L'ANNÉE DE SURMENAGE
Nous ne dirons que quelques mois de l'année qui s'achève. Dégagée d'uiie quantité de menus faits qui ont tour à tour occupé l'opinion pour faire place presque immédiatement k des préoccupations plus vives, l'année 1887 aura été une année d'agitations, de surmenage, si nous pouvons appliquer à la politique cette rxpression à lusage de nos jeunes lycéens; une année d'attente, pendant laquelle on a constamment vécu sous la crainte permanente, un jour apaisée et renaissante le lendemain, d'événements surgissant à Timproviste et plus sérieux que ceux que l'on venait d'éviter.
Dans cette fin maussade du xix* siècle qui voit sélever chaque jour de si grosses questions politiques, économiques et sociales, dont la solution ménage peutêtre de cruels périls, Tannée 1887, de même que 1886, aura été une des plus tourmentées, une des plus inquiètes et des plus agitées que nous ayons eues depuis longtemps.
A l'intérieur, les partis politiques ont montré plus Division des
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que jamais les divisions profondes, les inimitiés qui ques.
existent entre eux et qui se sont chaque jour accen tuées. Les crises ministérielles menacent de devenir aussi fréquentes que les changements périodiques des saisons. En 1886, nous avons eu deux ministères; en 1887, nous avons eu également deux crises ministérielle? : à M. Goblet a succédé M. Rouvier, remplacé ensuite par M. Tirard. Ce ne sont plus seulement les ministres qui changent : le pouvoir présidentiel est
Cabinet \ier.
Rou-
Cabinet Tirard
Crise présidentielle . M. Carnot succède à M.
Grévy.
Discnssions b lui gel aires prolongées.
Grandes crises extérieures.
Vn article de la Post.
L'affaire.Schnaebelé. L'affaire de Racn-1'Etape.
mis en discussion et on a vu avec quelle étonnanle facilité les Chambres ont obligé M. Grévy à donner sa démission de président de la République et ont appelé M. Carnot à lui succéder à la présidence. Nous n'avons pas de budget : lan dernier, nous avons eu deux douzièmes provisoires; cette année, nous en avons trois. Il faudrait un volume pour raconter les phases diverses du budget de 1887, déposé en mars par M. Dauphin, repoussé en mai par la Chambre, repris par M. Rouvier qui le remanie de fond en comble, et finalement attendant que le nouveau ministre des finances, M. Tirard, ait le temps d'étudier, d'accepter ou de modifier les projets de ses prédécesseurs et de soumettre les siens à la sanction de députés bien plus disposés à s'occuper de politique que de finances.
A l'extérieur, trois grandes crises ont vivement ému le pays et suscité les plus grandes alarmes pour le maintien de la paix. Au commencement de l'année, une véritable panique, un cyclone comme nous l'avons dénommé, se déchaîne sur la Bourse de Paris et sur les principales places européennes à la suite d'un article haineux, agressif, menaçant, de la Post et des violents discours du prince de Bismarck au. reichstag. On se préoccupe de l'appel des réservistes allemands, du vote de nouveaux crédits demandés par le chancelier. Mais à peine cet incident était-il terminé que survenait l'affaire Schnasbelé, puis celle de Raon-lEtape. Lorsque les événements extérieurs se calment, les discussions intérieures, les agitations, les luttes des partis reprennent le dessus. Des coalitions de gauche et de droite se forment pour démolir les iniiusleres et, après les ministres, c'est le président même de la République qui est discuté, combattu et finalement obligé de se démettre.
Tel est dans ses principales lignes, au point de vue politique intérieur et extérieur, le résumé de cette année. A l'extérieur, 1887 s'achève sans avoir dissipé les inquiétudes que fait naître l'éventualité d'une con-
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