CONDITION PLUS PROSPÈRE DU FERMIER
On a beaucoup parlé des taxes qui pesaient sur le travailleur et spécialement sur le cultivateur. Examinons maintenant les choses à ce point de vue. On a fait montre de beaucoup de sympathie pour le cultivateur. Un député a fait remarquer, dans une autre occasion, que le tarif imposait de lourdes taxes au cultivateur. J'ai répondu que, par la position qu'il occupait, au contraire, le cultivateur, en proportion de ses moyens, ne contribuerait pas au paiement de ces taxes autant que certaines autres classes de la société.
On a prétendu, plus tard, que j'avais dit qu'il ne verserait pas assez au trésor. J'ai dit tout simplement que, par la position particulière qu'il occupait, le cultivateur ne verserait pas autant au trésor que certaines classes de la société, qui ne produisent pas et qui consomment une grande quantité de marchandises importées.
Examinons un instant la position occupée parle cultivateur, d'après les faits que je viens d'établir — et lorsque je parle des cultivateurs, je veux parler aussi de l'ouvrier, du journalier et de toute la masse du peuple du Canada. Voyons quelle est la position du cultivateur, de l'ouvrier et du journalier sous l'opération du tarif tel qu'il existe depuis 1871), et avec les réductions qui sont proposées aujourd'hui. 11 paiera son thé de 5 à 6 centins meilleur marché qu'en 1878. Le droit sur son café est aboli. Le sucre, en tenant compte de l'intermédiaire et de ses prolits, est au moins 50 centins par cent livres moins cher qu'en 1878. Sa mélasse lui coûte 10 pour cent de moins qu'en 1878. Quant au riz, il pourra se le procurer, d'après les nouveaux arrangements, à un peu meilleur marché qu'auparavant. Le savon pourtant a haussé de 12J pour cent; mais cette hausse est due à l'augmentation du prix de la matière première employée à la fabrication, et cette matière première ne paie aucun droit. Pour les épices, les droits ne sont pas changés. Les lainages, dont la masse du peuple fait usage, ne sont pas plus chers, moins chers même qu'auparavant. La laine en échevau est à aussi bon marché ou à meilleur marché qu'auparavant. Le coût de la chapellerie n'a pas augmenté. Les chaussures faites sur commande sont de 15 pour cent plus chères, mais les autres sont moins chères. Les instruments d'agriculture coûtent de 5 à 20 pour cent de moins qu'en 1878,
Les machines à coudre coûtent $10 de moins ; les voitures, meilleur marché qu'auparavant; les abats-jour, les verres de lamDS, la verrerie et les orgues sont moins chers; les boutons et les écrous, que j'avais oubliés tont à l'heure, sont à meilleur marché ; les meubles, de qualité ordinaire ne sont pas plus chers, s'ils ne le sont pas moins ; le prix des clous et des chevilles a diminué, tandis que celui des fers à cheval a quelque peu augmenté; les poêles et articles en fonte coûtent un peu plus cher, tandis que le prix de la quincaillerie, à tout prendre, a augmenté un peu ; les outils et les limes sont à meilleur marché qu'en 1878. La réduction dans le prix des articles que je viens de mentionner est en moyenne de 5 à 10 pour cent, autant que nous avons pu nous en assurer.
Maintenant, M. l'Orateur, examinons la question au point de vue du cultivateur seulement. J'admets que si l'on pouvait démontrer que le tarif ne confère aucun avantage au cultivateur, qu'il est une lourde charge pour lui, que le cultivateur paie plus de taxes qu'auparavant et ne reçoit aucune compensation, j'admets, dis-je, que, dans ce cas, on pourrait lui persuader d'épouser la querelle de nos amis de l'opposiiion et de condamner notre politique chaque fois qu'elle est mise en jugement devant les électeurs. Mais les principaux articles qu'il consomme n'ont point augmenté de prix, et dans bien des cas ils ont baissé. Voyons maintenant quels autres avantages il en relire, outre cette diminution des prix. A mon avis, le cultivateur est aussi intéressé dans la politique nationale que les autres classes de la société. D'abord, il a le marché local Un député de l'opposition, en parlant du marché local, a dit qu'il était de très-peu d'importance. Visitez toutes les parties du Canada, mettez-vous en communication avec les cultivateurs, surtout dans le voisinage des villes où des manufactures ont été établies et prennent de l'extension, et demandez-leur s'ils n'en ont retiré aucun avantage. Mais, M. l'Orateur, sous l'opération du tarif actuel, les légumes, les fruits les volailles, le veau, les agneaux et les autres viandes, le beurre, le fromage, absolument tout ce qu'ils ont à vendre, ils le vendent [tins cher, ayant le marché pour eux, que dans les localités où il faut vendre ces produits à des intermédiaires qui les expédient à un autre marché. En conversant aver, des cultivateurs, je me suis assuré que, en 1878, ils venaient souvent au marché avec leurs fruits et leurs légumes, restaient là toute la journée, et ne pouvant obtenir
nu prix acceptable, s'en retournaient chez eux pour attendre une autre occasion ; ils étaient bien souvent obligés à leur retour de prendre le prix qu'ils pouvaient trouver. En est-il de môme ajourd'hui? leur ai-je demandé. Il* m'ont répondu : u Aujourd'hui, il n'y a plus aucune difficulté ; tous ce que nous amenons, nous le vendons au comptant et à de bons prix. Pourquoi ? Parce que le marché est actif et florissant. Les manufactures, oui augmenté, le nombre des ouvriers employés s'est accru, et les salaires sont aussi meilleurs." Les ouvriers ont maintenant de l'argent pour acheter les produits agricoles, — je parle surtout de ces produits périssables qui ne peuvent être expédiés à des marchés éloignés. Le nombre des ouvriers employés dans les manufactures s'est accru de 25,000, et si ces ouvriers représentent chacun une famille de quatre personnes, voilà 100,000 personnes à nourrir, dont les chefs de famille étaient auparavant sans emploi, ou ne travaillaient qu'une partie du temps, ou bien n'étaient pas dans le pays en
Il est facile de comprendre quel effet cet état de choses produit sur ie bien-être du cultivateur. Mais on dit que le droit sur l'avoine ne protège pas le cultivateur et que le droit sur le maïs ne lui donne que bien peu d'avantage. Et pourquoi ? Ne vendent-ils pas leur maïs plus cher aujourd'hui, avec un droit de 7J cents par minot, qu'auparavant? Mais si, certainement, et personne ne peut le nier. Ne vendent-ils pas leur seigle plus cher? J'admets que le prix de cet article dépend beaucoup du prix qu'il se vend en Allemagne et ailleurs, sur les marchés où on expédie généralement le seigle du Canada. Mais les distillateurs du Canada achètent des cultivateurs, leur seigle qu'ils substituent au maïs. Le marché se trouve ainsi agrandi, et naturellement cela doit affecter les prix, dans une- certaine mesure.
Quant à l'avoine, nous avons la preuve la plus évidente que les consommateurs ont à la payer 3 centins de plus par minot. On dit que le marché européen détermine les prix ici, et que les droits que nous imposons ne changeront pas les prix d'un centin. Est-ce bien vrai? Le chef de l'opposition a dit dans la Nouvelle Ecosse — et je lui rends cette justice de constater qu'il a dit la même chose à Toronto pendant l'élection de Toronto-Ouest —que le droit sur le charbon augmentait le; coût de l'article p&ur le consommateur d'Ontario^, de même que le droit
sur les blés ot les farines augmentait le prix de ces produits pour le consommateur des provinces maritimes. Cet état de choses, disait-il, aura pour effet de créer de l'animosité entre la population d'Ontario et celle des provinces maritimes, parce gue cette dernière aura à payer plus cher les hlés et les farines d'Ontario, consommés dans les provinces maritimes, et que la première aura à payer un plus haut prix pour le charbon qu'elle emploie.
Je sais qu'on a dit beaucoup de choses à propos du charbon, mais d'après les renseignements que j'ai pu obtenir, je suis convaincu que si nous percevons une somme considérable sur le charbon importé des Etats-Unis et consommé dans Ontario, la moitié de cette somme est payée par les propriétaires des mines aux Etats-Unis. C'est ma conviction, et elle est appuyée sur des preuves; tout récemment, je conversais avec une personne qui avait acheté aux Etats-Unis 2,000 tonnes de charbon destinées à la consommation au Canada, et qui me dit qu'une partie des droits sur ce charbon avait été payée par les propriétaires de mines des Etats de l'ouest.
Mais comme je l'ai déjà dit, si les Etats-Unis venaient nous dire aujourd'hui, ou plus tard, qu'ils désirent revenir au traité de réciprocité en 1854, en vertu duquel les produits naturels des deux pays étaient librement échangés, nous serions prêts à l'accepter ; mais ce serait la plus grande erreur que put commettre un gouvernement, au moment oû l'on est peut-être sur le point d'entamer des négociations, au moment où le Canada pourrait vouloir abroger le traité de Washington, qui prendrait fin dans une année, au moment où l'on peut constater chez une partie de la population américaine le désir de faire des ouvertures pour assurer le libre échange des produits naturels, ce ne serait pas seulement une erreur, ce serait une folie de céder un pouce du terrain avantageux que nous occupons actuellement. Si nous cédions aujourd'hui, nous le regretterions à jamais. Nous ne sommes donc pas disposés à proposer à la Chambre d'abolir les droits imposés sur ces articles.