‹ Finances contemporainesChapitre 2 sur 85 · II. Economie politique et statistique · texte numérisé non relu

II. Economie politique et statistique

III. Finances pures et appliquées; chemins de fer; travaux publics; institutions et questions de crédit; législation fiscale et financière.

Division cbronoloj,'ique.

Division méthodique.

Nous avons étudié chaque année les parties des ,^,^^'"1* eSléâ finances publiques et privées, qui paraissaient suscep- cha^iue annûe.

Finances publiques.

Budgets.

Dépenses.

Loi de finances.

Questions fiscales.

Empruntsde la guepre. Impôts nouveaux.

Dégrèvements, dépenses, emprunts.

Les grands travaux publics, le plan Freycinet.

tibles de réformes soit au point de vue de l'ordre même de la comptabilité générale, soit au point de vue du contrôle nécessaire que la nation doit légitimement exercer sur l'emploi de ses deniers.

A toutes les époques, nous avons demandé une grande simplicité dans la confection des budgets; déjà, sous l'Empire, nous avions cherché à réagir contre la tendance toujours facile à l'ouverture des comptes ou budgets extraordinaires dans lesquels on faisait entrer, plus ou moms régulièrement, des dépenses d'un caractère permanent.

Puis il a lallu réclamer opiniâtrement la réduction des dépenses stériles, repousser opiniâtrement les économies ruineuses et imprévoyantes, demander au contraire qu'on n'hésitât pas devant des dépenses productives faites avec sagesse et esprit de suite.

Nous avons sans cesse adjuré les deux Chambres d'examiner et de discuter la loi de fmances annuelle avec toute /attention qu'elle mérite et le soin scrupuleux qu elle exige.

Les questions d'impôt ont eu leur tour. Il n'est peutêtre pas de pays au monde où les questions fiscales aient été aussi agitées que chez nous, où les créations, suppressions, modifications et surcharges d'impôts aient été aussi nombreuses. Au lendemain de la guerre et de la Commune, une des vives préoccupations de l'Assemblée nationale et de M. Thiers, sans oublier ses illustres collaborateurs en tête desquels on nous permettra de rappeler la grande mémoire de M. Léon Say, fut de trouver des impôts nouveaux pour gager les emprunts colossaux qui avaient été effectués. Puis, de 1878 à 1880^ on fut pris d'une fièvre de dégrèvement fiscal, en même temps que d'une fièvre de dépenses et d'emprunts pour les travaux publics ; on voulait emprunter d'un côté, dégrever de l'autre. Que n'a-t-on pas dit et écrit sur la nécessité et l'utilité des grands travaux publics sur le « programme Freycinet » et sur « l'ère des dégrèvements »? Cette politique financière devait aboutir

AVANT-PROPOS

à un résultat que bien des esprits prévoyants avaient indiqué • Vaccroissement des charges des contribuables. Après avoir créé des impôts nouveaux, supprimé des impôts anciens, emprunté, on s'est aperçu que les impôts étaient mal répartis. Il n'en pouvait être autrement. La vieille querelle entre les impôts directs et les impôts indirects est devenue plus vive, plus ardente; puis survinrent les auteurs de nouveaux impôts, tous ceux qui se figurent avoir trouvé une panacée pouvant tout guérir et subvenir à tout. De là, depuis de nombreuses années, une maladie presque incurable que nous avons qualifiée d' « obsession fiscale », maladie qui paraît se calmer un jour pour devenir plus aiguë et plus enfiévrée le lendemain.

Cette obsession fiscale a eu pour résultat d'accroître, depuis trente ans les impôts qui grèvent les valeurs mobilières françaises et étrangères. Les droits de timbre par abonnement et les droits de transfnission ont été augmentés; -on a créé une taxe de 3 % sur le revenu, portée ensuite à 4 % sur les valeurs et ù. 8 % sur les lots. Le droit de timbre au comptant a été relevé tant sur les fonds d'Etat étrangers que sur les autres valeurs étrangères n'ayant pas acquitté l'abonnement. Enfin un impôt sur les opérations de bourse a été établi. On a voulu dégrever l'impôt foncier : ce sont les titres mobiliers qui, finalement, ont payé le dégrèvement.

Toutes les variétés d'impôts ont été produites au jour et discutées : impôt sur le capital, impôt sur le ou les revenus, iinpôt sur la rente, impôt global, impôt progressif ou dégressif, accroissement des droits de succession, etc. Malgré toutes les critiques^ malgré toutes les attaques dont elles ont été l'objet, nos quatre vieilles contributions directes, combattues à droite comme à gauche, par tous les partis politiques, ont prouvé leur force de résistance en donnant des résultats chaque année croissants, alors que certaines de nos autres branches de revenus publics causaient de sérieuses déceptions au Trésor. ^

Accroisscmonl des charges ries (Mintribuables.

L'obsession fiscale.

Ses conséquences.

Les charges supportées par les valeurs mobilières considérablement accrues.

naScâreïa"ccoi"- Pendant ces trente années se sont accomplies les frente an*^'^"'^ P^^^ colossales Opérations financières qui aient jamais ' , vu le jour : tout d'abord nos deux emprunts libératoires de 2 et 3 milliards; puis la création d'un nouveau type de rente, le 3 %. amortissable, l'émission de bons du Trésor, obligations trentenaires, quinquennaires, sexcnnaires, à long- et à court terme; les énormes conversions, comme celle accomplie en 1888 en Angleterre par M. Goschen, qui roulait sur un capital de 14 milliards, et, chez nous, celles de l'emprunt Morgan et ensuite des rentes 5 %, 4 1/2 % et 3 1/2 %; les trop nombreux emprunts communaux et départementaux ; les émissions d'obligations hypothécaires et communales du Crédit foncier, puis leur conversion ou leur remboursement anticipé ; les larges appels au crédit faits par les gouvernements étrangers; les émissions et placements d'obligations de chemins de fer et de sociétés industrielles. Enfin, à côté des affaires de crédit qui ont réussi, il faut noter la ruine d'une quantité d'entreprises qui ont causé des pertes nombreuses aux capitalistes et rentiers !

confrîi?,M!lTs u?s Oï^ P6ut dire que, depuis 1870, une véritable révolution mœurs et les lia- g'est accoiuplie daus les mœurs, dans les habitudes, dans ciùres. les coutumes financières, en même temps que dans le

crédit et dans le mode même de « faire » les affaires. Des crises dont on ne soupçonnait pas l'apparition et encore moins la violence ou la durée, ont éclaté dans l€ Les krachs. monde entier. Le mot « krach » a été employé en 1873 pour indiquer la crise qui frappait alors les marchés autrichiens et allemands. Depuis, tous les pays ont eu leur « krach ». La Grande-Bretagne a eu son krach des banques et celui de la maison Baring; les Etats-Unis ont eu les leurs; quant à nous, les affaires Philippart, l'Union générale en 1882, les Métaux et le Panama o>n 1889, la chute retentissante de plusieurs sociétés de crédit comme l'ancien Comptoir d'escompte et la So ûiété des dépôts et comptes courants, etc., indiquent suffisamment que Ie»krachs ne nous ont pas épargnés.

AVANT-PROPOS

On peut dire que, dans ces trente années, le crédit s'est montré sous toutes ses faces en bien et en mal. Il a dévoilé toute sa puissance ; il a connu tous les excès, développé la richesse publique et privée, entraîne aussi la ruine de ceux qui en ont abusé.

Pendant toute cette période, il a fallu encore affirmer sans cesse la valeur de nos rentes françaises et défendre leur intégrité. Nous nous sommes toujours élevé contre les projets qui pouvaient porter atteinte à leur juste valeur et protesté contre toute création d'impôt >ur les rentes nationales, qui aurait pour conséquence de nous placer à la suite des nations peu scrupuleuses dont le crédit est précaire et dont la solvabilité est douteuse.

Aussi avons-nous, à maintes reprises, sévèrement apprécié les pratiques des Etats qui n'hésitaient pas à violer le contrat de leurs emprunts, soit en imposant abusivement leurs rentes, soit en faisant "subir indûment à leurs créanciers des réductions que ceux-ci

talent forcés de subir, sans que l'alternative du remboursement leur fût offerte.

Nous avons, sur ce point, signalé une grande lacune dans le droit public de l'Europe et demandé, à la suite des banqueroutes d'Etats partielles ou totales qui -'étaient produites, qu'on formulât enfin un droit public financier, dont les règles fussent désormais obligatoires pour les nations besogneuses en quête de ressources. Sans doute, on avancera lentement dans cette voie, mais déjà plusieurs jalons ont été posés : l'Institut international de statistique, le Congrès international des valeurs mobilières, se sont préoccupés de cette question et, tôt ou tard, il arrivera certainement que les puissances qui détiennent les capitaux, fixeront une règle pour les rapports financiers internationaux.

Aux finances de l'Etat, se rattachent étroitement les finances des départements et des communes. Les conséquences de nos désastres, la vulgarisation de la pratique des emprunts, la facilité avec laquelle nos grandes

La crédit.

Les renies

frauvaises.

Violation par des Etats étrangers (le leurs contrats d'em prunts.

Droit publie &• nanciereuropéoa réclamé.

Finances départemcnlalc» cl communales.

Contpole cessai re.

et petites villes trouvèrent des prêteurs, ont profondément modifié les conditions financières de nos provinces. De là est née une situation nouvelle qui appelle la vigilance des pouvoirs publics : c'est ici qu'un contrôle salutaire et nécessaire peut être exercé pour éclairer et guider les municipalités peu familiarisées avec les opérations de crédit. Que les communes puissent emprunter avec facilité, c'est là un fait heureux dont on ne saurait se plaindre, mais il faut veiller à ce qu'elles ne compromettent pas leur crédit. Il faut leur apprendre à emprunter le moins possible ; lorsqu'elles l'ont fait, à substituer, dès qu'elles le peuvent, un emprunt moins onéreux à une dette plus lourde; enfin et surtout, à pratiquer un amortissement scrupuleux dont l'Etat, qui par sa nature même y est moins strictement obligé, devrait bien leur donner l'exemple.

consèùsupéHe'ur Pour cxamlucr ces questions, pour préparer la soin jes finances. ^jqj^ ^q çgg problèmes qui réclament une étude et une expérience spéciales, pour éclairer le gouvernement, les ministres, les commissions parlementaires ellesmêmes, sur les difficultés de la gestion des finances publiques et sur les précautions avec lesquelles le crédit de l'Etat doit être mis en jeu, ce ne serait pas trop, croyonsnous, des luniières d'hommes éminents rompus à la pratique des choses de finances et à l'application des vrais principes. Nous avions émis le vœu que ces talents indépendants fussent rassemblés en un conseil supérieur des finances auprès duquel, en toute conjoncture difficile et pour toute opération délicate, le ministre fiit certain de trouver un avis sage, sérieusement motivé et justifié par l'expérience acquise. Ce vœu fut presque réalisé : M. Magne, dont la mort causa de très vifs regrets, préparait une création de cette nature lorsqu'il dut quitter le ministère. Ce précédent ne sera pas oubli(': et quelque jour, nous en sommes convaincu, un administrateur habile et prudent reprendra cette tentative, la mènera jusqu'au bout et s'en trouvera bien.

Si le conseil supérieur des finances n'a pas encore été institué, nous avons le ferme espoir qu'il ne saurait tarder à l'être. Déjà le gouvernement, les différents ninistères qui se sont succédé au pouvoir, ont reconnu la nécessité de faire appel, pour certaines questions spéciales, à des commissions extra-parlementaires. Nous citerons la commission du cadastre, celles de l'impôt sur les revenus, de l'alcool, de la population, des sociétés par actions, le conseil supérieur de statistique, le comité consultatif du cadastre, etc.

Les commis, sions extra-paplementaire^.

Les questions économiques et commerciales ont pris, depuis trente ans, un intérêt capital. Depuis 1892, les progrès qu'avait réalisés la réforme libérale de 1860 ont étf annihilés.

M. Thiers avait deviné la puissance financière du pays, force que nul autre peut-être ne. soupçonnait, et il sut, en grand financier qu'il était, la mettre en jeu d'une manière admirable pour la délivrance finale de la nation. A cet égard, il nous a beaucoup appris à tous; mais, chose étonnante, ce merveilleux esprit était resté absolument étranger à notre transformation, disons plus, à notre révolution économique. Le renouvellement et l'immense accroissement de l'outillage industriel, la vaste expansion de notre commerce, le rayonnement de nos échanges autour de nous, l'émulation que la concurrence étrangère avait provoquée parmi les producteurs, tout cela semblait lui avoir échappé et nous faillîmes alors revenir en arrière.

Ce mouvement de recul fut pendant quelques années enrayé ; il se produisit même un temps d'arrêt. On ne recula pas ; mais on n'avança plus. C'est alors que les protectionnistes eurent le loisir de retrouver des forces très actives; ils déployèrent une très vive ardeur et,

Questions économiques et sociale?-.

Résultats de la réforme de IbW annihilés.

La pi'»(oction.

rôgimo (;(;on(iniiqiic du pays depuis 189-2.

Conclusion de traités de comme ice.

Lutte libre et outillage perfectionné.

Rfitîime des chcmnis de fer.

depuis J892, on peut dire que la protection a été le ré gime économique normal de notre pays. D^îpuis 1870, la lutte a donc été très vive sur ce terrain ei nous devons reconnaître que, malheureusement, nous sommes loin, très loin, aujourd'hui, du régime libéral de 1860.

Nous voudrions que des traités de commerce fussent conclus sur des bases aussi libérales que celles des traités antérieurs, mais il faut aller d'abord au plus pressé et s'efforcer d'atténuer le mal que le régime inauguré en 1892 a fait au pays.

Ainsi, au point de vue international, nous demandions la lutte, la lutte libre ; mais en même temps nous réclamions qu'on mît sans cesse au service de notre industrie et de notre commerce des armes aussi sûres et aussi perfectionnées que celles dont disposaient nos émules et nos rivaux.

Ce plan comprenait le développement de nos chemins de fer et de nos canaux, l'amélioration des voies navigables et des ports ; la construction de nouveaux bassins à flot et de vastes docks. A cet égard, le programme autrefois tracé par M, de Freycinet nous a paru, en quelques-unes de ses parties, plus hardi que nous no l'eussions souhaité, mais il est plus facile de remédier à un excès en ce sens qu'aux dangers d'une abstention ou d'une timidité qui aurait pu être désastreuse.

La question du ré'gime des chemins de fer a été ardemment et passionnément discutée. Qui n'a présent à l'esprit, et la création et la ruine des chemins de fer d'intérêt local ; le désastre du réseau Philippart; le rachat ie la Vendée et des Charentes, etc.; la constitution d'un réseau d'Etat qui, au dire de ses promoteurs, ne devait être qu'une expérience passagère? puis les batailles, qui durent encore, à propos du rachat des grandes compagnies; enfin, les importantes conventions de 1883, si injustement attaquées.

En cherchant à approfondir ces questions dès qu'elles ont été soulevées, nous n'avons pas hésité à nous prononcer pour le maintien du système actuel qui

AVANT-PROPOS

donne satisfaction à tous les intérêts, ceux de l'Etat, du public, des contribuables, et ceux des porteurs de titres qui représentent une part considérable de la fortune mobilière, plus de 20 milliards! L'Etal est d'ailleurs suffisamment armé pour obtenir toutes les améliorations que le public, l'industrie et le commerce peuvent désirer.

Nous avons donc rejeté bien loin non seulement tout rachat partiel ou total des chemins de fer, mais encore toute intervention de l'Etat excédant le juste exercice • lu contrôle et de la surveillance qui sont de son droit et de son devoir.

Nous nous sommes efforcé de démontrer constamment, par des exemples, des faits^ des chiffres, le péril de certaines expériences ou de mesures inopportunes, en matière de fmances, de crédit, d'impôts, d'emprunts, de travaux publics.

R6le (le l'Clal.

Les faits d'ordre purement financier qui intéressent Questions fi à la fois et la richesse publique et les fortunes privées, ont constamment agité l'opinion. Ici, l'abstraction a peu do part, l'exposition des principes est constamment appuyée par les témoignages de l'observation et les indications qui en découlent.

Rechercher et signaler les réformes grâce auxquelles Principes qui

.». . , ,-.,, »,.■ , ,' nous ont guide

peuvent être assurées la moralité des affaires, la regu- dans leur ex*larité des négociations, la sincérité des marchés, la se- ™^°* curit« des capitaux, l'intégrité de la réputation finan cière du pays, tels sont les principes qui nous ont toujours guidé.

A la Banque de France, qui a rendu et rend chaque jour de si grands services à l'Etat et au commerce, nous avons demandé pour le pubUc un accès plus libre, des commodités plus grandes, des formalités moins nombreuses, des avances plus larges, un champ d'opérations plus étendu. Ce que nous souhaitions surtout pour

La Banque de France.

Lo Crédit foncier de France.

Le régime des sociclos anonymes.

cette grande institution, c'est que, par un rajeunissement en quelque sorte continu, elle se trouvât toujours à la hauteur des progrès accomplis et en mesure de défier toute concurrence. Sur bien des points, ces vœux ont été réalisés.

Au Crédit foncier de France, nous demandions une plus grande extension des prêts hypothécaires, un abaissement notable du taux de leur intérêt, un plus grand rayonnement sur la surface du pays, un détachement complet de toute opération extra-statutaire.

Des accidents d'une gravité exceptionnelle, survenus à divers intervalles sur notre marché financier, ont à plusieurs reprises appelé l'attention sur la législation qui régit les sociétés anonymes. Nous avons examiné cette loi de 1867, qui a si prodigieusement vieilli, et signalé à plusieurs reprises son insuffisance, ses lacun^es et ses vices. La faute n'en est pas tout entière aux législateurs qui l'ont élaborée : qui donc, en 1867 et même en 1870, eût pu soupçonner la vaste expansion des forces du crédit qui s'est produite à la suite de nos grands emprunts? Qui donc eût pu prévoir qu'une fièvre si brûlante d'entreprises et de spéculations s'emparerait de tous les marchés européens? Qui eût pu prévoir les désastres de Vienne, les catastrophes de Berlin et de Francfort, les écroulements des grandes, banques étrangères et les sinistres, moins redoutables toutefois, auxquels notre marché a assisté ?

Comment ne pas regarder de très près la situation faite aux capitaux et à l'épargne de la France par la législation des sociétés? Ce que cet examen nous a appris, nous l'avons dit en montrant que, bien souvent sous le régime de la loi de 1867, tout peut être fraude, duperie, mensonge et illusion dans une société régulièrement constituée en apparence, que tout peut y être fictif : le capital social, les apports, les souscriptions, les opérations, les dividendes, tout, absolument tout — fictifs même les actionnaires.

AVANT-PROPOS

Il était utile de demander une plus grande publicité, une plus complète lucidité des bilans des sociétés françaises et étrangères; la communication des comptes et des rappoj'ts annuels en temps opportun, avant la convocation des assemblées générales; une représentation plus large et plus l\dèle des actionnaires dans ces assemblées.

C'était ce même souci des intérêts du public qui nous faisait désirer une revision des conditions d'admission des valeurs à la cote officielle de la Bourse de Paris. Il nous semblait qu'il fallait choisir l'une ou l'autre alternative : la liberté absolue ou une sélection plus attentive. Il faut tout admettre indistinctement à la cote ou se montrer plus exigeant avant de délivrer à des valeurs nouvelles un certificat de notoriété qui, c'est là un fait indéniable, influe certainement sur les résolutions des capitalistes.

Il est enfin de nombreuses questions soulevées dans le cours de ces trente dernières années, qu'il a été opportun d'exposer et de discuter : législation des marchés à terme, organisation des marchés financiers, monopole des agents de change, lois fiscales concernant les valeurs mobilières ou le marché lui-même.

En dehors des questions de doctrine et d'application, il convenait de s'attacher à traduire aussi fidèlement que possible la signification des événements importants et de préciser avec exactitude la situation réellp du marché, chaque fois du moins qu'elle pouvait paraître douteuse et donner lieu à des appréciations erronées ou à des craintes irréfléchies. Grises, paniques, entraînements, enthousiasmes exagérés, désarrois subits, hausses passagères ou persistantes, ont offert un large champ d'observations faites en vue des enseignements qu'on en pouvait tirer.

Admissions des valeurs à la cote officielle.

Organ i nation du marclie ttuiukcier.

Situation do marcfjé. Cours.

Kvénemonts qui ont molivé leurs mouvements.

Études poursuivies sans pi'éoccupalions politiques.

Conclusion.

Dans toutes ces revues annuelles, nous avons sévèrement écarté toute préoccupation politique.

A peine, çà et là, avons-nous, dans ces chroniques périodiquement publiées, noté en quelques lignes destinées seulement à en marquer l'existence, tantôt un fait considérable, tantôt une date importante. Nous n'avons voulu que constater, dans la mesure strictement nécessaire et en dehors de toute appréciation des hommes et des partis, l'influence que certains événements politiques ont exercée sur la situation financière du pays, sur les dispositions de notre marché, sur les cours de nos fonds publics.

Aussi n'est-ce pas sans quelque hésitation que nous nous détachons de cet ouvrage qui représente pour nous la somme des efforts tentés pendant une période déjà longue. Nous eussions pu intituler exactement ce livre : Trente années d'études, études poursuivies avec le seul désir de dire la vérité, sans aucun parti pris, guidé uniquement par le souci de dissiper l'obscurité qui plane encore sur tant de questions capitales.

En jetant un regard en arrière sur ces années parcourues, sur les problèmes étudiés et les matières agitées, on reconnaîtra que bien des progrès ont été accomplis et des réformes réalisées : mais on reconnaîtra aussi que le but est loin encore et qu'il reste beaucoup à faire pour l'éducation économique et financière du pays; et nous ne parlons pas de son éducation politique, ni des événements qui, dans cet ordre, ont si profondément agité le pays!

Le découragement serait certes permis à qui n'aurait pas une foi inébranlable dan.^ la puissance du vrai et le résumé de ces trente années serait peu fait pour ranimer les espérances. Que de temps dépensé en luttes stériles, en discussions vaines, en récriminations oiseuses, en représailles funestes! Que de semaines, que

AVANT-PROPOS 17

de mois sacrifiés aux animosités de partis, aux rancunes politiques, aux resseutiments personnels! Et combien peu de jours consacrés au travail sérieux, aux iiscusslMis fructueuses, aux délibérations graves mais

lofitables!

Quelle œuvre législative et administrative à accom plir; que de questions soulevées, posées, presque jugées même! Et combien peu de solutions! Quel petit nombre de pas faits dans un tel chemin!

Serait-ce que la pensée en France se fût épuisée et appauvrie? Non; car pendant ce laps de temps, on a beaucoup pensé, remué beaucoup d'idées, formé beaucoup de projets, exposé bien des théories et bien des systèmes. Les intentions ont été meilleures et plus sincères que les volontés n'ont été fortes. On a tout abordé, tout effleuré ; on n'a pas achevé. Tout ou presque tout de ce qui importe le plus à la nation reste interrompu.

La nation a été vraiment admirable de courage, de patience, de résignation. C'est grâce à son travail, à ses efTorts, à son économie que tant de milliards ont pu être payés, tant d'impôts levés et recouvrés avec une régularité et une ponctualité surprenantes. Elle a vaillamment supporté le surcroît des charges anciennes et toutes les charges nouvelles que lui avaient imposées ses désastres et ses déchirements. Grâce à ses sacrifices, notre armée a pu être reconstituée, la défense de notre territoire réorganisée. Elle n'a trahi ni par des plaintes, ni par des murmures, les souiïrances, les privations subies pour faire face à de si dures obligations. Elle a assuré sa propre libération, ranimé, accru même son crédit, qui est aujourd'hui un des premiers du mande et qui lui a permis de devenir, en quelque sorte, le commanditaire de presque tous les pays en leur prêtant des capitaux considérables, milliards sur milliards, sans compter ceux que des débiteurs malheureux ou de mauvaise foi lui ont fait perdre. Elle a rehaussé encore sa \ieille et glorieuse réputation de

probité et de fidélité à ses engagements. Elle ne doit rien à personne autre qu'à elle-même.

La rente, qui est l'expression du crédit de l'Etat, a atteint et dépassé le pair et se tient tout en haut de l'échelle des cours des fonds publics des autres pays, en même temps que ses capitaux disponibles et ses épargnes se sont accrus dans des proportions qu'on n'aurait jamais pu entrevoir et qui auraient été plus considérables encore si nous n'avions eu parfois à souffrir de nos propres dissensions.

uendre^°de'^ïa ^^ Uvve ne se fermera donc pas sur un regret, mais France. sur uuc espéraucc : car on peut tout attendre d'un tel

peuple, capable de racheter si noblement ses erreurs ou ses fautes, capable d'un effort prolongé et constant, d'un relèvement si prompt et si puissant. Il peut voir parfois ses vœux méconnus, ses désirs et ses destinées retardés ; mais, quelque jour, son génie finira par triompher de l'insuffisance des hommes et de la résistance des événements.

Alfred Neymarck.

On se souvient de ce qu'était la France au commence- ^S'tnationandé-

but de lannee.

ment de 1872. Six mois a peine s'étaient écoulés depuis la défaite d'une épouvantable insurrection qui avait ajouté tant de ruines à toutes celles que l'étranger avait faites. Six mois! Qu'est-ce que six mois dans la vie d'une nation? Etait-ce assez seulement pour que la nôtre eût pu se retrouver et renaître à l'espoir ? Cependant ces quelques mois avaient suffi pour que le courage se ranimât partout; pour que partout, sans plus attendre, on se remît à l'œuvre. La France laborieuse commençait à racheter par le travail les maux qu'avaient causés le«- haines de partis. La politique semblait être le moindre de ses soucis : un jour avait suffi aux représentants du pays pour établir une '-onstitution rudimentaire, renfermée tout entière dans quelques lignes et qui pourtant suffisait amplement à toutes les nécessités gouvernementales. On se fût contenté de moins encore pourvu que l'ordre se maintînt et que l'on pût travailler en paix. Déjà la souscription d'un emprunt de deux milliards avait prouvé que notre crédit était resté '

intact et nous avait rendu un peu de ce prestige que la fortune des armes nous avait enlevé.

L'année qui s'ouvre paraît donc devoir être consacrée tout entière aux affaires, à la production, à l'acquittement des char;?es énormes que nous a léguées

la guerre. On doit, avant tout, rétablir Téquilibre du budget, créer de nouvelles ressources et, après avoir réorganisé nos finances pour affermir notre crédit naissant, reconstituer l'armée, chargée d'assurer -le maintien de l'ordre, et l'administration qui réclame de promptes réformes.

Discussions fl- L' Assemblée nationale justifie les espérances du nancieres. pays. Le mois de janvier 1872 est consacré presque

exclusivement à la discussion des lois financières, à l'examen de nos intérêts les plus graves.

La recherche ^ tout prix il faut dc l'argent. On a versé deux mil-

de nouveaux im- ^ "

pots. liards à la Prusse, il en reste encore trois à payer, sans

compter ceux que nous avions dépensés nous-mêmes pendant la guerre, ceux que l'insurrection nous avait coûté. On croit devoir recourir à l'impôt. Mais quel nouvel impôt va-t-on frapper? Alors on étudie, on discute avec ardeur, avec passion, tous les projets en présence : impôt sur les patentes, impôt sur la propriété foncière, impôt sur le revenu, sur le capital, sur le chiffre des affaires, sur les livres de commerce, sur les valeurs mobilières, sur les matières fabriquées, sur les matières premières.

Ces débats n'ont pas toujours donné les résultats que nous eussions désirés et nous n'avons point ménagé les critiques à plusieurs des projets votés; mais, quelle qu'en fût l'issue, ces discussions étaient les seules qui pussent être utiles; si passionnées qu'elles fussent, elles ne pouvaient engendrer qu'une agitation heureuse et féconde. Et, tant que les députés de la France se sont bornés à de telles luttes, ils ont bien et véritablement été l'expression de la majorité de la nation. Limpôtsuries Lc jour même où une discussion de ce genre déter-

naatieres prenne- . °

res. Crise gou- minait uttc CHSc gouvomementale (20 janvier) avec quelle satisfaction n'écrivions-nous pas ces lignes :

c Nous savons maintenant ce qui passionne la nation. Ce ne sont plus, Dieu merci, les questions palitiques, constitutionnelles ou autres, mais les questions d'affaires; quel contraste entre l'animation déployée, sur

tous les points du pays, à propos des matières premières, et l'indifférence avec laquelle sont accueillies les propositions touchant à la politique purement théorique, purement dogmatique, si nous pouvons nous exprimer ainsi? »

Cette sollicitude ardente pour les intérêts de la ,es^^uauTi'"c!é France ne s'éteint pas tout à coup et si, par intervalles, ^°™™®'"*^®' '® la politique fait encore irruption dans les débats parlementaires, on doit néanmoins reconnaître que les trois premiers mois de Tannée 1872 sont presque entièrement consacrés aux affaires : discussion sur les traités de commerce, examen du budget ; amendement Raudot; discours pacifique de M. Thiers, le 30 mars.

Commencée sous de si favorables auspices, cette année va malheureusement se poursuivre à travers les querelles de partis et de stériles agitations parlementaires.

Discours de M.

Thiers (30 mars).

Les représentants, après les laborieuses discussions vacances par-

j, ~. . , , , . „, lementaires.

daiïaires, se séparent pour quelques jours. Chacun d'eux va, suivant une expression consacrée, « se retremper dans le sein des populations » dont il lient son mandat. Les conseils généraux élaborent consciencieusement et dans le plus grand calme, sauf quelques rares exceptions, toutes les questions d'intérêt local et départemental. L'ordre règne partout et les esprits semblent apaisés.

C'est alors que le discours d'Angers, prononcé par Discours de

M/~< ™i, 11 ,■■,,.. '^ M. Gambetta k

. uambetta, commence une série de discussions qui. An-ers.

après avoir beaucoup agité les provinces, soulèvent litfqS!"'"^ ^"^ ensuite dans le sein de l'Assemblée les passions les plus ardcnte-s, les colères les plus funestes. Les partis se réveillent et leurs fréquentes collisions vont, à des intervalles, hélas! trop rapprochés, interrompre le travail de la nation, compromettre l'ordre et arrêter le mouvement des affaires. Désormais, dans les débats

législatifs, et dans ceux mêmes qui doivent exciter le

moins l'humeur des partis, la politique interviendra

à tout propos.

guerre^*^^ ^* '* ^^ l'éprouvc lors de la discussion des marchés. Que

Accusations de de récriminations le discours du duc d'Audiffret-Pas-

parti.

quier ne soulève-t-il pas? Que d'accusations, et des plus honteuses, les partis ne se jettent-ils pas à la face? Il semble que personne ne doive sortir pur de cette affreuse échauffourée où les hommes politiques s'attribuent mutuellement des fraudes infâmes que des fripons de bas étage ont seuls commises.

!?an^sauo*n "^^"dë ' ^^ ^^ rappelle encore combien fut passionnée la disrarmée. cussiou du projct de loi sur la réorganisation de l'ar-

. Intervention , ^ ,■ , ,. , , ^ rx,, ■ ,,

de Thiers. méc. L mtcrveution de M. Thiers en cette circonstance

soulève pour la seconde fols les plaintes, si souvent reproduites depuis, d'un grand nombre de députés qui se croient pour ainsi dire violentés par la présence du président de la République au sein de l'Assemblée.

biée""*^^ t'"''"- A dater de cette époque la politique ne nous fait plus grâce; il semble que, dans la situation difficile entre toutes où se trouve le pays, le génie du mal se plaise à multipher les obstacles déjà si nombreux devant nous, à seconder nos pires ennemis en enflammant les esprits, en ranimant les haines encore vives, en arrachant le pays aux affaires, au labeur, au repos.

cafés 'du'9 fuhi." Voici Venir les élections du 9 juin. Plusieurs dépar-

conséquences. tcmcuts sout, pendant quelques jours, en proie à une émotion inexprimable, à toutes les ardeurs de la lutte électorale la plus acharnée. Qu'en sort-il? Des élections radicales. Le parti conservateur se trouve bouleversé, le monde des affaires inquiet, la Bourse, ce thermo- ' . mètre de la confiance publique, ébranlée, anxieuse. Les conservateurs sont pris de panique; une démarche est tentée auprès de M. Thiers afin de déterminer des réformes constitutionnelles qui ferment pour quelque t&mps la porte aux ambitions des radicaux. Le chef de l'Etat les regarde comme inopportunes. L'incertitude persiste; l'inquiétude générale ne fait que croître.

Et cela dans les circonstances les plus déplorables : à la veille d'un emprunt énorme dont la nécessité est, pour tous, depuis lon^emps démontrée ; à la veille d'un traité avec l'Allemagne pour lequel les négociations deviennent d'autant plus pénibles et d'autant plus délicates.

Chose remarquable, tant de perturbations, tant de crises successives qui semblent accumulées contre nous, moins encore par la fatalité que par l'imprévoyance des hommes, n'ont pas eu les conséquences graves qu'on pouvait redouter.

Tous les marchés de l'Europe se trouvent dans la situation in-

^ certaine des mar-

situation la plus incertaine. ; il eût été logique de pré- chés financiers

. , . . . » , Ti 1 européens.

voir que le nôtre subirait les mêmes épreuves. Il s en est à peine ressenti. On peut dire qu'au lendemain de ses désastres, la France a triomphé et des discordes de l'intérieur et des dangers du dehors. Tout nous a réussi presque malgré nous, malgré nos fautes, malgré les erreurs des partis, malgré l'égoïste ambition de leurs chefs.

L'Allemagne, que nos luttes politiques eussent dû ,.jjiemi^ne*\nî rendre si défiante, si réservée, l'Allemagne conclut avec ticipant révacuanous un traité qui permet d'alléger dans un terme prochain les charges des provinces occupées et de les délivrer de la présence de l'ennemi. Des impôts longtemps repoussés et qui répugnent à la majorité sont votés. On se croit encore assez fort, assez sûr du crédit de la France pour demander à son épargne, aux capitaux du monde entier, la somme énorme de trois milliards et demi!

Cet emprunt est couvert douze fois. Là encore, cepen- Emprunt de

. . ., .r , -^ - , 3 milliards el

dant, des fautes ont été commises. Le chiffre inoui des demi, couver -

souscriptions inspire presque de l'effroi. Les conditions

faites aux banquiers étrangers, à la spéculation, aux

dépens des souscripteurs nationaux soulevaient des

doutes sur la réalité du résultat. De quelles craintes

le monde financier n'était-il pas assailli ? Et quels rc-

grets étaient exprimés à raison du mode d'émission que l'on avait choisi?

En dépit de ces regrets, en dépit de ces craintes, cet emprunt s'est classé. Les versements sont effectués régulièrement, les anticipations sont nombreuses. L'épargne, que l'injustice qui lui avait été faite, n'a point découragée, rachète chaque jour les rentes qu'elle n'a pu souscrire et, pour la seconde fois, la France laborieuse, la France économe, remporte sur le terrain des affaires une victoire éclatante, bien faite pour satisfaire son amour-propre.

Il est permis de se demander s'il faut plus s'étonner des effroyables désastres subis par la nation ou des prodigieux efforts qu'elle a accomplis pour relever son crédit, faire honneur à ses engagements et retrouver les sources d'une prospérité qu'on croyait à jamais éteinte (1).

M. Thiers s'installe à Paris.

Vacances parlementaires

Entrevue des Irois empereurs à Berlin.

Cependant, après ce triomphe financier dont on fait les honneurs à la République, les vacances de l'Assemblée semblent assurer au pays trois mois de calme, trois mois pendant lesquels après avoir retrouvé l'espoir, on va travailler courageusement et se remettre de tant d'émotions. On aura enfin le repos, un repos laborieux d'ailleurs.

De sa retraite de Trouville, M. Thiers continue à expédier les affaires et, bientôt, le président rentre à l'Elysée, témoignant ainsi de sa confiance dans l'esprit de la capitale.

Les événements du dehors, si menaçants qu'ils puissent paraître pour la France, détournent à peine son attention et l'entrevue des trois empereurs à Berlin réussit à peine à alimenter pendant quelques jours la presse parisienne.

(1) Voir notre étude sur Lu milUards de la guerre, in-8*, 18*74.

Le 26 septembre, dans une harangue qui a un grand retentissement, M. Gambetta fait un exposé de ses doctrines. Ses paroles, bientôt répétées, réveillent partout les passions endormies et les craintes déjà calmées. La Bourse en éprouve une grande inquiétude ; les rentes baissent, le 5 % de 40 centimes et le 3 % de 75.

Pendant ce temps dautres manifestalions ultra-républicaines se produisent sur d'autres points; à Nantes ont lieu des scènes déplorables qui montrent combien il entre d'intolérance dans les esprits si prompts à revendiquer pour eux toutes les libertés.

C'en est fait du travail, c'en est fait des affaires; la politique nous déborde. C'est un prince de la famille déchue qu'on arrête et qu'on expulse. Ce sont les élections du 20 octobre dans lesquelles les républicains conservateurs et les radicaux s'attribuent tour à tour la \ictoire. Ce sont surtout les orages que déchaîne, au sein de l'Assemblée réunie de nouveau, le message présidentiel. Il y a, en effet, deux parties bien distinctes dans ce document : la première, est vraiment rassurante; elle nous encourage, en nous montrant le tableau des efforts accomplis, des résultats obtenus, de la délivrance poursuivie avec ardeur et presque entièrement réalisée ; la seconde, au contraire, nous éloigne des préoccupations calmes, sages et fécondes, elle nous rejette en pleine tempête et, posant la question constitutionnelle, rallume les ambitions, les passions et les haines.

L'esprit de conciliation disparaît; de part et d'autre les exigences sont plus absolues que jamais. La droite \ veut que M. Thiers réitère publiquement le blâme déjà infligé au discours de Grenoble. La gauche maintient énergiquement toutes ses prétentions. Une nouvelle crise gouvernementale éclate; la majorité se désagrège; la discorde triomphe partout.

C'est trop peu encore. Les affaires languissaient : il faut qu'elles cessent conaplètement; l'activité et le tra-

Disconrs de M. Gambetta i Grenoble. Inquiétudes générales.

Manifestatioas ul tra-rcpablicaiaes.

Expulsion du prince Napoléon.

Message pré»

âidentiel.

Nouvelle crise gouveraementale.

L'Assemblée nationale sp ressaisit. Fin de l'agi tatioB.

vail sont encore trop prospères : il faut les arrêter tout à fait : la campagne de la dissolution commence. Heureusement l'ancienne majorité a réfléchi, elle s'est ralliée et se retrouve tout entière et compacte pour combattre les agitateurs; elle hâte le dénouement de cette lutte stérile et ce dénouement est pour elle une victoire. Heureuse victoire qui rend au pays, sinon ce calme impossible à atteindre et toujours vainement poursuivi, du moins un peu de tranquillité et d'espoir. Nos représentants accordent enfin quelques heures aux questions financières, à ces questions qui nous dominent de si haut et qu'on oublie parce qu'on s'acharne à regarder en bas.

Ainsi finit l'année, triste fin et qui nous laisse mécontents, mécontents de tous, mécontents de nousmêmes; irrités de la coupable violence des uns, de la complaisance des autres et honteux de notre propre faiblesse.

Nous n'avons Si uous u'avous pas mauqué de courage, si l'amour r.fpay^s'auendau du travail ne nous a pas abandonnés, nous avons trop de nous, souvout cédé à de funestes passions. Au lieu de nous

réunir pour l'œuvre commune, nous n'avons pas suffisamment évité tout ce qui pouvait nous diviser. C'est là cependant qu'était le devoir de tous,

Sommes-nous Qu UOUS accuscra, pcut-êtrc, d'avoir dans l'exposé

Iroppessimisles. . , ,,,,-,,,

rapide que nous venons de présenter des efforts, du :, . >--' .■ labeur, et des défaillances de Tannée 1872, d'avoir mon- ■ ■■•'- -'^ tré sous un jour trop sombre les événements purement politiques et de leur avoir prêté, à tort, une trop grande influence sur les affaires, sur la prospérité de la nation, sur l'esprit général même du pays.

-En somme, dira-t-on, ce ne sont là que des appréciations personnelles et, pour qu'elles aient quelque poids, il faudrait qu'elles eussent une valeur concrète, .^ ..: .; positive, représentée par des faits, mieux môme que

par des faits qui peuvent être diversement interprétés, par des cliifîres.

En un mot, pour bien connaître l'étendue des dom- frâ'*°vo!rie*'dS mages que la politique a causés aux affaires, il faut les montrer, traduire dans le langage clair et irréfragable des affaires. Après tout, il est bon de calculer la part de responsabilité que chacun doit avoir dans les épreuves difficiles qu'a traversées la France.

C'est ce travail que nous allons faire, travail assez ^''^ ^^ *8^aride, mais qui mérite toute l'attention de nos lecteurs. Ce sera notre conclusion et l'on devra y voir le bilaji scrupuleux et exact de l'année 1872.

Notons d'abord les résultats généraux qui sont carac-

Marché fln:ii.

cier.

téristiques entre tous :

Au mois de janvier 1872 le 3 % atteint le cours de ^^^ ^^' 57.25; il est aujourd'hui à 53.fô. Il a baissé de 3 fr. 60.

Au mois de janvier 1872, le 5 % a été coté jusqu'à 91.75, il s'est élevé en février jusqu'à 92 fr. 30. — Le 5 % de l'emprunt nouveau, c'est-à-dire celui dont le cours est le plus haut, est aujourd'hui à 87.95, soit sur le cours de janvier 1872 une baisse de 3 fr. 80, soit sur celui de février 1872 une baisse de 4 fr. 35.

Ces variations sont énormes si l'on considère qu'elles ont été subies par les deux valeurs qui, étant les régulatrices du marché, devraient être les plus fixes.

Mais à quoi attribuer de pareils mouvements et une telle dépréciation de nos fonds nationaux?

La situation générale du pays estrclle moins heureuse, moins prospère qu'au commencement de l'année qui vient de finir? Non assurément. . .Nous avons fait face à tous nos engagements, triomphé d'obstacles que nos ennemis croyaient sans doute presque infranchissables. L'activité de notre industrie, de notre commerce, est assurément bien plus grande qu'il y a un an.

Quelle est doncla cause de cette perturbation financière?

Elle est tout entière dans la politique, qui est venue

frapper à coups répétés sur notre marché financier, qui l'a lassé, épuisé, écrasé, et qui, à force d'émotions successives s'ajoutant aux difficultés financières, lui a inspiré une défiance, une incertitude, presque aussi vives qu'au lendemain de la Commune.

Et que l'on ne croie pas que nous exagérions : Au mt)is de juin 1871, le 3 % était coté jusqu'à 53.80. A quel cours est-il aujourd'hui? Il parvient à peine à dépasser 53,65.

Mais l'action de la politique sur le marché, au milieu de tant de causes complexes, a-t-elle été si décisive? On peut chercher à le nier.

Entrons dans les détails. Prenons les principaux faits politiques qui se sont accomplis en 1872. C'est faire, à vrai dire, l'histoire financière de cette orageuse année. Nous verrons bien si les événements ont exercé une influence sensible sur le marché. Et nous le répétons, qu'on ne se laisse point rebuter par l'aridité que présentent les chiffres.

Le 19 janvier 1872 la discussion sur les matières premières détermine une crise gouvernementale des plus graves.

La veille, c'est-à-dire le 18 janvier, le 3 % est à 56.60; le lendemain de la crise, c'est-à-dire le 20 janvier, ce même 3 % descend à 56.45 donnant un écart de 0 fr. 15.

Le 18 janvier le 5 % est à 91 50

Le 20, il est à 91 jq

Baisse 0 40

Et le marché tout entier s'en ressent.

Principales Dcscendous aux autres valeurs :

valeurs.

Le 18 janvier 1872 les actions de la Banqne de France sont à. 3.660 Le 20 janvier, à 3.600

Baisse 60

Le 18 janvier, l'emprant de la ville de Paris (1811) est à 254 00

Le 20, à 253 50

Baisse 0 30

Le 18 janvier, les actions du Crédit foncier sont à • 940

Le 20, à 915

Baisse 23

Le 18 janvier, les obligations 4 % du Crédit foncier sont à . . . 46*! 50 U 20, à 460 00

Baisse 7 30

Le 18 janvier, les obligations 3 % du même établissement sont à 425 Le 20, à. 420

Baisse... > 5

Le 18 janvier, les actions du chemin de fer de l'Est sont cotées 498 00 Le 20 496 23

Baisse 1 75

Le 18, les actions du Lyon sont à 8"0

Le 20, elles retombent à 835

Baisse 13

Le 18, les actions de l'Orléans sont à 848 75

Le 20, à 842 30

Baisse 6 33

L'influence de la politique est-elle évidente? Et qu'on note bien une chose, la Bourse est beaucoup plus affectée par les mauvaises nouvelles qu'elle n'est rassurée par les bonnes. Elle est beaucoup plus facile à effrayer qu'à réconforter. Mais, quelles qu'elles soient, les émotions parlementaires l'agitent toujours.

Prenons en suivant l'ordre chronologique, après ua événement inquiétant, un autre plus favorable; nous voulons parler du discours pacifique prononcé le 30 mars par M. Thiers. Les fluctuations sont moindres, mais elles n'en sont pas moins sensibles :

Le 30 mars 1872, le 3 % est à 53 75

Le 1" avril, il est à ,. 55 85

Hausse 0 10

3d FINANCES CONTEMPORAINES

Le 30 mars, le Morgan est à 815 00

Le 1" avril, à - , 517 50

Hausse 2 50

Le 30 mars, les actions du Crédit foncier soDt à %0

Le 1" avril, à 925

Hausse 5

Le 30 mars, les actions de la Banque de France sont à...,,... 3.725 Le l" avril, à 3.730

Hausse 25

Le 30 mars, les titres de la Banque de Paris sont à 1 .216 25

Le l*"" avril, ils montaient à 1.222 00

Hausse 3 75

iuhi'^*'"°"^ <ïe Un des mois où la politique a certainement jeté le plus' de trouble sur la place est celui de juin, au cours duquel ont eu lieu les élections qui furent un triomphe pour les radicaux (9 juin)^ tandis que les tentatives constitutionnelles se poursuivaient, entretenant partout l'incertitude. Aussi les résultats de ce triste mois sont-ils des plus démonstratifs.

Rentes Iran- Le 1" juin, le 3 % était à 5.5 85

çaises, ^^g jj, juillet, il retombe à 53 90

Baisse 1 95

Le 1" juin, le 5 % était à 86 93

Le 1" juillet, à 83 00

Baissé 1 95

Principales Tous Ics autrcs fonds suivent le mouvement :

valeurs.

Le l*' juin, les actions de la Banque de France étaient à 3.723 00

Loi"' juillet, à 3.525 00

' Baisse.* 200 00

Le l"" juin, lô Comptoir d'escompte était coté 675 00

Le 1" juillet, il retombait à . 653 75

Baisse 2125

Le 1" juin, le Lyon se cotait 843 00

Le 1" juillet, il était à ........ .^__8iaT3

Baisse 26 25

Le I*' juin, le Midi se cotait 613 75

Le 1" juillet, il retombait h 597 "5

Baisse 16 00

Le 1" juin, le Nord éUit à 992 60

Le 1" jaillet, à 970 00

Baisse 22 50

Le 1" juin, l'Orléans était coté 828 75

Le 1" juillet, il était à . . ." 807 50

Baisse il 25

Après l'emprunt nos députés se séparent et, pendant „emenuil°"^'~ deux mois, on n'a plus à compter avec les agitations parlementaires; mais M. GambettcU prononce son discours de Grenoble, et les cours des diverses valeurs, qui s'étaient assez bien tenus dans cet intervalle, reprennent leur marche rétrograde. Le 3 % qui, le 2G septembre, était à 53.70 retombe le 30 à 52.95; le 5 % qui, le 26 septembre, était à 87 retombe, le 30, à 8') fr. 60.

Les vacances parlementaires s'achèvent; voici l'Assemblée réunie de nouveau. Aussitôt la politique reprend tous ses droits et sévit plus rigoureusement que jamais. Dans son message, M. Thiers ressuscite la question constitutionnelle; les interpellations sur lé disccurs de Grenoble désagrègent la majorité; une nouvelle crise éclate. L'effet de ces luttes se traduit de la manière suivante dans le court espace du 31 octobre au 19 novembre :

Le 31 octobre le 3 % était à 53 lO

Le 19 novembre, il est à 52 85

Baisse 0 i3

Le 31 octobre le 5 % était à 87 30

Le 19 novembre, il est à 85 70

Baisse 160

Le 31 octobre l'Orléans se cotait 815

Le 19 novembre, il est à 805

Baisse 10

Le 31 octobre, l'Est était à 536

Le 19 novembre, il est à 503

Baisse 31

Le 31 octobre, le Lyon était à. 84a.

Le 19 novembre, il est à 820

Baisse 25

Le 31 octobre, la Société générale est au cours de 575

Le 19 novembre, elle est à 560

Baisse 15

Le 31 octobre, le Comptoir d'escompte est coté 615 00

Le 19 novembre, il retombe à 601 25

Baisse 13 75

La démonstration, est complète.

Conclusion. Au lieu de conclure par des phrases, nous concluons

par des chiffres et ces chiffres, à vrai dire, racontent, bien mieux que nous ne l'eussions pu faire, l'histoire de l'année qui vient de s'écouler. Ils renferment en eux et mettent en évidence tous les enseignements que nous devons tirer des faits accomplis. Tâchons d'en profiter.

Naguère, à l'ouverture d'une session législative, on s'écriait : c'est une « session d'affaires ». Nous n'avons pour l'année qui vient de s'ouvrir qu'un vœu à former : Que l'année 1873 soit une année d'affairesl

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