‹ Finances et bon sensChapitre 17 sur 46 · LE COMMERCE SACRIFIÉ IO · texte numérisé non relu

LE COMMERCE SACRIFIÉ IO

ne réclame rien, et contre lequel on a beau jeu de réclamer. Lui aussi a ses compensations, mais elles ne sont pas du même ordre ; quand il évite la potence, on lui fait toujours subir un brin de torture. Ayant craint pour sa tête, il s'estime assez heureux que ses membres seuls soient fracassés.

Ce n'est pas que le commerce manque de revendications à formuler. Il a le droit de vivre, le droit d'être libre, le droit de travailler, le droit de prospérer. Tout cela lui est violemment dénié. Il pourrait obtenir le respect de ces droits en se groupant, mais c'est ce qui lui est le plus difficile. Le commerce n'est pas uni et ne le sera qu'à la veille de sa totale suppression. Le commerce est éminemment et profondément individualiste et chacun de ses membres voit avant tout le concurrent dans le confrère. Grâce à cela l'Etat peut tout contre le commerce, mais il y a une limite, même à tout, et le commerce pourrait bien, sous les brimades, s'unifier contre ses brimeurs. On verrait alors de quoi il est capable I

Les qualités du commerçant consistent à placer une marchandise qu'il ne produit ni ne consomme. Pour cela il lui faut se concilier les bonnes grâces d'une clientèle dont les goûts varient constamment, qui ne peut pas toujours payer comptant ce qu'elle achète et il joue le rôle de conseiller de la production vis-à-vis de l'industrie et de l'agriculture et souvent de banquier des producteurs et aussi des consommateurs.

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C'est un rôle terriblement difficile exigeant de la clairvoyance, de la souplesse, de la diplomatie, de la fermeté et aussi de la prudence.

Lorsque le commerce mettra ces qualités au service d'une cause commune, ses contempteurs ne feront pas long feu.

D'ailleurs il peut se prévaloir de ces qualités sans groupement et s'en servir d'une façon opposée tout aussi efficace. L'Etat, en mettant à la charge du commerce tous les impôts, en lui faisant subir toutes les tracasseries, rend les professions commerciales impossibles à exercer. La conséquence est que s'éliminent deux-mômes les commerçants les moins bien doués cl que restent les autres, peu à peu allégés de toute concurrence.

Ah I on peut bien avec l'article 4 19, avec la hausse illicite, avec le délit d'accaparement et l'obligation d'affichage des prix d'une marchandise qui ne séjourne pas plus d'une heure dans un magasin, tracasser, ruiner et déshonorer quelques malheureux commerçants plus honnêtes que ceux qui les défirent à la justice par pure cratolatrie et plus honnêtes que les juges qui, étouffant les cris de leur conscience de juristes, appliquent de lourdes pénalités à la répression de déhts non dé&nis ; on peut ainsi éclaircir

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les rangs du commerce comme on a éclairci autrefois les rangs des chrétiens parles persécutions, mais ce qui n'est pas au pouvoir de leurs persécuteurs, c'est de les empêcher, en définitive, de triompher.

La consommation est maîtresse du marché lorsque la concurrence joue pleinement, elle est l'esclave du commerce lorsque l'action des pouvoirs publics éteint les concurrences.

Les commerçants survivant à la persécution seront transformés par les événements en véritables fermiers généraux, garantissant à l'Etat la rentrée des impôts et naturellement prélevant leur dîme sur ces impôts.

Voilà à quoi mènent les incursions hors du droit commun I

On charge le commerce de tout le poids fiscal que les autres ne veulent pas subir et dont on ne veut pas leur demander d'assumer leur part, on veut que le commerpe ne réclame pas du consommateur ce qu'il verse à l'Etat, on emploie, pour cela toutes les ressources des vieux juristes qui ont inlassablement assisté tous les tyrans : Philippe le Bel, Louis XIV, Robespierre et Napoléon P"^ et tout cela a pour effet, par la suppression des concurrences, de livrer pieds et poings liés au commerce le consommateur, qui, en temps normal et par le jeu de la concurrence, fait la loi au commerce.

C'est beau le progrès en matière fiscale !

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