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Ce tableau mérite qu'on s'y arrête. En comparant les cours actuels à ceux cotés il y a dix ans, on remarque que la hausse n'est pas moindre de 14 francs sur la rente autrichienne, de 120 francs par obligation de la délie unifiée d'Egypte et Daïra-Sanieh, de 2 fr. sur la rente italienne, de 10 francs sur le 5 % roumain, de 16 francs sur le 4 % russe 1867. Les obligations tunisiennes, converties successivement de 5 % en 4% et 3 1/2 %, sont cotées 75 francs plus cher en' 3 1/2 % que quand elles se négociaient en 5 %. La renie 5 % turque, réduite à 1 %, est 3 francs plus haut en 1891 qu'en 1885. Les fonds helléniques sont encore 50 francs plus haut, en moyenne, qu'en 1884. Le 4 % des- Etats-Unis, remboursable ou convertible dans un délai relativement court, est à 121 francs à peu près, comme il y a dix ans, après s'être négocié, il y a trois ans, 10 francs plus cher. Etudiées dans leurs cours sur une longue péi'iode, les valeurs étrangères ont donc procuré à nos capitalistes plus de bénéfices que de pertes; les valeurs argentmes seules leur ont causé de gros déboires. Si on voulait supputer les gains et les pertes des placements effectués par notre épargne, il faudrait tenir compte aussi des millions perdus sur le Panama, le Comptoir, les Métaux, la Société des dépôts, et une quantité de petites valeurs né;'S et disparues avec la même facilité. Si nous n'étions obligé de restreindre ce travail déjà étendu, nous ferions le même relevé sur les actions des sociétés de crédit et les valeurs industrielles françaises et étrangères, nous montrerions que, tous comptes faits, malgré les pertes et les déceptions subies sur certains titres, l'ensemble des placements de l'épargne française à l'étranger donne, aux prix actuels, une plus-value jnotable sur les cours d'achat auxquels ces placements iont été effectués.
I Le capitaliste, et c'est une remarque que nous avons jeu l'occasion de faire plusieurs fois, a la sage habitude [de ne pas placer ses économies sur une seule valeur:
il divise ses placements. En général, il consacre 50 à 60 % de sa fortune à l'achat de valeurs françaises telles que les rentes, les obligations de chemins de fer et du Crédit foncier, 20 à 25 % sur les titres à revenu variable, 20 à 25 % sur les valeurs étrangères. Il subdivise encore ces diverses catégories de placements en titres divers, de telle sorte que, si l'une des valeurs de m portefeuille lui fait subir un mécompte, il supporte . e mécompte d'autant plus aisément que ses autres Iilacements lui ont donné ou lui donnent quelque plusvalue. Cette règle de conduite sage et prudente mérite plus que jamais, d'être observée et suivie. Il faut se garder, suivant le vieux dicton, de « mettre tous ses œufs dans le même panier ».
L'année 1891, dont nous venons d'esquisser à grands conclusion, traits les principaux faits politiques, économiques et financiers, négligeant ceux qui nous ont semblé d'une médiocre importance, demeure, jusqu'à son dernier jour, une énigme dont on chercherait en vain à trouver l3 mot.
Est-ce une année de paix, quand les nations sont armées jusqu'aux dents, prêtes à se ruer les unes sur les autres, ne pensant qu'à accroître leurs armements, leurs ressources et leurs alliances militaires?
Estrce une année de tranquillité, lorsque dans l'Europe entière les grèves succèdent aux grèves, lorsque les revendications ouvrières et sociales prennent un développement de plus en plus aigu?
Est-ce une année <^« hausse, de prospérité financière, quand, à part nos premières valeurs de placement rentes en tête, une baisse importante a frappé les sociétés de crédit, les valeurs industrielles, les valeurs et fonds étrangers?
Est-ce une année de prospérité commerciale, quand
nous nous complaisons à fermer nos frontières aux produits étrangers, quand nous risquons de compromettre notre commerce international, de faire augmenter le coût de la vie, quand l'Europe, à l'instigation dr l'Allemagne, consacre l'isolement de la France par une ligue commerciale dirigée contre nous?
Cette énigme indéchiffrable, sera-ce l'année 1892 qui nous la dévoilera? Nous apportera-t-elle la solution de tous les problèmes soulevés par ces graves préoccupations du présent et ces dangers de l'avenir : le socialisme, le militarisme, le protectionnisme, plus triomphants que jamais?
L'année 1891, pour la qualifier d'un mot, est une année d'avertissements : elle nous a montré les périls de la politique extérieure; elle a indiqué aux capitalistes les dangers de certains placements. Puissent ses avertissements être profitables et salutaires à tousl Nous ne sommes pas pessimiste et préférons voir et juger les événements sous leur meilleur et leur plus agréable côté; mais nous aimons avant tout à dire la vérité et à exprimer notre pensée tout entière, sans illusions et sans craintes exagérées. Nous sommes arrivés à une époque où pour tous, gouvernants et gouvernés, hommes politiques et hommes d'affaires, spéculateurs et capitalistes, établissements financiers et rentiers, l'heure de la prudence a sonné.
Envisagée au point de vue exclusivement financier, 1892 pourrait s'appeler Vannée de la rente au pair. Le 10 juin, la rente 3 % a, pour la première fois, atteint 100 fr. Ce cours, que les plus enthousiastes n'auraient jamais osé entrevoir, n'a été connu sous aucun régime. A 1892 aurait pu s'attacher aussi le souvenir de 1 anniversaire de Valmy, du centenaire de la République, des fêtes patriotiques de Nancy coïncidant avec la visite du grand-duc Constantin à M. le président Carnot, ou bien encore du centenaire de la réunion de la Savoie à la France. Ces faits, aussi importants qu'ils soient, sont déjà oubliés; ils ont été balayés par la tempête politique qui, dans ces dernières semaines, a éclaté dans le parlement et troublé le pays.
Nous avions dénommé 1891 une année d'avertisse- situation intérieure.
ments. Ces avertissements se sont traduits, en 1892, par Alternats anar-
des faits. Les questions sociales et ouvrières ont pris une acuité inouïe. M. le président Carnot en recevant, le 1*' Janvier, les délégations officielles, disait avec raison que « l'étude des intérêts économiques et des problèmes sociaux s'imposait de plus en plus à la sollicitude éclairée des gouvernements ». Mais comment étu-
chisles.
grèves
dier avec calme et résoudre d'aussi graves sujets, quand des théories anarchiques et des attentats criminels jetr tent partout l'effroi et font de malheureuses et trop nombreuses victimes! Les explosions de la rue de Glichy, de la caserne Lobau, de l'hôtel de la rue de Berry, de la maison du boulevard Saint-Germain, du restaurant Véry, du commissariat de police de la rue des Bons- Enfants, resteront un des souvenirs les plus poignants, les plus douloureux de cette année. La guerre est déclarée à la société par des criminels qui, sous prétexte de revendications sociales, de protection à accorder aux classes ouvrières et aux malheureux qui souffrent, emploient comme argument décisif, la dynamite!
Nombreuses Lcs grèvcs out été uombrcuses dans les mines, dans les manufactures, dans les principaux centres industriels et commerciaux. A Paris, nous citerons pour mémoire celle des cochers de l'Urbaine et des Petites Voitures. Elles se sont toutes ou presque toutes terminées par des concessions des patrons aux ouvriers. La •plus grave a été celle de Carmaux; elle a duré plusieurs mois, montrant une fois de plus combien la guerre était ardente dans l'atelier. Le patron, voilà l'ennemi ; telle est la devise du jour et malheureusement, comme on Vh vu, quelques meneurs suffisent pour imposer leurs volontés aux travailleurs sérieux.
Nouveau rég- Avcc Ic 1*' févrlcr 1892 a commencé un nouveau
me commercial. ,. ., ,. xiT^rn
régime commercial. Les avertissements des Léon Say, Frédéric Passy, de Molinari, Leroy-Beaulieu, Jules Simon, Challemel-Lacour, Tirard et de tant d'autres hommes libéraux qui se sont élevés avec la plus grande énergie contre les doctrines protectionnistes, n'ont pas été écoutés.
Pendant les premiers mois, les recettes douanières, comme nous le prévoyions, se sont accrues ; mais cette apparence de prospérité n'a pas duré :
« H ne faut pas, écrivions-nous il y a un an, se faire d'illusion sur les conséquences économiques que les nouveaux tarifs douaniers exerceront sur notre pays. Au début, l'adoption do là doctrine protectionniste nô
1892. - RENTE AU PAIR. DYNAMITE ET PANAMA 3(j9
fera pas sonlir s«s milfaisuats effets. Tous nos commorr.iDts se snnt larjomeot approvisionnes d'avance des marchan lises étranf;ères qui leur - 'Dt néce>saires. Ils pourront ainsi satisfaire aux besoins de la consooimation nationale et trouveront dans une augmentation de; cette consommation, en France, une rompensatiou momentanée aux débouchés extérieurs qui, les uns après les autres, leur feront défaut. Nos recettes de douane pourront s'accroître. Puis, les mécomptes surviendront. Lorsque, les stocks de marchandises étant épuisés, il faudra s'approvisionner de nouveau, à l'étiaiiger, de tout ce qui nou* manque, nous paierons ce dont nous aurons besoin d'autant plus cher que nous ferons payer à un prix plus élevé aux autres nations ce que nous produirons nous-mêmes : le coût de la vie augmentera, en même temps que nous vendrons moins à l'étranger; les bénéfices dt nos commerçants et industriels seront amoindris, si même ils ne disparaissent pas tout à fait pour fnire place à des pertes et à des déûcits. Alors, les récriminations s'élèveront de tous côtés, de la part des commerçants, des consommateurs, des ouvriers. On voudra revenir en arrière, c'est-à-dire à l'ancienne politique commeniale inau{{urée en 18<>0 et qui a remlu la France riche et prospère, malgré ses malheurs et ses désa-tres. On reconnaîtra que les économistes libéraux, si attaqués aujourd'hui, avaient raison ; il sera malheureusement peutêtre trop tard pour répartir le mal qui aura été fait. »
Aux plus-values ont succédé des diminulions importantes ; le budget de 1893 en supportera les conséquences. Nous n'avons plus de traités de commerce ; nous vivons au jour le jour ; les protectionnistes triomptient ; leurs partisans pourront faire bientôt le compte de ce que la France a perdu et perdra à labandon dun régime commercial qui, depuis 1860, avait accru sa richesse et ses économies (1).
L'année 1892 a vu commencer l'application des nou- ,ifsd*^'"èm^ veaux tarifs de chemins de fer. Les résultats de cette ''« ^"^ réforme ne peuvent encore être appréciés. Ils se traduisent pour le Trésor par une diminution de recettes et, pour le public, par un dégrèvement qui a son importance. Le trafic n'a pas augmenté dans des proportions suffisantes pour alléger les charges du Irésor. Cette réforme coïncidant avec notre nouveau régime commercial, qui restreint nos relations et nos échanges avec l'étranger, donnera-t-elle les résultats entrevus? Nous le désirons, dans l'intérêt des contribuables et de nos bud-
(1) Yoir notre étude sur Les traités de commerce, ia-4° 1890
iSiO
(•'m an ces bliqnes.
gels, mais nous ne nous faisons pas d'illusions et nous exprimons ainsi plutôt un acte d'espérance que de foi. P"' L'année ii débuté avec un douzième provisoire ; elle finit avec un crédit de deux douzièmes pour l'exercice prochain. Le budget de 1892 n'a pas été voté en temps, celui de 1893 n'est pas entamé ; une foule de questions qu'il eût été urgent de résoudre, restent en suspens : projets de loi sur les caisses d'épargne, sur la Banque de France (1), sur les retraites ouvrières, sur les accidents du travail, sur les sociétés, etc. Et nous ne parlons ni de la réforme des boissons, embrouillée et compromise par tant de votes contradictoires au milieu desquels il est presque impossible de se reconnaître ; ni de la loi sur la presse ; ni du projet de loi sur la création de l'armée coloniale, loi vingt fois remaniée, sans cesse réclamée, sans cesse ajournée ; ni de tant d'autres projets discutés, abandonnés, laissés dans l'oubli 1 La Chambre a touché à tout, elle n'a rien terminé.
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Difficultés ce loniales.
Qaestïons religieuses.
[.PS bifficultés se sont accrues au Tonkin et à Madagascar ; au Dahomey, il a fallu organiser une colonne expéditionnaire qui, sous la conduite du général Dodds, s'est couverte de gloire.
Les questions religieuses ont été très violemment agitées : les partis politiques se sont préoccupés de la déclaration des cardinaux ; plusieurs mandements d'évêques ont été déférés au Conseil d'Etat ; l'antisémitisme a troublé les esprits et a fait de malheureuses victimes.
Comme si rien ne devait être épargné au pays cette année, comme si les maux physiques devaient eux aussi, apporter leur contingent d'inquiétudes et de souffrances, l'année 1892 a vu le retour de l'influenza qui.
(1) Voir nos études Du renouvellement du privilège de la Banque de France, in-S" 18^5, et Les chambres syndicales et t renouvellement du privilège de la Banque de France, ia-Q» 1888.
à peine disparue, a fait place à une épidémie cholérique des plus intenses qui a sévi dans l'Europe entière, à Hambourg, à Saint-Pétersbourg et, chez nous, au Havre.
La stabilité ministérielle a été rompue.
M. de Preycinet a été remplacé à la présidence du J^Ïk^/iLi'^" conseil par M. Loubet qui, à son tour, a eu pour suc- ,^,^^^£fg ^^ cesseur M. Ribot, à la suite des incidents auxquels don- laffaire du pa-
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nèrent lieu l'afïaire du Panama, les poursuites dirigées contre' plusieurs administrateurs, la mort du baron de Reinach, la nomination de la commission d'enquête parlementaire. Puis, l'émotion grandit et s'accroît : la commission parlementaire ne juge pas ses pouvoirs suffisants pour faire la lumière complète sur les scandales qui lui sont dénoncés ou révélés ; une vive discussion a lieu à la Chambre, le ministère l'emporte à six voix de majorité ; les administrateurs du Panama, impliqués dans des poursuites correctionnelles, sont arrêtés sous l'inculpation du crime de corruption de fonctionnaires publics ; les événements se déroulent avec une rapidité vertigineuse ; des demandes en suspension de l'immunité parlementaire sont déposées par le ministre de la justice, à la demande du procureur générai, contre plusieurs sénateurs et députés, contre d'anciens ministres faisant partie, hier encore, d'un cabinet qui transmet contre eux, aujourd'hui, une demande d'autorisation de poursuites contre laquelle ceux-ci protestent avec la plus grande énergie.
Telle est dans ses grandes lignes, au point de vue intérieur, l'année qui finit, année de flèvre politique, d'agitation sociale, de luttes contre l'anarchie et les attentats criminels; année de passions religieuses dont la violence nous ramène à bien des siècles en arrière; année de divisions intestines, année de scandales politiques et financiers. Puis, quels étonnants contrastes! Un gouvernement animé des meilleures intentions, faisant ses efforts pour mener à bien les affaires du pays, se préoccupant de réaliser les réformes financières, économiques, sociales les plus urgentes et les
plus utiles; un parlement dont la moitié de la législature n'a pas été sans mérite, mais qui, par suite d'événements toujours renaissants, ne peut voter en temps utile des projets de loi aussi urgents que nécessaires; la raison, d'un côté, inspirée par les sages conseils de M. le président Garnot sur les intérêts économiques et les problèmes sociaux de notre époque; la violence, de l'autre, comme l'ont prouvé les grèves, les revendications ouvrières, les luttes dans l'atelier; d'une part, la modération et la paix dans les affaires politiques et religieuses, recommandées par une des plus nobles figures de ce' siècle, le pape Léon XIII; de l'autre, l'ardeur des luttes de parti sur le terrain religieux et les violences de l'antisémitisme; d'une part, enfin, jusqu'à ces derniers jouis, la hausse de la bourse, la rente au pair, les premières valeurs aux plus hauts cours ; de l'autre, les plaintes sur le marasme des affaires, le trouble et l'agitation dans les esprits, bien faits pour engager les capitaux à rester oisifs; et pour finir les scandales et les procès du Panama.
Situation exté- • . ,
rioure. Crises mi- Au pomt de vue poIitiquc extérieur, 1892 est une
hi*=térielles À l*é*
tranger. auuéc de criscs et de changements ministériels. En An-
gleterre, M. Gladstone est revenu au pouvoir. En Allemagne, plusieurs ministres ont été changés; la lutte contre M. de Bismarck est toujours aussi violente; le chancelier de fer fait une guerre ouverte à l'empereur Guillaume et à son gouvernement; il sort parfois de son silence pour faire des révélations qui jettent l'Europe, le monde entier, dans une véritable stupéfaction : témoin, sa déclaration concernant la tristement célèbre dépêche d'Ems, dont il avait mutilé le sens pour rendre la guerre inévitable. En Italie, M. di Rudini a été remplacé par M. Giolitti. En Russie, changement du ministre des finances, continuation des persécutions contre la population juive. Crises ministérielles
Il Espagne, en Portugal, en Grèce, en Turquie, en Serbie, en Norvège. Des troubles ont eu lieu à* Berlin, à Vienne, à Lisbonne, à Madrid, à Barcelone, à Sophia, à Belgrade, à Bruxelles, à Liège. En Angleterre, 400,000 mineurs se sont mis en grève, dans le but de montrer aux patrons la force d'une telle entente et sous le prétexte de faire renchérir les produits par suite d'une moindre extraction de charbon pendant la durée de la grève. Les questions sociales et ouvrières ont été, dans l'Europe entière, une des graves préoccupations de l'année. Partout aussi, les armements ont continué sur une large échelle. Un député allemand a fait le compte de l'augmentation colossale des dépenses et de la dette en Allemagne et en Prusse, depuis 1870. Chez nous, le rapporteur du budget de la guerre a démontré que, depuis 1870, nous avions dépensé 18 milliards en frais militaires. On peut évaluer à plus de ^ • milliards les dépenses ainsi faites, depuis 1870, par ia France, l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, l'Italie, la Russie et l'Angleterre! Et tout cela pour se préparer à la guerre! En Allemagne, l'année se termine avec la discussion d'une nouvelle loi militaire. Gomment les finances des Etats européens ne se ressentiraient-elles pas de cette situation? L'Allemagne est obligée de créer de nouveaux impôts et de nouveaux emprunts (1). Les difficultés financières de l'Italie sont aussi grandes, que par le passé. En Autriche-Hongrie, la régularisation de la valuta n'a pu encore s'opérer : sous l'appa-
nce d'une réforme économique, cette opération n'est en réalité, malgré tous les démentis, que la réalisation d'un projet destiné à former le trésor de guerre de la monarchie austro-hongroise. Les finances du Portugal ne présentent aucun symptôme d'amélioration. En Espagne, aux difficultés budgétaires s'ajoutent celles que créent la mauvaise politique commerciale, la hausse du change, l'absence de traité de commerce avec notre
Grèves et iro»»
blés.
Dépenses militaires.
(1) Voir Dotre étude sur La dette publique de l'Allemagne, in-«» 190a
pays. La Grèce a été obligée de recourir aux bons offices de l'Angleterre et de la France pour faire vérifier l'état de ses finances par deux agents officieux. En Hollande, en Danemark, en Suède et en Norvège, en Suisse, en Belgique, les dépenses budgétaires se sont accrues. L'impôt sur le capital a fait son apparition en Hollande; llmpôt sur le revenu s'est accru en Allemagne et en Suisse. Ce n'est, paraîtril, qu'en Turquie qu'il faut aller chercher, cette année, un budget dont les recettes présentent des augmentations réellesl En ^M^ori du khé- Egypte, la mort du khédive a tout d'abord impressionné vivement les marchés financiers; on s'est vite remis de cette émotion en voyant que le changement de règne s'était effectué facilement et que la politique du pays ne subissait pas de modification. Ce tableau de la situation économique et financière de l'Europe est peut-être un peu sombre! C'est au delà de l'Océan, dans plusieurs des pays étrangers oîi l'épargne française est sérieusement engagée, que nous trouvons quelques lueurs, encore bien vagues. Au Brésil, la situation politique paraît s'affermir et les tendances séparatistes disparaître. La République argentine s'est moins occupée de politique que de finances ; les provinces argentines semblent vouloir entrer en arrangement avec les porteurs de titres, les créanciers français ne s'en plaindront pas.
Situation du Envisasfée dans ses résultats financiers, malgré quelmarche linan- •^ ■> a ~i
«er. ques exceptions pour plusieurs groupes de valeurs,
malgré aussi la baissse violente qui vient de sévir sur le marché, faisant perdre, en quelques bourses, l'amélioration acquise en plusieurs mois, 1892 est une année de hausse.
Renies fran- Haussc sur les rentes françaises : fin décembre 1891,
çaises. ^ '
le 3 % ancien était à 95 francs; le nouveau à 95 fr. 05; l'amortissable à 96 fr. 60; le 4 1/2 % à 105 fr. 25. C'est
sur les cours actuels, malgré la dépression de ces derniers jours, une plus-value sérieuse. Le 4 1/2 % est resté à" peu près au même prix; si la politique intérieure fait trêve, ses jours sont comptés. Les porteurs de titres espèrent toujours que, pour réussir une conversion qui portera sur un chiffre nominal de près de sept milliards, l'Etat devra leur faire quelques concessions.
Hausse des actions de chemins de fer : l'Est valait ^'85 francs; il a haussé de 45 francs; le Lyon 1,470 fr., il est en hausse de 30 francs ; le Midi, de 1,28.5 francs >est élevé à 1,340 francs; le Nord, de 1,700 franco a haussé au-dessus de 1,900 francs; lOrléans valait 1,507 fr. 50, il est à 1,580 francs après avoir largement 'lépassé 1,600 francs; l'Ouest, de 1,046 h-. 25 s'est rapproché de 1,100 francs et clôture à 1,085 francs.
Hausse des obligations de chemins de fer : fin 1891, l'Est 3 % valait 437 ; la fusion ancienne 452 : l'obligation Midi 452: l'obligation Nord 452; l'obligation Orléans 453; l'obligation Ouest 450. Pendant l'année, ces divers titres ont haussé, en moyenne, de 20 francs chacun. Parallèlement les obligations secondaires ont progressé : les obligations Bône à Guelma, des colonies françaises, Chemins économiques, Est-Algérien. Mascara, Mecheria, Mostaganem, Régionaux des Bouchesdu-Rhône, Réunion etc., ont haussé de 25, 30 et 35 fr. chacune.
Hausse des obligations des grandes compagnies industrielles, tramways, eaux, gaz, omnibus, voitures, messageries, etc. Plusieurs conversions de ces valeurs en obligations 4 %, telles que les Duval 5 %, les Gaz et eaux 5 %, les Gaz pour la France et l'Etranger 5 %, les Forges et chantiers de la Méditerranée 5 % ont eu lieu et ont réussi; les nouvelles obligations 4 % se négocient presque au même cours que les anciennes
Hausse ou maintien des cours sur la plupart des obligations de la ville de Paris et des départements. Il en
Valeursde chemins de fer.
Valeurs indas- Irielies.
Crédit foncier, ville de Paris.
a été de même sur celles du Crédit foncier qui, malgré la récente bourrasque, se sont constamment négociées, pendant l'année, à des prix plus élevés que pendant les exercices précédents.
Ce groupe de valeurs représente la partie la plus solide, la plus saine et la plus importante de l'épargne française. Les capitalistes français possèdent en rentes, actions et obligations de chemins de fer, en obligations du Crédit foncier et de la ville de Paris un capital de près de 50 milliards : 26 milliards en rentes 3 % perpétuel, 3 % amortissable, 4 1/2 %; plus de 16 milliards en actions et obligations de chemins de fer; 3 milliards en obligations du Crédit foncier; 2 à 3 milliards en obligations de villes et départements français. De ce côté, malgré la baisse très sensible de ces dernières semaines, l'amélioration des cours a été et reste importante.
Plusieurs titres industriels ont réalisé de grosses plus-values : les actions de la Compagnie des eaux, de 1,440 francs ont haussé à 1,523 francs après 1,550 francs; celles du Gaz de Bordeaux, de la Compagnie centrale du gaz, du Gaz de Mulhouse, de l'Union des gaz ont gagné 50 à 100 francs; les Aciéries de France ont gagné une centaine de francs; les Cail ont monté de 380 à 460 francs; les Fives-Lille, de 510 à 625 francs; les Forges et aciéries du nord et de l'est ont gagné près de 400 francs, passant de 550 à 930 francs; les Chargeurs réunis ont haussé de 1,010 à 1,220 francs; les Bouillons Duval, de 1,900 à 2,270 francs; les Moulins de Corbeil, de 575 à 680 francs; la Bénédictine de Fécamp a monté de 2,075 à 2.650 francs ; les Malétra, de 230 à 520 francs.
Valeurs mi- Les actious du Crcusot, qui valaient 1.733 francs, ont dépassé 2,000 francs; les mines de Blanzy ont haussé de 1,690 à 1,825 francs; celles de Bruay, de 12,200 à 13,100 francs; celles de Courrières, de 4,200 à 4,500 fr.; celles de Lens, de 25,500 à 27,900 francs- celles de Liévin, de 9,750 à 11,000 francs.
Parmi les fonds étrangers, c'est la hausse que nous Ponds a-Eut constatons sur les fonds argentins, autrictiiens, égyp- **'"*"^"* tiens, hongrois, italiens, norvégiens, russes, turcs, suisses. Les fonds portugais font exception : de 33 Ir. ils ont baissé de 10 points à 23. Les fonds espagnols ont été très agités; l'Extérieure était à 65 francs fin décembre 1891; dans le cours de Tannée, elle est tombée au-dessous de 60 francs, pour se relever aux environs de 63.
Dans le groupe des valeurs de crédit et celui des valeurs decréchemins de fer étrangers, se trouvent les moins-values 'chemins de fer les plus sérieuses. Fin décembre 1891, la Banque de ^"■*°«®"- France valait 4,490 francs, elle est à 3,870 francs ; le Crédit foncier a perdu plus de 200 francs, baissant de 1,245 à 1,005 francs; la Banque d'Algérie a baissé de 1,400 à 1,050 francs; toutes les actions et obligations des chemins de fer portugais, espagnols, autrichiens, sont en baisse nouvelle; seules, ou à peu près, les obligations Lombards sont en avance de quelques francs. Parmi les valeurs industrielles, quelques-unes ont baissé dans de fortes proportions : Malfidano valait 2,700 francs et n'est plus qu'à 2,-350 francs; la Compagnie havraise est tombée de 670 à 535 francs; la Compagnie transatlantique, de 600 francs est descendue au-dessous de 500 francs; les mines de Carmaux ont perdu près de 300 francs, 1,725 francs fin 1891, 1,425 francs fin 1892; Aniche a perdu 1,000 francs; Anzin, 300 francs; Blanzy, 150 francs; Bruay. 900 fr.; Garvin, 160 francs ; Douchy, 400 francs ; Bourges, 700 francs: Escarpelle, 200 francs; Perfay, 120 francs; Meurchin, 480 francs; Vicoigne-Nœux, 550 francs; la Grand-Combe, 200 francs, etc.
Si nous passons aux valeurs d'assurances, la hausse vaieursdass»est énorme : 2,000 francs de hausse sur les Assurances générales contre l'incendie; 9,000 francs de hausse sur les Assurances générales sur la vie ; 4,400 francs de hausse sur les Nationale-incendie et 2,500 francs de hausse sur les Nationale-vie; le .Phœnix-incendie a
rances.
haussé de 1,000 francs; le Phénix-vie, de 2,000 francs; les actions de l'Union, incendie et vie, ont gagné 500 fr. chacune; l'Urbaine-incendie a haussé de 700 francs; le Soleil-incendie, de 2,500 francs; la Paternelle-incendie, de 900 francs; la France-incendie, de 3,850 francs; l'Aigle-incendie, de 2,600 francs.
Sur le marché en banque, quelques valeurs, bonnes, mauvaises ou douteuses, ont été conduites à de hauts cours : les capitalistes, détenteurs de ce genre de titres non officiellement cotés, feront bien de porter de ce côté, une sévère attention. Il n'est pas jusqu'aux valeurs du Panama, elles aussi, qui ne cotent aujourd'hui des prix plus élevés que fin décembre 1891. Les oblitations Panama à lots libérées ont haussé de 85 à 100 francs; les bons Panama, de 69 à 85 francs.
Vï
Conclusion. L'année 1892 ne laissera derrière elle, aucun regret.
Année de craintes sans cesse renouvelées, année de troubles toujours renaissants, année d'expériences au point de vue économique, année de dénonciations et de révélations qui jettent un jour singulier sur les mœurs de notre époque. Elle est une des plus tristes que l'on ait traversées depuis la guerre. Elle laisse des traces d'agitation, de confusion des esprits, de dépression morale.
Puis, malgré les difficultés, hausse de la Bourse, hausse des rentes et de la plupart des valeurs mobilières, contradiction apparente bien faite pour déconcerter tous les sages de ce monde, comment expliquer ce singulier contraste d'une grande iiausse à la Bourse donnant les apparences d'une prospérité financière sans mélange alors que la situation politique est profondément agitée? Par une raison très simple que nous avons souvent donnée. On prend son parti de toutes les crises qui se produisent, c?v on sait, par expérience, qu'elles sont de courte durée et que le bon
sens, la raison, le calme finissent par l'emporter. Les politiciens brouillons, les agitateurs de clubs sont heureusement, chez nous, une faible minorité. La France est un pays de travail, d'ordre, d'économies. Elle paraît, à la surface, inquiète, troublée; mais, elle ne perd ni l'amour du travail, ni les qualités d'épargne qui la distinguent et qui font sa force. L'accumulation de la richesse antérieure, le développement de ses ressources, la facilité croissante des voies de communication, les modifications profondes survenues dans les marchés locaux, nationaux et internationaux et dans la façon plus rapide et plus étendue de traiter les affaires, l'existence d'une énorme richesse mobilière» — 80 milliards de valeurs dont 60 milliards de valeurs françaises et 20 milliards de titres étrangers, — ont changé toutes les conditions de la vie commerciale, économique et sociale. La France perçoit, tous les ans, 4 milliards de revenus sur les titres mobiliers qu'elle possède; bon an mal an, 2 milliards au moins de ces revenus cherchent un emploi à la Bourse ou restent en réserve dans les caisses publiques et privées, attendant une occasion favorable de se placer définitivement sur des valeurs sérieuses qui, sous l'influence de tel ou tel événement intérieur ou extérieur, auraient fléchi outre mesure. Vienne une crise, un accident quelconque, une grosse perte comme celle causée par le krack de 1882, par les Métaux, le Comptoir, la Société des dépôts ou Panama, elle en souffre assurément, elle en gémit, mais elle a hâte de reprendre son labeur quotidien; elle est, dans son ensemble, assez riche pour ne pas restreindre beaucoup ses consommations ni ses dépenses; elle continue à payer régulièrement ses impôts; elle diminue légèrement bes épargnes. Elle a toujours eu l'habitude de ne pas dépenser la totalité de ses revenus et, comme la fourmi, elle a fait pendant l'été des réserves de grains qui lui permettent de passer tranquillement l'hiver et d'attendre patiemment les beaux jours.
■m FINANCES CONTEMPORAINES
r4e sont ces ressources et ces réserves qu'il ne faut pas laisser s'amoindrir et sur lesquelles nous devons veiller avec soin. Le pays n'arrêtera pas sa marche en avant, car il ne peut rester comme hypnotisé par les tristes événements de ces derniers jours. Il n'est que temps de se remettre au travail, de s'occuper des intérêts économiques de la nation comme le demandait M. le président Gamot. Défions-nous des trop nombreuses réformes qui germent dans grand nombre de cerveaux et ne nous lançons pas dans l'inconnu, si nous voulons que 1893, année d'élections et de luttes politiques nouvelles, soit plus féconde que 1892, année de la rente au pair^ mais aussi de la dynamite et du Panama.
Quelle singulière année d'agitation et de fièvre, de calme et denthousiasme, que celle qui s'achève!
A ses débuts, nous sommes en pleine crise du Panama : la vie du pays est suspendue. Les incidents politiques les plus inattendus se produisent avec une i .pidité inouïe. On n'en est plus à compter les interpellations, les crises ministérielles, les dépêches et révélations sensationnelles. Démission du ministère Ribot remplacé par un cabinet Dupuy; non-réélection <lt' M. Floquet remplacé au fauteuil présidentiel par M. Casimir-Périer; arrêt de la chambre des mises en Ui-rusation mettant hors de cause plusieurs des sénateurs et députés incriminés; arrêt de la cour d'appel condamnant MM. de Lesseps, Fontane, Gottu et Eiffel. Puis, cassation de cet arrêt, incident à la cour d'assises au sujet de la déposition de M"" Gettu, démission pen-
nt vingt-quatre heures, du ministre de la justice, ' rdict du jury après la plaidoirie émouvante de M" Barboux et le « coup de tonnerre » de M* Du Buit. \ la Chambre, les interpellations se succèdent : une fcis, le cabinet obtient un vote de confiance sur l'ordre du jour proposé par M. Leydet; une autre fois, dans un éian d'enthousiasme, la Chambre vote, au milieu d'acclamations unanimes, l'aflichage du discours de M. Cavaignac. On ne pense qu'au Panama; c'est une
L'affaire du Panama, incidents sur incidents.
Crises successives.
Cabinet Dnpny succédant à an * cabinet BiLou
véritable obsession. Dans la séance du 13 mars dernier, l'hoporable M. Burdeau dépeignait en termes éloquents et vrais cet état général des esprits.
« Il semblerait, disait-il, qu'il n'y a rien en France que cet accident, que CCS défaillances individuelles dont la justice va avoir à connaître, e( qu'il n'y a pas un grand peuple avide assurément d'honnêteté et do lumière, mais laborieux, qui a besoin que ses mandataires continuent a le faire vivre, à s'occuper de ses intérêts, à les traiter en toute liberté et à faire planer au-dessus des incidents de chaque jour des débats honorables et utiles sur les programmes, les idées, les préoccupations de l'avenir, un pays qui réclame la certitude enfin qu'il existe encore des partis qui gouvernent et un gouvernement qui a un but et qui sait où il conduit la nation. »
Ces sages paroles sont écoutées : le verdict du juryest rendu; l'affaire du Panama est oubliée. La commission d'enquête parlementaire ne tient plus que de rareè séances; la Chambre vote enfin, après avoir accordé quatre douzièmes provisoires, le budget de. 1893; en quelques semaines elle expédie celui de 1894. La période électorale est ouverte. On craignait de vives agiiat^le?°c^ai'ffle tations; il n'en est rien. Les élections s'accomplissent générai. dans le calme le plus absolu. Sauf les tristes et regret-
tables incidents d'Aigues-Mortes, aucun événement de quelque importance n'agite l'opinion. On avait attendu avec une certaine curiosité les programmes électoraux des groupes radicaux-socialistes avancés. Ils ne contiennent que des phrases creuses, de vieilles idées et T(^1on"^"^^^^ * de vaines promesses. Les vacances parlementaires s'achèvent pendant les fêtes inoubliables données en l'honneur de l'escadre russe, à Toulon, à Paris, dans toute la France. Au milieu des réjouissances publiques, chLTde Tac- ^^ apprend la mort du maréchal de Mac-Mahon : elle Mahon. causc uuc Véritable affliction dans tout le pays et pro-
voque, dans le monde entier, des témoignages de sympathie aussi honorables pour l'illustre défunt que pour notre armée, dont il était une des gloires les plus pures. L'union de tous les esprits et de tous les cœurs, pendant les réceptions faites à nos hôtes, n'a pas, hélas! duré longtemps. Aussitôt après l'ouverture de la
session extraordinaire de la Clmmbre, le ministère Dupuy démissionne; M. Casimir-Périer est chargé de la formation d'un nouveau cabinet. L'attentat anarchiste contre le parlement montre encore une fois que It^s gens de désordre ne reculent pas devant le crime pour assouvir leurs haines et leurs passions.
L'année se termine sous le coup de ces préoccupations : le gouvernement, appuyé par les Chambres et
'.r l'opinion publique tout entière, fait voter plusieurs I is de sécurité publique.
Cahinot Cas>inirJ*«';rier.
Le home- ru le en Irlande.
Embarras du marché financier aniilais.
Nous ne trouvons à l'étranger, pendant l'année 1893, situation oxteque crises politiques et financières, agitation et inquié- trangèns'.*'" *^~ tude.
De l'autre côté de la Manche, le conflit persiste entre
l;i Chambre des communes et la Chambre des lords au
-H jet du home-rule. La grève des mineurs jette la
rturbation dans un grand nombre d'industries, en
Misant subir aux ouvriers et aux propriétaires de mines
lis pertes énormes.
Le marché financier anglais n'a pu sortir encore des
ubarras qu'il traverse depuis 1890. A ces difficultés,
ut venues s'ajouter la crise australienne et celle des
Etats-Unis qui ont eu, toutes deux, leur contre-coup sur
le Stock-exchange. Les affaires commerciales ont été
aussi mauvaises que les affaires financières, comme le
prouvent les tableaux du clearing-house à. I^ondres et
à Manchester, la diminution de plus de 30 millions
: ms les perceptions des impôts indirects pendant le
i^remier semestre de l'année, l'affaissement des recettes
des chemins de fer qui, pendant les onze mois de 1893,
nt inférieures de 50 millions à celles de la période
•rrespondante de 1892. Les émissions de valeurs ont
c insignifiantes, presque nulles, 45 millions à peine;
des pertes énormes ont été subies par les capitalistes
sur grand nombre de titres et particulièrement sur l^s
actions des trustes companies ou omnium de fonds et valeurs. Ges sociétés ont obtenu, pendant de longues années, un véritable succès. Elles ont succombé à partir du jour où, suivant une pittoresque expression de M. Raffalovitch « elles ont servi de « déversoir » aux banquiers qui avaient en portefeuille des titres douteux ou invendables... C'est un véritable avantage que ces champignons financiers disparaissent » (1).
En Belgique, une grande agitation se produit à propos du vote en faveur du suffrage universel. Sur 60,000 électeurs, 46,000 se prononcent en faveur du suffrage universel à 21 ans. La Chambre des représentants en présence des troubles, vote par 119 voix contre 14 le suffrage universel à 25 ans, avec le vote plural.
En Hollande, de nouveaux projets fiscaux, mal accueillis, indisposent la nation contre son gouvernement; en Suède et en Norvège, la question de la séparation des deux pays, agitée pendant plusieurs mois, semble maintenant apaisée.
Difficultés <ie En Allemagne, la loi militaire, l'augmentation des
lasituationflnan- ..,,,,.,,,
cièieetfisca.ean impôts ct la ncccssite dc uouvcaux emprunts, rem- Aiiemagne. plissent toutc l'année. Malgré les discours du chancelier de l'empire, le projet de loi militaire est rejeté par le reichstag dont la dissolution est immédiatement prononcée par l'empereur Guillaume. De nouvelles élections ont lieu; une faible majorité gouvernementale décide du vote des projets militaires, mais la situation financière et fiscale reste grosse de préoccupations et de périls.
Crises ininter- En Italie, c'cst unc suitc ininterrompue de crises et de rompues en ta- ^j^gg^g^pgg . liquidation dc la Banque romaine, scandales financiers, crise monétaire, commerciale, financière; baisse énorme des rentes et valeurs italiennes, chute du mJnistère Giolitti et, pour clore l'année, retour aux affaires de M. Crispi. Le voyage de l'empereur Guillaume et de l'impératrice d'Allemagne à
(1) Journal des Débats du 10 décembre 1893.
Rome, pour assister aux noces d'argent du roi Humberl, tout le bruit fait autour de la visite d'une division de la flotte anglaise, sont de bien maigres compensations aux calamités qui frappent l'Italie : cette nation paye les fautes de sa politique extérieure; la triple alliance la ruine; l'Allemagne la flatte et se sert d'elle, mais ne lui prêtera pas un centime pour aider au relèvement de son commerce et de son industrie ou de son crédit. On l'a bien vu lors des appels désespérés que les journaux allemands faisaient entendre pour qu'il lui fût donné un secours financier dont elle avait le plus pi*essant besoin.
Pour l'Espagne, l'année 1893 n'est pas heureuse : elle s'est passée au milieu d'embarras politiques, commerciaux, budgétaires et financiers : agitation anarchiste, attentat de Barcelone; situation commerciale difficile ; diminution des recettes des chemins de fer ; hausse du change et de l'agio sur l'or. A toutes ces difficultés s'ajoute, par surcroît, une expédition militaire au Maroc.
Le Portugal s'est complu au milieu de ses difficultés économiques et politiques. L'année s'achève avec la lissolution des Cortès. La situation financière est déplorable; les capitalistes qui ont eu confiance en ce pays, croyant à son honneur et à sa loj'auté, crient à la spoliation. L'affaire des chemins de fer portugais, qui depuis longtemps aurait dû être terminée, est un scandale.
Est-ce en Grèce que nous trouverons un peu de calme et de prospérité? Qu'on en juge : les changements ministériels n'ont pas fait défaut; les difficultés financières se sont accrues; l'agio sur l'or a fait des progrès fantastiques. La Grèce termine l'année en déclarant qu'elle ne peut satisfaire à ses engagements librement contractés; elle ruine ses créanciers et manifeste l'intention de porter la main sur les gages spéciaux qu'elle avait donnés à ses prêteurs.
La Serbie a imité les autres Etats européens. Nous
avons eu cette année : la dissolution de la Skoupchina, le coup d'état du roi Alexandre, l'arrestation des régents, un nouveau ministère, une crise monétaire très grave. La Situation financière reste menaçante.
En Autriche-Hongrie, l'année 1893 n'aura pas vu, contrairement aux espérances des ministres autrichiens, la fin de la régularisation de la valuta. Cette opération a été enrayée par la hausse du change et la prime de l'or. D'autre part, nos rentiers français, en se débarrassant peu à peu des valeurs autrichiennes qu'ils possèdent, ont beaucoup contrarié la réussite de cette affaire qui, répétons-le, n'a pas d'autre but, sous des apparences financières, que la constitution, par l'Autriche-Hongrie, d'un trésor de guerre. Quels qu'aient été les démentis donnés à cette opinion que nous exprimons depuis longtemps, nous ne pouvons que la maintenir énergiquement et répéter à nos lecteurs que, tant que l'Autriche-Hongrie restera l'alliée de la triplealliance, nous devons agir envers elle comme nous le faisons envers lltalie : éviter de l'aider, en quoi que ce soit, par notre crédit et nos capitaux.
En Turquie, ont eu lieu, comme d'habitude, quelques révolutions de palais, mais le public français y porte peu d'attention; il s'occupe plus volontiers des cours des valeurs ottomanes sur les divers marchés qui leur sont ouverts et, de ce côté, il peut être satisfait, car la plus-value qu'elles ont encore acquise cette année et qui est due pour beaucoup aux achats de la spéculation et à ceux de l'épargne, fait un singulier contraste avec la baisse presque générale des fonds étrangers,
La Russie a poursuivi le cours de ses améliorations économiques-' et financières ; ses rentes ont atteint le pair et jouissent d'une grande faveur. La sympathie de nos deux pays s'est encore affirmée cette année par la conclusion d'un traité de commerce et par la réception faite à l'escadre rus'se à Toulon et à Paris.
En Egypte, le khédive a voulu, sans doute, prendre exemple cette année sur les gouvernements européens,
Chicago.
il a manifesté quelques velléités d'indépendance; mais, iprès avoir renvoyé un ministère qui lui déplaisait, il .1 dû plier sous la volonté de l'Angleterre et reprendre les ministres qu'il avait disgraciés. Les fonds ég\^ptiens que le public européen considère comme des valeurs placées sous le protectorat de l'Angleterre, continuent à jouir d'une faveur véritablement exceptionnelle. Sauf le 3 1/2 privilégié qui se négocie à peu près au pair, toutes les autres rentes égyptiennes sont audessus du pair et rapportent moins de 3 3/4 %.
Est-ce enfin au delà de l'Océan que nous trouverons des pays que l'année 1893 aura favorisés? Désordres financiers et politiques dans la République argentine; guerre civile au Brésil: crise des banques en Australie. Aux Etats-Unis, l'exposition de Chicago semblait devoir L'^^pos'^onde être le gros événement de l'année. Cette exposition n'a t'té ni un succès ni u.n insuccès, mais un immense ifort; elle restera, comme le disait tout récemment M. Levasseur (1), « un des grands faits de l'histoire économique des Etats-Unis ». Mais combien d'événements importants ont préoccupé l'opinion publique, iissi bien en Amérique que dans le monde entier : tillites innombrables; discussions sur la poliiique •onomique que suivra le nouveau président, M. Clo- Nt'land; longue agitation causée par l'abrogation de la loi Shermann; enfin, pour finir, déficit énorme dans le budget et proposition d'un emprunt prochain d'un milliard. Telle est, en quelques mots, la situation.
Le protectionnisme, qui triomphait pendant ces der- Le proteciionnières années et promettait l'âge d'or à notre pays, s"ir'a..^rl<i' commence à perdre de son assurance. Aux rêves entrevus et promis par ses défenseurs, la réalité, prédite
(1) Communication faite à la Société de statistique de Paris (13 no- ^ . mbre 1893); Journal de la Société! dfi statistique de Paris, décembre l^?^.
par les économistes libéraux, apparaît menaçanlf; avec son cortège de déceptions et de ruines. Il faut relire le
Léoû'sa" ^^ *'* discours quc M. Léon Say prononçait à la Chambre, les 9 et 11 mai 1891, lorsqu'il la suppliait de ne pas entrer dans la voie où elle a été conduite et protestait contre l'application du nouveau régime douanier. Ce qu'il prévoyait se réalise : « Je vois, disait-il, beaucoup de choses derrière ces murailles... Je ne vous en donne pas pour trois ans; la réaction commence, vous verrez qu'elle ira loin. Ici, vous êtes au Capitole; mais il y a une roche tarpéienne de l'autre côté! »
Quels singuliers effets ont produits l'application du système protectionniste et son développement! Notre commerce d'exportation est en forte diminution, commerçants et industriels se plaignent; les recettes dou;; nières fléchissent à vue d'œil; nos rentiers porteurs de valeurs appartenant à des pays étrangers, avec lesquels nous avons presque prohibé nos relations commerciales, perdent des capitaux énormes. Les agriculteur^ et tous ceux que l'on a voulu protéger, sont-ils, du moins, satisfaits? Ont-ils trouvé, dans l'application des doctrines protectionnistes, non la richesse, mais le bien-être, soit même une légère atténuation des maux dont ils se plaignaient si vivement? Pas davantage.
lint^*'"^^"*"^' ^^-^ aussi se désolent et leur plus grand défenseur, l'honorable M. Meline, déclare que « la situation est loin d'être heureuse ».
protectionnisme^ ^^ ^^ protectionnisme a éprouvé, cette année, de durs échecs, un avenir prochain lui en ménage de plus durs encore. N'ayant fait de bien à personne, ni à ses partisans, ni à ses adversaires, il aura bientôt tout le monde contre lui; l'opinion publique ne tardera pas à se Soulever contre les doctrines qu'il a répandues et qui ont eu, comme premières conséquences, l'extension et l'aggravation d'un mal non moins grave, le socialisme.
vam dî®soc?aiis~ ^^ pouvait, il y a peu d'années encore, se demander
™®- où était le socialisme; ne pourrait-on pas aujourd'hui
1893. — LA LUTfE DES CLASSES 329
répondre : « Où n'est-il pas! » Partout il déborde : en
Allemagne, en Angleterre, en Russie, en Autriche, en
Suisse, en Italie, en Espagne, en Amérique. 11 a ses
iépulés et ses électeurs, ses dogmes, son catéchisme,
i presse, sa littérature, ses héros et ses martyrs. Il
iierche ses adeptes dans les ouvriers des villes et se
Hutte d'attirer à lui les travailleurs des champs. Il n'y
a pas de raison, suivant lui, pour que le paysan ne
veuille pas posséder le champ qu'il laboure, comme
rouvrier l'usine.
Lorsque le socialisme aura fait cette conquête, si la raison inquiète et révoltée des honnêtes gens ne fait pas bientôt justice d'un tel « idéal », on pourra dire, comme les prophètes, « les temps sont venus ». Le socialisme mal compris est un péril et, malheureusement, il est, ù chaque instant, de plus en plus encouragé par ceux-là même qui devraient le combattre le plus énergiqueinent. Ne voyons-nous pas, depuis plusieurs années, gouvernements, parlements, presse, travailler à griser les populations ouvrières et à les rendre mécontentes «le leur sort ? A en croire les réformateurs sociaux, il ' xiste un personnage tout puissant, l'Etat, qui, les ayant jusquici dédaignées ou oubliées, devrait se charger de leurs destinées. On leur dit qu'il n'y a rien de plus juste que de demander une journée de travail de plus en plus réduite, des salaires de plus en plus élevés, qu'ils doivent travailler moins et gagner davantage et oùmèDeiex). que ce gros personnage omnipotent, l'Etat, est assez riche pour les garantir contre les accidents, contre les maladies, et assurer des rentes à ceux qui n'ont rien. Où mène le socialisme ? Il n'y a pas d'illusions à se faire ; il la dissolution de la société, à la lutte entre citoyens •l'un même pays, à l'anarchisme. Les fausses théories arment le bras de criminels comme ceux qui, cette année, ont commis les attentats odieux de Barcelone et du Palais-Bourbon.
ciaJisme.
Marché flnan
Augmentation (le la circulation financière de la Banque de Fran-
Crise austra lionne.
(irise monè taire aux Etats
Unis.
Au point de vue financier, l'année 1893 sera peu regrettée : les affaires ont été inaclives ; elle a été marquée, à l'étranger, par des tempêtes financières, par des appréhensions qui se sont malheureusement réalisées, par un grand malaise industriel, commercial et politique de presque tous les pays et, chez nous par une anémie financière presque sans exemple dans le passé de la Bourse de Paris. Les principales sociétés de crédit se sont bornées, avec raison, à consolider leurs affaires courantes ; elles ont continué à « faire la chasse à l'escompte » pour employer le plus avantageusement possible leurs grosses disponibilités ; à modifier leur portefeuille de valeurs, se portant un jour sur le 3 % et b lendemain sur le 4 1/2 %, suivant que les projets de la prochaine conversion du 4 1/2 % paraissaient s'appuyer sur telle ou telle base ; elles n'ont pris l'initiative d'aucune opération nouvelle. Les émissions publiques ont été encore plus rares qu'en Angleterre. A part l'émission de 100,000 obligations de Salonique, la conversion de l'emprunt russe or 6 % 1883 et quelques placements de petites valeurs sans importance, les sociétés de crédit sont restées dans l'attente, observant les événements pour se mettre à l'abri des orages et se préparer à marcher de l'avant, le jour oii le calme serait rétabli à l'horizon financier.
L'augmentation de la circulation des billets de la Banque de France que nous avions demandée au début de cette année, à un moment oii on n'y songeait guère, a été le premier événement financier de 1893. La campagne contre les caisses d'épargne, contre le Crédit foncier, l'agitation du Panama, ont absorbé l'attention pendant les premiers mois de l'année : puis, sont survenus la crise australienne, la crise monétaire aux Etats-Unis, ; l'effondrement de la spéculation au Stock-Exchange, les discussions et le vote de l'impôt sur les opérations de
bourse. Nos capitalistes ont été atteints dans leurs placements à l'étranger, en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal, au Brésil. Ils ont à se défendre contre des débi
urs de mauvaise foi ; la désinvolture avec laquelle les Klats méprisent aujourd'hui leurs engagements est; vérit iblement trop « fin de siècle » ; nous pourrions en citer ([ui cherchent à tirer profit des dépouilles mêmes de leurs créanciers. Nous sommes opposés à l'intervention de lEtat dans les affaires particulières; mais, quand un gouvernement étranger affecte des gages spéciaux aux emprunts qu'il contracte envers des capitalistes d'un iiilre pays et que plus tard, par caprice ou par mau- \ lise foi, non seulement il ne tient pas ses engagements mais s'empare, pour en tirer profit, de ces mêmes garanties, c'est un brigandage contre lequel devraient protester toutes les nations civilisées. Si, dans un pays étranger, on volait quelques ballots de marchandises à un de nos nationaux, immédiatement notre diplomatie se mettrait en mouvement et obtiendrait justice de gré ou de force. Que des gouvernements étrangers prennent dans la poche de nos rentiers des centaines de millions et des milliards, représentés par des titres de rentes, des ai'tions ou des obligations, nous gardons le silence. -Nous pourrons voir dans quelques jours les représentants de ces Etats en déconfiture présenter leurs hommages au chef respecté de notre gouvernement, M. le président Carnot ! Leurs pays se trouvent en suspension de payements et nous faisons à leurs ambassadeurs ou ministres le même accueil qu'aux Etats honnêtes, resiK'ctueux de leurs engagements ! Il serait grand temps qu'un droit public financier inlernationçil, .dont nous demandons depuis plusieurs années l'établissement, fut rnfm institué !
Quelques rares valeurs étrangères n'ont causé,
Ite année, aucune déception à nos rentiers, mais leur plus-value n'arrive pas à équilibrer les pertes subies sur les autres.
Nos grandes valeurs fitmçaises,' c'est la seule note à
Impôt sur les opérations de bourse.
Perte* des porteurs franeais de fonds d'Etat étrangers.
In ter vention nccess ai re du gouvcmemenL
Nécessité d'ua droit public financier intenuttional.
Valeurs françaises.
Lutte du capital et du travail.
Les questions de change.
Soucis des rentiers.
peu près satisfaisante, ont bénéficié de la défaveur des fonds étrangers ; nos rentes ont gagné une nouvelle avance ; il en est de même des actions et des obligations des grandes compagnies de chemins de fer, des obligations du Crédit foncier. La « partie saine », la plus considérable de notre épargne, a été heureusement sauvegardée; nous devons veiller sur elle et faire en sorte que cette épargne qui est attaquée de tous côtés à la fois ne soit pas inquiétée par les déclamations de quelques agitateurs. La lutte du capital et du travail, les attaques contre la « classe capitaliste » ont été des plus violentes. Ce serait un malheur pour notre pays et le plus grand malheur aussi qui pourrait atteindre les travailleurs eux-mêmes qu'on égare avec de fausses théories, si ce capital effrayé faisait grève à son tour. « Faire du capital, disait Michel Chevalier, c'est faire du travail ! » et malheureusement, on s'ingénie à troubler et à déprécier l'un, sans pour cela développer et enrichir l'autre.
Les questions de change et de monnaie, les opérations et les relations financières internationales, ont eu une importance exceptionnelle. Plus que jamais, le « change » a été à l'ordre du jour. Il a occupé une place prépondérante dans les préoccupations des porteurs de titres. Qu'il s'agisse du rouble et des fonds russes libellés en rouble-papier, des rentes autrichiennes papier, argent et or, des fonds et titres de chemins de fer espagnols, des rentes hellénique et italienne, du Portugais, du Brésilien ou des valeurs argentines, qu'il s'agisse du métal argent ou de l'or, le taux du change a été consulté chaque jour, avec anxiété, et par les rentiers, et par les spéculateurs, et par les négociants.
Les rentiers, dont le sort est si envié, sont, tout d'abord, exposés aux aléas des entreprises dans lesquelles ils se sont intéressés ; ils doivent en surveiller attentivement-la gestion ; il leur faut, ensuite, se défendre contre les crises économiques, financières, commerciales, contre les crises du « change » ; ils ont à lutter contre ceux qui voudraient bien les « exproprier » en
nicUanl la main .^iir ce qu'ils possèdent ; il leur faut surveiller la solvabilité et la bonne foi de leurs débiteurs, qu'ils s'appellent gouvernements ou sociétés. Supposer que les rentiers n'ont plus qu'à se « laisser vivre », sans préoccupations ni soucis, est une grosse erreur ! Quiconque possède quelques économies, a plus d'inquiétudes, de nos jours, pour les conserver intactes, qu'il n'en a eu pour les acquérir 1
L'année 1893, dégagée d'une quantité de menus faits, conclusion, nous apparaît sous deux traits principaux, que nous pouvons résumer comme dans un bilan : elle possède à .-ou actif les brillantes journées d'octobre pendant lesquelles la France entière acclamait les marins d'un grand peuple ami; elle garde à son passif un lléau dangereux, l'extension du socialisme et de l'anarchisme. Elle est l'année de la lutte des classes, lutte qui, d'après M. Jaurès, un des docteurs du socialisme, est avec
l'expropriation politique et économique de la classe dirigeante et l'internationalisme, l'un des trois points capitaux et essentiels du programme socialiste. »
La « lutte des classes » est le grand fait qui se dégage de cette année 1893, à la fois si agitée et si calme, si confiante et si tourmentée. Combattre de telles doctrines qui, ainsi que le disait à Beauvais M. Carnot le 26 septembre dernier, « teiidciil à diviser la nation, a ressusciter les haines de classe- étcmtes par la Révolution, à effacer jusqu'au mot de patrie », est aujourd'hui un véritable devoir civique. Ces doctrines, comme l'a it M. E. Cheysson dans un travail des plus remarquables, « menacent les intérêts et les droits, compromettent les conquêtes de l'histoire ; elles veulent faire
l'C une soiKlain- tt' brutale ce que la force des choses liit doucement et dans une mesure compatible avec la liberté individuelle ; sous prétexte de nous entraîner en avant, vers un Eldorado inconnu, elles nous forcent à rétrograder à plusieurs siècles en arrière vers le coiiectivisme du steppe ou de la forêt primitive ».
Nous cherchons, en vain, dans l'année qui s'achève, soit au point de vue politique intérieur ou extérieur, soit au point de vue financier, commercial et industriel, soit au point de vue économique et social, quelque fait caractéristique permettant d'envisager l'avenir a\ec une entière confiance. C'est une année âpre, difficile, stérile; elle a été marquée par des deuils inoubliables — ceux du président Garnot victime d'un abominable attentat, du tsar Alexandre, d'un des fils les plus dévoués de la démocratie, M. Burdeau. Le "Cialisme et le radicalisme, contenus pendant quelques mois par le cabinet Casimir-Périer, puis par le ministère Dupuy, reprennent courage : la récente élection du président de la Chambre est considérée par leurs partisans comme une victoire sur le gouvernement, sur le nouveau président de la République, M. Casimir-Périer, qui a accepté, avec tant de patriotique dévouement, la lourde charge de succéder à M. Camot.
Les anarchistes ont continué leurs criminels xploits : ils ont cette année, à leiij- actif, lexplosion "lu café Terminus, l'attentat contre la Madeleine, l'explosion du restaurant Foyot, le crime de Caserio. I^e parlement vole une loi dite « contre les anarchistes ». Les pouvoirs publics veulent réprimer le
Mort dn président Carnot, du isar Alexandre III, de M. Burdeaii.
S* cabinet Oupu y.
M. Casimir-Périer, président de la Kêpubliquc.
3* cabinet Oapuy.
crime et l'anarchie dans la rue; que ne peuvent-ils prévenir l'anarchie qui règne dans les idées? « Où mène lo socialisme, écrivions-nous dans notre revue de l'année 1893 ? II n'y a pas d'illusions à se faire : à la dissolution de la société, à la lutte entre citoyens d'un même pays, à Tanarchisme. Les fausses théories arment le bras de criminels comme ceux qui ont commis les attentats odieux de Barcelone et du Palais-Bourbon. » Nos craintes ne se sont malheureusement que trop réalisées ; les fausses théories ont armé le bras de l'assassin qui a mortellement frappé M. le président Carnot.
birS*^^^ P"- Nous n'avons pas de budget, ou plutôt nous en Deux projets a.vons cu deux, celui de M. Burdeau et celui de
de liudget. Au- -,. ^t-t^i . , . .
cun budget voté. M. Pomcare. Le Parlement a passe tout son temps en discussions et en interpellations oiseuses, nous laissant soumis au régime des douzièmes provisoires. Les recettes budgétaires décroissent ; les dépenses urgentes, nécessaires, augmentent; des impôts nouveaux sont indispensables; la dette flottante est démesurément grosse. Quand le budget de 1895 sera voté — à Pâques, peut-être, l'année prochaine, — il faudra La charabre s"occuper de cclui dc 1896. La Chambre s'est agitée
s est agitée dans ^ °
le vide. dans le vide. Elle est pleme de bonnes intentions; mais,
au lieu de s'occuper de réalités, elle court après des chimères et se laisse entraîner par un discoureur habile avec la même facilité qu'elle apporte ensuite à regretter ses votes. Elle veut des réformes de toute sorte, sociales, politiques, économiques, financières, administratives. A entendre les réformateurs, nous sommes à l'état chaotique; il faut tout bouleverser et faire table rase de notre vieille machine administrative, financière, fiscale. Décentralisation, liberté d'association, réduction du service militaire, réforme générale de l'impôt, fédération des travailleurs, retraites pour les ouvriers des champs et des villes, mainmise sur la Banque de France, les chemins de fer, les mines, les assurances, tout entre les mains de l'Etat et administré
1894. - L'ANNÉE NOIRli
par lui, etc., il ne se passe pas un seul jour sans qu'une
de ces prétendues réformes ne soit demandée. Tous ces Nécessité pour
...... j . 1 • '® parlement de
zélés réformateurs devraient bien commencer par se réformer bon moréformer eux-mêmes, c'est-à-dire par modifier leur mode de travail. Pourquoi laissent-ils le budget en suspens? Pourquoi, au risque de faire courir au crédit ,
public de graves dangers, laissent-ils sans solution le renouvellement du privilège de la Banque de France qui expire dans deux ans? Que font-ils, sinon pour développer notre commerce et notre industrie, du moins pour arrêter son violent recul? Nous pourrions 'développer les points d'interrogation.
Ce n'est pas, non plus, à l'extérieur, que l'année 1894 aura été brillante. Tous les pays ont eu une ou plusieurs crises politiques. En Angleterre, M. Gladstone a donné sa démission ; il a été remplacé par lord Roseberry. Le budget présenté par sir William Harcourt a été vivement commenté. Au point de vue fmancier, le marché anglais semble s'être remis de ses violentes secousses des années précédentes; mais il donne le spectacle d'une spéculation inouïe sur les mines d'or de l'Afrique du sud, spéculation qui s'est étendue sur tous les marchés du continent. En Belgique, les élections nouvelles, la mise en pratique du suffrage universel, ont causé de grands troubles. En Hollande, en Espagne, en Grèce, en Serbie, en Portugal, en Eg>'pte, les changements de cabinets ont été nombreux. En Allemagne, l'empereur Guillaume qui, le premier jour de l'an, rendait visite au chancelier de l'empire, M. de Caprivi, pour bien marquer la bienveillance particulière qu'il lui témoignait, se réconcilie avec le prince de Bismarck, puis, par une décision inattendue, accepte, il y a quelques semaines, la démission du chancelier de Caprivi et le remplace par le prince de Hohenlohe. En Autriche-Hongrie, de graves difficultés
Situation exièrieure.
338 FINANCES CONTEMf>ORAINEi
politiques intérieures subsistent, mais elles ont été moins remarquées que les agitations de la bourse de Vienne. Pendant toute l'année, un courant extraordinaire d'affaires a eu lieu sur ce marché où la spéculation a pris un développement énorme ; on redoute à chaque instant un nouveau krach, comme celui de 1873. La Russie s'est occupée surtout de sa situation financière; elle a continué la série de ses emprunts et conversions. La mort du tsar a produit, en France surtout, une vive impression. L'Italie a commencé et terminé l'année au milieu de scandales financiers. La situation financière n'est pas meilleure que la situation politique : le gouvernement italien a porté l'impôt sur sa rente de 13 fr. 20 à 20 %.
La guerre civile s'est terminée au Brésil par la défaite complète des insurgés. Ce pays ne doit plus aspirer qu'à se remettre au travail et réparer ses pertes; le nouveau président, qui a succédé à M. Peixoto, a été bien accueilli. Le Japon a déclaré la guerre à la Chine et poursuit le cours de ses succès.
Les relations de notre pays avec les puissances étrangères sont ce qu'elles étaient antérieurement ; les difficultés avec la Belgique, relatives au Congo, ont été Politique coio- heurcuscment aplanies. L'occupation de Tombouctou a été, cette année, le gros événement de notre politique coloniale. Le désastre de la colonne Bonnier a douloureusement affligé le pays. Des renforts ont été envoyés à la petite garnison qui occupe la ville mystérieuse du centre africain; cette prise de possession par la France, était une des nécessités de notre politique dans l'Afrique du Nord. A Siam, nous avons obtenu gain de cause. Il en sera de même à Madagascar. Les Chambres ont approuvé l'expédition projetée par le gouverne- > ment pour faire respecter nos droits.
1894. — L'AKNÉli NiJiKE 339
Le fait éconcmique et on peut dire social de ces „
,--,,, .. . ,. , Hausse géné-
lenips derniers, et principalement de cette année, a été raie. la hausse de tous les fonds d'Etat sans exception et dans le monde entier. Les crédits de premier ordre tendent à une capitalisation à 2 1/2 %; ceux de second ordre se capitalisent entre 3 1/2 et 4 %; ceux de troisième ordre donnent tout au plus 4 1/2 %. De? pays qui ont fait banqueroute voient leurs fonds se capitaliser à 5 % et même à moins de 5 %, c'est-à-dire qu'ils rapportent 3, 4 et 5 % moins que lorsqu'ils tenaient leurs engagements. Un gouvernement étranger qui s'aviserait aujourd'hui de promettre 6 % d'intérêt, serait qualifié de coureur daventures. Nous avons étudié tout particulièrement cette hausse des fonds d'Etat et nous en avons montré les causes et les dangers (1). Cette ascension indéfinie des fonds publics est la planche de salut pour les pays dont les finances sont embarrassées, malgré leur apparence de prospérité. Autre- ^.^ eonverfois, il n'y avait que les Etats, riches, prospères, aux budgets bien équilibrés, qui fissent des conversions de rentes. L'Angleterre, les Etats-Unis, la Belgique, la Hollande, n'ont pas hésité à recourir à ce moyen légal pour réduire leurs dettes et, par contre coup, pour alléger les charges de leurs contribuables. Chez nous, pendant de longues années, on n'y a eu recours qu'avec timidité. Entre la conversion do 1825 et celle de 1852, il s'est écoulé vingt-sept années; entre celle de 1852 et la conversion facultative de 1862, il s'est écoulé dix ans; il a fallu attendre ensuite jusqu'en 1883 pour effectuer une nouvelle conversion de rentes perpétuelles, l'emprunt Morgan mis à part. Mais depuis, comme on s'est appliqué à rattraper le temps perdul
(1) Voir notre étude sur La hausse des fonds d'Etat, ses causes, les dangers de son exagération. In-8*, 1894.
sions.
Les deux conversions de 1883 et de 1894 ont enlevé aux rentiers 101 millions de rentes, représentant un capital nominal dé 3,150 millions; le 4 1/2 % ancien fonds et le 4 % ont été convertis en 1887; les obligations du Trésor, les bons de liquidation, des annuités à longue ou à courte échéance, les fonds déposés dans les caisses d'épargne, à la Caisse des dépôts et consignations, ont subi des réductions d'intérêt très sensibles. Conséquences L'cxcmple douué par l'Etat a été suivi par les dépar-
des conversions r i- ir i
pour les rentiers, tcmenls, par Ics villes, les établissements de crédit, les compagnies industrielles, commerciales et financières; on ne parle plus que de conversions; c'est la terreur des rentiers, car il faut bien le dire, c'est leur misère. Autour d'eux et pour eux, les impôts ont augmenté; la cherté de la vie s'est accrue, les charges de toute nature se sont développées. Ils croyaient, après avoir travaillé de longues années, s'être assuré, pour leurs vieux jours, une aisance tranquille : c'est une erreur; à chaque instant, leurs revenus ont été et menacent d'être encore rognés; il faut qu'ils se restrei- . ., gnent, vivent à meilleur compte, se privent parfois du
nécessaire. Sans doute, l'Etat, cette grande entité, ne fait pas de sentiment; il envisage la masse des contribuables, la nation tout entière, et effectue une conversion chaque fois que le marché des capitaux et le bas .prix de l'argent lui permettent de réduire ses charges d'emprunt. Il use de son droit, mais ne serait-il pas juste d'accorder à ces centaines de mille de petites gens, de petits épargneurs, comme compensation à la réduction d'intérêts qu'il leur fait subir, une diminution dans les impôts qu'ils lui payent? C'est par centaines de mille que se chiffrent les porteurs de moins de 100 francs de rentes sur l'Etat (1) et cette véritable démocratie est singulièrement qualifiée : on traite d'usurier, de ploutocrate, de richard, ce petit rentier
(1) Voir le discours prononcé à la Chambre des députés le 16 janvier 469i par M. Burdeau, ministre des finances, et notre étude sur L'épargne française et la féodalité financière^ in-8° iSSo. >
qui possède un titre de rente, une action ou une obligation de chemin de fer ou du Crédit foncier. Jamais les attaques contre la <e classe capitaliste » n'ont été plus violentes, plus haineuses que cette année.
Tous les Etats trouvent maintenant le moyen de convertir leurs dettes. Ils grefTcnt, le plus souvent, un emprunt sur la conversion ; c'est-à-dire qu'ils empruntent avant ou après la conversion. Ils jouent avec le capitaliste et le porteur de rentes comme le chat avec la souris.Un jour, ils lui ofTrent le remboursement de son capital ou une réduction d'intérêts ; le lendemain, ils lui empruntent à nouveau de l'argent. Le rentier voit ses revenus fondre dans ses mains et, cependant, il accepte ce qu'on lui propose. Demander le remboursement de son titre? Que ferait-il de son argent? Où le placerait-il? Par lassitude, par ennui, il laisse faire. Son revenu est réduit ; il finit par s'en consoler parce que, la conversion faite, les rentes converties se négocient aux mômes cours ou même plus haut que les anciens fonds à convertir. Il ne s'étonne même plus que, malgré cette série de conversions, les dettes publiques européennes et celles du monde entier augmentent d'année en année. Les impôts grossissent ; il y est habitué. Il se dit u;eu qu'en louie justice, les résultats des conversions devraient être appliqués à des réductions d'impôts ; mais que peut-il faire pour obliger les gouvernements à suivre cette ligne de conduite? Absolument rien. Les résultats des conversions que, par un' singulier euphémisme, on appelle dans le langage parlementaire des M économies » et des « bénéfices », sont le plus lourd des impôts qui jamais puissent être prélevés sur les rentiers. Les nôtres, depuis vingt ans, ont subi une amputation de 33 %. Et il se trouve des législaleurs, des personnages considérables, des hommes jouissant d'une grande autorité dans la presse économique et financière, qui se déclarent partisans d'un impôt sur la rente !
Les conver- Nc US avons eu, Cette année, la conversion du 4 1/2 %,
sions de 1 année. ' ' i ' i
celle des billets de la Banque russe et des 2' et 3* emprunts d'Orient ; celle des obligations de la Banque centrale du crédit foncier de Russie. La Norvège, la Suède, la Turquie, la province de Québec, tout le inonde entend convertir. L'Autriche, la Hongrie, la Suisse, la Hollande, la Belgique, préparent des conversions nouvelles.
Toutes ces opérations, dont la légalité est absolue, sont d'une prodigieuse commodité pour les Etats qui veulent diminuer le service de leur dette publique ; elles s'accomplissent avec une non moins merveilleuse facilité et, aussi dures qu'elles soient, elles ne peuvent être critiquées comme la mesure employée par l'Italie qui trouve plus facile de porter l'impôt sur ses rentes de 13.20 % à 20 %!
Tous les fonds d'Etat sont en hausse. Les consolidés anglais 2 3/4 % se sont élevés jusqu'à 103 1/2; le 2 1/2 % a fait 102 1/2; le 3 % égyptien garanti, 106 %; le 3 % indien a dépassé 103 % ; le 4 % autrichien or s'est élevé jusqu'à 102 3/4 ; les fonds égyptiens 4 et 3 1/2 sont au-dessus du pair ; le 4 % hongrois or a fait 102 1/2 % ; le 4 % russe 1889 — pour ne prendre que ce type — a haussé à 103 1/2 pendant que le 3 1/2 1891 dépassait 90 et que la Russie voyait son emprunt 3 1/2 % couvert près de cent fois ; le 4 % turc (emprunt de la défense) a fait 105 %; les 5 % (douanes) sont au-dessus du pair; les obligations 4 % y marchent à grands pas ; les titres des séries A, B, G, se capitalisent à 3 et 4 %. Quant à nos rentes , leur épanouissement a été merveilleux. Rien n'a pu empêcher leur marche en avant ; ni l'assassinat de M. Carnot, ni la mort du tsar, ni les difficultés budgétaires, ni la situation commerciale et économique. Autrefois, la spéculation jouait la baisse sur les rentes ; maintenant, elle est presque constamment, à la hausse. Elle se dit oue les
Les charges publiques n ont
titres sont rares, classés et répartis à l'infini dans les petits portefeuilles, que le comptant en achète toujours, que le public, après avoir perdu tant d'argent à droite et à gauche, conserve ses rentes quels que soient les cours cotés. Avant la conversion, le 4 1/2 % a valu 103 fr.50 : le 3 1/2 % converti s'est élevé jusqu'à 108 1/2 ; le 3 % a dépassé le cours de 104 francs.
Cette hausse des fonds publics trompe les esprits superficiels : elle entretient de dangereuses illusions sur la situation générale des affaires du pays. A en juger, en effet, par ces cours élevés, — les plus hauts qui aient été jamais atteints, — nos finances et celles de l'Europe devraient être florissantes, prospères. La vérité est que, dans tous les pays du monde, les charges publiques jamais éié aussi n'ont jamais été plus lourdes; elles s'accroissent chaque année. La hausse des fonds publics entretient de fausses idées surtout dans l'esprit des législateurs. Ils se figurent qu'ils administrent bien nos affaires, car, se disentils, si le public n'avait pas confiance, la Bourse baisserait, les rentes ne seraient pas à de tels prix ; ils se croient tout permis ; ils regardent d'autant moins à dépenser qu'ils voient que l'argent se donne presque pour rien, que le public court après les placements à peine rémunéiateurs ; ils pensent que les emprunts seront faciles à effectuer pour combler les déficits budgétaires et qu'il ny a, en vérité, qu'à frapper le sol du pied pour en faire sortir des capitaux. Ils ne se doutent pas que ces capitaux, si empressés, s'abstiennent, se cachent ou se sauvent avec la même rapidité et au moment où on a le plus grand besoin d'eux!
Cette hausse n'est donc pas un signe certain de la pros- La hausse des
, .,; , ,. 11 i ' • . . , ^^'"^^ publics
pente publique ; elle témoigne, au contraire, que les nest pas un sientreprises nouvelles demandant des capitaux font ^ospéTiit\adéfaut ou ont moins d'importance et moins d'extension. ^''*''"*' L'avilissement du taux de l'intérêt est le plus grand phénomène économique et social qui se soit jamais produit : c'est, en quelque sorte, la richesse qui s'éva« pore dans les mains de ceux qui l'ont acquise et épar-
gnêe ; c'est l'indice du ralentissement des progrès industriels et commerciaux et de la difficulté croissante, pour chaque individu, de se constituer une réserve suffisante pour assurer ses vieux jours. Et, au point de vue social comme le faisait remarquer M. le sénateur Millaud dans un éloquent discours au Sénat, le 7 juin dernier : « On s'aperçoit que la querelle depuis si longtemps existante entre le capital et le travail doit nécessairement diminuer tous les jours d'intensité par ce seul fait même que le capital ne trouve plus un revenu quelconque sans le travail... »
Lescheminsde La qucstion dcs chemius de fer français et étrangers
fer français. >• o
a tenu une large place dans les préoccupations de l'année qui s'achève. Nos grandes compagnies ont été, comme les années précédentes, l'objet de vives attaques. Pour beaucoup de députés, les actionnaires s'enrichissent au détriment d'autrui et touchent des dividendes fabuleux, des 11 et 12 %. Ces chiffres sont couramment cités à la tribune ; ils ont été maintes fois démentis par des arguments irréfutables (1) ; n'importe, il est plus facile de maintenir une erreur que d'accepter une vérité. Tout d'abord, les tarifs des chemins de fer du Midi et de l'Orléans ont été mis en discussion à la suite d'une inter- Ladnrée de la pcllation adrcsséc au ministre des travaux publics ; puis, ^*inqn'iétude des 1^ duréc dc la garantie accordée à ces deux compagnies '^Bafase des ti- ^ ^^^ soulcvéc ; elle a jeté le trouble dans l'esprit des portes, leurs de titres; elle n'est pas encore résolue au moment où nous écrivons ces lignes.
Au commencement de l'année, le Midi se négociait à 1,370 francs ; l'Orléans à 1,625 francs. Plus de 300 francs de baisse ont frappé ces valeurs ; une reprise s'est ensuite produite sur les bas prix et, maintenant, on reste
11 Voir nos études sur Les chemins de fer devant le Parlement, in-8° 18$»0, et Les chemins de fer et l'impôt, la légende des gros dividendes, in-8» 1891.
1894. — L'ANNE K NOIKK Mb
dans l'attente de la décision du conseil d'Etat. L'Est, l6 Lyon, le Nord, l'Ouest, sont en baisse sur les cours de l'an dernier ; le public, inquiet, se demande si, après rOrléans et le Midi, d'autres compagnies ne seront pas mises sur la sellette parlementaire. Sa confiance est atteinte. Il considérait ces litres comme placements de « père de famille ». Le doute est entré dans son esprit. Il voit que le législateur ne se fait pas faute de demander la modification de contrats librement acceptés et consentis de part et d'autre, de les dénoncer à la tribune, quand ces contrats lui apparaissent être désavantageux.-Après les grandes compagnies, on s'en prend aux lignes secondaires. L'an dernier, l'Est-Algérien a été mis en cause ; cette année, c'est le tour du Sud de la France. Les actionnaires croyaient pouvoir compter sur un revenu de 25 francs garanti ; ils apprennent, avec stupéfaction, que ce revenu sera ce que les circonstances permettront qu'il soit, que leur compagnie a été mal administrée, qu'il est avantageux pour l'Etat et pour eux de remanier les contrats et que les actionnaires n'ont pas d'autre alternative que d'accepter ce qu'on leur offre ou... la faillite. Hier encore, le Bône-Guelma fournissait à un député le motif d'une interpellation au ministre des travaux publics. Au risque de porter atteinte à de graves intérêts, de discréditer une compagnie, on monte à la tribune et, à tort ou à raison, on l'attaque avec violence; c'est à se demander s'il est possible de traiter avec l'Etat quand les contrats les plus sérieux peuvent être, de cette manière, divulgués, discutés, remaniés avec une étonnante facilité!
On ne s'aperçoit pas que c'est ainsi qu'on détruit la on déimi u
r. 1 •, -i n •. ,. conflance et on
comiance, qu on annihile I esprit d entreprise, qu'on annihile lespru empêche de grandes sociétés de se fonder. Il est très facile de traiter les rentiers d' « usuriers », les actionnaires des chemins de fer de « ploutocrates », de gens qui touchent 11 %, de mettre en question des contrats librement passés, de s'en prendre à ceux qui possèdent, de regarder comme de malhonnêtes gens ceux
d'entreprise.
346 FINANXES CONTEMPORAINES
qui ont quelques titres de rentes, d'actions ou d'oblig"ations ; de considérer comme des malfaiteurs, les grands industriels, les banquiers, les établissements financiers, de traiter de « spéculateurs » et d'appeler sur eux la vindicte publique, tous ceux qui s'occupent du maniement des capitaux : mais n'est-ce pas là la cause du réel malaise financier qui existe, de cet arrêt des placements industriels, de cette stérilité de l'esprit d'invention et d'entreprise, de cette timidité du public, tous ces symptômes de la hideuse maladie, le doute, le manque de confiance et d'initiative, qu'on nous a mise dans le sang depuis quelques années? A Paris et en France, de grands travaux publics restent à effectuer, des entreprises industrielles et commerciales attendent des capitaux pour se développer ; il semble qu'on veuille, comme à plaisir, effrayer le capital et stériliser les efforts de ceux qui pourraient lui faire appel.
Lescheminsde Nous avons de nombreux capitaux engagés dans les chemins de fer étrangers, au Portugal et en Espagne. Il s'est produit, cette année, en ce qui concerne les Chemins portugais, un fait qu'il faut retenir. Grâce à l'énergie du ministre des affaires étrangères, qui était alors M. Gasimir-Périer, le Portugal a fini par céder. M. Bihourd, notre ambassadeur, a été rappelé et n'est retourné à son poste que lorsque promesse a été faite de donner satisfaction aux obligataires des Ghemins portugais. G'est aujourd'hui une question close. Il faut espérer que le gouvernement espagnol donnera satisfaction, lui aussi, aux réclamations qui lui sont adressées par les compagnies de chemins de fer dans lesquelles nos rentiers ont placé tant d'argent. La situation de ces compagnies est très précaire. Elles ont à souffrir de la politique commerciale de l'Espagne, de sa situation financière, de la dépréciation du papier
fer étrangers.
qu'elles reçoivent en payement, alors qu'elles doivent payer en or leurs créanciers étrangers. Elles ont eertainemcnt droit, de la part du gouvernement espagnol, à quelques . compensations. Les leur accordera-t-on? L'année 1895 apportera sans nul doute, de ce côté, une solution, bonne ou mauvaise, mais il est impossible de rester dans le statu quo. Les compagnies risquent d'être obligées de payer leurs créanciers en papier, au lieu de les payer en or; elles ne pourraient continuer à supporter les millions de perte qu'elles subissent par le change, si le gouvernement espagnol, comme nous le craignons, faisait la sourde oreille à leurs demandes.
Les questions de « change » et de « circulation fidu çiiange et circiaire », les questions monétaires, n'ont pas cessé d'oc- «"e. cupor l'attention; elles l'occuperont encore pendant longtemps. Nous avons souvent expliqué les causes complexes qui provoquaient les fluctuations du change : création de papier monnaie; établissement du cours forcé des billets de banque; circulation métallique dépréciée; engagements internationaux exagérés, provenant d'une trop grande abondance d'émissions de titres mobiliers, de spéculations sur valeurs mobilières ou marchandises; situation intérieure ou extérieure troublée; abondance plus ou moins grande des capitaux disponibles; équilibre faussé entre les encaisses des banques et la circulation des billets qu'elles émettent; confiance ou défiance dans la loyauté des divers pays. Dans le dernier trimestre de cette année, les changes sur l'Autriche, l'Espagne, l'Italie, le Portugal, la République argentine 'se sont améliorés. Cette amélioration ne provient pas d'une reprise d'affaires dans ces pays, mais de ce fait que la spéculation a acheté un grand nombre de ces valeurs qui avaient beaucoup baissé. Pour payer ces achats, il a fallu se procurer du
papier sur ces divers pays, absolument comme s'il avait fallu solder en numéraire des achats de marchandises. A l'appui de cette opinion, voici les cours de quelques fonds d'Etat, comparés aux cours du change, à plusieurs dates de cette année :
Janvier Juillet Décembre
Autriclie or 4 ;v, 9-25 98 60 102 00
Extérieure (j3 75 (;5 70 72 50
Italien 79 00 79 25 87 00
Portugais . 19 65 23 20 25 00
Au commencement de ces mêmes mois, voici quels étaient les cours du change sur ces divers pays :
Janvier Juillet Décembre
Vienii.!... 199 199 200 00
Madrid 397 403 440 00
Rome 12 10 6 1/2
Lisbonne • 412 410 445 ÔO
L'encaisse or des grandes banques d'émission s'est accrue; nulle part cet accroissement n'a été plus sensible que chez nous.
L'encaisse or de la Banque de France à la fin de 1892, de 1893 et de cette année, s'élevait aux chiffres suivants en millions de francs :
31 (léccmbro
isôi""- 1MI3 1894
Banque de France 1.709 1.711 2.050
La baisse du métal-argent a continué; on cote à Paris le kilogramme d'argent valant 218 fr. 89 à 540 %o tl« perte.
La situation fiduciaire et monétaire de notre pays taire de la Fran- gg^ boiiue; mais cu préscncc du chiffre colossal de l'encaisse métallique et de la circulation de billets de la Banque de France, nous ne saurions trop répéter qu'il est de la dernière imprudence de laisser sans solution le renouvellement du privilège de notre grand établissement de crédit.
Situation fiduciaire et moné-
Dans cet aperçu général de l'année 1894, nous avons Pait» impor-
.... 7 , tants i noter.
négligé, bien des faits politiques, commerciaux et financiers. A côté de la hausse des rentes françaises, de tous les fonds étrangers, des valeurs à revenu fixe, hausse dont les rentiers ne se réjouissent guère, car elle a facilité les conversions, c'est-à-dire la réduction de leurs revenus, nous aurions pu parler de grandes valeurs qui ont été sérieusement frappées : 500 francs de baisse sur la Banque de France; 125 francs sur le Crédit foncier; chute de 430 francs sur les Immeubles; baisse de toutes les actions de chemins de fer et particulièrement de celles du Midi et de l'Orléans; 375 fr. de baisse sur le Gaz; 150 francs sur la Compagnie transatlantique; 200 francs sur le Malfldano; 250 francs sur le Nickel; 200 francs sur les Forges et aciéries du nord et de l'est; 160 francs sur les Métaux; 175 francs sur le Cail; 650 francs sur les Aciéries de France, etc.! La plupart des titres industriels et de ceux à revenu variable ont fléchi dans de grandes proportions. Nous n'avons parlé ni de l'abrogation du bill Mac-Kinley, sur les effets duquel on avait trop compté, ni de l'agitation bi-métalliste, ni de la convention monétaire avec l'Italie, ni des symptômes de réaction qui se manifestent contre la politique protectionniste; nous n'avons pas parlé des débats sur la politique religieuse, sur « l'esprit nouveau », sur la revision de la constitution, sur le procès Turpin, sur les grèves de Trignac, sur le cas du député-soldat Mirman, sur les affaires de chantage, sur l'affaire Dreyfus ; et, pour finir l'année, sur l'exclusion temporaire du parlement de M. Jaurès; sur le duel de ce député avec le ministre des travaux publics, M. Barthou; sur la discussion de la convention avec la Compagnie du sud de la France. Nous n'avons pas parlé non plus de la tentative faite par le liquidateur de poursuivre l'achèvement du canal de
Panama, ni des discussions qui ont eu lieu sur l'impôt progressif, ni des travaux de la commission extraparlementaire du cadastre et de celle de l'impôt sur les revenus. Nous avons voulu nous borner à quelques traits économiques et financiers, pour les mieux mettre en lumière.
Conclusion. L'année 189i, examinée à un point de vue général et
d'ensemble, laissera de tristes souvenirs.
A l'intérieur, l'assassinat de M. Garnot; la lutte des partis; les progrès du socialisme et du radicalisme; la moins-value de nos receltes budgétaires ; la diminution de nos échanges et de nos bénéfices commerciaux ainsi que des revenus des rentiers atteints par les conversions successives qui s'effectuent en France et à l'étranger; les plaintes des agriculteurs qui se trouvent insuffisamment protégés, alors que les commerçants, les industriels, les consommateurs se récrient contre les lois de protection; la perspective de nouveaux impôts et de nouveaux emprunts.
A l'extérieur, la mort du tsar Alexandre, l'Europe en armes, soupçonneuse, inquiète, parlant de paix, ne songeant qu'à la guerre et, pour s'y préparer, s'endettant de plus en plus, au risque de se ruiner.
i894 est et restera une année noire.