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Les résultats de l'exploitation du réseau général de ^es companos grandes compagnies de chemins de fer^ dont les ao- e^'e^'*^ <='»««»'«»
lions ont gagné une nouvelle avance, ont été cette année, de même que pendant l'exercice précédent, des plus favorables. Sur toutes les lignes, on constate des augmentations importantes qui se traduisent, à l'heure actuelle, par un excédent d'environ 35 millions. Déjà le Nord et le Lyon ont pu, l'an dernier, augmenter leur dividende annuel et il en sera probablement de même cette année ; les autres compagnies voient, à leur tour, approcher l'époque où, non seulement elles n'auront plus besoin de faire appel à la garantie et aux avances de l'Etat, mais encore où elles pourront commencer à rembourser au Trésor une partie de ce qu'elles lui doivent. tionV«"s''céréI Ainsi tombe la légende des conventions « scélérates » de rates». 1883, légende que nous avons si souvent combattue.
Ces conventions que l'on a tant reprochées à MM. Rouvier et Raynal, ont assuré l'exécution de la plus grande partie du programme de 1879, elles ont permis la suppression du budget extraordinaire et des émissions périodiques de rentes : de 1884 à 1894 l'Etat a emprunté 675 millions, tandis que, de 1878 à 1884, les émissions avaient atteint 3 milliards 284 millions; elles ont facilité la hausse des fonds publics, rendu possible la conversion du 4 1/2; assuré la participation des compagnies aux dépenses d'établissement du troisième réseau pour une contribution de 605 millions ; simplifié et amélioré la situation faite à l'Etat par les conventions antérieures au point de vue de la garantie d'intérêt et du partage des bénéfices.
Les conventions de 1883 ont donc profité à l'Etat : elles seront, avant qu'il ne s'écoulo beaucoup de temps, une source de revenus annuels pour le Trésor (1). mentde^lgl^^ On avait critiqué aussi le dégrèvement de l'impôt sur la grande vitesse réalisé en 1892 par M. Yves Guyot, ministre des travaux publics, avec le concours de son collègue aux finances, M. Rouvier. L'impôt de 1872 et
(1) Voir le rapport de M. Darlan, au nom de la commission chargée d'examiner si la Gbambi'e devait mettre M, Raynal en accusation.
18y8. — PESSIMISME EXAGÉRÉ
celui de 1855, soit au total 23 % furent supprimés (1). Les résultats sont là pour montrer combien le Trésor, les compagnies, le public et le commerce tout entier bénéficient de cette intelligente réforme.
Dans son projet du budget pour l'exercice 1899, le ministre des finances fait déjà état de la part qui reviendra à l'Etat du partage de bénéfices avec la Compagnie de Paris-Lyon. Il est clair que nos compagnies de chemins de fer sont dans une voie de prospérité incontestable, mais il ne faut pas que cette prospérité soit compromise par les demandes incessantes qu'on leur adresse, soit comme réductions de tarifs, soit comme nouvelles dépenses à entreprendre.
Les obligations 2 i/2 de ces compagnies ont continué à servir de placement à l'épargne tranquille qui sait que nulle part elle ne saurait trouver d'emploi plus sûr. Les cours ont été un peu plus faibles que l'an dernier pour les mêmes raisons qui ont arrêté l'essor de nos rentes et des grandes valeurs de placement à revenu fixe, mais ce n'est là qu'un arrêt momentané. Le revenu de ces obligations est modique, il est vrai, mais la prime au remboursement, qui n'est pas moindre de 65 à 70 francs par titre, constitue un accroissement de capital absolument certain pour le capitaliste qui met ces obligations en portefeuille sans avoir à se préoccuper des fluctuations de la Bourse (2).
Les obligations 2 }i % des chemins (le fer.
L'attitude du marché financier, la hausse à peu près générale des valeurs font un singulier contraste avec les agitations et préoccupations de toute nature qui ont traversé l'année 1898. Ce n'est pas la seule anomalie que l'on ait à relever.
Contraste politique et financier.
(1) On trouvera tous les détails de cette réforme dans l'ouvrage de SI. Yves Guyot : Us travaux publies, in-8*. E. Flammarion, éditeur.
(2) Voir noti-e étude sur Les obligations des compagnies de chemins de fer, in-8', 1899.
Ainsi, au point de vue extérieur, l'Europe a toujours été sur le qui-vive ; mais, par un contraste piquant, pendant que la France, l'Angleterre, la Russie et l'Allemagne s'épiaient et s'observaient, soit en Afrique et sur les bords du Nil, soit en Chine, l'union politique et financière se faisait et se maintenait en Grèce. La Crète a été pacifiée. L'entente des puissances s'est maintenue. Grâce à cette entente, la Grèce est en voie de restaurer ses finances ; elle a pu payer les frais de la guerre turcogrecque ; une commission financière internationale a été nommée et il a été émis un emprunt, contracté en 2 1/2 %, garanti par la Grande-Bretagne, la Russie et la France.
Pourquoi cette entente financière ne deviendrait-elle pas une entente politique et ne subsisterait-elle pas toujours? Pourquoi faire entendre des menaces de guerre sur un point du globe et, presque au même instant, se traiter en amis et alliés sur un autre?
Le mouvement Au poiut de vuc écouomique et fiscal, 1898 a vu se tecu^nmste"et développer cucore les idées protectionnistes, ^^'«elèvement de Après avoir rclcvé les droits sur les graisses, saindroits de doua- doux et autrcs produits du porc, le plomb et ses dé rivés, la Chambre des députés a continué à perfectionner le tarif des douanes en surtaxant les chevaux, la margarine, le beurre, les fruits, les tissus de soie, etc. Impôts sur les Les impôts sur les fonds étrangers ont été accrus ; le fonds étrangers, j^onopole dcs ageuts de change a été renforcé par la suppression de la coulisse ; de nouvelles charges fiscales ont frappé les porteurs de valeurs mobilières; ce sont eux qui auront fait les frais, en grande partie, du dégrèvement foncier accordé aux petites cotes. Les droits de timbre sur les titres de fonds d'Etat étrangers ont été augmentés et, en ce moment, tous les porteurs de titres se ;;.essent en foule aux guichets de l'enregistre-
1898. — PESSIMISMK KXAGÉRÉ
4il
ment pour acquitter des droits qui, récemment portés (le 0 fr. 15 % à 0 fr. 50 %, seront doublés à partir du 1" janvier prochain. Les menaces d'impôts sont toujours à l'ordre du jour : c'est une véritable obsession fiscale, comme nous l'avons dénommée, et nous ne ^aurions trop répéter combien cette situation est dangereuse.
L'année 1898 a vu s'accomplir aussi ce qu'on a appelé « la réorganisation du marché ». Ce que nous avions prévu s'est réalisé : cette « réorganisation » a diminué l'importance des affaires sur notre marché en les rendant plus difficiles; elle a donné aux places étrangères voisines, notamment à Bruxelles, une activité excessive peut-être et qui dépasse les forces de la place belge, mais qui n'est pas moins réelle. Paris était depuis de longues années un centre financier considérable pour les arbitrages internationaux en changes et valeurs mobilières : aujourd'hui, la situation s'est modifiée du tout au tout. Avec le répertoire, les droits de timbre, la suppression du marché libre des valeurs, les arbitrages en titres internationaux sont presque irréalisables. Le marché officiel à terme sur la rente, ainsi que la coulisse qui s'occupait de nos fonds d'Etat, n'existent plus que nominalement ou à peu près.
Le produit de l'impôt sur les opérations de bourse ost en diminution constante, ce qui prouve, en dernière analyse, que le Trésor lui-même n'a pas trouvé son compte aux réformes du marché financier. Les projets fiscaux et financiers, les questions budgétaires, la situation du marché, ont été les préoccupations du premier semestre de cette année. On espérait que la législature de 1898 aurait à cœur, pour ses débuts, de voter le budget en temps normal. Elle pouvait le faire d'autant plus facilement que le budget présenté par l'honorable M. Peytral était, sauf légères retouches, un des plus sérieux et des plus sincères que nous ayons eus. Il bénéficiait de l'excellente gestion budgétaire et financière que lui avait léguée l'honorable M. Cocherj'.
La «réorganisation » du marché financier.
L'impôt sur les opérations de bourse
Les marchés à terme.
La loi sur les
accidents du travail.
Lesouvriers étrangers.
Il n'en a rien été. La législature de 1898 se modèle sur celle de 1893 : comme elle, elle ne vote pas le budget en temps; comme elle aussi, elle met le pays au régime des douzièmes pour commencer Tannée 1899.
Après avoir diminué l'importance de la bourse des valeurs, quelques politiciens se sont attaqués à la bourse des marchandises en employant le même engin destructeur, le monopole. La proposition de loi de M. Dron sur les marchés à terme, obligeant, pour être valables, que les affaires soient traitées par l'entremise d'un courtier assermenté et soient frappées d'un droit de 1/2 % de la valeur de la marchandise vendue, constitue une violation flagrante de la liberté commerciale.
La loi sur les accidents du travail, votée par les Chambres et inspirée par le socialisme d'Etat, conséquence du protectionnisme, est vivement critiquée par le monde du commerce et du travail : on considère qu'elle sera nuisible à ceux-là même qu'elle a pour objet de protéger.
Une proposition de la commission du travail demandant que l'Etat, les départements et les communes imposent aux concessionnaires de leurs travaux l'obligation de n'employer qu'un dixième d'ouvriers étrangers au maximum, est encore une conséquence des idées protectionnistes.
On peut juger, par un fait, de cette manie de protection qui s'est emparée de tous les esprits. Déjà, l'an dernier, le conseil général des Pyrénées-Orientales avait demandé de protéger l'espadrille contre la chaussure de cuir. Le conseil général du Calvados avait demandé de protéger l'élevage des chevaux et les chevaux euxmêmes contre... les automobiles. Cette année, nous avons mieux encore. Le conseil général de l'Aube ne s'est-il pas avisé de demander au gouvernement de protéger les pavés départementaux contre les pavés étrangers en frappant ces derniers d'un droit de 5 francs par 1,000 kilogrammes et le pavé destiné à la réfection des routes d'un droit de 1 fr. 50! N'était-ce pas de*
mander que les frais de pavage des routes soient augmentés aux dépens des contribuables?
Le régime protectionniste a été obligé cependant de l céder devant une force plus puissante que tous ses arguments : la hausse énorme du prix du blé, qui s'était élevé en avril jusqu'à 33 fr. 50, et la cherté du pain, qui était presque arrivé à des prix de famine. Il faut rendre cette justice à M. Méline qu'en présence de cette situation, il n'hésita pas à prendre une mesure radicale.
A la suite d'un rapport qu'il adressa au président de suspension du
•^ ^ ^ '^ droit sur les bles.
la République, un décret fut rendu, le 3 mai, suspendant du 4 mai au 31 juillet les droits sur les blés. Ce fut la première application de la fameuse loi dite du cadenas. Si cette mesure avait été prise à l'époque où ":: le déficit des récoltes a été reconnu, elle aurait pu ralentir le mouvement de hausse en faisant diriger sur nos marchés une partie des approvisionnements qui se portaient de préférence sur ceux qui leur, demeuraient librement accessibles.
En Italie et en Espagne, sous la pression de l'émeute, les droits ont fini par être suspendus.
Un second accroc au protectionnisme a été la conclusion, dans ces dernières semaines, d'une convention commerciale avec l'Italie. Cette convention, préparée sous le ministère de M. Méline (ce qui prouve que les doctrines les plus absolues ne peuvent résister à la force des événements et des faits) ne tardera pas, nous l'espérons, à être votée par les Chambres; elle est défendue par un ministre. M, Paul Delombre, dont l'arrivée au pouvoir a été unanimement approuvée par le monde commercial et industriel, parce que tout le monde connaît les opinions économiques libérales qui le guident. L'accueil favorable que ce projet a reçu en Italie et en France justifie cet accord.
Signalons aussi la création d'un Office national du S^""^'?^ '*'''°
omce du com-
commerce extérieur, chargé de fournir aux exporta- '"«rce extérieur. teurs les renseignements qu'ils paraissent ne pouvoir
se procurer eux-mêmes. Gel office est composé d'un conseil d'administration de 27 membres, présidé par le ministre du commerce et assisté de 217 correspondants qui portent le titre de conseillers du commerce extérieur. Cette commission du commerce extérieur peut être utile et rendre de grands services à la condition de bien connaître les besoins du commerce à l'étranger et surtout d'avoir des renseignements complets sur les ressources économiques et financières, basées sur des statistiques sûres, des pays avec lesquels nous avons intérêt à traiter des affaires. Mort de M. Rappclous enfin la mort de Gladstone, le dernier
Gladstone. .^^ , , , , , . .. ,„ ,,^. ,
survivant de la grande génération d hommes d Etat qui ont doté l'Angleterre de la liberté commerciale. Il eut la gloire d'achever l'œuvre de réforme commencée par Huskiston et poursuivie par Robert Peel sous l'impulsion des Gobden, des Bright, des Fox, etc. L'Angleterre a amplement profité de l'avance que le libre échange lui a donnée sur les autres nations : les revenus publics n'ont pas cessé de s'accroître avec la richesse de la population et, tandis que les autres nations augmentaient leurs dettes, l'Angleterre réduisait la sienne de plus de 4 milliards.
^^Résumé gêné- Telle est, dans ses grandes lignes, l'année 1898 : malgré toutes ses agitations, la force d'impulsion et le besoin de travail sont tellement grands dans le pays, qu'elle marque une nouvelle étape dans le développement industriel et commercial, ainsi que le prouvent les augmentations de recettes de nos chemins de fer, la recherche d'affaires industrielles, le réveil de l'esprit d'initiative, l'activité de nos usines, de nos charbonnages, de notre métallurgie.
Presque tous les indices commerciaux, industriels, financiers, économiques, montrent que 1898 n'aura pas été stérile.
On s'habitue, à l'étranger, à parler de la décadence commerciale de notre pays, de son inactivité économique et industrielle, ce qui n'empêche pas tous ceux qui nous décrient de faire appel à nos capitaux, car ils savent bien que c'est encore chez nous que se trouvent la plus grande masse d'épargnes accumulées, le plus grand esprit d'épargne, le plus grand amour du travail. Au point de vue politique, on nous fait grise mine, mais on adresse les plus gracieux sourires à notre bourse. Nous donnons, du reste, trop souvent et facilement raison à ces critiques malveillantes. Nous sommes nos plus grands ennemis en nous dépréciant comme à plaisir.
Nous répétons à qui veut î'ent-endre qu'il n'y a plus, chez nous, ni force, ni énergie, ni activité, ni initiative; nous disons que nos finances sont délabrées, que notre budget est en déficit, que notre commerce va de mal en pis. Nous mettons à nu nos misères intérieures, nous sommes divisés entre nous-mêmes, nous nous menaçons comme les pires ennemis, et l'étranger, qui n'a pas pour nous des sentiments de grande bienveillance, exagère nos doléances et nos plaintes à notre piopre détriment. Ne pourrions-nous pas cependant répondre à nos détracteurs et nous dire aussi que si la France n'avait pas conquis un grand développement commercial et industriel, si ses ressources et ses épargnes ne s'étaient pas merveilleusement accrues, si elle n'avait pas gardé en elle, dans ses propres forces, une énergie et une vitalité indomptables, jamais elle n'aurait pu supporter les pertes et les fléaux dont elle a été accablée au lendemain des événements de 1870-1871 : elle aurait succombé sous leur poids?
Ne devrions-nous pas nous rappeler au contraire, et rappeler à nos détracteurs, tous les progrès accomplis depuis la guerre? La France rendue à elle-même, plus de 20 milliards dépensés pour reconstituer nos forces militaires, les travaux publics développés, nos réseaux de chemins de fer doublés, l'instruction publique rece-
vant plus de 250 millions par an au lieu de 3i en 1869, les œuvres charitables accrues, nos budgets ordinaires acquittant les charges de la guerre et de la marine sur les ressources ordinaires, la fortune mobilière et immobilière atteignant des chiffres jusqu'ici inconnus, et ce relèvement de la nation nous valant des amitiés précieuses se changeant en une alliance qui a relevé notre prestige au dehors?
Sans ses malheurs immérités, la France aurait atteint un degré de prospérité incomparable; la richesse publique et privée se serait accrue dans bien d'autres proportions que celles que nous avons rappelées. Sans les crises intérieures et extérieures qui, depuis 1870, ne nous ont pas ménagés, sans les lourds impôts qu'il nous faut acquitter et qui rendent la lutte d'autant plus difficile à notre commerce et à notre industrie, car ils ne peuvent travailler à armes égales avec leurs concurrents, on peut affirmer, sans excès de chauvinisme, qu'aucun pays n'aurait pu nous égaler.
Ayons donc plus de confiance en nous-mêmes; ne
nous montrons pas meilleurs que nous ne le sommes,
mais ne nous discréditons pas par nos paroles et par
nos actes.
Exagérations Nous ne saunous trop protester contre le pessimisme
el dangers du ■^ *
pessimisme. exagéré, daugercux, décourageant, qui nous entoure et qui fait la joie de nos adversaires et de nos ennemis. Nous ne saurions trop protester contre les appréciations de tous ceux qui crient que nos affaires vont mal, que la France se ruine, qu'elle marche à la banqueroute, que ses sources vives sont atteintes. Il faut réagir contre de pareilles exagérations.
Nous ne sommes pas, du reste, les seuls à nous apercevoir aujourd'hui du mal que nos critiques et nos doléances font au pays tout entier, à son commerce, à ses affaires. Des hommes bien placés pour connaître cl fond notre situation commerciale et industrielle, en France et à l'étranger, viennent de faire entendre des paroles qu'on ne saurait trop méditer.
La commission permanente des valeurs de douane, dans son rapport sur le résultat des importations et des exportations en 1897, s'exprime ainsi :
• La sage confiance, dit-elle, est la première condition de la victoire et nous avons le droit d'espérer. Nulle nation au monde n'est plus laborieuse que la nation française. Aucune n'a plus d'ardeur au, travail, d'in. telligence, de probité, de goût natif. L'ingéniosité, l'esprit inventif, l'a. mour du beau, que nous ont laissés nos ancêtres, se transmettent intacts de génération en génération. Ce sont comme autant de fleurs dont la vieille terre française reste la terre privilégiée. Il n'est pas un peuple qui ait une plus riche pépinière de hardis explorateur*;. Le passé et le présent protestent contre notre prétendue inaptitude à la colonisation ; ce n'est pas l'une de nos moindres qualités de savoii nous assimiler les races conquises, y semer des germes d'estime, d'aire.'.tion et de fidélité. Sous l'impulsion d'hommes d'Etat pour lesquels on ne saurait avoir trop de reconnaissance, nous avons singulièrement élargi, depuis quelques années, notre domaine colonial, préparé à nos fils de pn. cieuses réserves et d'immenses débouchés. >
On ne saurait mieux dire et ces paroles consolantes conclusion, doivent être opposées au dénigrement perpétuel que nous faisons de nous-mêmes.
Nous disions, en commençant cette revue de lin d'année, que chaque fois que notre pays avait préparé une grande exposition universelle, il semblait que les événements se liguassent pour en empêcher la réalisation et faire douter de sa vitalité et de son avenir.
1898, comme les années qui ont précédé 1855, 1867, 1878, n'a pas échappé à ce pessimisme à outrance que, nous l'espérons^ 1899 et 1900 viendront également démentir.
L'année 1899 aura vu se dérouler une quantité de faits, d'événements, de questions et de discussions qui ont violemment agité les esprits, soulevé des polémiques sans fin.
Envisagée dans ses détails et dans son ensemble, au point de vue économique, commercial et financier, elle aura été, pour le marché financier, malgré la réaction sensible de ces dernières semaines, une année d'affaires et de hausse ; pour le commerce et l'industrie, une année d'activité telle qu'il faut remonter bien haut pour en retrouver une semblable ; pour l'ensemble de la fortune publique et privée, une année de progrès, d'amélioration et de plus-value.
A l'intérieur, nous avons eu la transmission des pouvoirs présidentiels, après la mort inopinée du président Félix-Faure; l'élection de M. Loubet; l'affaire Dreyfus; le scandale d'Auteuil ; le procès des ligues ; l'affaire du fort Chabrol ; les grèves des facteurs des postes et des ouvriers du Creusot ; les troubles en Algérie ; le manifeste du duc d'Orléans; la réunion de la haute-cour de justice, sans parler ni des discussions auxquelles donna lieu la modification de l'article 445 du code d'instruction criminelle, ni des crises ministérielles provoquées par la démission du cabinet Dupuy, et soa remplacement par le cabinet Waldeck-Rousseau.
Mort de M.
Félix-Faure.
M. Loubet, président de la République.
L'affaire Drejfus.
Manifeste da duc d'Orléans.
La haute-cour.
Cabinet Waldeck-Rousseau.
420 FINANCESCONTEMPORAINES
A l'extérieur, malgré les paroles de paix échangées à
l'occasion du nouvel an dans toutes les chancelleries,
malgré la conférence de La Haye, les visites et voyages
de souverains et chefs d'Etat, les éventualités de guerre
en Europe n'ont pas disparu, pendant qu'au sud de
La guerre an- VAfrique elle était déclarée et se poursuit entre la
lienne/ Grande-Bretagne et la petite République sud-africaine.
Difficultés avec En ce qui nous concerne, notre pays s'est heurté, à
1 Angleterre. ^ t f j i
chaque instant, contre des difficultés avec l'Angleterre : en Afrique, à Madagascar, au Siam, en Chine. Devonsnous rappeler les paroles de l'ambassadeur d'Angleterre à Paris, sir Monson, au banquet de la Chambre de commerce britannique, paroles échappées sans doute à l'improvisation, mais qui ont motivé son rappel en Angleterre? Les discours de lord Cromer à Omdurman, en Egypte, sur les droits de la Grande-Bretagne, à l'exclusion de tout autre pays, sur cette contrée? Les paroles enflammées de M, Chamberlain? Les critiques sévères contre la France, publiées dans le livre bleu anglais, sur Madagascar? Et, cependant, en regard de ces « coups d'épingles », nous pouvons opposer le discours calme, pacifique, de notre ambassadeur à Londres, M. Cambon, les paroles françaises et dignes que prononçait, au banquet de la Chambre de commerce, son honorable président, M. Masson.
Jusqu'au milieu du mois de mars, les relations entre les deux pays ont été très tendues ; le voyage et le séjour à Nice de l'impératrice-reine Victoria, le respect dont elle a été entourée, l'accueil qui lui a été fait, ont amené un peu de détente. Le traité du 21 mars, réglant l'affaire de Fachoda, pouvait mettre fin à cette animosité. Il n'en a rien été, les excitations ont continué ; la guerre du Transvaal a été et en est encore le prétexte. Il semble que la France doive, aux yeux de f Angleterre, être responsable des sympathies que l'Europe et le monde entier témoignent à un petit peuple qui se défend avec vaillance contre une agression qui aurait pu être terminée pacifl-i quement par voie d'arbitrage, comme semblait rin-j
diquer les résolutions adoptéfis par les grandes puissances et par l'Angleterre elle-même au Congrès de La Haye.
La France ne nourrit aucune hostilité contre la Grande-Bretagne qui est, pour elle, un de ses plus riches et actifs clients, et ne désire que vivre en paix avec elle, comme avec le reste du monde, mais il faudrait demander à plusieurs hommes d'Etat anglais de ne pas exciter les esprits par leurs discours ou par des paroles peu mesurées.
L'année 1899 aura vu se réunir la conférence de La ^ V "">^érence
de La Haye.
Haye et formuler des principes très généreux en faveur du maintien de la paix et de la diminution des risques et des fléaux de la guerre ; mais, à peine cette conférence était-elle close, qu'éclatait la guerre du Transvaal, et l'Europe est restée impassible.
1899 aura vu aussi flotter à Cuba, depuis le 1" janvier, Paix entre rcs-
pa^ne et le«
le drapeau étoile des Etats-Unis, ratifier par l'Espagne Etats-unis. le traité de paix par lequel elle abandonne le grand phiwppfne^samé^ empire colonial qu'elle avait fondé. Les îles Philippines, '■"=*^^=*bien que cédées par elle aux Etits-Unis, moyennant une indemnité de 100 millions, restent en insurrection contre leurs nouveaux maîtres.
Avec la Russie, nos relations sont restées plus cordiales que jamais. Le voyage à Saint-Pétersbourg de M. Delcassé, le voyage à Paris de M. Mouraview, ont resserré encore les liens qui existent entre les deux pays.
Avec l'Allemagne, les bons mpports continuent. On se rappelle la visite que l'empereur fit à notre ambassadeur à Berlin et les commentaires auxquels elle donna lieu, ainsi que la réception faite à Alger à une flottille allemande. Le récent discours de M. de Bulow au reichstag a confirmé la courtoisie de ces relations.
Avec l'Italie, la convention commerciale, conclue l'an- convention née dernière et qui a été ratifiée dès le mois de janvier, a aveTrîtalie'* * mis fin à une guerre de tarifs préjudiciable aux intérêts
<les deux nations ; elle a surtout aidé à les rapprocher au point de vue politique.
Maigre M. Grispi qui est sorti de sa retraite pour prononcer un grand discours dans lequel il prédisait une conflagration générale, l'opinion publique a été frappée de trois faits qui témoignent de la détente heureuse survenue entre la France et l'Italie : le discours de notre ambassadeur à Rome, M. Barrère, à l'occasion du nouvel an ; la visite de l'escadre française en Italie ; l'élection à l'Académie des sciences morales et politiques, comme membre correspondant, de M. Luzatti, ancien ministre du Trésor à Rome, l'un des personnages politiques qui n'ont jamais varié dans leurs sympathies pour la France.
Toujours la L'Europc entière désire assurément la paix ; mais elle Ss'ïirbïquïs! ^^ cesse d'augmenter ses armements militaires. En Les dépenses Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Russie, en
annuelles. o ^ o ? i ■>
France, des crédits importants sont demandés pour accroître les flottes maritimes.
Voici 011 conduit cette frénésie dans les armements : en 1870, la dette publique des Etats européens s'élevait à environ 75 milliards; — fln 1886, elle était de 117 milliards ; — fin 1899, elle dépasse 125 milliards.
Depuis trente ans, l'augmentation du capital nominal des dettes publiques européennes atteint 50 milliards.
Les dépenses de la guerre et de la marine coûtent à l'Europe, d'après les derniers budgets, plus de 5 milliards et demi par an, c'est-à-dire que ces dépenses dépassent les sommes nécessaires à l'intérêt et à l'amortissement des dettes publiques.
Quand donc les gouvernements cesseront-ils de s'occuper presque exclusivement de fusils, de vaisseaux blindés et cuirassés, de mélinite, de balles dum dum et d'engins de destruction, pour songer à diminuer les charges qui frappent les contribuables et la dette publique, et consacrer à des œuvres utiles au bien-être de tous, les 5 milliards et demi que leur coûtent annuellement la guerre et la préparation à des guerres futures?
\m. - UNE ANNÉE D'AFFAIRES ET DE PROFITS 423
\"œu chimérique, dira-t-on : il ne faut pas cependant se lasser de l'exprimer, car les peuples et les individus doivent avoir un autre idéal que la guerre, la destruction et la ruine.
Pas plus celte année que les années précédentes, le ^,,i^'°^;^ f'"biidget n'aura pu être voté en temps normal, c'est-à- ^^ budget ae dire avant le 31 décembre. Le régime provisoire des douzièmes menace de devenir permanent, tant est grande la force de l'habitude. La discussion et le vote du budget, qui devraient être le principal souci du législateur, ne sont plus maintenant qu'une question secondaire, qui s'agite, la plupart du temps, devant une salle et des banquettes vides. Vienne, au contraire, la plus petite interpellation, les billets de séance font prime.
Nous aurons encore, cette année, au moins deux douzièmes provisoires. La Chambre n'aura pas terminé l'examen de tout le budget ; quant au Sénat, transformé '*n haute-cour de justice, à la veille de demander au corps électoral le renouvellement du mandat pour le tiers de ses membres, il a bien d'autres soucis!
Le budget de 1900 sera le plus élevé, le plus lourd Le bud-c» de
^4 ■ X ^ix ' i' ^ 1 A 1ÎX» sera Ir plus
de tous ceux qui ont été présentes dans le cours du lourd du siecie. siècle. Le projet rectiiié prévoit les dépenses pour 3 milliards 523,133,264 francs et les recettes pour 3 milliards 522.616,019 francs, laissant un excédent de 517,245 fr.
L'accroissement des dépenses est dii à ces cinq causes principales : l'augmentation de la dette consolidée, conséquence des emprunts de la guerre 1870-1871; — l'augmentation des dépenses pour la guerre et la marine ; — l'augmentation des pensions civiles et militaires ; l'augmentation des dépenses pour l'instruction publique : — l'augmentation des dépenses pour la perception des impôts.
Si l'on compare, en effet, le budget des dépenses de d*^°5"P*'"*ifp" l'exercice 1869 à celui de 1899, ainsi que vient de le entre i869eiis99.
faire l'honorable M. Boudenoot, rapporteur général du budget de 1900, on remarque les différences suivantes : En 1869, le total des dépenses s'ôlevait à 1,937 millions ; pour 1900, ce total, d'après les évaluations primitives budgétaires, est de 3,478 millions, soit un accroissement de 1,541 millions. Cet accroissement concerne les chapitres suivants :
millions millions
de francs de francs