‹ Finances et bon sensChapitre 18 sur 46 · LE COMMERCE SACRIFIE · texte numérisé non relu

LE COMMERCE SACRIFIE

Quelle dose de sorcellerie doit posséder le commerce pour savoir de combien il doit majorer le coût des marchandises qu'il vend en janvier, en février, en mars, en chacun des mois de 1921, pour incorporer au prix de chaque chose ce qui ressortira à sa charge lorsqu'il déclarera, en 1922, ce qu'il aura gagné en 1921 et qui sera essentiellement fonction du diviseur que son chiffre d'affaires, inconnu jusqu'au 3i décembre 1921, aura donné à ses frais généraux ?

Le public comprend-il que cette question, si angoissante pour le commerçant, ne peut avoir aucune réponse?

Tout commerçant a. le malin, en se levant, un chilTre minimum de frais généraux quotidiens en loyer, patente, employés, etc., qu'il gagnera ou ne gagnera pas, suivant qu'il vendra dans cette même journée mille, deux mille ou dix mille francs de marchandises, car le prix de vente des marchandises ne peut supporter qu'une proportion maximum de frais généraux. S'il vend deux mille francs par jour il perd, s'il vend dix mille francs par jour il gagne et il vend deux ou dix mille francs par jour suivant les variations de la mode, suivant que la rue où il est établi reste on non passante, suivant qu'un concurrent s'établit à proximité ou lui laisse le champ libre. Com-

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ment dans ces conditions, savoir le bénéfice à exiger, le bénéfice dit normal î Si le deuxième semestre doit être déficitaire il faut que le premier soit exceptionnellement profitable. Gomment le commerçant saura-t-il au cours du premier semestre ce qu'il en sera du second, et s'il attend, ce sera trop tard.

En outre, de combien doit-il majorer le coût des marchandises pour ne pas perdre sur les droits dont il restera le collecteur responsable ? Comment calculera-t-il les rétroactivités, les progressions, les incidences des droits spécifiques, des droits proportionnels, des droits à forfait, des centimes additionnels, etc. ?

Il faut cependant, pour déférer à l'obligation de l'affichage des prix, qu'il calcule ou apprécie cela, en quelques minutes, s'il s'agit de denrées périssables.

Il faut qu'il s'enrichisse en calculant large ou se ruine en ne tenant pas compte de tout. Ceux qui ne tiennent pas compte de tout disparaissent, il reste forcément les autres.

Ah ! on voit bien que nos gouvernants, législateurs, administrateurs n'ont jamais été aux prises avec le consommateur, sans quoi ils ne le désarmeraient pas sous prétexte de le protéger. Le consommateur, s'il peut mettre en concurrence plusieurs vendeurs, est maître ; son pouvoir tombe dès qu'il est en présence de monopoles et c'est ce que l'Etat, féru de monopoles pour son

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propre compte, prépare à son insu pour le commerce qui ne le demande pas, au détriment du consommateur qu'il veut protéger.

L'État n'a qu'un moyen de rendre service en matière économique, c'est de se suicider. S'il consent à ce qu'on lui coupe les jambes, les bras et la tête, il ne nuira pas à ceux qu'il veut protéger. Sans cela il blesse mortellement les malheureux à l'aide desquels il court à sa façon... dans un fauteuil.

Si nous parcourons le budget, nous trouvons treize bons milliards à la charge du commerce et qu'il doit percevoir à forfait pour le compte de l'État. C'est à peu près la douzième partie du chilTre global des transactions, tel qu'il ressort des perceptions actuelles de l'impôt sur le chiffre d'affaires qui, à raison de i46 à i47 millions par mois, porte sur i3 milliards 2 à i3 milliards 3 '. Donc, pour récupérer ses charges, le commcn r devrait à chaque transaction, à chaque vente, percevoir à peu près 8,33 pour 100 pour les seuls impôts. On calcule qu'il faut de quatre 5 cinq changemenU de mains pour arriver au consommateur, c'est donc une surcharge • de 33 à 4 1

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