‹ Finances du Canada (volume 2)Chapitre 9 sur 20 · LE COMMERCE DU SUCRE · texte numérisé non relu

LE COMMERCE DU SUCRE

Notre politique a soulevé une autre grave objection ; on nous a reproché le droit additionnel que nous avons imposé sur le sucre raffiné dans les pays payant des primes aux raffineurs. C'est-à-dire que nous imposions sur les importations de sucre provenant des pays qui paient des primes, un droit ad valorem devant être perçu sur la valeur du sucre, droits payés. Et en nous voyant augmenter de 5 pour cent les droits sur le sucre brut, et de 10 pour cent les droits sur le sucre raffiné, les honorables députés de l'opposition s'écriaient que c'était un procédé indigne, qui allait faire perdre au Canada quelque chose comme un million— de $900,000 à $1,000,000. Il vaudrait mieux, disaient-ils, prendre tous les ouvriers à qui nous espérions procurer ainsi de l'ouvrage dans les raffineries, les loger dans un hôtel et y payer leur pension, que de songer à mettre en pratique une politique de ce genre. Maintenant, voyons les faits qui se sont produits depuis quelques années. L'année dernière, je crois, mais certainement l'année précédente, l'exministre des Finances a déclaré que nous aurions une diminution de $900,000 dans le revenu.

Le chef de l'opposition lui-même a dit ici, et dans un dîner public à Toronto que, pendant l'année 1879-80, nous avions perdu $600,000 de revenu, et que le public avait payé $600,000 de plus par l'augmentation des prix sur le sucre qu'il avait consommé; de sorte que le monopole des raffineurs, comme il l'appelait, avait coûté au peuple du Canada $1,200,000 par année. J'ai répondu, dans cette enceinte, à l'honorable député, lorsqu'il disait que le revenu avait diminué de $600,000, que les rapports déposés sur le bureau de la Chambre semblaient lui donner raison, parce qu'ils constataient que pendant l'année 1880, il y avait eu une diminution de $600,000 dans le revenu perçu sur le sucre, comparé à celui qui avait été perçu en 1879 ; mais je fis aussi remarquer que le revenu perçu en 1879 était de $300,000 plus élevé qu'il l'eut été si l'on

n'avait importé en janvier, en février et en mars, avant le changemeu du tarif, pour une valeur de $1,000,000 de sucre de plus qu'on importait ordinairement pendant cette période ; de sorte qu'il n'y aurait pas eu cette diminution apparente de $000,000 si ces $300,000 avaient été créditées à l'année suivante. En outre, les rapports déposés devant la Chambre, du revenu perçu pendant les six premiers mois de cet v exercice financier, prouvaient que le revenu à être perçu pendant l'année égalerait, s'il ne surpassait pas, celui qui avait été perçu les années précédentes. Et le résultat nous a donné raison. Les chiffres que je vais citer sont tirés des tableaux du commerce et de la navigation; les voici : pendant Tannée dernière, il a été payé au trésor, pour droits sur le sucre importé, une somme de $154,010 de plus que la moyenne des cinq années du régime libéral et du tarif de nos adversaires.

J'avais donc raison ; et le tarif actuel n'a eu pour résultat aucune diminution, ou presqu'aucune diminution du revenu ; car si nous ajoutons $800,000 à la valeur du sucre importé, ces $800,000 représentant le fret depuis les Antilles, la main-d'œuvre dans les raffineries, le charbon employé, l'intérêt sur le capital placé et les autres dépenses; et si l'on ajoute aux sommes mentionnées 43 pour cent pour le droit perçu pendant l'exercice 1876-77 sur le sucre importé, on arrive à la conclusion qu'il n'a été perçu que $40,000 de plus que l'année dernière. Toujours est-il que l'on a perçu l'année dernière $154,000 de plus que la moyenne des cinq années précédentes ; voilà le fait qui répond à cette prétendue diminution du revenu.

Disons maintenant quelques mots du coût du sucre, pour le consommateur. Lorsque je fis men exposé financier l'année dernière, je m'étais procuré, de bonne source, un état comparatif des prix à New- \ York et à Montréal, pendant la période où nous avions deux raffineries en opération. Et j'ai démontré que, en ce qui concei ne le sucre granulé, les prix payés par les consommateurs au Canada étaient de vingt-cinq centins par cent livres plus élevés qu'ils l'auraient été si ce sucre avail «té importé sous le tarif de 1 878-7 9. Mais j'aurais dû ajouter que ces calculs ne tenaient pas compte du profit des importateurs, des courtiers, qui servent d'intermédiaires entre les raffineurs de New-York et les négociants du Canada. Cependant, j'admets que, en ce qui concerne le

sucre granulé, en négligeant les profits des courtiers, il y aviit une différence de 25 centins par cent livres. Les sucres jaunes de raffinerie étaient à bien plus bas prix qu'ils n'auraient pu l'être s'ils avaient été importés sous le tarif de 1877.

J'ai aujourd'hui un tableau, préparé avec soin, des valeurs du sucre pendant deux périodes de chaque mois à New-York et à Montréal, en déduisant le drawback et en ajoutant 30 centins par quintal pour couvrir les frais d'exportation. Dans, ces calculs ne sont pas compris les 50 centins de profits par quintal sur les transactions entre le ralfineur de New- York et le consommateur canadien. Et cependant, en donnant au consommateur le bénéfice de ces omissions, il paie 7 centins de moins sur cette qualité de sucre que s'il avait à l'importer de New- York sous l'ancien tarif. Ajoutons-y les profits des courtiers, et le bénéfice sera de 57 centins par cent livres. Pour les autres sucres raffinés, la différence est encore plus considérable.

En résumé, le revenu n'a rien perdu, et on a probablement dépensé, au Canada, $800,000 pour le raffinage des sucres, le fret et le charbon. Quels ont été les résultats de cet état de choses? Je l'ai expliqué longuement l'année dernière, et j'ai démontré quelles avaient été les suites de l'établissement des raffineries. Les raffineries de sucre de canne emploient aujourd'hui 1,000 ouvriers ; et ce nombre doit être porté à 1,100, si on y ajoute les ouvriers à qui les raffineries de sucre de betteraves donnent directement de l'emploi. Ces hommes ont pour la plupart des familles, ils ont besoin de nourriture, de vêtements, de logements et de tout ce que vendent les marchands, les manufacturiers et les cultivateurs. Ces hommes sont employés dans le pays, à des salaires rémunérateurs, tandis qu'ils auraient été obligés de s'expatrier, si la nouvelle politique fiscale n'avait établi ces industries et ne les eût mises en opération.

Nous avons encore une augmentation de 400,000 tonnes dans la. production des mines de charbon de la Nouvelle-Ecosse. Cette augmentation a dû donner de l'emploi à 1,000 ouvriers. De ces 400,000 tonnes, 60,000 sont consommées par les raffineries de sucre. Ainsi nous avons donné de l'emploi aux mineurs, un marché aux propriétaires de mines de charbon, du fret aux chemins de fer et aux navires— 60,000 tonnes de fret aux navires transportant le sucre entre les Antilles et le*

différents porls du Canada. De tout le sucre importé, 9u pour cent environ vient directement au Canada, au lieu de 6 pour cent en 1878. Nous avons aussi donné de l'ouvrage aux tonneliers, et, dans une certaine partie du pays que j'ai visitée, les terrains boisés ont augmenté de valeur par suite de la demande du bois employé spécialement à la fabrication des boucauts.

Le commerce augmentant partout, il a fallu de nouveaux outillages, et lorsqu'ils ont été en opération, il y a eu augmentation de la maind'œuvre. Les honorables membres de la gauche savent qu'une des raffineries n'a pas eu, jusqu'ici, beaucoup de succès au point de vue financier; sans cela, ils n'auraient pas manqué de citer la raffinerie de Moncton comme faisant d'énormes bénéfices. Mais cela va permettre à l'ex-ministre des finances de répéter que tous ces établissements vont se ruiner lorsque, par leur multiplication, la concurrence sera trop ardente, et que ceux qui y ont placé leurs capitaux les ont à jamais perdus. Si notre politique n'était basée que sur cette question des raffineries, dont on parle comme d'un monopole gigantesque, les chiffres que j'ai cités suffiraient à réfuter tous les arguments de l'opposition et à réduire à néant toutes ses théories.

On a prétendu, M. l'Orateur, que le tarif manquerait son but, soit comme tarif de revenu^ soit comme tarif protecteur. Quelle preuve avons-nous que l'Opposition se soit trompée sur ce point encore? Il y a plusieurs manières de démontrer que le réveil de nos industries est un des résultats du tarif. Celle que je vais adopter consistera à prouver que la quantité des matières premières importées a augmenté depuis l'adoption du tarif.

La séance est suspendue à six heures.

Page 1