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MARS

fr. 0.

367 oc 1.187 ^

Pendant le même laps de temps, d'autres valeurs

avaient beaucoup monté : le Suez s'était élevé de 2,275 fr. 50 à 2,610 francs; la délégation de 1,270 à 1,320 francs ; l'italien de 89 fr. 30 à 90 fr. 65 ; le florin 4 % or de 81 fr. 50 à 85 fr. 30 ; la rente égyptienne de 354 francs à 382 francs ; la rente russe 5 % de 90 fr. 50 à 92 fr. 50. Les obligations tunisiennes étaient passées de 454 francs à 477 fr. 50.

Nouveaux bruits de conversion.Affirmations et démentis.

Incident

Galliffet

de

Le mois d'avril débute bien. Les rentiers continuent à croire que la conversion du 5 % est une chimère, une illusion. Au moment de la liquidation, le cours de compensation du 5 % est fixé à 114 fr. 25; le 3 % est à 80 francs ; le 3 % amortissable clôture à 81 fr. 05. Pour couper court aux bruits de conversion et peut-être aussi pour que des reporters importuns n'interprètent pas mal sa pensée, le ministre des finances part, dans la dernière quinzaine de mars, pour TAlgérie. C'est aussi, diton, pour se reposer et nullement, comme on le prétend, pour préparer le projet de loi de conversion.

On annonce, du reste, que le voyage du ministre sera fort court.

On s'occupe alors de divers incidents relatifs à la nomination de M. le général de Galliffet en qualité de commandant en chef de la cavalerie, nomination qui a provoqué de vives discussions au sein du ministère. La Bourse, néanmoins, fait preuve de fermeté. Le 5 % s'élève jusqu'à 114 fr. 50 comptant et 114 fr. 72 à terme, le 5 avril. Mais dès le 7, la baisse a lieu. Les bruits d'emprunt et de conversion se multiplient.

Qui croire? A qui entendre? Nul ne le sait. M. Tirard est de retour de son voyage en Algérie. Le 5 % tombe à 113 fr. 40 et clôture à 113 fr. 60. Le 11 avril, des fiuctuations considérables se produisent : 113 fr. 55 premier cours à terme — 114 fr. 15 au plus haut — 113 fr. 60 der-j nier cours. On parle de démentis donnés à tous les bruits de conversion et d'emprunt. Le 14 avril, l'Agence Havas

déclare que tous les renseignements donnés par les jour^ naux sont erronés. La baisse continue néanmoins :1e 5 % tombe à 112 fr. 80 et se relève en clôture à 113 fr. 10. Deux jours après on ne cote plus que 112 fr. 60 au comptant ; le 3 % est à 79 francs ; l'amortissable, à 80 fr. 10.

Le 19 avril, le ministre des finances, dès l'ouverture des Chambres, déposait le projet de loi relatif à la conversion. Jusqu'au dernier moment, les rentiers, les porteurs sérieux, avaient mis en doute, étant donné l'inopportunité de la mesure, l'exécution de cette opération. Tout d'abord, la Bourse accueille très tranquillement cette nouvelle, désormais officielle. Les journaux la discutent avec ardeur. Les Débats, la France se prononcent énergiquement contre le projet de M. Tirard ; la République française, le XIX" Siècle l'approuvent (voir les journaux du 20 avril). Qu'on nous permette, auprès de ces grands organes de publicité, de citer modestement le Rentier. Nous avons combattu avec énergie la conversion. Autant nous avions recommandé celte opération à partir du jour où elle était devenue réalisable, en 1877, en 1878, en 1879, en 1880, autant nous pensions qu'après la crise de 1882, au milieu de nos embarras politiques et financiers, il était dangereux pour le crédit public de faire cette conversion en un tel moment (1). Les faits n'ont donné que trop raison à nos appréciations que nous avions l'honneur et la satisfaction de voir appuyer par les organes les plus autorisés de la science économique (2).

Le 3 avril, le 5 % clôturait à 110 fr. 85; le 3 % à 79 fr. 65 ; l'amortissable à 81 fr. 15. Pendant le mois, le 5 % avait perdu près de 4 francs. Les rentiers vendaient leur 5 % ou l'échangeaient soit contre des rentes 3 %, anciennes ou amortissables, soit contre des obligations de chemins de fer qui faisaient preuve d'une grande fermeté et bénéficiaient de toute la défaveur qui atteignait

Projet déposé

Conversion effectuée.

(1 Le Rentier, mars a juin.lH«:{.

(2) Journal des t'conomiêtes. Chronique de M. d^ Molinari (mai 1883).

Bruits d'alliance entre l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie.

Questions diverses de politique étrangère.

Mort du commandant Rivière.

Aggravation de U situation.

le 5 %. Le mois d'avril fut donc le mois de la conversion. Toute autre préoccupation fut écartée. . Cependant, la question de Suez commençait à agiter les esprits ; les journaux anglais étaient remplis de réclamations et de menaces contre la compagnie ; d'autre part des bruits d'alliance entre l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie circulaient. Mais la conversion du 5 %, en raison des intérêts innombrables qu'elle atteignait, resta le fait principal du mois.

Les préoccupations de l'extérieur devaient prendre le dessus dans le mois de mai et, malheureusement, ne plus nous laisser ni trêve ni merci jusqu'à la fin de l'année : interpellation de M. le duc de Broglie au Sénat, sur l'isolement de la France et les alliances qui sont faites contre elle ; vote à la Chambre des députés du projet de loi sur le Tonkin ; bombardement de Tamatave ; meeting des armateurs anglais demandant une réduction des tarife de la Compagnie de Suez et menaçant de construire k leurs frais un second canal.

A l'intérieur, la baisse s'accentue sur les rentes et sur presque toutes les valeurs ; les caisses d'épargne ont à rembourser de nombreux retraits de fonds.

On se préoccupe surtout de l'état de nos affaires au Tonkin, à Madagascar. La morl du brave commandant Rivière produit une vive émotion.

Presque chaque jour du mois de juin est livré à l'inquiétude, aux fâcheuses impressions. Les rentes, les sociétés de crédit, les chemins français, le Suez, s'affaissent. L'entente de l'Etat avec les grandes compagnies et le dépôt des conventions sur le bureau de la Chambre par le ministre des travaux publics ne modifie pas les tendances mauvaises du marché. Pour expliquer la baisse des titres du Crédit foncier, on parle des dissentiments entre cet établissement et le ministre des finances ; on se préoccupe des difficultés que des entrepreneurs éprouveraient pour faire escompter leui papier; on dit qu'il existe une grande crise immobilière et on ne se fait pas faute d'exagérer le mal. De Madagas-i

lions.

car, du Tonkin, les nouvelles s'aggravent : on est en présence de sérieuses difficultés. Par surcroît, le choléra ^u choiera en éclate en Eygple ; il y fait chaque jour de nombreuses Craimesen Envictimes ; on redoute l'invasion du terrible fléau en ^'^' Europe. Ces craintes redoublent quand on sait que l'Angleterre évite de prendre les mesurei de précaution qui, dans l'Europe entière, sont adoptées.

Au point de vue budgétaire, on discute les déclara- Budget et cm-

^ ° ' prunis. Nece»-

tions du ministre des finances devant la commission du sité des convenbudget. M. Tirard se déclare hostile aux émissions périodiques d'emprunts ; il dit que, par suite de l'état du marché, on souscrit peu aux bons du Trésor ; qu'il faudra recourir à un emprunt public dont l'importance ne dépassera pas 300 millions. En ce qui concerne les conventions avec les compagnies de chemins de fer, l'opinion du ministre est que leur rejet aurait pour le crédit des conséquences désastreuses et causerait sur le marché des capitaux un véritable effondrement, tandis que leur adoption ramènera la confiance en rassurant les capitalistes et les rentiers.

Ces déclarations sont sages ; malheureusement, la confiance des rentiers est bien ébranlée ; ils supputent déjà les pertes que la conversion des rentes leur a fait subir. Le 30 juin, le 5 % est à 108 fr. 15 ; c'est 7 francs de baisse depuis le jour où il a été question de la conversion.

Dans ce trimestre, le Crédit foncier a baissé de 1.367 fr. 50 à 1,315 francs: les chemins de fer, le Suez, la Bani[ue. ont également éprouvé une sensible réaction ; Ir* Ly.in a per.lu 150 francs ; l'Orléans 28 fr. 75; l'Ouest ~" le Suez 2,610 francs à 2,355 francs. Quant aux I Irangères, à l'exception des obligations égyptiennes qui reculaient de 382 francs à 350 francs, toutes les autres étaient en hausse ou se maintenaient à leurs plus hauts prix : c'était une des conséquences de la conversion de notre rente 5 % : les valeurs étrangères profitaient de la désertion qui se faisait sur nos propres fonds. Le 4 % espagnol, sur des achats nombreux venus

d'Espagne et d'Angleterre, s'élevait sur notre marché à C4 fr. 50.

Des questions d'ordre intérieur agitent le mois de juillet. On apprend la maladie du comte de Chambord (1" juillet). A la Chambre, commence la discussion des conventions de chemins de fer. Au Sénat, la loi sur la réforme judiciaire est votée par 144 voix contre 125, malgré les vives et éloquentes protestations de M. Jules Simon et celles des journaux libéraux. D'Angleterre, les nouvelles sont plus satisfaisantes. M. Gladstone signe une convention avec M. de Lesseps ; mais ce dernier la retire bientôt en présence des objections qu'elle pifcon!fe"rau soulèvc daus le monde parlementaire anglais. Un article liance anglaise, de M. Léou Say, daus uuc rcvuc étrangère, produit une grande sensation. L'illustre économiste préconise l'alliance franco-anglaise ; il fait allusion aux difficultés pendantes entre les deux pays au sujet du canal de Suez; il insiste sur la nécessité qui s'impose, aux peupl<^s comme aux individus, d'avoir toujours « le respect des contrats ». Paroles honnêtes, paroles fortes et profondes qui ne sont, hélas, que trop souvent oubliées, méconnues!

Nous sommes à l'époque des vacances et il semble qu'après les agitations des huit premiers mois de l'année, août va enfm laisser à tous quelque répit. Il n'en est rien. Le l*"" de ce mois, le 5 % disparaît de la cote où il est remplacé par le « 4 1/2 % 1883 »; le 2, la session ordinaire de la Chambre et du Sénat est close. rJ^:I°^'i^hA^ M. Foucher de Careil est nommé à notre ambassado

Careil ambassadeur à Vienne, r]'^' Vienne, restée longtemps vacante. Une légère reprise se manifeste sur les rentes; mais bientôt, les préoccupations politiques reparaissent. Les empereurs emp"e?e,^s^ dïf- ^'Allemagne et d'Autriche ont une entrevue à Ischl lemagne et dAu- le 6 août ; eu Espagn^, un mouvement insurrectionnel,

triche à Isohl. i i a i

promptement réprmié, éclate à Barcelone. Une baisse

très vive se produit sur les rent<?s espagnoles ; elle s'accentuera maintenant d'autant plus que la spéculation à la hausse était fortement organisée sur ces fonds. Le ministre de la marine donne sa démission, >1 est remplacé par le vice-amiral Peyron. Les élections aux conseils généraux se font dans le plus grand aime. D'après les résultats des scrutins de ballottage ;ur 1.443 élections, 1,012 candidats républicains ont été nommés.

Pendant que nos journaux et le public s'occupent du résultat de ces votes, paraît tout à coup un article provocant et injuste, d'une violence extrême, de la Gazette de VAllemagne du Nord. A ces attaques, aussi imméritées qu'inattendues, la presse française répond avec calme et dignité. Mais c'est là un nouveau souci venant s'ajouter à tous ceux qui troublent le pays.

Du Tonkin, arrivent des nouvelles confuses : échec dans le delta, blocus du port de Hué. La mort de M. le comlc (le Chanibord cause une vivo émotion (2't août) et, pendant que les journaux discutent le nom de son héritier politique — Louis-Philippe II ou Philippe VII — et recommandent chaleureusement à la générosité parisienne la fête de bienfaisance pour les victimes d'Ischia, la nouvelle qu'une convention aurait été signée à Hué le 25 aoiit et que notre protectorat était pleinement reconnu sur le Tonkin est accueillie avec satisfaction. On croit apercevoir la fin de nos difficultés en Extrême-Orient; d'autre part, on apprend que la réunion extraordinaire du parlement allemand qui avait encore augmenté le trouble des esprits, surtout en présence de l'article menaçant de la Gazette de VAllemagne du Nord, avait été fort calme. Dans cette réunion, il avait été seulement question de la ratification iu traité de commerce intervenu entre l'Espagne et l>mpire allemand.

Pendant les premiers jours de septembre, toute l'attention publique se trouve portée du côté de Goritz où se célèbrent les funérailles du comte de Chambord,

Élection» ans conseils généraux.

Attitude violente de la G»telle 4e lAllenugnedu Kori à l'égard de la France.

Mort dn comte de Cbambord.

non sans soulever de nombreuses difficultés entre légitimistes et orléanistes. La mort du brave amiral Pierre, provoque d'unanimes regrets. Nos affaires du Tonkin préoccupent l'opinion. Envoi de nouvelles troupes, difficultés avec la Chine, dissensions dans le ministère, tels sont les sujets de discussions quotidiennes dans Loi sur la ré- les joumaux et dans le public. La loi sur la réformé

forme judiciaire. . , r • 7

judiciaire est promulguée; le Journal officiel du 24 contient la mise à la retraite et le remplacement d'environ .150 présidents de tribunaux. Le même jour, on Le roi d'Espa- apprend que le roi d'Espagne qui. depuis le commen-

gne colonel des r- o -a i r-

iihians. Incidents ccmeut du mois, Visitait l'Europe, vient d'être nommé par l'empereur Guillaume chef honoraire d'un régiment de uhlans en garnison à Strasbourg. Nous passons sur les déplorables manifestations auxquelles donna lieu la visite à Paris du roi Alphonse. On n'avait vraiment nul besoin de ce surcroît de troubles et d'agitation! Le mois de septembre se clôt sur ce regrettable incident que l'étranger ne se fait pas faute d'exploiter contre notre paysl

Difficultés d!- Octobre s'ouvre sous les plus tristes impressions. La

plomatiques ^ '^

amenées par ces baissc cst générale. On ne parle que de complications politiques, de notes diplomatiques de l'Allemagne et de l'Espagne; cette dernière réclame une plus ample satisfaction pour l'injure faite à son roi. Le Journal oificiel publie une note sur l'entrevue de M. le président Grévy avec le roi Alphonse; mais la question ne paraît pas close. Les journaux ne parlent que des affaires d'Espagne; appréciations politiques, appréciations financières, tout est poussé au noir. La rente tombe à 107 fr. 40; le Crédit foncier à 1,220 francs; la Banque de Paris descend en quelques jours de 1,000 fr. à 915 francs. On dit que le gouvernement espagnol exige encore des excuses plus complètes. Le général Campenon est nommé ministre de la guerre. On se

met à parler de difficultés survenues avec la Suisse! Nous avons enfin quelques jours d'accalmie. La démission du ministère espagnol facilite la reprise des anciennes et bonnes relations entre la France et l'Espagne. Chez nous, le voyage à Rouen de MM. Jules „iS^ ^^ Ferry, Raynal, Félix-Faure, Baïliaut, occupe l'attention. ^^|^ J^„'^„e^'^

Le discours que prononce à Rouen et au Havre, le au Havre, président du conseil, est très énergique : il s'élève contre le radicalisme, ses exigences, et dit que le pays veut une politique ferme mais modérée (14 et 15 octobre). Pendant ce temps, le ministre des fmances expose à la commission du budget ses projets financiers. La question de la limitation d'émission des billets de la Banque «le France — grave question que nous avions soulevée à un moment où personne n'y songeait (1) — est discutée maintenant par la presse tout entière. Le 18 octobre, la circulation des billets s'élève à 3 milliards 16 millions. C'est le chiffre le plus élevé qui ait été jamais atteint.

Après quelques jours de fermeté, la baisse reprend géSire"°'préS?son empire. On se préoccupe de la situation budgé- cnpations. taire, des résolutions de la commission du budget qui veut réduire encore de 50 millions l'amortissement. L'interpellation à la Chambre (25 octobre) sur nos affaires au Tonkin ne calme pas les appréhensions du public. La Bourse se relève cependant quelque peu sur le bruit que M. Léon Say allait rentrer au ministère des finances; le monde des affaires prenait ses désirs pour une réalité! L'illusion est de courte durée; le mois d'octobre n'a dissipé aucune de nos inquiétudes. Toutes les valeurs sont en baisse et clôturent aux plus bas cours.

Le mois de novembre est tout entier livré aux préoc- chinetî'du'Toncupations que donnent les affaires de la Chine et du ''"'■ Tonkin. On attend, de jour en jour, des nouvelles de notre petite armée, commandée par l'amiral Courbet;

(t) U Rentier, ±1 juillet 1833.

les mots Bac-Ninh, Son-Tay, Hanoï, reviennent sans cesse à l'esprit. Les relations avec l'ambassadeur de Chine sont très tendues; par contre, les paroles cordiales échangées entre le président de !a République et le maréchal. Serrano, le nouvel ambassadeur d'Espagne, semblent indiquer que, dans les relations des deux pays, il ne reste plus trace des incidents de septembre. Ces paroles atténuent l'impression causée par la visite du prince impérial d'Allemagne à Madrid. Ce voyage est-il un acte de courtoisie ? Est-ce le gage d'une nouvelle alliance politique? L'avenir nous le dira. Durant tout le mois, la baisse n'a pas discontinué Loiratiflaniies sur l'ensemblc dcs valeurs, malgré le vote des conventions de chemins de fer par le Sénat et la promulgation de la loi au Journal ofliciel (21 novembre) ; malgré le nouveau succès remporté par le Crédit foncier dans . son émission de 600,000 obligations, malgré les tendances plus économes qui se manifestent à la Chambre pendant que l'on commence à discuter le budget. On persiste à voir tout en noir.

Les mêmes préoccupations vont agiter le mois de décembre.

Une grande agitation se fait autour de la question de Suez dont les valeurs ont baissé considérablement; la Chambre et le Sénat votent les crédits demandés pour le Tonkin; à ces préoccupations s'ajoutent celles que cause une manifestation projetée contre la Bourse et qui. grâce aux mesures prises, avorte complètement.

En Egypte, les nouvelles sont mauvaises; l'armée égyptienne éprouve un désastre dans le Soudan. On apprend qu'une révolution a éclaté à Hué; on dit que nos troupes sont menacées.

La Bourse perd tout courage. Pendant la journée du 17 décembre, une panique s'empare des esprits. C'est une débâcle. Le 3 % tombe à 74 francs, cours qu'il n'avait pas coté depuis 1878. Les autres vnleurs, chemins de fer, sociétés de crédit, Suez, énrouvent un

Nouveaux crédits pour le Tonb.in.

Yiolent mouvement de recul. Le lendemain, la Bourse est un peu iiifilleure.

On annonce que l'amiral Courbet marche sur Son- Tay. 20 millions de nouveaux crédits sont demandés à là Chambre qui les vote à une grande majorité après deux discoui-s fort remarqués de M. Jules Ferry et de Mgr Preppel. Au Sénat, le rapporteur sur les demandes de crédit, l'amiral Jaurréguiberry, se prononce dans des termes énergiques sur la nécessité d'en finir rapidement avec celte expédition : « Il faut, dit-il, rester au Tonkin. p;ir suite ne reculer devant aucun des efforts et des sacrifices nécessaires pour y consolider notre protectorat. » Le maréchal Canrobert approuve les crédits demandés et, comme l'avait fait Mgr Freppel à la Chambre, il explique son vote en quelques paroles pleines de patriotisme.

Pendant ce temps, le prince impérial d'Allemagne poursuit son voyage qui ne paraît pas être de pur agrément : d'Espagne il se rend à Rome, non seulement auprès du roi Humbert, mais auprès du pape.

Une bonne nouvelle survient enfin : la prise de *'"'*« f,® S"»-

*^ Tay par 1 amiral

Son-Tay par les troupes que commande l'amiral Cour- Courbet

bel. L'impression produite est des meilleures, mais,

comme s'il devait toujours se mêler quelque fâcheuse

préoccupation aux rares joies de l'année, on est obligé

de regretter que le Sénat reçoive le budget des mains ^.^ budgei tar-

, ° divement deposô

de la Chambre trop tard pour exercer son légitime m sénat, contrôle. Une protestation énergique de M. Calmon, qui invoque les droits et les devoirs de la Chambre haute, est généralement approuvée.

Nous venons de relever les faits principaux qui se conséquences sont accomplis pendant cette triste année; il nous de' rinné? tS reste à en déduire les conséquences.

L'année 1883 finit comme elle a commencé, dans l'inquiétude, A l'intérieur, les partis politiques sont

Antisémitisme dans plusieurs pays étrangers.

Mauvaise année au point de vue commercial.

toujours aussi divisés et se préoccupent, avant tout, de savoir si un ministère sera renversé ou maintenu.

A l'extérieur, nous sommes engagés un peu partout : au Tonkin, à Madagascar, en Tunisie, au Congo. L'alliance européenne est un fait accompli et, assurément, elle ne vise qu'un pays : le nôtre. L'article de la Gazette de l'Allemagne du Nord ne doit pas être oublié : c'est un avertissement violent, immérité; nous devons nous tenir sur nos gardes. La France veut la paix et entend la maintenir; il faut éviter de donner à nos voisins le plus léger prétexte de querelle.

Des violences dans des articles de journaux qu'o^ ne lit pas en France, mais que l'étranger recueille avec un soin jaloux, des manifestations comme celles qui se sont produites sur le passage du roi d'Espagne, sont déplorables : ce n'est pas ainsi que nous nous concilierons des amis; ce n'est pas ainsi que nous apaiserons la haine de nos anciens ennemis.

L'année 1883 a vu s'accentuer encore des persécutions indignes de notre époque et qui rappellent les plus tristes souvenirs. Au milieu de cette civilisation du xix° siècle, dont l'Europe s'enorgueillit, nous avons vu, en Russie, en Autriche, en Hongrie, en Allemagne, les Israélites en butte aux plus cruels traitements, aux plus sinistres menaces. La France, Dieu merci, réprouve de telles agitations; elles sont la honte des peuples qui se disent « civilisés ». car elles font reculer l'humanité de plusieurs siècles en arrière. •

Au point de vue commercial, l'année aura été mauvaise. Quand la politique n'est pas bonne, quand les valeurs baissent et que le capital est inquiet, quand des grèves ou des manifestations sur la voie publique se produisent, le commerce souffre et se plaint.

A aucune époque, ses doléances n'ont été aussi vives. Nos importations dépassent nos exportations dans des proportions considérables. On a proposé diverses mesures pour chercher la cause de ces maux et en atténuer les effets. Il ne suffit pas, à notre avis, d'organiser des

chambres de commerce à l'étranger si on ne commence pas par réorganiser celles que nous avons en France, si on ne les autorise pas, comme nous ne cessons de le demander depuis plus de dix ans, à s'entendre, à se grouper, à correspondre, à se réunir tous les ans en congrès commercial. Ce n'est pas tout encore de réorganiser nos consulats à l'étranger et d'engager nos voyageurs de commerce à rendre visite à nos chargés d'affaires, si nous ne modifions pas d'abord notre régime militaire qui empoche un jeune homme de s'établir à l'étranger et d'y rester assez longtemps pour apprendre les affaires.

Le commerce se plaint de la concurrence que lui font principalement l'Allemagne et l'Italie. Cette concurrence a plusieurs causes : tout d'abord, nous produisons excessivement cher; nos frais et nos impôts sont lourds: les exigences des ouvriers, leurs demandes d'éfévation du salaire croissent avec la cherté de la vie ; les frais des patrons, le prix de la main-d'œuvre, sont plus élevés en France que partout ailleurs. La concurrence est donc facile à l'étranger. Malheureusement aussi, quand l'ouvrier est mécontent, quand il se plaint, il croit être très habile, très soucieux de ses intérêts en se mettant en grève : les chômages ont été nombreux cette année à Paris, à Reims, à Roubaix, Lille, Tourcoing, Limoges, Lyon, Marseille, Denain, etc., etc.; l'étranger profite de tout le travail que nous: n'exécutons pas; nos ouvriers, séduits par de fausses doctrines, entraînés par de dangereuses théories, regardent le patron comme un ennemi. L'étranger excite ces passions, ces fausses idées ; c'est lui seul qui en profite pendant que les ouvriers et les patrons français en souffrent.

l« commerce se plaint encore de manquer de débouchés. Il trouve que, par la voie du Saint-Gothard notamment, une concurrence sérieuse lui est faite en Italie par les produits allemands. On réclame une nouvelle voie à travers les Alpes La question n'a pas

Concnrrenc* ftrangère.

Manqoe dedèboQchés.

bliques.

gne.

fait un pas et, cependant, on a sous les yeux Texemplc de l'Autriche qui ouvre le tunnel de l'Arlberg, établissant ainsi une communication directe entre l'occident et l'orient de l'Europe. Nous attendons toujours la conclusion de nos principaux traités de commerce. Nous n'avons pas encore de traité définitif avec l'Au- Iriche-Hongrie : nous n'avons rien fait avec l'Angleterre. On s'étonne de la froideur, sinon de l'hostilité de cette dernière puissance : est-ce que la vraie politique d'un peuple ne devrait pas être celle qui s'occupe avant tout de ses intérêts commerciaux, industriels et fmanciers? Quand deux pays ont des affaires, des intérêts communs, n'ont-ils pas de grandes raisons pour se trouver d'accord sur les choses de la politique? Finances pu- Au polnt de vuc économiquc et financier, l'année 1883 aura touché à tout et inquiété de graves intérêts. Le budget, déposé le 3 mars, n'est pas encore voté par le Sénat.

La conversion de la rente a été une lourde faute, faute politique et économique, dont les conséquences se feront longtemps sentir. Elle a inquiété les rentiers, ■ altéré leur confiance dans le crédit de l'Etat; elle n'a servi qu'à boucher un des nombreux trous du budget. Pour avoir voulu, dans un moment inopportun, économiser 34 millions au détriment des rentiers, l'Etat a vu les fonds publics baisser dans des proportions inouïes : comme de gros emprunts sont nécessaires, il perdra en empruntant bien plus qu'il n'a cru gagner. C'était une faute d'effectuer la conversion, car une telle opération ne doit se faire qu'en temps de calme politique, intérieur et extérieur, en temps de prospérité financière et commerciale ; comme le disait M. Léon Say, elle ne doit pas servir « d'expédient budgétaire » ; c'est une ressource précieuse qu'il faut réserver pour opérer des dégrèvements d'impôts.

Caisses (i''épar- Lcs réductlous de rcvcnu qui ont atteint les rentiers, la baisse des rentes qui en a été la première conséquence, ont troublé les nombreux déposants dans les

caisses d'épargne; cette année, d'importants dépôts ont été retirés, alors que tous les ans les versements l'emportaient sur le montant des remboursements.

Pendant Tannée 1883, s'est terminée la grave question des chemins de fer; les pouvoirs publics ont enfln reconnu la nécessité d'en finir. Cette solution est arrivée au moment où le marché était en plein désarroi. Pendant près de huit ans, actionnaires et obligataires ont été inquiétés. On a fini par où l'on aurait dû commencer. Les conventions sont adoptées définitivement; mais l'Etat a encore une autre mesure à prendre, c'est de se débarrasser au plus tôt de son réseau; l'expérience a duré trop longtemps et coûte trop cher au pays, aux contribuables (1).

Les besoins du Trésor et les emprunts de l'Etat ont été une des causes principales de l'augmentation de la circulation des billets de la Banque de France. De 3 milliards 200 millions, la limitation d'émission des billets a été portée à 3 milliards 500 millions. On connaît les nombreuses discussions auxquelles a donné lieu cette situation de notre premier établissement de crédit.

On a touché à l'organisation financière de la Caisse des retraites pour la vieillesse : sur ce point encore les discussions ont été vives.

Le mode d'évaluation des prévisions de recettes budgétaires a été encore fortement discuté. On oublie vraiment que ce qui crée le déficit, ce n'est pas la façon d'évaluer telle ou telle rentrée d'impôts, mais plutôt la manière dont on dépense l'argent que l'on reçoit. Qu'on s'arrête à tel ou tel système, le seul moyen d'avoir un bon budget et de bonnes finances sera toujours de dépenser peu, de prévoir des dépenses plus élevées et des recettes moins fortes, d'empêcher que l'équilibre budgétaire soit sans cesse dérangé par des demandes de crédits nouveaux. Chacun de nos députés

(t) Voir notre étude sor Let eonst'quenctt financièret des nouvelles itmeutiûtu de chemins de fer, 1883.

Les conventions de chemins de fer.

Circulation de la Banque de France.

Caisse des retraites pour U vieillesse.

Recettes budgétaires. Mode dévaluation.

1883 est une inneé de baisse générale des valeurs.

Pas d'affaires Bonvelles.

Conséquences de la baisse des rentes.

a toujours quelque demande à faire à l'Etat pour les besoins| de i son département. L'intention est louable, mais il est nécessaire, avant tout, de se restreindre et d'économiser.

L'année 1883 aura été, pour la Bourse et les valeurs, une année de baisse générale et de panique. De tous côtés on a porté atteinte à ce « respect des contrats » dont parlait si éloquemment M. Léon Say dans la Forningtly Review.

Les actionnaires du Suez en savent quelque chose; ceux des compagnies de chemins de fer, du Gaz, des Omnibus, ont vu leurs privilèges attaqués, leurs droits mis en suspicion. Tout ce qui est sociétés, grandes compagnies, a été visé. Parce qu'il y a eu des sociétés vicieuses, malhonnêtes, partout on a voulu voir spéculations malsaines, entreprises coupables, jeux de bourse. Le parlement lui-même, malgré les observations si justes que les écrivains les plus autorisés ont faites, malgré le discours si vrai, si sensé, d'un de nos plus illustres économistes, M. Frédéric Passy, a mis les « administrateurs en interdit » suivant la pittoresque mais juste expression d'un jurisconsulte éminent,, M. A. Vavasseur (1). ■

Pendant cette année troublée, les affaires financières nouvelles ont été nulles. Trois grandes émissions ont obtenu un légitime succès; celles du Crédit foncier et celle de la Compagnie du Panama. Le public a déserté la Bourse, il en a pris peur ; mais il a continué, avec raison, à placer une partie de ses capitaux disponibles? sur les obligations de chemins de fer en les demandant aux guichets mêmes des compagnies. Nous avons, eu l'occasion d'indiquer le chiffre énorme de titres| placé du 1" janvier au 30 septembre 1882 (2).

La baisse des rentes devait avoir encore deux consé-| quences : la première, c'est que le taux de capitalisa-' tion des valeurs tend à se modifier.

(1) Revue des sociétés, juillet 1883.

(2) Le Rentier, 27 novembre 1883.

Quand la rente 3 % rapportait 3 1/2, on paraissait

luloir obtenir 4 % pour les actions de chemins de

r, 5 % pour les sociétés de crédit.

Aujourd'hui, on veut avoir au moins 5 % d'intérêt

l'our ses placements; on trouve que le coût de la vie

-l trop cher, que les besoins augmentent chaque jour

: qu'on ne peut se contenter d'un intérêt trop modique.

La seconde conséquence de la baisse des rentes et de la défaveur dont elles ont été l'objet, a été la hausse et la fermeté des valeurs étrangères.

Rentiers et capitalistes, pris de peur, ont déserté Fermeté des

,. , ., , . . valeurs étr«n-

nos valeurs nationales : ils n ont vu que les maux gères, lîont nous souffrions, ils n'ont pas fait attention à ceux qui accablent les nations voisines ; on a redouté en France des agitations dans la rue ; on a redouté une guerre européenne. Mais quels sont donc les pays fortunés que ne trouble pas la crainte de ces tristes éventualités?

Est-ce l'Angleterre, avec la question d'Irlande ? l'Autriche, avec les troubles de Croatie? l'Allemagne, avec l'agitation socialiste? la Russie, avec ses nihilistes? l'Espagne, avec ses menaces de pronunciamientos?

Quel est le pays qui ne se prépare pas à la guerre et ne continue pas à entretenir une paix armée qui engloutit chaque année des milliards? (1)

El si nous avions malheureusement une conflagration européenne, quel est donc le grand pays en Europe qui n'en souffrirait pas et peut-être plus que nous-mêmes ?

A côté des causes générales de baisse, il convient aussi conséquences de tenir compte des conséquences funestes du krach de 1882. La liquidation des affaires engagées pendant cette période de fièvre, de folie de spéculation, n'est pas terminée. Pendant Tannée qui s'achève, des procès sans nombre ont eu lieu ; des sociétés qui n'avaient de crédit que le nom, se sont effondrées ; une quantité de petites entreprises sans consistance se sont écroulées. Toutes

1 Voir notre étude sur Ce que coûte la paix en Europe, in-8». 1883.

du kracb de IWi.

des chutes, tous ces désastres ont encore augmenté les défiances de l'épargne qui, n'ayant pas su distinguer le bon grain de l'ivraie, ayant perdu des sommes énormes en achetant, en spéculant sur des titres qui ne reposaient sur rien, voyant aussi les premières valeurs du marché subir des dépressions sensibles, a pris la Bourse en aversion. De 1878 à 1882, il ne se passait pas de jour sans qu'une société se créât, puis augmentât bientôt son capital. Ce n'étaient qu'émissions, souscriptions publiques, mises en vente, syndicats, etc., etc. Pour avoir le plus grand nombre d'actions à offrir à un public enfiévré qui désertait alors les placements sérieux et ne recherchait que les valeurs à primes, à syndicats, à majorations, on créait des sociétés à gros capital avec des titres libérés seulement de 125 francs ou 250 francs.

Cette année, les créations de sociétés financières ont été nulles ; les mises en vente et les majorations ont disparu avec les syndicats. C'est à qui veut réduire son capital social ; échanger des actions non libérées contre un moins grand nombre de titres libérés. Le public, du reste, qui sait ce qu'il lui en coûte, ne veut plus entendre parler de titres non libérés, de titres nominatifs. Puissent les leçons de l'expérience de ces dernières années être profitables à tous !

Crise immobi- Si Ics valeurs mobilières ont beaucoup souffert pendant l'année 1883, les valeurs immobilières n'ont pas échappé à la crise. Les petites propriétés trouvent facilement acquéreurs, mais les immeubles importants peuvent difficilement se vendre. A Paris, les gros loyers tendent à baisser; on a construit démesurément dans les quartiers nouveaux et les locations se font avec peine. Tl faut espérer que cette crise qui a déjà atteint de nombreux entrepreneurs, se dénouera sans trop de dommages. Ce qui pourrait, du reste, en atténuer les effets, ce sont précisément les défiances que les rentiers ont pour les valeurs de Bourse. Un grand nombre ira probablement confier ses épargnes à la terre, aux immeubles. Qn ne recherchera plus les valeurs « à la mode », les

liére

titres qui peuvent monter; on préférera avoir un revenu modeste, solide, permettant de faire face aux dépenses nécessaires à la vie, aux besoins de chaque jour. Ce sera le commencement de la sagesse.

Telle est l'histoire de cette année 1883 qui, malgré l'abondance des capitaux, l'argent à bon marché (l'escompte a été de 3 % à la Banque), a causé à toute l'épargne, à tous les capitalistes, des déceptions profondes. Elle a fait tellement de mal qu'il semble difficile que, de ses excès mêmes, il ne sorte pas un peu de bien.

Cette année d'inquiétudes n'aura pas été stérile, si elle sert de leçon pour l'avenir. Nous avons besoin plus que jamais de l'expérience que nous avons acquise, à nos dépens hélas ! et de nous rappeler les conseils et les avertissements que nous prodiguait autrefois un homme trop tôt disparu et oublié, l'illustre M. Thiers. Nous avons besoin, comme il le recommandait sans cesse, « d'être sages j» : sages en politique, sages en finances.

Conelndea.

L'année 1884 n'est pas de celles dont on peut reira- ^/J^ «^"f*^ cer l'histoire en suivant chronologiquement et pas à pas la marche des événements, ainsi que nous avions coutume de le faire pour les années précédentes. Elle noffre nulle logique en sa marche et présente un aspect vraiment confus.

Il semble qu'elle ait accompli une sorte de travail de ^ conuadicuon Pénélope, défaisant un jour ce quelle avait fait la sUa. veille pour le refaire de nouveau le lendemain et le défaire ensuite. Ce qu'elle promet à un moment, elle le refuse un peu après ; ce qu'elle paraît résoudre se dissout presque aussitôt ; on croirait volontiers qu'elle est conduite et réglée par la fantaisie d'un malin génie qui s'applique à déconcerter les combinaisons les mieux dressées et les prévisions les plus sages. Elle est toute tissue de faits contradictoires et d'espérances immédiatement suivies de mécomptes.

On croit avoir obtenu, conquis la paix : on la tient, on en est sûr. On jouit déjà pleinement de cette sécurité. Soudain elle se dissipe, on ne tenait rien ; cette paix n'était qu'un leurre, fausses étaient les paroles données, faux les engagements, illusoires les actes échangés. Soit, c'est donc la guerre et il faut s'y préparer. Et ce n'est pas la guerre, et l'on se bat et l'on se canonne. On ouvre des conférences qui doivent concilier tous les différends

et qui les aggravent tous; on provoque des médiations et des arbitrages qui doivent satisfaire toutes les prétentions en sauvant tous les amours-propres : arbitres et médiateurs s'évanouissent après avoir, sans doute, attisé un peu plus les passions et les ressentiments. De tout ainsi, jusqu'à la fin.

Débnl favorable à l'intérieur et à l'extérieur.

La crise ouvrière.

L'année avait cependant débuté dans les conditions les plus favorables et donnait les plus heureux présages. Le Parlement, il est vrai, n'avait pu voter intégralement que le budget ordinaire de 1884 ; le Sénat avait encore à discuter le budget extraordinaire, mais il ne pouvait survenir de ce côté aucune difficulté. Au Tonkin, après la prise glorieuse de Son-Tay par l'amiral Courbet, on attendait sans inquiétude l'occupation de Bac-Ninh qu'on savait habilement préparée. Le nouveau roi d'Annam venait de ratifier le traité de Hué.

Autour de nous, en Europe, toutes les irritations semblaient s'apaiser : l'Italie se prêtait à la suppression des capitulations en Tunisie et l'empereur Guillaume déclarait dans une allocution au conseil municipal de Berlin sa ferme confiance dans le maintien de la paix.

Il y avait, à vrai dire, une ombre au tableau : la crise ouvrière, qui était malheureusement inévitable ; mais â ce moment tant de voix s'élevaient pour promettre à ceux qui souffraient les remèdes les plus prompts et les secours les plus efficaces, que l'on croyait sincèrement à un soulagement prochain.

Le budget extraordinaire se votait ; le ministre des finances allait pouvoir emprunter ce qui lui était nécei^ saire ; cet emprunt allait rendre au marché l'animation qui lui manquait, le stimuler, lui inspirer courage et hardiesse. C'était la reprise des affaires à brève -échéance. Et l'on s'y préparait.

Le Sénat, de son côté, prenant une importante réso- -Il lion sur une question urgente, qui iioa« avait person-

nellement fort préoccupé, volait raugnienlation de la circulation des billets de la Banque de France. Cetlr augmentation était fixée à 300 millions, ainsi que nous l'avions demandé. Tout le monde paraissait disposé à favoriser le mouvement attendu.

L'emprunt se fait. A la vérité, ce n'était qu'une opération très limitée, un emprunt de 350 millions, somme peu considérable par ces temps de milliards; il ne comportait certes pas le déploiement d'efforts, de publicité et de facilité qu'avaient exigé les grands emprunts nationaux. L'Etat devait se borner à obtenir à des conditions modérées les ressources dont il avait besoin et à en assurer la réalisation la plus prompte. Dans cette vue, le ministre donna un droit de préférence aux souscriptions immédiatement libérées.

Il devait arriver nécessairement que les souscriptions non libérées, découragées à l'avance en quelque sorte, seraient rares, l'exclusion des souscriptions par listes contribuant à éloigner la clientèle des banques.

L'emprunt fut cependant souscrit trois fois et demie; les souscriptions libérées s'élevèrent seules à 22 mil lions de rentes représentant un capital versé de plus de 565 millions.

La spéculation négligée, éloignée, déçue et bien à tort irritée, prétendit que l'emprunt n'était qu'insuffisamment souscrit, qu'il avait été mal accueilli et qu'il n'était point placé. On a pu vérifier depuis qu'il était non seulement placé mais classé.

Ce fut le premier nuage, le premier accès d'une mauvaise humeur, d'une sorte de prédisposition aux idées noires qui, par la suite, sembla s'étendre sur l'année entière et lui laissa, pour ainsi dire, son empreinte.

Le pessimisme a cela de bon qu'il inspire la prudence et la circonspection; mais il a cela de déplorable qu'il détruit toute initiative, arrête tout élan, stérilise toute bonne volonté. Cela est surtout vrai en affaires ; on le vit bien alors. L'année avait bien débuté et il

Augmentation de la circulation de la Banque.

Emprunt d« 330 millions.

L'emprunt plarieurs fois souscrit.

Mauvaise bailleur de la spéculation qiii n'a pu y concourir.

B apport Balliie, 300 millions d'impôts à ci'épr.

L'impôt sar la rente.

Budget de 1S85.

M. Rouvier, président de la commission du budget.

Dispositions pacifiques à l'étranger.

n'y avait pas lieu de se plaindre. On commençait pourtant à n'envisager les choses que par leur mauvais côté.

On ne pouvait connaître encore le rendement des contributions pour les douzièmes non exigibles; et déjà on s'attristait des difficultés du recouvrement. On déplorait hautement les embarras budgétaires; mais on ne tenait nul compte des améliorations dès lors réalisées; on oubliait que la situation financière de l'Etat avait été de beaucoup allégée par la conclusion des conventions avec les grandes compagnies.

Cependant certaines opérations importantes s'annonçaient et, comme tout le monde désirait des affaires, on revenait à de meilleures impressions. Mais, tout à coup et avec une inopportunité vraiment étonnante, surgissait quelque malencontreuse complication parlementaire, toile, par exemple, que le rapport de M. Ballue où se développait la perspective de 287,900,000 francs', d'impôts nouveaux à créer, parmi lesquels figurait naturellement l'impôt sur la rente. Les velléités de reprise furent aussitôt calmées, La prise de Bac-Ninh, d'ailleurs escomptée depuis longtemps, ne produisit nul effet. Toutefois, deux faits financiers saillants relevèrent un peu les esprits : l'approbation par les actionnaires du canal de Suez des arrangements faits avec les armateurs anglais et le complet achèvement de la conversion hongroise par les soins de la maison Rothschild. En même temps, les Chambres approuvaient la convention financière avec le bey de Tunis, qui assujettissait les finances de la Régence au contrôle du parlement.

Le premier trimestre de l'année était écoulé depuis un mois déjà, le projet de budget pour 1885 avait été déposé; la commission avait été nommée, avec M. Rouvier pour président. On pouvait espérer une bonne discussion budgétaire faite en temps utile. En Europe les dispositions pacifiques persistaient; les journaux russes, allemands, autrichiens, les manifestaient hau-

lement. En Egypte il est vrai, l'Angleterre voyait la situation de son armée s'aggraver, mais M. Gladstone triomphait cependant de lopposition que sa politique soulevait dans le parlement. De nouveau, tout semblait ■ prêter à un mouvement de reprise commerciale, industrielle, financière ; enfm, comme pour imprimer l'élan décisif, éclatait la nouvelle de la conclusion du traité de Tien-Tsin : les hostilités étaient suspendues, Ti5^.T.s^*'^ "^ le Tonkin allait nous appartenir sans conteste. Ce fut un cri de satisfaction universel.

in

Dans de telles circonstances, le marché financier ne ^jjj*^" '*** peut être qu'excellent et il l'est en efîet. Cependant, les grandes opérations annoncées ne s'exécutent pas ; à peine voit-on se produire quelque émission, celle des obligations de Rio-Tinto est de cette époque.

Tout est calme au dedans; les élections municipales se sont accomplies .^ans désordre. Au dehors, l'esprit de conciliation prévaut. L'Angleterre invite les puissances intéressées à une conférence où doit être examinée la situation financière de l'Egypte; tous les gouvernements accueillent avec faveur cette proposition. Le marché financier s'affermit, se consolide et ne ressent aucune émotion de la crise financière de New-York dont le contre-coup se répercute à Londres, à Francfort, à Berlin. Sur notre Bourse toutes les valeurs ont monté, même les actions des sociétés de crédit délaissées depuis si longtemps; on constate de toutes parts l'abondance des capitaux disponibles. Et malgré tant de symptômes engageants, tant de signes rassurants, la pénurie des affaires continue. Les grands établissements financiers, les banques, qu'on dit si pressées de placer le papier dont elles sont chargées et do réaliser les combinaisons qu'elles tiennent prêles, ne font rien, ■ ne tentent rien. Une timidité invincible, des hésitations qui paraissent inexplicables, perpétuent rabstention.

Conversion tunisienne.

Le choléra à Toulon.

La Chine reprend les hoslilités au Tonkin.

Affaires d'Egypte. Conférence de Londres.

Opérations victorieuses en Eïtrème-Orient.

La vérité est que personne n'ose prendre Tinitiative d'une grande opération, craignant qu'un échec ne compromette toutes les autres affaires. On voit bien se produire la conversion de la dette tunisienne, un emprunt portugais, une émission du Crédit foncier canadien; ces exemples isolés ne suffisent pas pour décider l'apparition des grandes affaires et la mise en marche simultanée des capitaux.

Deux nouvelles violentes et brutales viennent d'ailleurs jeter le trouble dans les esprits déjà si timorés et si craintifs : le choléra a éclaté à Toulon ; la Chine a violé le traité de Tien-Tsin et repris traîtreusement les hostilités.

L'ébranlement du marché fut profond et fut ressenti par toutes les valeurs. Cependant l'effet n'en fut pas aussi prolongé qu'on le craignait. On peut dire qu'en dépit des événements, les choses ne tournèrent jamais si mal que les pessimistes le prédisaient.

L'épidémie a sur les transactions à l'intérieur et avec l'étranger de graves conséquences; de rigoureuses quarantaines s'établissent à nos frontières d'Espagne et d'Italie, nouvelle épreuve pour notre industrie et notre commerce. Les recettes des chemins de fer diminuent. Les idées noires grossissent; on redoute la guerre, on redoute la revision constitutionnelle qui se prépare. Et cependant, dès la fin de juillet, le marché se ralïermit; les rentes, les fonds étrangers et les grandes valeurs se relèvent. Il faut, en doit le reconnaître, qu'un marché fmancier soit réellement bien solide et appuyé sur des bases bien fortes pour ne point céder à tant de chocs répétés, ou ne point s'abandonner à un complet découragement.

La conférence de Londres échoue; les créanciers de l'Egypte retombent dans l'incertitude : le Congrès de Versailles ouvre ses séances à grand bruit et les termine dans le silence et l'indifférence. A ce moment toutes les préoccupations sont tournées vers l'Extrême- Orient. Aura-t-on la guerre avec la Chine? Et la Bourse

s'émeut dès qu'elle apprend que des mesures de rigueur vont être prises. Mais elle salue par de la hausse le beau fait darnies de Fou-Tchéou, pour baisser de nouveau si quelque journal insinue que cet acte de vigueur rend la guerre inévitable. Il faut, pour apaiser les appréhensions, affirmer que le bombardement de Fou-Tchéou, plus tard la prise de Kelong et les opérations devant Tamsui, sont, non point des faits de guerre, mais des actes de représailles et que le gouvernement se borne à poursuivre ce qu'on a appelé la cf politique des gages ».

Pendant que se déroulaient tant d'événements si op- Enquête éco-

^ ^ nomique. La com-

posés, que devenait la situation économique du pays, mission des «.

qu'avait-on fait pour relever le commerce si éprouvé, pour remédier aux souffrances de l'agriculture, pour soulager la misère de l'ouvrier? On avait exprimé les intentions les meilleures, fait des interpellations plus ou moins inopportunes; on n'avait rien proposé de pratique. Au mois de février, la Chambre avait bien, il est vrai, nommé, malgré l'opposition des ministres et des hommes les plus compétents, une grande commission de 44 membres, chargée d'ouvrir une enquête sur les causes de la crise économique. Il était facile dès lors de deviner tout le bien que cette commission serait impuissante à faire; ce qui était plus difficile à prévoir, c'est le mal qu'elle pouvait causer et le danger nou- Teau qu'elle ferait courir à notre commerce.

C'est seulement à la fin de Tannée qu'on a pu ap- un discours de prendre de la bouche de M. Rouvier, qui s'était opposé nisi?e"du''comà la création de cette commission, combien ses travaux avaient été nuisibles.

Le discours que le ministre du commerce a prononcé devant la Chambre sj-ndicale des industries diverses, renferme certaines vérités qu'il y avait quelque courage à exprimer devant un auditoire exclusive-

merce.

206 FINANCES CONTEMFOKAlNES

ment composé de négociants représentant tout le haut commerce parisien.

commenSaî*"* M. Rouvicr. n'a pas hésité à reprocher aux commerçants l'imprudence avec laquelle ils avaient fait, devant la commission d'enquête économique, des dépositions destinées à la publicité et qui, pour la plupart, témoignaient d'une propension très marquée à exagérer la gravité et l'intensité de la crise.

Ce travers n'est pas seulement celui de nos commerçants ; c'est un peu un défaut français, peut-être même est-il de tous les pays. S'il fallait prendre au pied de la lettre la plupart des déclarations faites devant la commission dite des 44, ce serait à désespérer à tout jamais de notre industrie et de notre commerce. Or, si dure que soit l'épreuve qu'ils traversent, l'un et l'autre sont très vivaces: leur résistance même l'atteste.

Nous aimons à nous faire plus malheureux que nous ne sommes, surtout si nous sommes sûrs d'être écoutés, sûrs de voir nos récriminations imprimées et tirées à un grand nombre d'exemplaires. Il semble que nous recherchions ainsi la consolation d'être plaints par tous ceux qui nous entendent.

Nous ne réfléchissons pas que, parmi ceux-ci, les plus attentifs ne sont pas toujours les plus sympathiques. Ainsi que l'a fort bien dit M. Rouvier, nos adversaires commerciaux, nos rivaux, recueillent avec soin les déclarations désolées de nos déposants et s'en servent auprès de leurs clients et des nôtres pour leur démontrer notre infériorité et notre impuissance. Nous travaillons ainsi nous-mêmes à détruire notre réputation d'habileté, de goût, d'imagination et de facihté productive.

Ce pessimisme est, on le voit, fort dangereux par les conséquences qu'il peut avoir et qu'il a certainement au dehors. Il l'est encore par l'effet qu'il exerce sur nous-mêmes; il semble que nous nous y complaisions et, à force d'ajouter à nos maux réels des maux imaginaires, nous allons finir par être véritablement

aussi malheureux que nous prétendons l'être. On risque ainsi d'énerver tous les ressorts de la vie industrielle et d'anéantir le principe de toute activité. Ce pessimisme commercial, dont M. Rouvier a Pcssimism»

. ; . , , , , , , . . . financier.

montré si nettement tous les dangers, n est ni moinsr accentué ni moins menaçant en ce qui touche les affaires de finance, les fonds publics et le crédit même de l'Etat. Nous nous sommes maintes fois élevé contre cette déplorable opiniâtreté du public et de la presse elle-même à « broyer du noir ».

Quiconque n'aurait, pour juger la situation de notre pays et de nos finances, que les paroles qu'il entendrait journellement parmi nous, les craintes qu'on y exprime, les prévisions qu'on y forme, les prophéties lugubres qu'on y répand, croirait évidemment que la France est ruinée, son crédit détruit, et qu'elle est à la veille de la banqueroute.

On voudrait persuader au monde entier que le Trésor public peut être réduit, du jour au lendemain, à suspendre ses paiements que, vraiment, on ne ferait pas mieux. Si, par impossible, l'Europe en venait à croire ce qui se débite ou s'écrit couramment sur les finances françaises, c'en serait fait du crédit de la nation.

11 n'est exagération à laquelle on ne s'arrête avec complaisance.

Evidemment nos budgets ne sont, depuis trois ans, équilibrés qu'avec difficulté; mais ces déficits dont on '^ plaît à grossir l'importance, n'ont pour cause aucun ice irrémédiable des institutions ou des hommes chargés de gérer les deniers de l'Etat. Ils proviennent surtout des mécomptes résultant des moins-values qui se sont produites sur des recettes dont on avait témérairement escompté l'augmentation continue.

L'impôt produit moins parce que le commerce, les affaires, le mouvement de la propriété foncière et mobilière sont moins actifs; mais il rentre ponctuellement. Bien qu'un peu plus de lenteur et de peine se soient

manifestées dans les recouvrements, le montant des frais de poursuites reste encore à un taux infime.

On oublie aussi l'effet produit par des dégrèvements prématurés ou qui, pratiqués sur des taxes mieux choisies, eussent été moins sensibles.

Que ne dit-on pas encore? On étonne les imaginations en alléguant l'énormité des seize milliards d'engagements de l'Etat; 16 milliards, quelle dette, surtout s'il faut l'acquitter promptement! Or, ce qu'on oublie de dire, c'est qu'il s'agit de 16 milliards dont le paiement est réparti sur toutes les années comprises entre 1884 et 1976. Et l'on avouera qu'il y a bien quelque différence entre une dette de 100 francs remboursable au bout d'un an et une dette égale de 100 francs remboursable en 76 ans, par soixante-seizièmes, avec les intérêts.

Il n'en est pas autrement de ces seize milliards gigantesques dont on parle comme d'une dette immédiatement exigible.

Les critiques même injustes, même exagérées qu'on élève conire le budget de l'Etat, n'attestent-elles pas, en somme, que chacun y peut lire clairement, librement, le discuter, l'apprécier, lui découvrir même des vices qu'il n'a pas? Jetons les yeux autour de nous en Europe et voyons de quel budget étranger on en peut dire autant. Serait-ce le budget du royaume de Prusse? Serait-ce celui de l'Autriche, sur lequel se greffe celui de la Hongrie? Est-il, nous ne disons pas en France ni en Europe, mais en Russie même, un publiciste qui soit en mesure de préciser la situation des finances de l'empire russe d'après les budgets officiels? Nous ne parlons pas de l'Angleterre dont le budget, profondément différent du nôtre par sa forme, sa confection et son ordonnance, ne permet aucune comparaison. Nous venons de citer les quatre plus grands Etats de l'Europe ; nous ne parlerons pas des autres, nous ne voulons affliger personne.

ISSI. - L'ANNÉE DE h\ CRISE 209

Kst-on mieux fondé à se plaindre de l'épuisement pré- cie^reï^îânre" tendu de notre marché financier, de son abaissement? et à réuânger. Ne dit-on pas qu'il est en pleine décadence, qu'il a perdu toute inlluence? Et l'on ne manque point de le comparer aux autres marchés étrangers, qui jouissent, assure-t-on, d'une activité et d'une vitalité bien plus grandes. On cite Vienne, Berlin, Francfort!

Or, que vient-on de voir» tout récemment, en Autriche? Ces événements sont d'hier. Un établissement financier a suspendu ses paiements, le directeur infidèle d'une société d'escompte s'est enfui et suicidé ; ce fait a suffi pour jeter la panique et le désarroi sur les marchés autrichiens et allemands : toutes les valeurs ont été atteintes, les fonds d'Etat eux-mômes ont été entraînés. Telles sont la solidité et la vitalité des marchés que l'on voudrait donner au nôtre pour modèles.

Mais pourquoi ces marchés si vantés ont-ils fléchi? Pourquoi des sinistres qui n'eussent produit chez noua qu'un effet passager ont-ils causé, là-bas, tant d'émotion et de trouble? C'est que ces marchés ont bien un nombreux personnel de spéculateurs pour en alimenter l'activité superficielle, mais qu'ils n'ont point ce fond solide, cette base inébranlable sur laquelle est assis le grand marché français, l'épargne! c'est-à-dire le capital sérieux, effectif, tangible qui assure la réalité des opérations vitales qui constituent la véritable subsistance d'une grande place financière et pour lesquelles la spéculation ne doit être qu'un stimulant utile.

L'épargne, tel est l'élément principal de la puissance ;

de notre marché, puissance qui ne s'est ni éteinte, ni amoindrie, mais qui, en ce temps d'atonie générale, ne trouve point à s'exercer. C'est grâce à l'épargne que ce marché a pu conjurer un effondrement après les sinistres multipliés de l'année 1882; c'est grâce à elle qu'il a pu, non seulement se relever mais ramener à de hauts cours les rentes, les obligations des grandes

Sitnation cominc!'cialeet(in;incière à apprL'(;ier plus justement.

compagnies, c'est-à-dire les véritables valeurs ae placement.

Un marché n'est ni épuisé ni affaibli quand on voi^ sa clientèle de capitalistes de tout ordre absorber, en moins d'un an, pour plus d'un milliard de valeurs. Et nous ne parlons pas d'une année prospère, mais bien de cette année qui s'achève et au cours de laquelle l'épargne a, dans ses divers placements, souscrit un emprunt d'Etat de 350 millions qui se négocie maintenant 5 francs plus cher que son prix d'émission, acheté près de 500 millions d'obligations de chemins de fer et fourni au Crédit foncier de France plus de capitaux qu'il n'en demandait.

Revenons donc à une plus juste appréciation de la situation de notre pays; à force de ne considérer que les embarras passagers de nos finances, de notre commerce et de notre industrie, prenons garde d'en arriver à désespérer des unes et des autres.

Nous devons d'ailleurs reconnaître que, dans le gouvernement et parmi les commerçants eux-mêmes, des idées plus saines et plus pratiques commencent à se faire jour.

Orientation L'cutréc de M. Rouvicr au ministère (14 octobre) ne

économique meil- .n injr '• «i

leiire avec M. marque-t-clie pas, au surplus, 1 époque précise ou la ni^sière'! *" ""' néccssité d'acccntuer la politique économique du cabinet s'est imposée? Partisan déclaré de la liberté du commerce, le nouveau ministre représente un courant d'idées tout différent de celui qui tendait à prévaloir depuis quelque temps. Aussi une réaction sérieuse contre ces prétentions surannées et ces théories d'une autre époque s'est-elle enfin dessinée dans les derniers mois de l'année.

C'est la soiu- Ce qu'il faut rechercher avant tout, c'est la solution

tion pratique des ,. , ,, ,. lin'ii

questions qu'il pratique et prompte des questions que soulève 1 et/it faut chercher, ç^çjyçi ^q l'agriculturc, du commercc, de l'industrie

et de la classe ouvrière qui reçoit, en définitive le contre-coup de toutes les crises.

Croit-on qu'au lieu de finir l'année dans des discus- conclusion, siens oiseuses et des futilités parlementaires, on n'eût pas mieux agi dans l'intérêt général en discutant le budget à fond, au moins une fois? Est-ce que jadis ce n'était pas la loi de finances qui fournissait l'occasion daborder les problèmes économiques du moment? Y a-t-il eu vraiment depuis trois mois un seul événement politique ou extérieur qui valût autant d'attention qu'en mérite la situation financière et commerciale du ^

pays? On a vu, dans le cours de cette année, les négociants les plus éminents et les chambres syndicales se grouper et s'entendre afin de provoquer l'organisation d'une représentation centrale des corps commerciaux et de réaliser ce projet de congrès commercial dont nous avons souvent entretenu nos lecteurs. On a vu plus récemment avec quel empressement le haut commerce parisien promettait sa participation à la grande manifestation pacifique qui se prépare pour 1889. Il faut entretenir et stimuler ces dispositions ; arracher les classes productrices à ce pessimisme qui les pénètre et les énerve; il faut les rendre à l'activité heureuse et féconde. La France a surmonté de grandes épreuves grâce à son amour du travail ; c'est au travail qu'il faut se vouer, c'est au travail sérieux et fructueux que doit être consacrée Tannée 1885.

Il serait cependant injuste de nous séparer de l'année 188't sans reconnaître que. malgré l'incohérence de sa marche et le peu de logique de ses événements, elle a eu le mérite de ne rien compromettre, de ne rien détruire des éléments de prospérité et de richesse qu'elle avait trouvés encore réunis après deux années incontestablement mauvaises. Elle laiî?^, en définitive,

un marché mieux assis et mieux préparé pour une campagne d'affaires, des cours plus hauts sur presque toutes les valeurs et une masse de capitaux toujours considérable. C'en est assez pour que l'année qui vient de s'ouvrir puisse accomplir de grandes et utiles choses, clore la période des crises et ranimer les sources de la production nationale.

Nous consacrerons cette revue de fin d'année à comparer les cours des principales valeurs du marché, à la date* du 24 décembre, de 1878 à 1885. On pourra ainsi se rendre compte de la plus-value ou de la moins-value de son portefeuille pendant l'année qui s'achève. L'examen de ces chiffres appelle plusieurs observalions.

On remarque tout d'abord la hausse continue des valeurs à revenu fixe, telles que les rentes sur l'Etat, les obligations de chemins de fer, les obligations de la ville de Paris et du Crédit foncier.

L'épargne, devenue prudente, s'attache de plus en plus à ces placements. Ni les événements quotidiens de la politique intérieure et extérieure, ni les appréciations pessimistes répandues sur l'état de nos finances, n'ont pu amoindrir la confiance des capitalistes dans nos rentes et dans les titres ayant une garantie d'Etat.

Valeurs àréyenu fixe. Haas&« continue.

A l'exception du Nord, les actions des cinq autres cheminsdefer compagnies sont en hausse sur leurs prix de l'an der- lé^re!^' ^*"''^* nier; elles clôturent à des cours légèrement supérieurs à ceux cotés fin 1883, c'estrà-dire au lendemain du vote des conventions. Toutes ces compagnies ont mainte-

nant un dividende minimum assuré et garanti : leurs titres sont assimilés en quelque sorte à des obligations dont le revenu est fixé quant au minimum à recevoir, mais est, au contraire, variable en ce qui concerne le maximum. On ne peut recej^oir moins;, on ne peut que recevoir plus.

Valeurs à rêve- Les valeurs à rcvcnu variable, actions des sociétés

nu variable. So-

ciétés de crédits, dc Crédit frauçaïses et étrangères, actions des chemins de fer étrangers, sont en baisse nouvelle sur 1884. Ces •sociétés subissent toujours les effets prolongés de la .crise commerciale, industrielle et financière qui a éclaté en 1882. .

On remarquera surtout la baisse importante éprouvée par ces titres depuis le 24 décembre 1881.

Cette baisse est énorme de fm 1881 à fin 1882, très forte de 1882 à 1883 ; de 1883 à 1884, la baisse, quoique continue, n'a déjà plus d'aussi grandes proportions; de 1884 à 1885, la réaction est de peu d'importance comparée à celle des années précédentes. Il semble que la dépréciation des prix soit enfin enrayée et que la part du feu soit faite. Du reste, depuis quelques mois déjà les capitalistes et les spéculateurs commencent à discuter les cours auxquels ces valeurs sont tombées : ,on ne vend plus à tout prix ; on examine plus attentivement la situation de chacune des compagnies et on .se demande si la baisse n'a pas été trop vive ; on préfère conserver et attendre des jours meilleurs ; les cours dépréciés auxquels certaines actions de sociétés de crédit sont tombées sont examinés de plus près. Dans ce groupe, une seule valeur, le Crédit foncier de France, a maintenu fermement ses cours de fin 1882; pendant que les dividendes des autres sociétés ont diminué, d'année en année, celui du Crédit foncier s'est progressivement élevé à 60 francs.

Les actions des chemins de fer étrangers sont en ,^ch«™;-^,^,f^ baisse sur les cours de i881, 1882, 1883, 1884. C'est la consumte. conséquence de la crise des transports qui a sévi en France et à l'étranger.

Par contre, les obligations de ces mêmes chemins ont continuellement progressé. Les obligations des chemins espagnols sont en baisse sur leurs coiîrs de l'an dernier par suite des craintes que suscite, depuis la mort du roi Alphonse, l'avenir politique de l'Espagne ; elles ont perdu, en quelques jours, l'avance acquise depuis 1880, mais elles sont encore à des prix plus élevés quen 1879. Les obligations portugaises ont également fléchi sous l'influence de faits que nous avons souvent signalés.

Nous avons avec intention, nous l'avons dit. choisi Pp'"» .^ç *»é-

' part choisi pour

comme point de départ de nos comparaisons les cours la comparaison

<w des cours. MotiEs

cotés à la fm de l'année 1878. A cette date en effet, qui de ce choix, coïncide avec la clôture de l'exposition universelle, nous sommes dans une situation financière des plus satisfaisantes. Nos budgets présentent des excédents importants; on inaugure la période des grands travaux publics (le plan Freycinet) et il est question de dégrèvements d'impôts: c'est enfin la première année du gouvernement de M. le président Grévy, dont les pouvoirs vont être renouvelés, le 28 décembre, par le congrès de 1885.

Nous n'avons pas à refaire l'histoire de ces sept dernières années dans tous ses détails ; nous nous bornerons à quelques constatations de faits et de chiffres qui ont, croyons-nous, leur intérêt.

De 1878 à. fin 1881 et au commencement de 1882, la

hausse est énorme. La spéculation se donne libre carrière. Toutes les valeurs montent dans des proportions considérables. Arrive le krach : une foule de valeurs s'écroulent comme un château de cartes; les ruines s'accumulent. Une dépression violente se produit sur toutes les valeurs à revenu variable. L'épargne, inquiète, troublée, se rejette sur les titres à revenu fixe. Aussi, toutes nos valeurs d'Etat, obligations de chemins de fer garanties par l'Etat, actions de chemins de fer elles-mêmes, un instant atteintes par la baisse et la crise, reprennent, après quelques mois d'hésitation, leur marche ascensionnelle (1). Toutes valeurs Aujourd'hui, malgré les événements de toute nature

cotées plus haut ,

qu'en i878. Ame- suFvenus, toutes CCS valcurs sout plus haut cotées

liorationconsidé- , „ ^■,r. ■ , .o-m

rabie. qu cllcs ne letaient en 1878.

Or, elles forment la plus grande partie de la fortune mobilière de la France, la plus forte partie de l'épargne. Les rentes françaises, les actions et obligations de chemins de fer, de la ville de Paris et du Crédit foncier représentent, à elles seules, un capital de plus de 40 milliards.

L'amélioration obtenue est donc considérable.

On en jugera par les chiffres suivants qu'il est utile de rapprocher :

(Tableac) (1) Voir notre étude sur Les finances françaises de 1810 à 1883, in-8»

1885. - LANNf.E DE LA LIQUIDATION

NATURE DES VALEURS

Rentes :

3 % amorlissalile

5 '"o (réduit à H i %)

Est anciennes

Fusion — ,

Midi —

Nord —

Orléans —

Ouest —

Actions :

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