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DÉCEPTIONS ET SPECULATION

extraordinaires; le nouveau ministre des finances, M. Doumer, arrivé au pouvoir dans un momçnt des plus difficiles, a su immédiatement, par son activité, son intelligence et la netteté de ses décisions, se concilier de» nombreuses sympathies à la Chambre et dans le monde financier. A l'extérieur, la situation mérite la . situation cx'<i-

neure truabico.

plus grande vigilance; la paix européenne est menacée .1 la fois par les troubles d'Orient et par le conflit entre ' ^ Etats-Unis et l'Angleterre.

Au point de vue commercial, quelques signes de I -prise des affaires se sont manifestés. Cette reprise, amsi qu'en témoignent les recettes des chemins de fer et les achats plus nombreux de matières premières lu'cessaires à l'industrie, a été de courte durée et arrê- ' ■ par la crise du niarché financier.

Au point de vue budgétaire, nous avons à rappeler jFmancca po-

, e des impôts nouveaux ont été nécessaires pour assurer l'équilibre. Malgré les efforts faits par le gouvernement et la commission du budget pour les enrayer, les dépenses publiques augmentent en même temps que ■ = revenus privés diminuent.

Les chiffres que nous avons récemment publiés,

; traits de documents officiels, en sont la, preuve. Depuis trois ans, de 1891 à 1894, la diminution des revenus procurés par les valeui*s mobilières s'élève, sans compter ]-'- 68 millions de la conversion de la rente française et It s réductions produites par les conversions de fonds • Mangers, à 123 millions, correspondant à un capital 3 milliards. Les dépenses budgétaires ont augmenté .ie 200 millions. C'est, au bas mot, 400 millions qui font maintenant défaut aux rentiers, qui voient leurs ressources annuelles s'émietter et se rétrécir chaque année dr-ns leurs mains.

Au point de vue économique, le renouvellement du privilège de la Banque, la liberté commerciale, restent en suspens.

Le protectionnisme, il est vrai, a subi une première

Conséquences né fastes du protectionnisme.

La question monétaire.

atteinte par la reprise des relations avec la Suisse, mais ses nombreux partisans ne sont pas prêts à reconnaître leurs erreurs.

Les droits de douane devaient, d'après eux, remédier à toutes les souffrances. Ecoutez les plaiHtes des agriculteurs ; jamais peut-être elles n'ont été aussi vives, car jamais les céréales n'ont été vendues plus bas. Le prix du quintal de blé a baissé de 26 francs, en décembre 1891, à 21 francs en 1892, 20 francs en 1893, 17 fr. 50 en 1894, 18 francs en 1895. Gomme ces prix' sont encore supérieurs à ceux des marchés étrangers, « la protection accordée à la culture des céréales et, à celle du blé en particulier, représente, pour les consommateurs, un sacrifice de 300 millions de francs environ (1). » Le consommateur paye son pain, sa viande, tout ce qui lui est nécessaire pour vivre, aussi cher que par le passé. Si les droits protecteurs ont procuré des ressources au budget, ce sont les consommateurs, y compris les agriculteurs, fermiers et paysans, que les lois de douane ont cru protéger, qui les payent.

Le régime protectionniste devait enrichir les industriels et. les commerçants d'autant plus que les agriculteurs seraient plus et mieux protégés : tous souffrent et se plaignent. Interrogez les chambres de commerce, les chambres syndicales, parcourez les grands centres industriels : partout on vous répondra que l'expansion commerciale et industrielle au dehors est entravée par les tarifs protecteurs.

Est-ce la réforme monétaire, la libre frappe de la monnaie d'argent, qui maintenant, ainsi que le prétendent les protectionnistes, devra sauver nos paysans? Nous voudrions bien le croire, mais nous en doutons beaucoup. « La monnaie, comme le disait autrefois Michel Chevalier, ne remplit jamais mieux son office

(1) Voir les Études d'économie rurale de M. Zolla, professeur à l'Ecole de Grignon, in-8', Masson, éditeur.

1S95. — DÉCEPTIONS ET SPÉCULATION :ibo

que lorsqu'elle ne fait pas parler d'elle ». Nous trou- N lins qu'on en parle beaucoup trop.

La libre frappe de l'argent, comme l'a démontré ma-

^tralement M. Léon Say (1) avec une abondance et une force d'arguments qui n'ont pu être réfutées, est

icore uno- illusion qui s'ajoutera à tant d'autres.

Ilentiers, contribuables, commerçants, industriels, agriculteurs, verront sans regrets disparaître l'année 1895 : diminution des revenus, accroissement des impôts, réduction des bénéfices, souffrances générales aussi âpres, tel a été son lot.

Le mal d'autrui n'est pas une consolation, mais les Les pays étran-

,, ,, '±' • !' i géra ne sont pas

pays étrangers n ont pas et« mieux partages que le mieux partages nôtre. Partout, ont surgi des difficultés intérieures ou **"^ '* ^'^"•■*'- ! xtérieures qui ne sont pas encore aplanies; partout, if en Angleterre, nous trouvons une situation financière embarrassée.

L'Allemagne se débat contre le socialisme et ne perd Le socialisme pas lie vue les événements extérieurs; l'Autriche-Hon- ^"Léduaîfs^^'en grie lutte contre le dualisme des deux empires, que gdietc.^^ "'*""" soulèvent à chaque instant des incidents, en apparence insignifiants ; l'Italie ajoute à ses difficultés financières les inquiétudes et les échecs de Sci politique coloniale; l'Espagne épuise ses ressources pour maîtriser l'insurrection de Cuba; la Grèce, la Serbie n'ont pu encore se mettre d'accord avec leurs créanciers; la Turquie, avec les troubles à Constantinople et en Arménie, suscite de vives appréhensions pour le maintien de la paix européenne. Pour finir l'année, un conOit aigu surgit entre l'Angleterre et les Etats-Unis. Les valeurs américaines, chemins de fer, actions et obligations, s'effondrent brusquement. Les marchés de New-York, de Londres, de Vienne, de Berlin, sont en

(11 Voir létude sur Le Bimétallisme, publiée par M. Léon Say dans le Journal des Débats (28 et 29 mars l89o, .

panique; la diplomatie cherclie à prévenir une guerre

(jui ruinerait financièrement les Etats-Unis et causerait

Situation fayo- qq commcrce anglais des pertes énormes. La Russie,

rable en Russie. . cj t-

seule, tout en observant avec attention ce qui se passe en Extrême-Orient, au Japon comme en Chine, ou à Gonstantinople comme à New-York, Londres, Berlin, poursuit, avec calme, son organisation et son développement financier et politique. Pendant que l'Europe s'agite, son alliance avec la France, hautement affirmée cette année à la tribune de la Chambre, apparaît comme un gage du maintien de la paix : paix précaire, sans doute, mais indispensable aux puissances européennes, dont les dépenses militaires, les impôts, les budgets s'enflent à vue d'œil et dépassent ce que l'imagination humaine aurait jamais pu concevoir. Dépenses miii- Pour sc préparer à la guerre, l'Europe dépense an-

taires de 1 Euro- i x- <j i r- x-

pe. nuellement près de 6 milliards. Depuis 1870, les dettes

publiques européennes se sont élevées de 75 à 121 milliards en 1888 (1) et à 130 milliards environ aujourd'hui. Les intérêts annuels et l'amortissement nécessaires pour acquitter un tel fardeau dépassent 6 milliards. Les dépenses budgétaires annuelles de toute l'Europe s'élèvent à 19 milliards 583 millions (2) ; sur ces 19 milliards, 12 milliards, soit les deux tiers, sont absorbés par les dépenses militaires et par les intérêts des dettes. Partout, la surcharge des impôts est écrasante; elle sera bientôt intolérable. A l'heure où nous sommes, la France, la Russie, l'Italie, l'Autriche, la Turquie, les Etats des Balkans, peuvent mettre 10,500,000 hommes sur le pied de guerre, 8 1/2 millions comme réserves de seconde ligne, 9 millions comme réserves finales, soit un total général de plus de 28 millions d'hommes, sans comprendre l'Angleterre. Le vieux continent court à sa ruine.

(1) Voir notre étude sur Les Dettes publiques européennes, in-S", 1887.

(2) Voir le rapport présenté au Sénat sur le budget de 1896 par M. Morel, rapporteur général de la commission des finances (Doc. pari, du Sénat, S. E. 189S, n» 44.)

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