‹ Finances du Canada (volume 2)Chapitre 16 sur 20 · LE PRIX DU BLÉ · texte numérisé non relu

LE PRIX DU BLÉ

On a comparé, M. l'Orateur, les cours du blé à Chicago et à Toronto, pour en tirer la conclusion que le tarif n'avait aucune inlluence sur le prix de ce produit à Toronto. Mais il faut tenir compte de l'état excep-

lionne! du marché dos Etats-Unis, depuis deux ans. Cette année, sur tout, les spéculateurs ont senti que la mauvaise récolte aux Etats Unis, ainsi qu'en Europe, ferait nécessairement hausser les prix au-dessus des cours cotés lors de la rentrée de la récolte aux Etats-Unis. Ils ont donc maintenu le prix du blé pendant quelque temps à 6 cents plus cher que se vendait la môme qualité sur le marché de Liverpool, sans tenir compte du fret et des frais ordinaires du transport au marché. Ayant ainsi une immense quantité de blé en magasin, ils ont dû faire des arrangements spéciaux avec les compagnies de chemin de fer et les armateurs pour en opérer le transport à des taux très réduits, afin de pouvoir, en diminuant ainsi les frais autant que possible, obtenir le prix qu'ils demandaient à Chicago, et réaliser de la sorte un profit raisonnable.

Maintenant, voyons quelle était la différence, il y a huifc<jours. Je vais donner cet exemple simplement pour prouver que le tarif, sans élever le prix du blé de 15 centins par minot, ce que je ne prétendais point, fait réellement hausser, comme je le disais l'année dernière, toute la farine consommée dans la confédération canadienne, de 10 centins en moyenne par minot.

Et si le chef de l'opposition était présent, je lui offrirais mes remercîments pour le compliment qu'il m'a fait à une des assemblées qu'il a tenues dans les provinces maritimes. Il a déclaré à la population qu'elle payait plus cher pour sa farine, et pour le prouver, il citait mes paroles, prononcées à la Chambre, où j'établissais que le prix de la farine était augmenté de 10 centins pour le consommateur.

Il y a dix jours, on a vendu du blé à Toronto à 3 centins par minot au-dessus du prix coté sur le marché de Chicago ; et l'on n'aurait pas pu le vendre à ce prix, si le tarif n'avait pas existé. Voici pourquoi ; le coût du transport de Chicago à Liverpool via New-York, est exactement le môme que le coût du transport de la môme qualité de blé de Toronto à Liverpool, par le Grand-Tronc et par les- steamers de la ligne Allan. Si donc le prix dépendait simplement du marché anglais, ce blé devrait baisser de 3 centins pour faire concurrence à l'article expédié de Chicago. Mais il a gagné les 3 centins, parce que, comme on le sait, après la rentrée des grains et après l'expédition d'une grande partie de la récolte en Angleterre, la quantité du blé canadien étant diminuée dans

e pays, nos meuniers ont à payer plus cher le blé dont ils ont besoin, et cette augmentation de prix revient aux cultivateurs qui en ont tout le bénéfice. En effet, nos meuniers sont obligés ou d'aller acheter aux Etats-Unis, et de payer le droit, ou de donner le prix que le cultivateur demande pour son blé au Canada. Par conséquent, nos cultivateurs, il y a dix jours, ont reçu pour leur blé 3 centins de plus qu'ils n'auraient eu si notre marché avait été libre et exposé au danger d'être encombré par des expéditions des Etats-Unis, qui auraient ainsi fait concurrence aux produits indigènes.

Les rapports déposés sur le bureau de la Chambre démontrent que, en 1879-80 et en 1880-81, il a été consommé au Canada, 10,000,000 de minois de grains canadiens de plus que les deux années précédentes. Nous avons donc ouvert à 5,000,000 de minots de grains canadiens un marché que nous n'avions pas auparavant, et c'est ainsi que le tarif nous protège.

Les exportations du Canada ont quelque peu augmenté, et nous avons ouvert un nouveau marché pour 5,000,0(ï0 de minots de grains à nos cultivateurs qui ont obtenu des prix plus élevés que si le marché eut été ouvert à la libre concurrence des cultivateurs des Etats de l'Ouest: voilà comment le tarifa rendu de réels services à nos agricul teurs. J'ai ici un état qui montre exactement quelle a été la diminution des importations de blés et de farines. En 1878, nous avons consommé au Canada 5,240,800 minots de blé des Etats-Unis, de plus qu'en 1881, et en 1878, nous en avons consommé 2,161,867 minots de plus qu'en 1881. En 1877, nous avons consommé 599,737 minots d'avoine américaine de plus qu'en 1881, et en 1878, nousen avons consommé 1,999,156 minots de plus qu'en 1881. Ainsi, en 1881, nous avons eu un marché local pour 7,302,000 minots de grains indigènes de plus que la moyenne des années 1877 et 1878. Voilà qui est suffisant, je crois, pour établir assez clairement que le marché local et des prix plus élevés pour les cultivateurs canadiens, leur donnent en certaines saisons des avantages qu'ils n'auraient pas eus si ce marché avait été ouvert en franchise aux Américains pour y envoyer leurs produits comme ils l'ont fait jusqu'à 1878 ou 1879.

Si nous tenons compte du fait que le cultivateur, aussi bien que le journalier, l'artisan et la masse du peuple, ne paient pas plus cher les

marchandises qu'ils ne les payaient en Î878; si Ton tient compte du fait .que le marché local reste pour le cultivateur, à peu près à l'abri de toute concurrence étrangère, pour les produits que je viens de mentionner, ainsi que pour les légumes, les fruits et les autres produits que l'on peut considérer comme périssables, et que le cultivateur y obtient des prix plus élevés qu'auparavant — l'on conviendra qu'il sera diflicile de convaincre ce dernier que le tarif actuel ne lui est pas avantageux, et de lui persuader, sous aucun prétexte, de se déclarer opposé à une politique qui a augmenté la valeur de ses produits.

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