complications tunisiennes.

140 FINANCES CONTEMPORALNLS

Quoi qu'il en soit, au commencement du mois d'avril la situation du marché est encore intacte; à qui ne veut le juger que par la surface^ il présente l'aspect le plus séduisant.

La rente 5 % conserve encore les cours cotés en janvier ; elle est à 120 fr. 90. Le 3 % perpétuel est audessus de 84 francs; il a, par conséquent, déjà perdu légèrement depuis trois mois. Le 3 % amortissable de la première création est à 85 fr. 75 ; le 3 % amortissable nouveau qui vient d'être créé est à 85 fr. 10.

La Banque de France a effectué les rapides progrès que justifient les bénéfices qu'elle réalise : de 3,675 fr., cours du 3 janvier, elle s'est élevée, le l*' avril, jusqu'à. 5,000 francs.

Les actions du Crédit foncier de France ont poursuivi leur marche en avant, influencées parfois soit en hausse, soit en baisse, mais finalement gagnant toujours en valeur au fur et à mesure des développements sociaux. D'autres grandes institutions de crédit, dont les titres échappent d'ordinaire à la spéculation, progressent en raison de l'accroissement de leurs opérations et de leurs profits.

Sur les valeurs françaises à revenu fixe, peu de mouvements ; il n'y a pas là de larges écarts de prix à attendre, obligations de villes, de chemins de fer et titres similaires ont donc peu varié.

Mais déjà l'attention est vivement éveillée par la hausse de certaines valeurs dont les plus-values ne semblent pas avoir uniquement pour cause les éléments de prospérité que présentent les entreprises dont ces valeurs émanent.

Ce commencement d'avril est en quelque sorte le point culminant de l'année. Sans doute la hausse n'a pas encore dit son dernier mot sur les titres que la spéculation dott tour à tour pousser, délaisser, tô-

prendre. Mais tout annonce une déviation accentuée de l'épargne, des capitaux de placement, des opérations du public.

Quelques créations nouvelles s'effectuent, d'autres attendent l'heure favorable.

Le marché reçoit en effet la première secousse énergique que devaient infailliblement déterminer soit quelque complication financière, soit quelque menace de la politique extérieure.

Tandis que le conflit gréco-turc est en voie d'arrangement, la question tunisienne a pris un caractère de plus en plus aigu. Les incursions sur le territoire algérien d'une tribu, plus ou moins effectivement soumise au bey, décident le gouvernement à une intervention armée dans la Régence. Si restreinte que doive être, d'après les déclarations officielles, cette action itîilitaire et quelque bénigne qu'elle paraisse tout d'abord, la décision du ministère n'en exerce pas moins une ihfluence marquée sur la Bourse. Ce n'est point la cause réelle mais la cause déterminante d'un ébranlement que devaient déterminer les excès de la spéculation.

La Bourse est agitée; les rentes sont plus qu'hésitantes, les fonds étrangers sont en baisse; des valeurs très favorisées jusque-là sont en réaction. La spéculation pourra relever et soutenir le marché, elle ne lui rendra ni sa solidité, ni sa stabilité.

Les cours se redressent en effet dans les premiers jours de mai ; toutefois les reports restent chers. Les actions des chemins de fer progressent. On remarque les achats qui s'effectuent sur les titres de plusieurs établissements de crédit, la Société générale entre autres. A la faveur de cette entreprise, s'exécutent toutes les grandes opérations qui avaient été suspendues lors de l'emprunt français d'un milliard. Plusieurs émissions se réalisent dans des conditions favorables et particulièrement la souscription à laquelle donne lieu la conversion de la rente hongroise 6 % or en rente 4 % or.

InterTcntion française à Tunis.

Conversion hongroise.

do

Cette opération^ considérable s'accomplit sous les auspices de la maison Rothschild et réussit pleinement. Traité du Bar- Lg, conclusiou d'uu traité avec le bey de Tunis après une expédition pénible mais peu sanglante, a d'ailleurs produit une éclaircie favorable aux affaires nouvelles,, favorable aussi aux aventures de la spéculation, mais qui ne profite guère aux rentes françaises.

Après la liquidation de mai, en effet, les rentes fléchissent et cependant la Bourse et son public de spéculateurs anciens et nouveaux restent optimistes. On ne se soucie guère du scrutin de liste que la Chambre des députés vient d'adopter, mais que le Sénat n'a pa& encore ratifié; on ne veut pas non plus se préoccuper des conséquences du traité du Bardo, conséquences qui peuvent dépendre de l'interprétation plus ou moins large que l'on donnera à ce traité.

Ces dispositions persistent pendant la plus grande partie du mois de juin. De nouvelles émissions ont lieu. Des sociétés importantes se fondent et, en première ligne parmi elles, la Compagnie foncière de France et d'Algérie, rattachée à la fois au Crédit foncier de France, au Crédit lyonnais et à la Société foncière lyonnaise.

Les difficultés de la situation du marché, si brillant en apparence, n'échappent pourtant pas aux clairvoyants et aux capitalistes avisés. Il n'est que trop visible que les mêmes nécessités se reproduisent à chaque liquidation et que, tous les quinze jours, les spéculateurs ont besoin pour maintenir leur position du secours de nombreux capitaux. Services fréquents à rendre au marché, larges profits à tirer de ces services, tels sont les principaux objets que se proposent les diverses « caisses des reports » qui se créent à. ce moment de l'année. Elles font appel aux capitaux qui ne sont disponibles que temporairement et pour une courte durée.

Le mois de juin finit moins bien qu'il n'a commencé. Une grande partie des troupes qui ont fait la cam-

pagne de Tunisie sont rappelées en France et l'on trouve ce retour trop précipité. Un regrettable incident, soulevé à Marseille par quelques Italiens sur le passage de nos bataillons, détermine dans cette ville des troubles d'une certaine gravité. On n'est pas sans s'émouvoir de ces faits; on se préoccupe surtout des événements d'Algérie qui semblent éveiller plus d'appréhension que n'en avait inspiré naguère l'expédition de Tunisie.

Événements d'Algérie.

UI

Ces impressions développent sans doute les germes de malaise qui existent sur le marché. Le début du mois de juillet est mauvais; on constate sur la place un trouble très marqué; la faiblesse des cours est générale. L'interpellation qui a lieu à la Chambre sur la question algérienne n'amène pas de déclarations assez rassurantes pour relever l'opinion. On sait que les chaleurs vont arrêter la répression dans le sud-oranais ainsi qu'en Tunisie où les conséquences du rappel prématuré de nos troupes se fait déjà sentir. On ap- Attentat contre prend en outre la triste nouvelle de l'attentat commis Jj^rfiew ^'"^®"* sur le président Garfield dont l'agonie devait durer si longtemps.

Cet ensemble de circonstances est peu fait pour favoriser une reprise, surtout à l'approche des vacances, moment où d'ordinaire les habitués de la Bourse ont la précaution de mettre un peu d'ordre dans leurs affaires et de liquider leur situation. Aussi voit-on se produire des réalisations nombreuses. Les reports sont extrêmement chers. Les cours montrent communément beaucoup de mollespe. C'est de l'hésitation, de l'incertitude ; plus encore, de la crainte. L'espérance d'une bonne récolte entretient les tendances à la hausse.

A ce moment, les porteurs de fonds turcs suivent Négociations

..,.,.,.,. relatives aux

avec intérêt les négociations préparatoires que vient fonds twM. d'ouvrir le délégué français, M. J. Valfrey, qui, avant

i44 FINANCES CONTEMPORAINES .

de se rendre à Gonstantinople, allait s'entendre à Londres avec le Council 0/ Foreign Bondholders (Conseil des porteurs de titres étrangers) et, en Allemagne, avec les puissances financières du pays.

En même temps le marché anglais prend la plus grande part à l'émission de l'emprunt italien qui, quelques mois auparavant, c'est-à-dire antérieurement aux complications tunisiennes, eût, sans aucun doute, trouvé un accueil favorable sur le marché français.

Le mois d'août est caractérisé par une langueur dont le marché ne parvient pas à se dégager; seules font exception les quelques valeîirs sur lesquelles la spéculation trouve le plus facilei.'^ent à s'exercer. C'est ainsi qu'on délaisse de plus en plus la rente 5 %, qu'on se détourne des titres à revenu fixe et même des actions de chemins de fer, si favorisées pendant quelque temps; les fonds d'Etat étrangers, sauf l'Italien, subissent aussi un temps d'arrêt; l'effort des spéculateurs se porte particulièrement là où de fortes variations peuvent se produire. On a donc à constater, pendant ce mois, une hausse très vive sur certaines sociétés de crédit et sur quelques valeurs industrielles. En dehors de ce cercle très limité d'opératioijs, nulle ardeur, nulle activité.

lafS'"^"^'^^" ^^ attend qu'une nouvelle campagne s'ouvre, que les élections générales s'achèvent, que la composition de la nouvelle Chambre soit connue.

Les élections s'effectuent au milieu du plus grand calme, sauf peut-être à Belleville. La nouvelle Chambre ne paraît guère différer de l'ancienne ; on ne peut rien encore préjuger de ses dispositions en matière économique et financière ; rien n'éclaire le marché qui reste sans guide et sans boussole. Les engagements excessifs à la hausse s'y accumulent; les leports y restent très chers; les liquidations y sont pénibles et toujours redoutées; enfin la situation monétaire inspire des préoccupations très vives qu'excite encore l'aug-

inentalion presque simultanée du taux de l'escompte à Londres et à Paris.

C'est dans ces conditions que débute le mois de septembre. Le marché français semble ne plus s'appartenir; c'est au dehors qu'il puise ses inspirations; il suit avec attention les mouvements du marché anglais. Au fond, il flotte entre le désir de faire des affaires et la crainte de mal les engager.

La politique, au dedans comme au dehors, n'offre rien de bien inquiétant, ni de bien favorable, si ce n'est toutefois le discours de la reine d'Angleterre à la clôture de la session du Parlement, discours qui témoigne de dispositions sympathiques à l'égard de la France. L'entrevue de l'empereur d'Allemagne et de l'empereur de Russie à Dantzig, l'émeute militaire du Caire, l'augmentation des effectifs en Tunisie, enfin la mort d'ailleurs prévue du président Garfield, sont au- ^"o^'**"? tant d'événements dont la Bourse ne s est nullement occupée.

Sans nul doute, il n'existait aucune cause déterminante de baisse; mais où pouvait-on découvrir une cause réelle de hausse? Et cependant toutes les valeurs de spéculation continuèrent à monter, tandis que les autres restaient ou fermes ou chancelantes,

Une telle situation financière commandait évidemment une grande prudence. Telle elle était au commencement d'octobre, telle elle s'est perpétuée jusqu'à la fin de l'année en s'aggravant sous divers rapports. Ce fut d'ailleurs après la liquidation du 15 octobre qu'il fut permis, même aux moins perspicaces, de reconnaître tout ce qu'une pareille situation avait de factice et d'artificiel. De la hausse sans éléments de hausse, des plus-values énormes réalisées sans cause réelle ou même apparente, de bonnes et solides valeurs restant languissantes ou même se déclassant

malgré leur sécurité et leurs garanties, tandis que, près d'elles, d'autres valeurs d'un produit incertain étaient portées à des hauteurs vertigineuses : tel était le ta-

Bomse'de Pari* ^^^^^ Qu'offrait le marché quand une panique soudaine.

et à la Bourse de ge déclara à la fois sur les places de Paris et de Lyon. A Paris, on n'a pas encore oublié la journée du 20 octobre et la baisse qui l'a signalée; il ne semble cependant pas que cette leçon ait beaucoup profité. Tout, dans cette débâcle, fut atteint : rentes françaises, fonds étrangers, actions de chemins de fer, actions des sociétés de crédit : seules, les actions de l'Union générale et celles de ses sociétés annexes résis èrent avec avantage et progressèrent même, pour de? causes diverses, les unes tenant à la situation même 'le ces sociétés et aux espérances que l'on fonde sur e les, les autres à la faveur dont elles ont 'té l'objet î uprès d'une certaine portion du public d'; U Bourse.

la 3"légisiTturc'! Sur CCS entrefaites s'ouv. 3 la nouve le législature. La Chambre des députés issue des demi 3res élections générales montre bientôt par ?es votes que le président de la Chambre précédente n'a rien pardu de son influence parlementaire et qu'il sera, le cas échéant, soutenu par une majorité imposante s'il est appelé à former et à' diriger un nouveau ministère. Cette éventualité ne tarde pas à se réaliser.

La place, allégée à la suite de sa récente secousse, s'était raffermie et rassurée. La liquidation d'octobre avait été moins dure qu'on ne le redoutait. Non seulement les valeurs se relevaient; mais les rentes ellesmêmes, si peu en faveur depuis quelque temps, montraient une tendance marquée à la hausse. Le marché avait appris sans nulle prévention, sans nulle émo-

cabinet Gam- tion, que M. Gambctta avait été chargé de constituer

belta. , • .

un cabmet.

La composition du ministère, dès qu'elle fut connue, causa d'abord un certain étonnement; on y rencontrait moins de personnalités en évidence qu'on ne s'y attendait; ce n'était là qu'une impression du premier mo-

ment prompte à s'effacer et d'aillours sans importance. Mais le monde des affaires se préoccupa bientôt des intentions des nouveaux ministres au point de vue éconoiiiique et financier.

On avait tout récemment, à propos des tarifs spé- La qnestio» ciaux, ranimé la question des chemins de fer. Que pen- fer. *^^^"""^ ** sait à cet égard le président du conseil ? Que pensait aussi le nouveau ministre des finances qui, dans ces dernières années, s'était montré favorable aux projets de rachats? A défaut de programme publiquement exposé, à défaut de déclarations officielles, on recherchait naturellement parmi les idées jadis professées par les nouveaux ministres celles qu'ils appliqueraient probablement une fois au pouvoir. Indices insuffisants, hypothèses vagues, présomptions douteuses : tels étaient les uniques éléments d'appréciation dont on disposait.

Aussi, dès la fin de novembre, le marché manifestait-il une indécision très caractéristique. La note dominante était la faiblesse, sauf pour un très petit nombre de valeurs extraordinairement privilégiées.

De l'indécision le marché passa à l'agitation dès les premiers jours de décembre : il devint fiévreux, tourmenté. Les reports étaient restés .chers; les rentes avaient encore faibli. La spéculation soutenait uniquement ses titres favoris. Les fonds espagnols montaient grâce à la probabilité d'une réorganisation plus ou moins prochaine des finances de l'Espagne. Les valeurs turques montaient aussi, grâce aux espérances, sans dout« exagérées, des porteurs de fonds ottomans à la suite de l'arrangement conclu à Constantinople.

Cette situation ne s'est point améliorée ; nous sommes arrivés au terme de l'année sans que rien soit venu rassurer les esprits.

iM

Conclusion.

La politique extérieure et le marché financier.

M. Carnot et le rachat des chemins de fer.

Quels sont les traits saillants que met en relief cette rapide revue et qui caractérisent l'année 1881? Quelles sont les observations et les conclusions qui se dégagent de cet examen d'ensemble?

Il faut tout d'abord constater que si la Bourse se laisse peu impressionner par les faits même les plus considérables de la politique intérieure, elle se montre au contraire extrêmement sensible aux bruits et aux événements du dehors. La crainte d'une intervention de la France en Grèce et les diverses phases de la question tunisienne l'ont suffisamment démontré. Il importe donc que le gouvernement surveille avec un soin extrême nos relations extérieures, qu'il y apporte la plus grande prudence et qu'il s'efforce de hâter le dénouement des opérations engagées.

- Il est nécessaire aussi que le monde des affaires soit enfin éclairé sur les idées, les intentions et les projets du gouvernement au point de vue économique et financier, car ici l'incertitude est complète et les années s'écoulent au milieu d'alternatives d'espoir et de crainte sans cesse renouvelées. La conversion, plusieurs fois annoncée comme imminente, plusieurs fois ajournée, reste encore en projet, sans qu'on puisse savoir si elle compte des partisans résolus au sein du ministère.

La question du rachat des chemins de fer ne cause pas moins de perplexité aux innombrables actionnaires et obligataires de nos grandes compagnies fran çaises. A la fin de l'année 1880, M. Carnot, alors ministre des travaux publics, déclarait à la tribune que tout projet de rachat devait être abandonné, qu'il fallait se rendre au vœu de l'opinion et que le gouvernement, muni d'une autorité suffisante, devait se borner à améliorer ce qui existait. Depuis cette époque la question des chemins de fer, qu'on croyait fermée, s'est rouverte sous une autre forme à propos de tarifs;

on a laissé croire que le nouveau cabinet était favorable aux idées de rachat. On conçoit combien il importa au monde financier d'être enfin fixé sur des projets dont l'exécution aurait sur le mouvement des capitaux et sur le crédit public une si grande influence.

Rien n'effraie autant les intérêts que l'inconnu. On eoiSn*""^*'^ ne saurait douter que cette peur de l'inconnu ait exercé une très pernicieuse action sur les capitalistes de tout ordre, sur les classes qui épargnent, et n'ait contribué à les détourner des valeurs sûres et des placements de longue durée ; ainsi a été excitée et activée cette fièvre de spéculation qui montre de jour en jour plus d'ardeur et plus d'affolement.

La Bourse reste ouverte à toutes les valeurs nou- n^^'^'^g^'^î velles, même les plus douteuses. Cette invasion a été valeurs, particulièrement remarquable pendant l'année 1881 au cours de laquelle on a pu, chaque semaine, cons-laier de nombreuses additions à la cote officielle.

Les valeurs étrangères ont trouvé sur notre marchft un accès plus large et des facilités de négociation plus glandes qu'à aucune autre époque. Des Etats dont le crédit n'avait jamais été très apprécié ont pu emprunter à des conditions extrêmement favorables, obtenir pour leurs titres des cours qui ont certainement dépassé toutes leurs espérances. Plusieurs d'entre eux ont profité de ces circonstances pour reconstituer leurs finances, convertir leurs dettes onéreuses en dettes moins lourdes, traiter avec leurs créanciers, et l'on a vu entrer dans cette voie des puissances qui avaient cessé ou singulièrement réduit leurs paiements.

Un fait capital domine tous les autres et sa significa- B,a'*se <ies

"^ ^ renies , hausse

tion est particulièrement menaçante : c'est la baisse desti;i«sdespé des rentes françaises coïncidant avec la hausse des valeurs. C'est là un symptôme qui s'est successivement accentué au cours de l'année et qui doit fixer l'attention des pouvoirs publics. Pour la première fois, depuis plus de dix ans, depuis l'époque néfaste de nos malheurs et de nos ruines, la rente française non-seu-

lement a cessé de progresser, mais a vu ses cours décliner. Ils sont actuellement de 5 francs au-dessous de ceux cotés à la fm de l'année dernière. Ce fait suffit à révéler les dangers de la situation. Le caractère de l'année 1881 est donc bien marqué, c'est Vannée de la spéculation ; c'est ce trait qui la distinguera lorsqu'on la comparera aux dix dernières années.

Nous terminions, il y a un an, notre revue habituelle des^Saû^ en attachant à l'année 1881 cette désignation spéciale : ^^ issi. Vannée de la spéculation. Elle avait certes mérité d'être ainsi nommée, cette année qui avait vu la spéculation se développer à outrance et se livrer follement à des excès dont la fortune publique s'est si cruellement ressentie. Pendant son cours, une foule de valeurs nouvelles avaient envahi le marché, des sociétés s'étaient créées en grand nombre sans autre objet réel que le jeu et les affaires douteuses ; enfin, les valeurs étrangères elles-mêmes prenaient, dans la circulation, une place de plus en plus importante et se substituaient dans beaucoup de portefeuilles à de bonnes valeurs françaises. A la Bourse, on ne connaissait plus les hausses jeu ^et Ies^îu(ï lentement acquises et les petits bénéfices, on ne rêvait ^"^ ^® '^p*'" que plus-values soudaines et gains énormes. Le revenu ne comptait plus pour rien, on ne faisait état que des gros mouvements de cours, des profits promptement obtenus ; on n'achetait plus pour garder mais pour revendre, le jour ou le lendemain, l'opération une fois faite. On peut dire que certaines valeurs n'avaient même plus de prix réel tant les hausses factices et multipliées avaient surmené les cours. Il n'y avait nulle raison en effet, autre que le jeu, pour que telle valeur valût plutôt 1,000 francs que 3,000.

C'est là qu'en était la Bourse au commencement de

gne.

l'année 1882. Quant au public, à ce public qui naguère se contentait d'épargner et de placer sûrement ses modestes économies, il était devenu, lui aussi, joueur et spéculateur. Qui eût voulu juger de la prospérité générale par les cours des valeurs nous eût certainement crus le peuple le plus riche de la terre.

Cependant, les esprits attentifs observaient certains signes inquétants. Les valeurs, même douteuses, ne suivaient plus la rente qui, elle, non seulement cessait de progresser mais déjà commençait à faiblir, symptôme grave et qui seul suffisait à faire pressentir les dangers qui allaient fondre sur le pays. Le monde des affaires, nous entendons celui des affaires sérieuses, ne voyait pas sans inquiétude les progrès de la spéculation et l'erreur de la foule qui, lâchant la proie pour l'ombre, courait jouer.

On était cependant loin de se douter, en général, que le péril fût si proche et que la catastrophe dût être si rapide.

Élections séna- L'année 1882, en effet, débutait bien. On avait, il est

tonales : candi- ' ' '

ualureLabordère vrai, quclquc luquiétudc sur la politique économique et financière du cabinet; mais on voyait échouer toutes les tentatives d'agitation faites autour des élections sénatoriales et particulièrement de la candidature Labordère. On avait fort discuté certains choix faits par M. weiss direo jg président du conseil : la nomination de M. Weiss

leur aux affaires ^

étrangères. comme directeur aux affaires étrangères, celle de M. de chau- ^, (jg Chaudordy à l'ambassade de France en Russie.

dordy ambassa- "J

deur à saint-pé- On espérait que les négociations pour le traité de

lersbourg. ^ i,a i * ■ l

commerce avec lAngleterre seraient poursuivies avec succès et qu'elles donneraient de prompts résultats.

Dans les premiers jours de janvier, on était encore, sauf sur les rentes, en pleine hausse : les deux valeurs dont les mouvements réglaient pour ainsi dire le marché, le Suez et l'Union générale, étaient aux plus

ir)3

Ouverture df la question d'É

gypie

hauts cours. Les actions de l'Union avaient dépassé ^^^^"^"^8^^;^,^^^ 3,000 francs; celles du canal de Suez 3,500 francs. Ces le suex, 3,500 fr! chiffres semblent monstrueux aujourd'hui; ils n'étonnaient pas alors. Et il y a à peine douze mois de cela!

Cette quiétude ne fut pas de longue durée. L'horizon politique s'assombrissait; on redoutait déjà un conflit entre la majorité de la Chambre et le chef du ministère qui proposait à cette assemblée, nouvellement élue, de condamner le mode d'élection d'où elle était sortie. On parlait déjà d'agir en Egypte de concert avec l'Angleterre et, bien qu'il ne fût pas, à ce moment, question d'une intervention active, on craignait les aventures.

Ces préoccupations ne pouvaient toutefois exercer une influence violente sur le marché, à moins que quelque cause plus énergique ne vînt aussi Tagiter. Cette cause déterminante se produisit, toute financière et bien imprévue pour qui ne connaissait pas alors les conditions des différentes places françaises. Le coup partit de Lyon, où des embarras de bourse presque irrémédiables s'étaient révélés. Une société qui, pour ainsi dire, menait la hausse à cette Bourse, 1 1 Banque de Lyon et de la Loire, s'effondrait. Le parquet de Lyon était presque tout entier compromis. La secousse se répercuta promptement à Paris, sans cependant qu'on se rendît, au premier abord, un compte exact de l'étendue du mal. Toutes les valeurs de spéculation étaient cependant fort agitées; les fluctuations du groupe de Suez étaient inquiétantes; mais, après tout, comment s'étonner qu'une certame baisse se produisît, par exemple sur l'action de Suez qui, seule, avait monté de 2.000 francs en moins d'un an?

On ne put longtemps se faire illusion. La Bourse devint de plus en plus fiévreuse, de plus en plus troublée. Tous les efforts faits pour conjurer les effets d'une liquidation désastreuse avaient épuisé le marché et les ordres de vente se multipliaient sans contrepartie; la baisse amenait la baisse, la peur devenait

Le Lyon,

krach de

Le krach Paris,

Opinion de M Léon Say.

Conséquences du krach.

L'année 1882 condamnée.

contagieuse. Il eût fallu un secours bien puissant, nous ne dirons pas pour empêcher l'effondrement, mais seulement pour le retarder ou le ralentir. D'où ce secours pouvait-il venir? Au moment même une crise ministérielle éclatait dans les circonstances les plus défavorables. Elle resta ouverte plusieurs jours, aggravant les inquiétudes, augmentant la défiance, rendant plus actives les causes de découragement et de démoralisation.

La catastrophe eut lieu. Qui a assisté aux séances de Bourse qui se tinrent pendant ces tristes jours a vu certes un spectacle qui ne saurait s'oublier.

« J'ai assisté, déclarait à la tribune môme M. Léon Say le 3 février, j'ai assisté, au lendemain de mon entrée aux affaires, à une journée comme il ne s'en est pas produit, dans l'histoire de nos marchés à terme, depuis une centciine d'années. »

Toutes les valeurs avaient été entraînées. Chose curieuse à enregistrer, c'est le Suez qui avait donné le signal de la débâcle, l'Union générale avait suivi, puis tout son groupe, puis le marché tout entier.

D'immenses fortunes privées anéanties; des ruines en haut, en bas, partout ; l'épargne même, profondément atteinte ; le marché, ébranlé jusque dans ses fondements et presque annihilé ; les transactions suspendues ; et, au-dessus de tout cela, une défiance universelle : telle était la situation à la fin de janvier, mois terrible, mois mémorable, qui a marqué l'année d'une ineffaçable empreinte.

L'année i882 était condamnée ; dès le début, elle était frappée à la tête.

-2^ cabinet de Freycinet.

Le ministère présidé par M. Gambetta était renversé le 26 janvier. Le nouveau cabinet, qui avait pour chef M. de Freycinet, était composé d'une façon assez heureuse. L'entrée de M. Varroy aux Travaux publics,

celle surtout de M. Léon Say aux finances et les dé- relTùel^" ÏI cîarations que ce dernier fit presque aussitôt à la tri^ n»n<^bune, furent, dans les circonstances où Ton se trouvait, très favorablement accueillies. On applaudit aux trois clauses du programme financier : « pas de conversion, .^«''K.u^r^ pas d'émission, pas de rachat » : formule brève, simple f^ Jfs di*"™et claire, qui répondait bien aux préoccupations et aux chat. . désirs du moment.

De son côté la haute banque, courant au plus pressé, q^^eSfgS venait au secours du parquet des agents de change de change, auxquels elle facilitait un emprunt; elle aidait aussi la coulisse qui, gravement menacée, luttait avec énergie et constituait un fonds commun. Cette intervention et ces promptes mesures prévinrent certainement de nombreux sinistres financiers qui eussent peut-être enlevé au marché le peu de vitalité qui lui restait.

Quant à l'Union générale, elle avait suspendu ses raUs'su'S^nÇsi" paiements: son président et son directeur sont arrêtés, paiements. la faillite est prononcée. Il ne reste plus de ce grand naufrage que des débris qu'on doit tenter de sauver.

Le marché s'apaise, mais ne se consolide pas. De temps à autre des spéculateurs opiniâtres cherchent, timidement il est vrai, à relever les cours, mais l'entreprise demeure vaine. La défiance est générale ; elle régne même entre les agents, qui craignent d'avoir pour débiteurs tel ou tel de leurs confrères plus ou moins compromis ; ils se suspectent tous. Les négociations se trouvent ainsi presque impossibles.

Nous nous sommes élevé alors contre ceux qui annonçaient, bien prématurément, la fin de la crise. Comment y eussions-nous cm, alors qu'il était visible que le terrain nétait pas encore déblayé et qu'il restait encore des blessés trop faibles pour survivre longtemps?

La secousse avait ramené, même en politique, les « P»>'i'<i°f p><^

. r- n tiqpie en Egypte.

esprits a la prudence et à la circonspection. On voulait bien faire quelque figure en Eg\T)te, mais on n'entendait pas aller au delà d'une pression morale et dune îrtervention pacifique. M. de Preycinet déclarait d'ail-

Mouvements ouvriers à Bes-

leurs qu'il n'engagerait pas la France en dehors du concours européen.

On était plus soigneux des relations avec les autres peuples et l'on donnait un gage de sympathie à la Russie en expulsant le conspirateur Lavroff. On ne parvenait pas à conduire à bien les négociations commerciales avec l'Angleterre, mais on se montrait fort libéral à son égard en lui assurant par une loi le traitement de la nation la plus favorisée.

Le mois de mars ne modifie pas sensiblement la situation. Au début on voit, avec une indifférence qu'on perdra plus tard, des mouvements ouvriers se produire à Bessèges. On s'émeut un peu plus lors du discours enflammé, prononcé en France par le général Skobeleff contre l'Allemagne ; la Russie rappelle aussitôt le vaillant capitaine qu'elle devait perdre si promptement. L'incident est vite étouffé. En Angleterre, un attentat à la vie do la reine d'Angleterre a lieu ; mais on apprend avec satisfaction que le coupable n'est qu'un misérable fou.

Le grand souci n'était pas alors dans les événements say: profonde (Je la politiquo extérieure ou intérieure. L'attention se

impression. , , ,, •

portait sur les questions budgétaires ; on s intéressait au sort des projets de M. Léon Say ; on s'inquiétait de l'hostilité qu'ils rencontraient dans certains groupes parlementaires ; on commentait avec un intérêt extrême cet exposé lumineux où, à côté de vérités courageusement dévoilées, se trouvaient de sages et utiles conseils ; enfin, on attachait, plus qu'on ne l'avait jamais fait, une importance particulière à l'élection des membres de la commission du budget et l'on se rassurait en apprenant que, sur les trente-trois membres nommés, le plus grand nombre se ralliait aux idées du ministre.

La Bourse, après des velléités de reprise, était redevenue hésitante et restait indécise.

Les rentes variaient peu. Les fonds étrangers progressaient grâce aux opérations des arbitragistes et aux emprunts que préparaient certains Etats. Les valeurs de chemins de fer avaient retrouvé une très grande fer-

AUentat contre la reine Victoria.

Expose financier de M. Léon

meté, la conclusion de conventions avec les compagnies devenant de plus en plus probables.

Le second trimestre se présente sous de meilleurs aus- ^^ces^ PL**iuU pices. Les Chambres se séparent pour les vacances de pens. Pâques, vacances fort désirées il faut le reconnaître. Les projets de M. Léon Say restent, il est vrai, en suspens ; mais on compte bien que la conciliation l'emportera et que la courte visite que les députés vont faire à leurs électeurs facilitera ce résultat.

Aussi le marché semble-l-il se rasséréner. Les dispositions sont évidemment meilleures ; mais c'est trop peu pour ranimer les transactions. Les capitaux ne reviennent pas volontiers sur le marché, même en faveur des bonnes valeurs ; on croirait presque qu'il s'en écartent, puisque ce sont les fonds étrangers qu'on voit monter.

Les ministres, assure-t-on, travaillent : ils préparent . Projets cuve™

. étudies par le»

une loi municipale, plusieurs projets militaires, un pro- ministres. jet sur le crédit agricole, un autre bien tardif sur le régime des sociétés, un projet sur les marchés à terme qui se trouve d'une déplorable actualité, un autre enfin sur les récidivistes. On semble se préparer à organiser en Tunisie nos divers services. M. de Freycinet décide même qu'ils seront, selon leur nature, « rattachés » aux ministères dans les attributions desquels ils rentrent ; le ministre des alTaires étrangères se réserve toutefois un contrôle sur les décisions des autres ministres.

A la fin d'avril, nous retrouvons le marché sans activité, les rentes plus fermes, les fonds étrangers un peu moins favorisés sauf pourtant l'Italien, les actions de chemins de fer en assez bonne attitude. Les cours des sociétés de crédit sont fort mouvementés ; c'est la faiblesse qui prédomine.

C'est sans enthousiasme qu'on voit les Chambres revenir avec le mois de mai, et pourtant l'on a hâte que les questions les plus urgentes soient résolues, les qu^s-

Projet de convpntion avef la fiimpagnie d'Orléans.

Incidents en

Irlande.

Aggravation de la question égyptienne.

lions d'affaires avant tout. On compte bien qu'il en sera ainsi. M. Léon Say dépose le projet de convention avec la Compagnie d'Orléans en vue du remboursement anticipé des avances à titre de garantie d'intérêt ; on annonce la présentation des autres projets à l'étude. Les nouvelles de l'extérieur sont bonnes en général. I/Italie, qui a besoin d'effectuer son emprunt, s'apaise tout à coup ; elle redevient presque aima.ble, pour quelque temps du moins.

Aussi, la Bourse se montre-t-elle plus calme, plus stable, plus rassurée ; on croirait volontiers qu'elle va se raffermir ; la tenue de presque toutes les valeurs est relativement satisfaisante : rentes françaises, fonds étrangers, chemins de fer, valeurs industrielles, semblent avoir de meilleures tendances. Les valeurs de Suez regagnent du terrain.

Mais, pour que le travail de reconstitution du marché se poursuivît, il fallait, espérance folle, que nulle complication ne surgît, que les circonstances restassent longtemps et imperturbablement favorables, qu'il ne s'élevât même pas un souffle de crainte ou de doute.

Et voici que des difficultés s'élèvent de toutes parts ; au dehors, au dedans, partout, des incidents fâcheux ou pénibles. Les assassinats de lord Fr. Cavendish et de M. T. Burke à Dublin, dans Phœnix-Park, au moment où les tentatives de conciliation entre la Grande-Bretagne et l'Irlande semblaient près d'aboutir, produisent une triste impression.

L'affaire égyptienne s'aggrave tout à coup. Des vaisseaux anglais et français sont envoyés vers Alexandrie, En France on voudrait bien défendre en Orient les intérêts nationaux et sauvegarder notre influence séculaire ; mais on ne voudrait pas non plus s'engager outre mesure, se lancer dans une entreprise de longue haleine. On serait bien aise d'être hardi ; on craint d'être audacieux. Ces désirs contraires ne laissent pas de causer un certain embarras qui se fait jour dans le parlement et même dans le ministère.

(»n est menacé d'une nouvelle crise ministérielle. La Chambre ayant, sans se rendre un compte exact de la, portée de sa résolution, voté la prise en considération d'une proposition tendant à la suppression des taxes sur les boissons, M. Léon Say ressent vivement, trop vivement peut-être, cette blessure faite certainement sans préméditation. Il menace de se retirer ; il faut, pour le décider à conserver son portefeuille, un vote formel de confiance qui lui est donné, d'ailleurs, à une très forte majorité. L'incident n'en a pas moins mis en évidence les divergences d'idées entre le ministre et cer laines fractions parlementaires.

Enfm, on prend ombrage de tout, même de l'enthousiasme que manifestent, au sujet de l'inauguration du tunnel du Saint-Gothard, la Suisse, l'Allemagne et l'Italie. Ces deux dernières semblent en effet considérer l'ouverture de leur grande ligne internationale comme une véritable victoire remportée sur la France.

Les affaires se ressentent nécessairement de ces émotions. La Bourse devient plus sensible aux faits d'ordre politique. Aussi, la fin de mai est-elle difficile ; en somme, il y a encore un léger recul sur la plupart des valeurs. Les rentes sont faibles. Les fonds étrangers, les chemins de fer français, le groupe de Suez, quelques actions de sociétés industrielles, conservent seuls de la fermeté.

Il est évident que si aucun fait important et heureux ne vient ranimer le marché et lui rendre le courage, le mois do juin sera plus mauvais encore que celui de mai, au point de vue financier.

Et, à la vérité, ce mois commence mal. La flotte anglofrançaise a vainement « manifesté » dans les eaux d'Alexandrie ; l'efTet produit par cette démonstration sur Arabi-Pacha est absolument nul. Il est certain qu'il faudra trouver un moyen plus efficace. M. de Freycinet, interpellé par M. Delafosse, déclare bien qu'on n'agira pas isolément ; que, dans tous les cas, on ne fera rien avant une entente préalable avec le;: puissances; il plane

Proposition relative aux droits sur les boissons^

conflit.

L'ouverture da Saint-Gothard.

Manifestation de la flotte anglo-française à Alexandrie.

Conférence internationale.

cependant quelque chose d'ambigu sur la politique du ministère. On parle de l'intervention de la Porte, de l'envoi par celle-ci d'une mission spéciale en Egypte ; on n'attend de ces actes aucun résultat sérieux et surtout aucun élément de reprise.

L'opinion publique a raison; la situation en Egypte ne fait que s'aggraver. On annonce la réunion d'une conférence qui discutera sur la base du statu quo ante ; mais personne ne met son espoir dans les travaux de cette réunion d'ambassadeurs, personne ne croit que l'Angleterre s'en remettra à d'autres du soin de ses plus chers intérêts. On reste donc incrédule. Discours de M. On retrouvc un peu de confiance dans les paroles que oï'eniin^ * ^*'"'' M. Léou Say prononce à Saint-Quentin, dans les sages conseils de prudence et d'économie qu'il renouvelle et dans les espérances, malheureusement déçues, qu'il fonde sur une belle récolte. On se réjouit aussi de son double succès devant la commission du budget dont le rapporteur général, M. Ribot, enlève deux votes heureux : l'un sur le mode d'évaluation des recettes, l'autre sur la convention financière avec la Compagnie d'Orléans.

Mais ces satisfactions passagères, fugitives, sur de simples incidents, ne sont guère de nature à relever les esprits, à relever surtout les affaires et les cours. II faut au marché, pour se ranimer, autre chose que des désirs, Les consé- des VŒUX et dcs intentions. D'ailleurs, c'est à ce moment ïpSSjus seulement qu'on commence à mesurer avec quelque neitement. exactitudc l'étcndue des conséquences du krach de jan-

vier ; on en comprend maintenant toute la gravité.

Aussi rien ne peut plus contenir la baisse, ni la restreindre. Elle s'accentue, devient générale, se transforme en panique le lundi 19 juin et le jeudi 22 ; ce n'est qu'à grand'peine qu'on revient, dans les derniers jours du mois, à des impressions moins extrêmes et moins pessimistes.

Les résultats du semestre sont peu satisfaisants : au cours de ces six mois, la rente 3 % a baissé de 3 francs

onviron, la rente amortissable de 2 francs ; le 5 % <eul s'est maintenu. La Banque de France a fléchi de 500 francs ; le Crédit foncier, de 270 francs, la Banque de Paris et des Pays-Bas, de 130 francs ; le Comptoir d'escompte, de 15 francs ; le Crédit lyonnais, de 180 francs environ ; la Société générale, de 200 francs. Des différences autrement graves s'étaient produites sur des titres que nous ne saurions mentionner dans cetts revue rapide.

Depuis le commencement de l'année, les valeurs de Suez, toujours agitées par la spéculation, avaient sensiblement fléchi ; sur les actions, la baisse était de près de 1,200 francs. Les actions des Omnibus avaient baissé de plus de 200 francs ; celles du Gaz au contraire, à travers des alternatives de crainte et d'espérance selon les probabilités d'un accord avec la Ville, se trouvaient encore en progrès de 50 francs environ.

On comprenait bien alors qu'il fallait, pour imprimer aux affaires quelque activité, qu'il se produisît un événement considérable, dont la nouvelle rassérénât les esprits et rendît un peu de hardiesse aux capitalistes. Aussi les regards restaient-ils flxés vers l'Orient ; on se prenciit à espérer qu'il sortirait tout à coup de la conférence une solution heureuse. Il semblait que désormais ce fùl cette assemblée diplomatique, presque dédaignée la veille encore, qui dût disposer et décider de tout : le l'Egypte, d'Arabi-Pacha, du khédive, du canal de Suez. On disait qu'elle inclinait vers une intervention directe et armée de la Turquie. Quant à notre ambassadeur à Constantinople, il devait toujours rester fort circonspect.

Et, comme il ne survenait rien, la baisse continuait, s'accentuait. Toutes les valeurs étaient atteintes. La rente 5 % retombait au cours du mois de janvier ; les deux rentes 3 % fléchissaient aussi. Baisse sur les

fonds étrangers, baisse sur les actions et obligations de chemins de fer, baisse sur les sociétés de crédit, agitation et incertitude sur les valeurs les plus résistantes, c'est le désarroi complet, général, absolu. Cependant les capitaux ne manquent pas et les disponibilités des sociétés de dépôts s'élèvent à un chiffre énorme ; malheureusement, ces trésors ne s'emploient pas, ils demeurent immobilisés dans les caisses des banques.

Cependant les soldats d'Arabi, peu intimidés par l'apparition de la flotte anglo-française et indifférents aux délibérations de la conférence, prévoient une attaque, une invasion ; ils fortifient Alexandrie. Nulk

Bombardement injouction uc Ics arrête. L'Angleterre alors se décide; la noneangiafse! elle trouvc, dans ce fait, le cas de force majeure dont elle a besoin pour colorer sa conduite d'un honnête prétexte ; elle bombarde les forts et la ville. On sait ce qui s'en' suivit : Alexandrie capitula ; les Anglais l'occupèrent, mais dans quel état, ruinée par le pillage et l'incendie. Que de pertes irréparables.

En même temps, l'Angleterre prenait ses siîretés pour l'accès du canal de Suez, tandis que nos vaisseaux restaient dans l'inaction, se tenant à l'écart de la lutte. Ces événements ne hâtèrent point, comme on eût pu le croire, les travaux de la conférence; celle-ci se pressa d'autant moins qu'elle se trouvait en présence d'une situation nouvelle et que ses membres avaient, pour la plupart, des instructions à demander. On parlait tou- . jours de l'intervention turque, le plus étrange leurre qu'on ait eu à admirer depuis longtemps.

Inauguration A Paris, OU sc consolc par des cérémonies et des

(lu nouvel hôtel ^

<ie ville de paris, fêtcs : inauguratiou du monument élevé à la mémoire de Michelet, le grand historien ; inauguration de l'hôtel de ville élevé sur les ruines de celui que la Commune avait détruit, future mairie centrale peut-être. Le mot du moins a déjà sa portée politique puisque, prononcé mal à propos, il soulève un conflit, vite apaisé il est vrai. Enfin, on célèbre sans grand éclat la fête nationale du 14 juillet; on illumine, on pavoise, on

tes

sort les drapeaux, mais Tentrain n'y est pas. On n'a en effet, il faut le reconnaître, ni argent, ni satisfaction morale d'aucune sorte.

On doit cependant tenir les arsenaux, la flotte, les troupes en mesure de faire, au besoin, face aux éventualités qui pourraient surgir et le gouvernement est bien obligé, par esprit de prévoyance, de demander les crédits nécessaires. Or, la confiance est telle, même dans les régions parlementaires, que, dans ces propositions tlo crédits, on croit voir la preuve manifeste du désir d'intervenir à Tinsu des Chambres et sans leur assentiment. Cependant, sur les déclarations du ministre des affaires étrangères, la majorité lui donne encore un vote favorable, mais, deux jours après, le cabinet est mis en échec sur l'interpellation du député de la Cochinchine, M. Blancsubé, relative à la mairie centrale de Paris. Le ministère ébranlé, lassé même au point de ne plus se défendre, tombe sur cette question des crédits égj'ptiens qu'il a demandés en prévision d'une intervention à laquelle il était contraire. Le mois de juillet s'achève en pleine crise ministérielle.

La Bourse ne s'affecte pas outre mesure de l'incident; elle pense sans doute qu'un cabinet perdu est bien vite remplacé. La liquidation d'ailleurs s'effectue mieux qu'on ne l'espérait; les rentes ont un peu monté; 1«'S valeurs ont été assez fermes; les actions des sociétés de crédit ont eu une assez bonne tenue.

Les jours s'écoulent et la crise ministérielle ne s'achève pas; on ne trouve pas facilement des successeurs à M. de Freycinet et à ses collègues. Alors on commence à se préoccuper sérieusement de cet interrègne; on accuse la Chambre; on la dit impuissante, incapable, impossible ; on prononce le mot de dissolution; on semble même en accepter l'idée et l'on s'y

ccoutume déjà lorsqu'on apprend que M. Duclerc a accepté la mission de former un cabinet. Ce ministère est en effet bientôt constitué et... la Chambre est sauvée; mais elle ne sort pas grandie de cette épreuve et

La mairie centraie de Paris et la Chambre.

Nouvelle crise ministérielle.

La crise se prolonge. Impression défavorable pour la Chambre.

Cabinet Dnclerc.

l'on sent qu'elle en supporterait difficilement une seconde.

Aussi rajournement de la session parlementaire estil accueilli avec plus de satisfaction encore que l'avènement des nouveaux ministres.

Au sortir de cette aventure on respire ; on reste en somme, sauf bien des réserves sans doute, sur une impression favorable. On est un peu attristé, un peu humilié de demeurer immobile et passif devant cette Angleterre qui accentue si énergiquement son intervention; mais, en même temps, on se félicite d'avoir été prudent, d'avoir échappé à une foule de complications; on se doute bien que l'influence française en Orient subira une fâcheuse atteinte et que ce seront encore les créanciers de l'Egypte qui supporteront les charges de la guerre actuelle; mais on fait réflexion que c'est beaucoup d'être en paix et que les créanciers de TEgypte auront peut-être bientôt pour garant le crédit même de l'Angleterre.

Sous l'influence de ces pensées, il se manifeste dans l'état des esprits une certaine amélioration. Sans qu'on puisse dire qu'il s'est produit vraiment un retour de confiance, on constate tout au moins un peu plus de calme et d'apaisement. Li,es rentes ont monté : le 3 % est à 82 fr. 50 en\àron, le 3 % amortissable à 82 fr. 80, le 5 % à 115 fr. 30. Les fonds étrangers conservent des cours certainement très élevés; les fonds égyptiens montent, favorisés par les prévisions que l'on fonde sur la réorganisation financière de l'Eg^-pte; les sociétés de crédit ont regagné quelque terrain. Les valeurs du groupe de Suez témoignent de la fermeté; elles resteront cependant soumises à toutes les fluctuations des événements d'Orient et aussi aux résolutions éventuelles de l'Angleterre; dès ce moment nous signalons le vrai, le réel danger que peuvent courir les actions, la réduction des tarifs, réduction que la Grande-Bretagne réclamera peut-être un jour au nom des intérêts anglais.

1882. - i; ANNEE DU KKACH 165

Au commencement de septembre, il y a donc lieu de croire au raffermissement de ce malheureux marché si troublé, si violemment remué par la catastrophe de janvier. Si les événements, les hommes et les choses s'y prêtent un peu, le mal pourra sans doute être atténué dans ses conséquences.

On se reprend à espérer. Comme on désire des affaires, on est bientôt convaincu qu'elles vont reparaître, se renouer, se multiplier, on compte sur une bonne campagne d'hiver qui pourra compenser bien des déboires et bien des pertes.

A l'intérieur nulle complication, les conseils gêné- ^^'^^ï^f Jéî? raux ont clos leur session sans avoir soulevé de ques- raux;aucun deux

n aboi-de la dis-

tion irritante; ils ont partout fait preuve de modéra- cussion de la

, . ,. 1 » - 1 » • j question des che-

tion. On remarque qu ils n ont discute ni le régime des mins de fer. chemins de fer, ni le rachat, ni les tarifs; ^n tient bonne note de ce fait.

On ne voit plus dans l'expédition anglaise en Eg>^pte , E^^p"iP*pi° /„! qu'une question de temps; on ne saurait douter du gieicrre. résultat et l'on ne croit pas qu'il puisse tarder; on attend un engagement décisif entre les deux armées. Ces piévisions sont d'ailleurs promptement justifiées : le général Wolesley taille en pièces les troupes d'Arabi et marche sur le Caire. La période aiguë de la question égyptienne est donc accomplie.

Encore quelques nouvelles favorables, encore quel- Emission, aye*

^ * succès, des obli-

que temps de repos, de tranquillité, et sans doute on gâtions de pan*-

pourrait songer à une reprise des affaires; on essaierait du moins. Lorsqu'il s'en présente une qui lui plaît, qui lui paraît bonne, le public ne s'en détourne pas. Li'émission des obligations de Panama, qui a lieu à ce moment et dont la souscription obtient un plein succès, en fournit une preuve indéniable que corrobore la facilité avec laquelle le Crédit foncier de France place ses obligations nouvelles, créées en vue des prêts communaux ou fonciers qu'il consent.

Malgré la légère faiblesse des rentes dans les derniers jours de septembre, les résultats de ce mois sont

bons en général. Le 3 % ancien reste à 82 fr. i5, l'amortissable à 83 fr. 10, le 5 % à 116 francs ; les fonds étrangers sont très bien tenus; les valeurs égyptiennes sont en hausse, on sait pourquoi; les valeurs de chemins de fer sont fermes. Les actions des sociétés de crédit qui donnent lieu à de rares négociations ont progressé pourtant; mais le public ne leur est pas encore revenu, elles ne retrouveront que graduellement leuf ancienne clientèle.

Les résultats du dernier trimestre écoulé sont assez satisfaisants. Assurément, le marché ne s'est ni reconstitué, ni relevé, mais il s'est consolidé d'une manière sensible et ce serait là un signe excellent si l'on pouvait être sûr que les progrès qui s'effectuent ne seront pas tout à coup interrompus.

Les trois derniers mois de l'année 1882 ne répondent pas aux espérances que les mois d'août et de septembre avaient permis de concevoir. A peine rentre-t-on dans la période qui est d'ordinaire celle de l'activité et du retour aux affaires, que les soucis reparaissent. cièSdXoSfay ^^^ informations qu'on a lieu de croire exactes font abandonnée. presscutir Ics inteutious du ministre des finances. On annonce que les projets de M. Léon Say seront très probablement abandonnés, qu'on demandera à la dette flottante ce que l'on ne peut obtenir de moyens réguliers; on parle même de bons spéciaux.

L'opinion publique ne s'abuse pas. Sans avoir des choses budgétaires une notion bien complète, elle comprend nettement que c'est par des expédients que l'on compte résoudre les difficultés, et non pas les résoudre mais les ajourner, c'est-à-dire très probablement les léguer à d'autres ministères. Nous-même considérant alors la situation telle qu'elle se présentait dans ces conjectures, nous pensions que le ministre des finances n'avait le choix qu'entre deux partis : ac-

cepter les projets de M. Léon Say et c'était la meilleure solution, ou recourir franchement à l'emprunt, auquel il faudra de toute nécessité aboutir, si on persiste dans ^ <^' ahandon

' ^ rendra l emprunt

la voie où l'on est entré. nécessaire.

D'autre part on se préoccupe de la position respective des groupes parlementaires lors du retour des Chambres. Dans ses déclarations, dès son arrivée, le président du conseil avait vivement exhorté les différentes fractions de la gauche à une entente, à un rapprochement ; quelques discours prononcés en province donnent lieu de penser que cette œuvre de transaction a fait peu de progrès, de telle sorte qu'on redoute de voir reparaître les mêmes divisions, le même fractionnement des groupes, en un mot les mêmes difficultés de gouvernement.

Ces inquiétudes, un peu prématurées sans doute, at- giis^Sme^n ténuent le bon effet produit par les déclarations du ûufrelestiiuiiï cabinet anglais qui affirme son intention formelle de doccupauon en

° ^ Egypte.

réduire à bref délai ses troupes d'occupation en Egypte.

Le monde des intérêts est troublé aussi par la cons- uon^d^^éhemM titution d'une nouvelle commission extra-parlementaire •*« '«'• des chemins de fer que crée le ministre des travaux publics, et surtout, il faut bien le dire, pui' les considérations contenues dans le rapport qui expose les motifs de cet acte. On attache aussi une signification menaçante pour les grandes compagnies dans les choix auxquels s'est arrêté M. Hérisson pour la composition de cette commission : on croit s'apercevoir que la majorité a été à dessein assurée aux adversaires du régime actuel des chemins de fer. On s'irrite presque de voir renaître sans cesse une question qu'à diverses reprises déjà on avait crue résolue ou du moins écartée comme importune, vaine et, pour tout dire, dangereuse.

Dans les premiers jours d'octobre la liquidation s'était accomplie avec facilité ; la fermeté avait été presque générale ; on n'avait signalé sur le marché que de rares défaillances. Mais à mesure que le mois s'avançait, les dispositions devenaient de moins en moins

Troubles de Montceau-les-Mines.

Malaise général.

bonnes. On se reprenait à voir les choses en noir. On se posait des questions troublantes. On se demandait par exemple, pourquoi les Anglais mettaient tant de hâte à reconstituer toute l'administration égyptienne et l'on en inférait qu'ils ne le faisaient vraisemblablement pas à notre profit. On se demandait encore pourquoi, alors que ce travail de réorganisation allait si promptement en Egypte, nous n'accomplissions rien de semblable dans cette Tunisie que nous occupions déjà depuis de longs mois; on en concluait que les pouvoirs publics manquaient de sollicitude et d'énergie. Et les cours retombaient graduellement.

Puis, surviennent les étranges débats relatifs aux troubles de Montceau-les-Mines; de nouveaux attentats se produisent sur divers points comme autant de menaces ou de défis ; l'inquiétude se répand, elle paraît assez vive pour que le cours de la justice en soit luimême interrompu et que le jury de Saône-et-Loire soit déchargé de la mission de juger les accusés. On n'entend plus parler que d'explosions, de lettres comminatoires, de complots socialistes, de dynamite.

Le malaise général s'aggrave donc. Le marché se décourage, lassé d'attendre vainement des affaires. Tout le monde se tient sur la réserve. Les capitalistes attendent que la haute banque donne le signal de la reprise des opérations sérieuses et les banques, elles, de leur côté, attendent que le public se montre plus confiant et plus décidé. Personne ne gagne à s'observer ainsi réciproquement.

Novembre ne débutait pas mieux que ne finissait octobre; les craintes vagues que les agitations socialistes avaient fait naître prenaient corps à la suite de nouvelles violences en province et des grèves importantes qui éclataient à Paris même. On commençait à redouter sérieusement que le gouvernement ne fût pas pourvu, par les lois en vigueur, de moyens de défense suffisants ou qu'il n'eût pas le courage de les employer. Encore une fois, la confiance qu'on croyait près de

renaître s'évanouissait de toutes parts. On suspectait les intentions de l'Angleterre dont les journaux reprochaient à la France de se préoccuper bien mal à propos de l'Egypte, alors que nos ministres avaient en mains un nouveau traité, conclu depuis quelque temps déjà avec le bey. Enfin, on attendait avec une certaine appréhension la rentrée des Chambres. Cette crainte n'était pas, il faut le dire, dénuée de tout fondement.

Dès les premières séances, la discussion sur le budget du ministère des cultes prouva que les tentatives de transaction, dont on avait tant parlé, avaient bien peu réussi et que chaque groupe politique rentrait avec l'intention bien arrêtée de ne renoncer à aucune de ses prétentions, non plus qu'à aucun de ses ressentiments. Tous les esprits modérés approuvèrent le discours très remarqué de M. Andrieux exprimant la nécessité, pour un gouvernement démocratique, de ne point troubler les consciences et de ne pas offenser les ~t ntiments religieux qui survivent dans le cœur de la majorité des citoyens.

Mais, cette fois, les préoccupations politiques s'effacent devant des soucis plus graves. On voit avec regret le ministère ne chercher aux graves défectuosités du budget que des remèdes passagers et de dangereux palliatifs. On s'étonne des erreurs répétées, commises à la fois dans les calculs du ministère des finances et 'lans ceux du ministère des travaux publics. On en infère qu'une sorte de relâchement général se produit ilans toutes les branches de notre administration publique.

Enfin paraît, d'abord dans une publication spéciale (1) puis par fragments dans la plupart des journaux, l'étude si nette, si franche, si vraie de M. Léon Say sur la situation des finances de la France et la politique financière du ministère.

La vérité apparaît pleine, entière, au grand jour, et

Discussion do budget des cultes. Dissentiments.

Mauvaise poli»

tique budgétaire.

M. Léon Ssy publie une étude remarquée sur la situation des finances et la politique Pinancière dn minislàre.

(1) Le Journal des économiste*.

l'équivoque, non plus que l'illusion, ne sont désormais possibles.

Les esprits les plus optimistes en sont affectés. Le marché s'en ressent vivement; les cours fléchissent encore et il faut une reprise légère survenue dans les derniers jours de novembre pour les ramener à la moyenne du mois précédent, pourtant si peu favorable. Il se produit, après un excès d'inquiétude, une réaction qui, certes, est opportune. A la fm de novembre, le marché, après des fluctuations et des émotions diverses, se retrouve à peu près tel qu'il était à la fm d'octobre.

Le mois qui s'achève ne pouvait apporter des changements de quelque importance à une situation qui n'avait pas été soudainement créée par des complications imprévues et subites, mais qui tenait à des causes profondes et permanentes, qui était la conséquence d'une longue suite d'abus, de fautes et d'entraînements dans lesquels la spéculation avait eu, sans doute, une part décisive, mais dont le public lui-même portait aussi dans une certaine mesure, la responsabilité.

Il est encore permis cependant, d'après certains signes presque rassurants, d'espérer une amélioration plus ou moins prochaine des conditions du marché. La politique extérieure semble moins rigoureuse pour la France; notre nation peut, si elle le veut, employer son activité au développement de son empire colonial; les autres Etats ne lui feront sans doute pas obstacle dans cette voie. Les récentes déclarations de lord Derby Sem'blent annoncer des intentions favorables à la France ; elles autorisent à penser que nous trouverons en Egypte une part équitable d'action et d'influence.

Enfin, il faut bien, après avoir jugé sévèrement les erreurs et les imprudences qui ont compromis l'équilibre de nos budgets, il faut bien faire réflexion que l'avenir d'un pays comme le nôtre ne saurait être gravement compromis, soit par quelques prodigalités téméraires, soit par quelques actes blâmables de mauvaise administration.

Déjà on paraît, môme dans les régions ministérielles et parlementaires, revenir à une plus juste appréciation des nécessités du moment et à des principes plus stricts de gouvernement et de gestion. On comprend qu'il faut se restreindre, moins ou mieux dépenser, économiser avec soin, tenir plus de compte et avoir un plus grand respect des intérêts privés. On a mieux à tenter que de satisfaire des passions et des animosités au détriment de la fortune publique et de la prospérité nationale.

Ces considérations doivent être singulièrement convaincantes en présence d'un marché financier aussi éprouvé et qui a tant besoin d'aide et d'assistance.

En condensant tous les faits de l'année qui vient de s'écouler, il faut surtout se bien pénétrer de leur signification réelle, des causes diverses qui ont détermin^^, puis entretenu et perpétué la situation actuelle.

Toutes les valeurs françaises ont baissé : rentes, chemins de fer, sociétés de crédit, sociétés industrielles, litres de tout genre : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés. »

Les rentes ont été dépréciées tant par le trouble des finances et le déficit du budget que par la vérité qui s'est faite sur les dépenses du passé et les dangers de l'avenir.

Les valeurs de chemins de fer, actions et obligations, ont fléchi lourdement sous l'influence des craintes qu'ont tour à tour soulevées les questions de rachat ou de tarifs, inopportunément ranimées. Les actionnaires ont vu sans cesse leurs intérêts menacés.

Les sociétés de crédit, après avoir connu en 1881 toutes les ardeurs de l'engouement, ont subi l'effet de la stagnation des affaires, de l'immobilisation des capitaux, de la défiance même du public. L'année 1882 a été rude pour toutes ; les bonnes sociétés, grandes ou petites, ont souffert pour les douteuses qui ont péri dans cette tourmente financière dont les tribunaux nous fournissent le triste épilogue

Nécessité des écono m tes et d'une meilleure gestion des Unances.

Conclusion. L'année a été sans affaires; elle a donc été sans émis-

sions, elle n'en a du moins produit que de rares. Elle a été mauvaise et elle a été vide. Il semble qu'elle ait été chargée non de produire mais de déblayer, non d'agir mais de liquider, la liquidation a été longue, elle a commencé en janvier et elle s'achève à peine en décembre.

L'année du Un grand fait la domine incontestablement, fait bien autrement grave et d'une bien autre conséquence que les plus déplorables complications politiques, fait purement financier : la catastrophe initiale, le krach.

L'année 1882 est et restera dans toutes les mémoires Vannée du krach. Quoi qu'on fasse, c'est cet événement qui la caractérise.

krach.

A quelque point de vue qu'on l'envisage, Tannée qui s'achève laissera de tristes souvenirs. C'est une année d'inquiétudes et de crises. Elle a tout troublé, tout agité; les intérêts publics et privés ont été alarmés. Elle a causé de nombreux mécomptes; elle a semé partout la défiance et laisse les esprits sous les plus sombres impressions. Il semble, en vérité, qu'elle ait enlevé à tous la confiance même dans l'avenir de notre pays.

Elle s'ouvre par deux grands deuils : la mort de Gambetta et du général Chanzy. Pendant quelques jours on ne s'entretient que de ces deux tristes événements.

A Paris, à Châlons-sur-Marne, des funérailles sont faites, aux frais de l'Etat, à ces deux hommes qui personnifiaient les luttes de la défense nationale, et auxquels restaient attachées bien des espérances dans l'avenir.

A peine remise de l'émotion de ces premiers jours, la Chambre des députés reçut communication d'un manifeste du ministre des affaires étrangères, M. Duclerc, sur les affaires égyptiennes. Ce document parut bien pâle : on aurait désiré que la France se montrât moins résignée.

Pendant qu'on discute ce document et que le monde financier se prépare à souscrire à une importante émis-

Mort de Gambetta et du geuérai Chanzy.

Question égyptienne. Docl.-irition du gouvernement.

Manifeste etarrestation du nrioce Napoléon.

sion du Crédit foncier, le Figaro publie, le 16 janvier, un manifeste du prince Napoléon.

Tout d'abord, l'authenticité de ce document fut mise en doute; le soir, tous les journaux s'occupaient de cet incident, on apprenait l'arrestation du prince Napoléon, l'approbation donnée par la Chambre à la conduite lu gouvernement et le vote d'urgence que les députés avaient émis sur une proposition de M. Floquet tendant à exiler tous les princes ayant appartenu à une famille régnante.

La bourse du La Boursc, le monde des affaires s'émeuvent. Les

19 janvier. '

Kecui général rcutes baisseut, entraînant à leur suite les actions des

des cours. , , • i t.

sociétés de crédit, les titres des compagnies de chemins de fer. Le 19 janvier, anniversaire du krach de 1882, toutes les valeurs subissent un recul encore plus accentué. Aux préoccupations que donnent les questions intérieures s'ajoutent celles de l'extérieur : les affaires égyptiennes causent de nouveaux soucis. On parle d'une prochaine crise ministérielle.

Que ne dit-on pas encore! La haute banque, hostile aux tendances politiques de la Chambre, sème la panique à la Bourse; on l'accuse, par parti pris politique, de faire baisser toutes les valeurs, les rentes en tête. Pendant plusieurs jours, l'inquiétude domine; mais, dès le 26, les dispositions du marché se modifient. On foncier. apprend le succès éclatant du Crédit foncier :

600,000 obligations étaient mises en souscription; il fut demandé 827,000 obligations libérées, et 438,000 obligations non libérées. Pour satisfaire à ces demandes, le Crédit foncier créa une deuxième série de 600,000 obligations que les souscripteurs s'empressèrent de réclamer.

Ce grand succès qui démontrait combien étaient puissantes les disponibilités de l'épargne, exerça une vive influence sur le marché.

Cabinet FaiHè- Le 31 janvier, le 5 % clôturait aux plus hauts cours du mois 115 fr. 10. Des achats considérables avaient eu lieu; des rachats de vendeurs s'étaient effectués en

Succès de l'émission du Crédit

res.

forte quantité; la Bourse était en hausse pendant que la situation politique intérieure s'aggravait. On apprenait la démission de M. Duclerc, ministre des affaires étrangères, de MM. Billot et Jauréguiberry, ministres de la guerre et de la marine. Le ministre de l'intérieur, -M. Fallières, était nommé président du conseil et ministre intérimaire des affaires étrangères. Les Chambres commençaient la discussion des lois d'expulsion. On avait beaucoup remarqué et commenté le discours très ferme et très modéré de M. Léon Renault. On pensait que le mois de janvier ne s'écoulerait pas sans que la Chambre se fût prononcée. Mais, le président du conseil s'étant subitement trouvé mal à la tribune pendant qu'il répondait aux précédents oraf' urs, la discussion fut rem.ise au jeudi l" février.

Ce jour-là, les lois d'expulsion étaient votées par la Chambre à la majorité de 355 voix contre 163. La Bourse apprend cette nouvelle en pleine liquidation. Comment l'accueille-t-elle, elle qui, quinze jours auparavant, s'était si vivement émue de ces incidents politiques; elle, qu'on accusait de battre en brèche le gouvernement? Par une hausse considérable. Il se produisit même ce fait inouï : sur les rentes on cota, en liquidation, un déport de 0 fr. 04 et 0 fr. 24 sur le 5 % ! La vérité, c'est que des achats de rentes importants avaient eu lieu; c'est que les vendeurs, pris au dépourvu, avaient été obligés d'effectuer des rachats précipités; la hausse était uniquement la conséquence d'une situation de place trop engagée à la baisse. Du reste, la liquidation était à peine terminée, que les inquiétudes reprenaient le dessus; la Bourse donnait de nouveaux signes de faiblesse. Le Sénat se montrait hostile à la loi votée par la Chambre. Le rapporteur, M. Allou, concluait à son rejet pur et simple, à la non-discussion des articles. Un amendement présenté par M. Léon Say est adopté. On apprend successivement la mise en liberté du prince Napoléon en vertu dune ordonnance de non-lieu et la démission du minis-

Loi exilant les membres des familles ayant régné en FroDce.

tère. La commission de la Chambre, à 5 voix contre 5, rejette le projet Léon Say-Waddington adopté par le Sénat ; elle reprend la proposition Floquet.

Gomment cette situation se dénouera-t-elle? Personne n'y voit de solution. Journaux de gauche et journaux de droite se livrent à d'ardentes polémiques. Le com^merce s'inquiète. Les négociants de la rue du Sentier envoient une pétition au président de la République et demandent son intervention pour hâter la fm de la crise.

Pendant que nous sommes livrés à toutes ces dissensions intérieures, on ne songe guère à la conférence des grandes puissances, réunie à Londres, qui adopti) le projet de notre représentant, M. Barrère, sur les affaires danubiennes. Les nouvelles de l'extérieur passent inaperçues. Au point de vue financier on note toutefois l'abaissement du taux de l'escompte à la Banque d'Angleterre.

Cependant, la question des prmces n'est pas close. Le Sénat renvoie à sa commission le projet voté par la iîiîstér'i'eue"!» Chambre; la loi Barbet est repoussée par 142 voix contre 137 sur 279 votants. Deux jours après, le Journal officiel annonce que la démission du ministère est acceptée et que M. Jules Ferry est chargé de former le cabinet. Les nouveaux ministres se présentent devant les Chambres le 22 février. La déclaration ministérielle est unanimement approuvée par le monde des affaires. Au point de vue politique, le cabinet promet de suivre une ligne de conduite ferme et énergique ; au point de vue financier, il insiste sur la nécessité de réaliser les plus grandes économies et de conclure promptement les conventions avec les compagnies de chemins de fer. Une interpellation adressée au ministère se termine par un ordre du jour de confiance df la Chambre.

Les princes d'Orléans reçoivent l'avis officiel de leur mise en retrait d'emploi, dans l'armée. Les journaux commentent l'ordre du jour adressé aux troupes sous

cabi ne t J u Ferry.

Oéclaration bieu accueillie.

Les princes d'Orléans mis en retrait d'emploi.

son commandement par le duc de Chartres et louent l'attitude digne et correcte des princes.

Lu 5 % qui était à 115 fr. 10 le 31 janvier, clôturait le 28 février à 115 fr. 80, coupon détaché de 1 fr. 25. Le '6 % dépassait 81 fr. 05. Le découvert prenait peur et continuait ses rachats.

Ce fut sur ces dispositions que s'ouvrit le mois de mars. La liquidation des rentes et des valeurs se fit en hausse importante. Le 2 mars, à la petite bourse du soir, le 3 % montait de 0 fr. 60 ; à la bourse du jour, le 3 % amortissable s'élevait à 82 fr. 25, soit 0 fr. 75 plus haut que la veille. Des vendeurs, obligés de liquider leurs positions à la baisse, suspendaient leurs paiements.

A la Chambre, le ministre des finances déposait le 3 mars le budget de 1884, ce malheureux budget qui, à l'heure où nous sommes, n'est pas encore voté par le Sénat!

Les projets de revision constitutionnelle sont re- Projets de repoussés, à la suite d'un discours de M. Jules Ferry. La uotneiie'eïiu'; Bourse est en hausse, mais elle apprend « qu'un grand ^^*meeting public, en plein air, sur l'esplanade des Invalides », est convoqué par « des ouvriers sans travail » pour le 9 mars, à deux heures de l'après-midi. Cette invitation, sur papier rouge, était affichée sur les murs. Nouveau sujet, d'émotion. Les journaux ne s'occupent plus que de cette manifestation. On dit que le gouvernement a pris toutes les mesures nécessaires pour maintenir l'ordre.

La Bourse perd quelque peu de sa fermeté. La hausse est enrayée et, dès le 10, la baisse commençait. A la suite de ce meeting, quelques désordres avaient eu lieu; des arrestations avaient été faites et on redoutait de nouvelles agit<i}ion> à l'occasion de l'anniversaire du 18 mars. Le marché financier a, du reste, d'autres causes d'émotions. Le projet du budget ordinaire de 1884 produit une impression défavorable. On remarque que, pour l'équilibrer, le ministre retranche 70 millions

Meeting sur l'esplanaile des Invalides.

Amortissement réduit de 70 millions.

Rembourse- gur le remboursement des obligations à court terme

ment des avan- '-'

.ijs aux compa- et Qu il escompte la rentrée problématique de 34 mii-

•fnies de che- . .

inins (le fer es- lions sur los avancos consenties aux compagnies de minPons.'^""'^ ^^ chemins- de fer. On trouve imprudent de faire entrer

en recettes 34 millions que les conventions à intervenir

peuvent supprimer.

Bruits de con- Pour la Bourse, ce budget est l'indication de pres-

version du 5 % , ? o r

et dim nouvel sauts bcsoius d argent : elle croit à l'émission d'un emprun . emprunt. Les bruits de conversion de la rente 5 %

commencent à circuler. Tout d'abord, ils paraissent invraisemblables. Ce n'est pas quand la situation est troublée qu'il est possible de faire une telle opération; ce n'est pas quand l'Etat est obligé d'emprunter, qu'il est opportun de réduire le revenu des rentiers. Le 17 mars les bruits de la conversion augmentent. On dit que le projet de loi va être déposé et qu'il conclut à la réduction du 5 % en 4 1/2. Le 5 % descend à 115 fr. 10 et à 114 fr. 50, au comptant, tandis que le 4 1/2 monte à 111 fr. 25.

Le 19 mars, les Chambres se séparaient jusqu'au 19 avril. La journée du 18 s'était passée sans incidents. Dans les bruits de conversion de la rente on ne voyait que de fausses nouvelles, manœuvre des baissiers qui voulaient prendre leur revanche de la hausse de ces dernières semaines. Le jour du départ des députés, répondant à une question au sujet d'un emprunt fait à la Banque, le ministre des finances avait annoncé qu'il avait négocié avec cet établissement 120 millions d'obligations sexennaires. De la conversion, il n'avait pas été dit un mot. La Bourse cependant continue à s'en inquiéter. La rente 5 % baisse, entraînant les deux 3 %, les actions du Crédit foncier et celles des compagnies de chemins de fer; le 23 mars, le 5 %i est à 114 fr. 10, quand le lendemain le Figaro publie] une lettre d'un ancien député, relatant une conversa-j tion qu'il aurait eue avec le ministre des finances eti annonçani qu'il était autorisé à déclarer que les projetsî de conversion n'ont pas été agités dans les conseils]

îSSo. — L'ANNÉE DE L'INQUIÉTUDE

I gouvernement. D'autres journaux publient aussi ilcs notes officieuses démentant tous les bruits de conversion. La Bourse et les rentiers ne demandent qu'à

e rassurés; ils accueillent ces communications avec satisfaction.

Le 5 % reprend à 114 fr. 90 (24 mars); il cote 115 fr. 10 au début de la Bourse du 26. Nous ne devons plus revoir ces cours. Le 31 mars, le 5 % clôture à 114 fr. 55. La spéculation prend les devants : pour elle, Il conversion est certaine, imminente; les rentiers, eux, ne veulent pas y croire. Ils attendent patiemment. L'avenir, un avenir prochain, leur ménageait de cruelles déniions.

II est intéressant, dès à présent, de noter à cette date, les cours des principales valeurs du marché. Ils ne s'éloignent pas sensiblement, malgré les incidents de ce premier trimestre, de ceux cotés au 31 décembre,

sont presque les plus hauts cours de l'année ; la con-, version et les événements ultérieurs allaient exercer une bien néfaste influence sur tous ces titres!

NATURE DES V.4LEIRS

Rente 8 %

Kente 3 % amortissable.

Rente 5 %

Crt.-dit foncier

Comptoir d'escompte

Banque de Paris

Société générale

actiuns

obligations.. ..

actions

obligations

actions

oblii;ations

actions

obligations....

Nord . . .

Lyon . . .

Orléans Midi....

JBst

COURS du

fr. c.

80 70 ii4 S5

990 00 i.oBo 00

COURS du

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