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étrS*ge;lî/ ^'^' L'année 1891 n'aura pas été favorable aux divers fonds d'Etat étrangers cotés à la Bourse do Paris ; elle jette sur eux une teinte assez noire. A l'exception des valeurs égyptiennes qui jouissent de la confiance du public parce qu'elles ont été à peu près les seules qui, depuis quinze ans, ne lui aient pas fait perdre d'argent et qui sont restées à peu près aux mêmes cours que ceux cotés fin décembre 1890, la' baisse des fonds étrangers, commencée en 1890, s'est considéralement accentuée en 1891 : la comparaison des prix entre les deux années montre l'importance de la dépression survenue, bien que les derniers cours de 1891 ne soient pas les • plus bas de l'année écoulée.
A la fin de 1890, l'Italien était à 94 francs ; après 87 francs au plus bas, il est revenu dans les environs de 92 francs; le Hongrois et le 4 % Autrichien sont à peu près aux mêmes cours après avoir baissé de 3 et 4 points; l'Extérieur espagnol est tombé de 78 fr. 35 jusqu'à 62 francs pour se relever ensuite aux environs de 68 francs; le 3 % Portugais, qui valait 58 francs fin décembre 1890, est tombé presque à 30 francs le mois dernier et s'est relevé de 3 à 4 francs, perdant encore 24 à 25 unités sur les cours de l'an dernier; les obligations des divers emprunts helléniques ont perdu de 50 à 75 francs par titre; le 4 1/2 Brésilien a baissé de 25 francs, le 4 % a pertfu 20 francs. A la fin de 1890, le 5 % Argentin vafôit 380 francs : il vaut à peine 300 fr.; les Cordoba ont baissé de 150 à 75 francs, perdant ainsi 50 %; les Mendoza, de 190 francs sont descendues à '85 francs; les Gafamarca de 185 à 75 francs; les Corrientes de 190 à 80 francs. Les obligations des Chemins do fer argentins qui, fin 1890, se négociaient encore à 330 francs, sont descendues à 130 francs; celles de Santa-Fé ont baissé de 280 à 110 francs. Les obligations de la Banque de crédit foncier et agricole de Santa-Fé
1891. — ANNÉE D'AVERTISSEMENTS JÎ99
6 % étaient à 290 francs fin décembre dernier; les 5 % valaient 270 francs. Aujourd'hui, elles ne donnent lieu à aucune négociation; les derniers cours cotés ont été de 100 francs sur les 5 % et de 120 francs sur les 6 %.
Si, maintenant, nous passons des fonds d'Etal étran- éiAnïèw*'''"'^ gers aux sociétés et chemins de fer étrangers, actions et obligations, de ce côté encore nous constatons une dépression énorme des cours. •
Baisse sur la Banque I.R.P. des pays autrichiens, la Banque nationale du Brésil, la Banque hypothécaire d'Espagne, la Banque nationale du Mexique, la Banque ottomane, le Crédit mobilier espagnol, les Chemins andaious, les Nord-Espagne. Saragosse, Lombards, Méridionaux, et surtout les Portugais dont les actions cotées 575 francs fin décembre 1890 ont baissé de 500 francs pendant que les obligations 3 % qui valaient 335 francs. perdent 200 francs et que les 4 % sont tombées de 435 à 160 francs. Les actions et obligations Cacérès, les obligations Ouest de l'Espagne, ont suivi le sort des Chemins portugais; la dépréciation de ces titres est considérable. Les diverses obligations des chemins espagnols, autrichiens, lombards, ont subi le contre-coup' de la baisse des fonds étrangers et de celle qui a frappé les valeurs portugaises, rentes et chemins : elles ont toutes fiéchi d'une année à l'autre, les obligations Lombards d'une vingtaine de francs, les Nord-Espagne de 40 à 80 francs en moyenne, suivant les séries, les Saragosse de 60 à 70 francs, etc.
Les causes de ces baisses profondes, qui troublent une masse de petits capitalistes fort dignes d'intérêt, s'expliquent facilement, surtout en ce qui concerne particulièrement les fonds étrangers. Tout d'abord, la hausse avait été, depuis nombre d'années, ininterrompue et importante; à la moindre alerte, il était h supposer que tout le monde voudrait vendre à la fois, que la persistance des offres» ferait cesser les achats, et que dès lors le marché de ces titres s'en irait à la
djirivc. C'est ce qui est arrivé. Le public qui, depuis de longues années, s'est engoué des valeurs et fonds étrangers, a perdu de vue l'état embarrassé des divers pays de l'Europe, qui, à force de se préparer à faire la guerre, augmentent les impôts, effectuent emprunts sur emprunts, s'endettent et creusent un gouffre sous l€s pieds de leurs créanciers. A la faveur de la grande période de hausse des fonds d'Etat européens, hausse qui, au fur et à mesure qu'elle s'accentuait, avait pour conséquence de^ diminuer d'autant le revenu donné par ces fonds, l'Amérique méridionale faisait une large saignée dans les épargnes et les dispo-nibilités de nos capitalistes. On faisait valoir la prospérité du Brésil, les richesses de la République argentine, la merveilleuse fécondité de l'Uruguay, du Mexique, du Venezuela et de plusieurs autres Etats. Il semblait que ce fussent là des pays bénis qui, venant charitablement offrir aux capitalistes des titres de rentes ou des obligations rapportant 5 1/2 à 0 1/2 'V,. permettaient ainsi d'enrayer la tendance à la baisse du taux de l'intérêt pour les placements de l'épargne européenne. Qu'est-il arrivé de ces belles espérances? Le public, tenté par les 5 et 6 % d'intérêt qu'on lui promettait, trouvant toujours que les grandes et bonnes valeurs françaises étaient cotées trop cher et ne rapportaient pas un intérêt suffisant, alléché par les réclames que l'on faisait miroiter devant lui, s'est lancé dans tous ces placements exotiques. C'est par centaines de millions que se chiffrent aujourd'hui lés pertes de l'épargne française. Ces millions sont-ils à jamais perdus? Nous n'oserions l'affirmer, mais nous pouvons dire qu'ils sont malheureusement des plus compromis. Du reste, un des signes tout à fait « fm de siècle » des temps où nous vivons, c'est la facilité avec laquelle un Etat manque à ses engagements, spolie ses créanciers, sans même prendre le souci de leur rendre un compte quelconque; ce qui est non moins surprenant, c'est la tranquillité sereine, nous ne voudrions pas dire l'in-
M>ucjance, avec laquelle les pouvoiis publics apprennent que tel ou tel gouvernement étranger, qui est \enu emprunter des millions à nos capitalistes, déclare purement et simplement qu'il ne peut plus rien payer. Certes, nous ne demandons pas l'ingérence du gouvernement dans les affaires privées; les intérêts particuliers doivent être suffisamment en éveil et assez forts pour se défendre eux-mêmes; il existe cependant lies cas où l'intervention du gouvernement en faveur de ses nationaux, indignement spoliés et exploités, est absolument légitime. Qu'un négociant français soit lésé par un gouvernement étranger, qu'un de nos nationaux résidant hors de France éprouve un préjudice du fait d'un agent ou d'un simple particulier d'un pays étranger, immédiatement la diplomatie française mettra tout en œuvre pour soutenir les intérêts de notre compatriote. Et quand un Etat, ayant emprunté des ; capitaux à notre pays, fait faillite à ses engagements, nous ne trouvons pas un mot à dire, pas une parole à prononcer pour défendre nos rentiers! Nous l'avons K dit à l'Institut international de statistique, à Vienne, il |f est utile de le répéter : le droit public financier international, qui n'existe pas» devrait être créé et fonctionner par un accord unanime des gouvernements.
Une autre cause de baisse des valeurs et fonds étran- Le ciiange. -ers a été l'élévation du change. Les Etats et les compagnies diverses, qui ont emprunté des capitaux dont les intérêts sont payables à l'étrangef* en numéraire, doivent se préoccuper d'autant plus des fluctuations 'lu prix de l'or et de l'argent (jue les questions monélires et commerciales, qui toutes exercent une grande iiilluence sur le cours des changes, ont pris une • xtrême acuité. Il y a trois ans à peine, le papier monnaie du Bré.sil était au prix de l'or, aujourd'hui l'or y •si introuvable; à Buenos-Ayres, dans la République \rgenline, la prime sur l'or est de 270 % après avoir dépassé 300 % et, plus près de nous, en Portugal, l'or a fait jusqu'à a4 % de prime et, en Espagne, 12 à
14 %, on comprend dès lors îacilement que la situation des compagnies, même les plus prospères, puisse être, du jour au lendemain, bouleversée par ces fluctuations énormes.
en'*i89? pl^'es ^^^ pcrtes Quc Ics Capitalistes français ont éprouvées capitalistes fian- cette anuéc sont donc des plus sensibles: mais, en réa-
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lité, ces pertes sont acceptées avec une assez grande facilité, parce que, en somme, la plupart des fonds étrangers sont encore à des cours plus élevés que ceux cotés il y a plusieurs années. Pour un grand nombre de porteurs de titres, la baisse de cette année constitue un « manque à gagner », mais non une perte effective, réelle. On pourra juger de ce fait par le relevé suivant qui donne les cours (fin décembre) des fonds publics étrangers depuis 1881 :
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