‹ Finances et bon sensChapitre 35 sur 46 · INÉGALITÉ FISCALE · texte numérisé non relu

INÉGALITÉ FISCALE

posent les rôles de l'impôt général sur le revenu par rapport à la proportion dans laquelle l'alimentent les professions industrielles et commerciales est celle fixée par les deux premières lignes des chiffres ci-dessus : [\']S pour l'industrie et le commerce et 1 2 pour l'agriculture, et lorsqu'on songe que, numériquement, ces professions sont représentées, celle de l'agriculture par 9 millions de propriétaires, et celles du commerce par moins de deux millions d'unités, on est obligé de convenir que l'égalité fiscale n'existe pas en France, qu'elle est outrageusement violée et piétinée, et que ceux qui ont la charge de répartir l'impôt au prorata des forces contributives de chacun sont de grands coupables !

M. Dior, ministre du Commerce et commerçant, a revendiqué l'égalité en disant : (( Il nous faut aussi l'égalité fiscale. Plus de citoyens de deuxième zone. Tout le monde doit être égal devant le fisc. »

M. Ribot, qui a créé l'impôt sur le revenu en sachant très bien quels en seraient les résultats, car c'est dans ses discours qu'on trouve les plus amères et les plus justes critiques de cette forme d'impôt, a dit le 24 mars 1921 à la tribune du Sénat.

(( L'agriculture a fait de très gros bénéfices, on ne peut pas le lui reprocher (s'il s'agissait du commerce on lui prendrait le 80 pour 100 et on lui reprocherait le reste) mais il faut qu'elle prenne sa part du fardeau. »

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Quand tout le monde a été accablé d'impôts» les agriculteurs ont été dégrevés dans la proportion de [\o pour 100,

Il faut tenir compte de cela pour apprécier les possibilités contributives de la France. Un propriétaire seulement sur deux cents paie en ce moment les impôts cédulaires, les autres se réservent. Ils ne pourront pas trouver mauvais que les appellent à l'aide les commerçants qui continuent à verser leurs contributions exagérées actuelles.

Il en est de même de la main-d'œuvre. Il non coûte à un ouvrier pour s'exonérer de toute contribution directe que de porter à son Syndicat ou à la Bourse du travail sa fouille do oontrihnh(in et de l'y laisser.

Les ouvriers le font parce qu'on leur bourre le crâne en leur déclarant, contre toute vérité, qu'ils produisent tout et paient tout: mais ils ont trop de bon sens, trop d'esprit d'équité pour 110 pas y voir plus juste en ces matières que leurs flagorneurs et pour ne pas accepter do payer leur part, s'il est démontré que tout le monde paie et que l'égalité fiscale est réalisée.

J'insiste constamment au cours de cette étude [sur la règle de conduite de ne demander aucun dégrèvement pour le commerce, de façon que ses revendications, pour appeler à l'aide les groupes actuellement favorisés sous le rapport fiscal, aient plus d'autorité ; mais il va de soi que les taxes qui le grèvent rendront plus si le commerce est actif, et que l'égalité fiscale qu'il demande doit avoir pour effet de le soustraire à l'inquisition à laquelle échappent les autres catégories de contribuables.

L'abonnement, le forfait résultant pour les impôts cédulaires de cinq années d'imposition, abonnement fixé pour cinq ans évitent tout ce qui est évitable de l'inquisition ; pour l'impôt sur le chiffre d'affaires, le forfait à la base et le maintien du taux sans augmentation suffisent. Les dispositions adoptées par la Chambre pour le chiffre d'affaires vont permettre, si le Sénat les accepte, de faire l'expérience du forfait jusqu'à dix

mille francs d'affaires par mois. Je ne doute pas qu'elle soit avantageuse aux deux parties : au fisc et au contribuable et que les résultats obtenus engagent à élever le taux du forfait pour que plus de contrôleurs et plus d'assujettis en recueillent le bénéfice.

Le développement du commerce est tout ce qu'il y a de plus souhaitable pour la rentrée des impôts, mais aussi pour la production de la terre, qui est plus ou moins provoquée par les facilités ou les difficultés de vente et pour l'élévation du taux des salaires, qu'une extension du travail individuel assure mieux, plus vite, et surtout plus définitivement, que toutes les grèves et toutes les agitations cégétistes ou syndicales.

Il faut donc tout faire pour développer l'activité du commerce et tout se résume en un seul mol : la liberté.

Le commerce n'attente à la liberté d'aucun groupe économique ; tous attentent à la sienne et il est nécessaire de rétablir le plus possible la liberté du commerce si l'on veut • assurer la prospérité de toutes les branches de la production nationale que le commerce approvisionne à bon marché quand il jouit de la liberté de ses mouvements et qu'il délivre de leurs productions au prix maximum obtenablc, quand il a toute liberté d'agir.

Là encore, il faut penser au consommateur dont l'intérôt est toujours d'accord avec l'intérôt per-

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[manentdes producteurs patrons ou ouvriers et que sauvegarde pleinement la concurrence assurée par la liberté du commerce,

Mais le terrain théorique prête vraiment trop à la phrase et j'ai hâte d'arriver aux exemples pratiques.

Un article récemment paru dans le Parlement et l'Opinion, dû à la plume de M. A. Fauchère, commissaire adjoint de la colonie de Madagascar là l'Exposition Coloniale de Marseille en 1922, jetant un regard sur la production mondiale du sucre, constate que de 1901 à 1918 la consommation de cette denrée, par tête d'habitant, était passée, en France, de io''<^,79o à 18*^^,8/40. Gela n'est-il pas également réjouissant pour le producteur et pour le consommateur ? Or la consommation du Français en sucre ne représentait que le tiers de la consommation de l'Anglais, ellemême très extensible. N'y a-t-il pas du côté de la consommation de belles perspectives de développement .^ Si, depuis 1918, la progression de la consommation du sucre avait conservé son allure des dix premières années du siècle, le monde aurait aujourd'hui besoin de 2 4 à 26 millions de tonnes de sucre, c'est-à-dire de 8 à 10 millions de tonnes de plus que la production à laquelle la grande guerre l'a restreint.

L'ingéniosité de l'industrie et du commerce ne se manifesteront jamais d'une façon plus éclatante que par la prospérité de la chocolaterie suisse. La Suisse, inaccessible par mer, ne produisait ni sucre ni cacao. Elle s'est tout de même créé une situation prépondérante dans l'industrie du chocolat, simplement par son libéralisme douanier en matière de cacao et de sucre.

Une création privée qui nous rendrait actuellement le plus grand service et que nous n'avons pas, c'est un marché à terme des changes. Cela existe en Chine et nous n'avons pas été capable de monter cela chez nous. Pourquoi ne vendraiton pas à terme du change comme on vend du blé, du sucre ou du café P

En toute matière, le marché à terme est nécessaire, car il permet de ne pas spéculer et de toujours avoir la contre-partie d'une opération de vente ou d'achat; mais le marché à terme du change auquel nous n'avions aucune raison de penser autrefois, à la bienheureuse époque du gold point, est à l'heure qu'il est furieusement nécessaire.

Comment peut-on acheter une marchandise anglaise ou américaine, comment peut-on vendre en Angleterre en livres et aux Etats-Unis en dollars, si le change n'est pas assuré. Il en est de tous les

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pays comme de ceux que j'ai cités, que le change soit en hausse ou en baisse, ce qui est redoutable ce sont ses variations, et un marché à terme permettrait d'éviter les fâcheux elTefs de ces variations.

Le rôle des banquiers consiste bien à procurer du change, mais pour de petites sommes et des échéances courtes, et ils ne peuvent pas faire autrement, en l'état d'isolement des marchés financiers qui sont à la merci d'une grosse spéculation ou d'un déplacement de capitaux très normal à une époque où les milliards vont et viennent.

Un marché à terme du change, dans notre pays, qui n'est ni au sommet ni au plus profond des changes, pourrait centraliser les opérations de change de l'Europe et rendrait moins sensibles pour nous les variations. Le marché à terme a pour résultat de scruter les causes des fluctuations, de les prévoir et, dans une certaine mesure, d'en annuler ou d'en amortir les effets de telle façon qu'à des vagues de hausse et de baisse succèdent, quand le marché est en plein fonctionnement, de petites modifications de cours portant sur quelques points.

Qu'on laisse faire le commerce, et cette institution, que l'Etat n'a même pas été capable de concevoir, quand il avait le contrôle des changes, se réalisera à l'avantage de tous.

Le pays qui la réalisera le premier en retirera de gros bénéfices. Baie, place financière internationale, retirait autant d'avantages, avant la

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guerre, de ses opérations bancaires européennes que de son industrie pourtant très florissante.

Avec la liberté tous les développements sont possibles pour le commerce et son intérêt les rend certains. Avec des interdictions d'exportation édictées du jour au lendemain ; avec une simple possibilité d'interdiction qui impose au commerce de s abstenir des opérations qui pourraient être arrêtées par une interdiction, personne ne fait rien et les intérêts qu'on a voulu sauvegarder soulTrent par la loi de solidaritéaulant et plus que les autres. Il faut voir le sans-gêne avec lequel on traite le commerce qui devrait être sacré aux agriculteurs dont il réalise les produits. On lit dans le Journal officiel du i " octobre 1921, sous la simple rubrique : Avis aux exportateurs, cette décision du ministère de l'Agriculture .

« Les dérogations au décret du i 2 juillet 1919, qui permettent la libre exportation de France, sans autorisation préalable, des produits ci-après énumérés cesseront d'être en vigueur le i" octobre 1921. Suit l'énumération des produits :

Avoine,

haricots,

son,

pommes de terre. y> D'après ce document et c'est hélas la vérité, le

régime normal depuis le 12 juillet 1919, c'est-àdire en pleine paix, est l' interdiction d'exportation et ce sont des dérogations, révocables par un simple avis, prenant fin le jour même où elles sont supprimées, qui permettent l'exportation ! Gomment ne comprend-on pas qu'un tel régime est mortel pour le commerce d'exportation et pour les produits qu'il est censé protéger I

Si les menaces de prohibition paralysent, à plus forte raison en est-il ainsi des projets de mono-

fe;pole.

¥ Ils semblent bien loin, mais il faut se méfier.

^ Le ministère de M. Klotz ne remonte pas à des temps antédiluviens et M. Klotz était un grand fauteur de monopole. Il l'était parce qu'à ce moment c'était la mode et, si cela redevient à la mode, les projets ne manqueront pas.

Au fond, les ministres ne sont pas pour grand chose dans ces projets, c'est l'administration qui les couve en tout temps et qui les sort au moment favorable. C'est d'elle qu'il faut se méfier.

L'Administration est, comme Ingres, qui voulait j ouer du violon et comme Richelieu qui tenait à faire des vers, elle ne comprendra jamais sa radicale incompétence à gérer une entreprise, et toujours elle proposera de nouveaux monopoles qui passeront dans les fait^ si nous ne veillons pas

au grain et si nous ne déclarons pas la guerre à celte spoliation.

Un simple petit article 4, inséré dans la loi de finances du 3ojuin 1916, a institué en France un monopole, déguisé et restreint, mais tout de même un monopole des alcools. C'est une branche de l'administration des poudres, des poudres dont la fabrication en temps de paix n'exige pas un pareil luxe administratif, mais cette branche gourmande sufTit à elle seule à maintenir en plein fonctionnement toute une organisation aujourd'hui anachronique. Entre les intérêts opposés de la viticulture et de la distillerie, Tadministration louvoie pour maintenir son monopole. Voilà cinq ans que cela lui réussit, et qui sait combien de temps encore durera ce provisoire î

Prenons donc garde et veillons à ce qu'on abolisse et pour toujours les projets de monopole des pétroles, des assurances, des sucres, et aussi de l'alcool.

Si nous voulons redresser notre situation financière il faut rendre à l'industrie privée les actuels monopoles d'Etat, par conséquent il ne faut pas réduire à l'état de loque économique, dans lequel nous prendrons les entreprises d'étal, les importantes opérations qui se font sur les assurances, les sucres et demain sur les essences, etc..

D'ailleurs rien ne prévaut contre un fait. Au moment 011 j'écris (octobre 1921) le bidon d'es-

sence vaut 4 francs en Belgique et 9 fr. 5o en France, parce que l'Etat s'est occupé d'essences, et il en sera ainsi tant qu'il ne lâchera pas absolument et radicalement cet article. Et un écart de ce genre qui rendrait milliardaire, dans un temps très court, un particulier n'a aucune

^influence sur les finances de l'Etat. Voir comptes spéciaux. Que l'initiative privée reprenne la gestion des tabacs et des postes, télégraphes et téléphones, et je serai bien tranquille, les résultats

fqu'elle obtiendra feront rentrer sous terre les fau-

^teurs de monopoles.

Les exagérations de taxe nuisent autant que les prohibitions.

A la faveur de la guerre les tempérants s'en sont donnés à cœur joie de prohibitions partielles des boissons alcooliques et de folles exagérations de droits.

Tout cela n'a pas été sans aider au mouvement prohibitionniste anglo-saxon contre lequel nous protestons, mais sans efficacité, je dirai même sans droits, puisque nous avons donné le signal des restrictions.

Au fond, la différence qu'il y a entre les pays secs et les pays normaux, c'est que, chez les derniers, les liquides alcooliques se boivent en plein jour et dans des locaux appropriés ; tandis que,

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chez les premiers, on les consomme dans les sous-sols ou dans les arrière-boutiques des pharmaciens ; mais cela regarde les prohibitionnisles cl je ne m'occupe que de ce qui nous concerne, nous, Français.

Nos prohibitions de la guerre ont eu pour effet le plus clair, dans le civil, de faire servir au restaurant, dans des tasses à cafë, et non plus dans des verres, les liqueurs ou le cognac prohibes. Aujourd'hui c'est sur le terrain de l'exagération des droits que les tempérants se sont à peu près cantonnés.

Le deuxième effet ne sera pas meilleur que le premier.

Certes l'alcoolisme est ignoble, et il assassine la race, mais il est justiciable de tout autres mesures. ^Dans le Midi on n'est pas alcoolique ; et on est susceptible de le devenir dans le Nord. Donnez dans le Nord par d'autres moyens la sensation de chaleur que les buveurs demandent à l'alcool et on boira bien moins.

Le Français est buveur et il est modéré dans la consommation de l'alcool. La plus grande partie de l'alcool destiné à la consommation de bouche passe à la mise en conserves de cerises, à la fabrication des innombrables élixirs locaux, des arquebuses, vulnéraires, cl autres préparations relevant de la recette de cuisine et au fond très appréciables parleurs effets. V^ous n'empôchcroz pas le Français de boire et il vous est bien facile

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de seconder son penchant à la modération de la consommation de l'alcool.

Vous pensez l'avoir fait par l'exagération des droits, mais demain, par un nouvel acte de cratolatrie, le privilège des bouilleurs de cru sera peut-être rétabli — qui peut affirmer que cette suprême folie ne sera pas commise par un Parlement à genoux devant l'agriculture — et le droit exagéré poussera au développement de l'alcoolisme, dans toute la proportion de son exagération !

Qui s'est opposé au privilège des bouilleurs de cru? Le commerce ou les tempérants? Le commerce toujours, les tempérants, quand cela secondait leur action.

L'exagération des droits sur l'alcool nuit à de très nombreuses industries très françaises. A la parfumerie par exemple, qui ne peut pas payer des droits de 12 fr. 5o par litre et par 100 degrés sur la matière première de l'eau de Cologne, et qui abaisse constamment la force alcoolique de ses préparations.

La liberté, la liberté vous dis-je, pour le commerce intérieur, la liberté et la modération dans les taxes.

Il y a aussi une autre condition essentielle de [développement du commerce, c'est-à-dire de la

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production et de la consommation, c'est la facilité des transports, le bon marché et la rapidité des communications.

Les transports sont le système circulatoire du pays : quand ils se ralentissent, c'est l'artériosclérose ; et, quand ils s'arrêtent, c'est l'embolie.

Sans des transports actifs, réguliers, ingénieux, gravissant les monts, descendant au fond des vallées, se détournant de façon à aller chercher dans ses sièges d'exploitation l'industrie, clle-mcme dominée dans ses choix par la nécessité de rester dans le voisinage d'une mine ou d'une chute d'eau, il n*y a aucune exploitation possible, ni agricole ni industrielle ; il n'y a pas de tourisme.

Malheureusement l'administration, le Gouvernement et après eux le Parlement confondent ir ans ports axée chemin de fer. Ce sont deux choses tout à fait dilTércnlcs.

Faisons tout pour aider à la convalescence, puis au rétablissement des chemins de fer ; mais n'oublions pas que c'est un compartiment et aujourd'hui un relativement faible compartiment de l'ensemlde des transports. N'oublions surtout pas qu'aucun réseau n'a jamais été aussi prospère que celui du Nord, et que cela était dû autant à la collaboration des transports par canaux de la région desservie, qu'à sa situation industrielle et minière.

Les transports se font la guerre, et ils sont en réalité sohdaires les uns des autres.

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Aucun ne peut obtenir son plein développement sans que cela profite au moyen [de transport concurrent. Il en est des transports comme il en a été du cierge, de la bougie, du gaz, du pétrole et de l'électricité. Chacun de ces moyens d'éclairage devait supprimer l'autre. L'éclosion de chacun a eu sur les systèmes précédents un effet de développement ; plus il y a de combinaisons d'éclairage, plus il y a de consommateurs et mieux chaque entreprise, en temps normal bien entendu, fait ses affaires.

De même pour les transports. Plus les canaux travaillent, plus travaillent les chemins de fer, Fpour lesquels cela entraîne des transports complémentaires, soit en trajet, soit en articles d'assortiment. Une grande activité dans les transports fluviaux développe les transports côtiers avec transbordements, ou directs par le passage des chalands de mer à la rivière.

Dans cet ordre d'idée, faisons tout pour faciliter les transports par eau et tout pour faciliter les transports par route, dont l'Etat a l'air de complètement se désintéresser.

Dans le carburant national, il voit une satisfaction à donner à la viticulture, mais ce qui devrait dominer la question c'est d'avoir à bon marché un propulseur puissant pour les camions et pour les autos.

L'Etat dit garder la main, pendant un certain temps, sur les essences, pour récupérer une

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perte ; il devrait dire pour la doubler, car tout ce que cette cherté de lagent d'énergie empêche de transporter constitue une nouvelle perte pour le pays, une perte immédiate, et lorsqu'il s'agit de denrées agricoles, ou servant à l'agriculture, une perte à longues répercussions.

Comprenons donc que si la campagne n'a pas à temps ses fertilisants, son soufre, son matériel agricole, elle ne produit pas ; si elle n*a pas le moyen d'évacuer ses primeurs, au moment où elles ont leur pleine valeur, elle renoncera à en faire. Si le fabricant de machines agricoles ne reçoit pas ses tôles, ses aciers, il ne livrera pas les appareils. Si les semences ne circulent pas les ensemencements seront plus faibles.

Les transports développés donnent à l'activité économique une progression géométrique.

L'Etat s'occupe des routes quand il en a le temps. Il devrait les entretenir jalousement, heureux de les voir servir. Notre capital de routes nationales, départementales et communales, peut donner de très gros et immédiats intérêts s'il ne détraque pas les véhicules, s'il ne rebute pas les conducteurs, si les cahots qu'il impose aux cars et aux autos n'arrêtent pas les voyageurs.

Esl-celechemin de ferqui a sauvé Verdun? N'est ce pas à la route et à l'automobile qu'on a dh de le ravitailler en hommes, en aliments et en munitions de façon à forcer la victoire? Il s'agit maintenant d'un Verdun économique ; aucun moyen

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n'est à négliger, et il faut soigner la route commerciale du redressement comme on a soigné la route militaire aux grands jours de Verdun.

Le transport des voyageurs est aussi utile sinon plus que le transport des marchandises, car on ne peut pas transporter des voyageurs sans que cela engendre des transports de marchandises et sans en même temps véhiculer des idées.

Que l'Etat soigne ses routes, ce n'est pas làdessus qu'il faut faire de la compression. Qu'il les fasse entretenir sous son contrôle par des entreprises privées, pour que le travail soit mieux fait et coûte moins, ce n'est pas moi qui y trouverai à redire^ au contraire; mais, môme avec l'organisation actuelle, quoique coûte l'entretien des routes, il faut le faire, cela rapportera plus encore que cela ne coûtera. Que l'Etat se serve de ses droits de tutelle vis-à-vis des départements et des communes pour obtenir d'eux qu'ils aient les mêmes soins de leurs routes. Ce sera de bonne besogne.

L'activité du commerce, secondée par celle des transports, peut produire des miracles.

A leur tour les transports doivent être secondés par la facilité des communications. Tout ce que l'Etat voit dans les P. T. T., c'est le moyen de distribuer des emplois, mais, sapristi! ce qui est important, c'est de permettre aux gens de communiquer par lettre, par fil, sans fil, de communiquer rapidement et à bon marché, parce que

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sans communication il n'y a pas de production possible, pas de vente, pas d'exploitation. La T. S. F. permet de communiquer avec nos colonies, qu'attend-on pour en faire un usage intense et constant en France même.

Le commerce extérieur peut se développer — et là au centuple — par les mêmes moyens de liberté.

Il serait désirable que les droits de douane fussent établis à des taux non prohibitifs, no maintenant pas en France une cherté qui nous interdit une tant soit peu large exportation, mais c'est une question sur laquelle l'éducation de la nation est à faire. Le moment est d'ailleurs mal choisi pour défendre la thèse de la liberté des échanges. La commotion a été telle que des mesures extraordinaires peuvent se justifier.

Le consommateur qui est, somme Imite, le nombre ne comprend pas encore qu'il aurait intérêt à modérer les fureurs douanières et il est \o premier à faire chorus avec la viticulture, demandant une protection de 3i fr. 20 par hectolitre. et avec l'industriel réclamant des coefficients de jour en jour plus forts pour l'élévation des droits.

Un ouvrier fera grève pour une réduction de salaire de o fr. 5o par jour, mais jamais il ne se préoccupera d'un droit sur le blé qui lui fait payer

o fr. 1 5 plus cher par kilogramme les 5 kilogrammes de pain qu'exigent quotidiennement sa nourriture et celle de sa famille. Le travailleur fait grève pour une perte de dix sous , mais il ne s'aperçoit même pas d'une perte de quinze sous, due à la protection. Gomment s'insurger contre une protection ^ on lui est reconnaissant des intentions affichées par son titre, même quand elle confine à la folie, par son exagération, et que le résultat est la cherté et le chômage.

Le plus grand intéressé au libre échange est certainement l'ouvrier. Tout d'abord un abaissement du coût de la vie et une augmentation du prix de la journée sont des choses équivalentes; mais la protection qui impose à l'ouvrier des dépenses au-dessus de ses moyens a pour effet fatal de préparer le chômage et par suite de réduire les salaires.

Quand un droit de douane élevé débarrasse la production nationale de la concurrence étrangère, la hausse ne se fait pas ipso facto. La production nationale travaillait par exemple pour un prix de quarante francs ; dorénavant la suppression de la concurrence étrangère lui permettra de monter à cinquante francs, mais cela ne peut pas se faire du jour au lendemain, ni sans entente.

Le demi-gros ne veut pas payer le prix de cinquante francs à la fabrique parce qu'il ne sait pas si ses clients accepteront l'équivalent. Le seul moyen pour l'industriel d'obtenir le prix de cin-

i88 DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL

quante francs est d'arrêter ou de restreindre la production jusqu'au jour où le détaillant, poussé à acheter par ses clients, est sûr d'obtenir à la vente l'équivalent de cinquante francs.

Après avoir restreint la production pour élever les prix, il faudra la restreindre pour les maintenir. C'est le malthusianisme industriel fatal avec tout son cortège de chômage et de marchandage du prix de la journée, tandis que sotîs un régime libre-échangiste où le producteur ne peut se rattraper des prix que lui impose la concurrence universelle que par le développement de la production , l'ouvrier est assuré de travailler au plein et à plein prix ; mais allez faire comprendre cela aux ouvriers î II faudrait avoir pour truchement leurs syndicats, or ceux-ci ne veulent à aucun prix d'un ordre de choses qui, automatiquement . c'est-à-dire sans leur intervention, assurerait aux ouvriers ce qu'ils pa.'isenl leur temps à leur promettre sans avoir aucun moyen de le réaliser.

L'engouement des classes ouvrières pour la \noteclion est un phénomène d'ignorance inexplicable pour un intérêt aussi direct, mais nous ne changerons pas les choses du jour au lendemain, et c'est du jour au lendemain que la situation financière nous oblige à développer le commerce. Voyons donc ce qu'on pourrait faire pour donner plus d'activité au commerce extérieur.

Il va de soi qu'avec nos coefFicienls de droits il faut renoncer à l'exportation, j'entends à une

exportation large et grandissante. Plus nous élerons le prix des produits chez nous, plus la vente en est difficile au dehors. Les coefficients de douane engendrent d'ailleurs rabâtardissement du produit. Avec la cherté apparaît tout de suite la deuxième marque, la deuxième qualité, la

^ deuxième zone, celle sur laquelle se rabat l'acheteur effrayé du prix de la première qualité. Au dehors il n'y a pas de droit de douane pour contraindre l'acheteur à faire des sacrifices sur la qualité...

Notre faible population ne nous permet pas d'envisager les cartels, répartissant en prime d'exportation les excédents de prix de vente obte-

- nus à l'intérieur, puis ces sortes d'organisations

'■ exigeant le groupement ne nous plaisent pas. Notre esprit latin ne comprend pas que, quand un bénéfice est réalisé, celui qui a réussi à le faire ne le garde pas. En fait, les cartels n'ont jamais

; eu chez nous aucun succès. C'est bon pour les

} peuples grégaires.

La brutalité de nos mesures douanières crée

l au dehors contre nos produits une atmosphère d'hostilité hélas ! très justifiée. Nos protectionnistes — et c'est la nation entière — disent le contraire ; mais vous n'avez qu'à faire un voyage en Belgique, en Suisse, n'importe oij, et vous verrez la différence entre les formalités, les précautions douanières, que vous rencontrerez à l'aller chez le voisin et au retour chez nous-mêmes . C'est un côte de la question sur lequel les pro-

igo DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL

tectionnistes évitent de s'expliquer. Ils citent les chiffres du commerce extérieur prouvant par les ventes que des marchandises à nous sortent de la frontière, et ils affirment que nous ne manquons que de publicité et d'organisation des crédits à l'exportation pour faire bien plus.

Nos ventes à l'étranger sont un fait indéniable, mais si vous étudiez chaque courant d'exportation, à mesure qu'il se produit, vous voyez qu'il est accidentel ou qu'il porte sur un article d'assortiment, ou de peu de volume, qui n'alimente que faiblement les transports et qui dès lors va à son débouché définitif par la voie de l'étranger.

Il est certain que toutes les fois que nous avons un produit en surabondance nous le vendons à l'étranger, mais comme toute notre production est réglée pour éviter la surabondance, cette surabondance est un fait exceptionnel. Cependant les récolles, malgré le plus sévère malthusianisme, peuvent constituer des excédents, et cela s'exporte. Un pays de production raffinée comme le nôtre se recommande à la gourmandise des consommateurs étrangers et nos vins, nos eaux-de-vie, nos liqueurs, nos cbampagnes, nos fromages, nos pruneaux ont leurs clients extérieurs. Il en est de même de nos objets de mode, de nos objets d'art et de nos fleurs.

En outre, des deux côtés de nos frontières sont des populations a goûts similaires, et tous les jours il se fait des échanges à travers ces frontières.

Voilà ce qui constitue notre exportation. Gela a toujours existé et existera toujours, mais je crois que la seule utilité de ce commerce est de permettre de s'illusionner aux fauteurs de protectionnisme et d'illusionner les masses. La grande exportation qui se fait à l'aide d'un produit universellement apprécié comme le café pour le késil, le charbon pour l'Angleterre, le coton >our les Etats-Unis, cela n'existe pas pour nous, qui cependant pourrions demander au vin le nême service et toutes les combinaisons de publicité et de crédit ne nous feront pas vendre à l'étranger au double de sa valeur un produit artificiellement renchéri chez nous par les droits de douane. Ceux qui y voient clair attendent de meilleurs jours pour le développement de l'exportation qui est cependant en définitive le seul moyen d'enrichir la nation — nous ne nous enrichissons pas en nous vendant à nous-mêmes — et envisagent en attendant les palliatifs.

Il y en a deux : le commerce colonial, la réexportation.

Le commerce colonial est aussi près que possible de l'exportation. Nos possessions ont des j, voisinages immédiats, des affinités ethniques Il telles avec de grands états étrangers que les plus Iffc violentes et les plus systématiques pressions n'ont l^kamais obtenu qu'une évolution insignifiante vers fpie nationalisme dans le commerce colonial.

En comprimant jusqu'à 5o pour 100 de son

volume le commerce dune colonie par l'application du tarif général, nous sommes arrivés à faire tomber la proportion de ses commandes à l'étranger de 55 à 45 pour 100, c'est à-dire que si celte colonie faisait autrefois cent millions de francs de commerce extérieur, sur lesquels elle achetait et vendait au dehors cinquante-cinq millions de francs ; lorsque nous l'avons soumise à un véritable régime de famine, par l'application du tarif général, ce qui a réduit son commerce total de cinquante millions, son commerce avec l'étranger est tombé à vingt-deux millions et demi, et son commerce avec la métropole que nous voulions favoriser à tout prix tombait de quarante-cinq millions de francs à vingt-sept millions et demi. Nous perdions dix-sept millions et demi de francs, en gagnant 10 pour 100, et c'était tout le résultat d'une compression systématique de vingt années'. Le voisinage, la communauté de races ont des effets d'autant plus sûrs qu'ils ne sont pas voulus.

Le commerce colonial a donc en première ligne l'avantage de nous conserver en matière de com mcrce extérieur un brin de hon srns et de saine vue des choses, en outre c'est l'exploitation d'un domaine à nous qui pont rendre ce que nous voudrons.

I. L i\jM t niM <• il lîu i.tii<T H»ii iiu> .uitniiii«>« (onHin-s » ijiii

(les circonstance» ind(^pen<ianto8 rlu rt^gimc douanier ont onsuito permis de so relever, main que Tapplication du tarif général » commence parruinst»

DÉVELOPPEMENT GOMxMERGIAL igS

L'Amérique du Nord n'est-elle pas le grenier du inonde aussi bien au Canada qu'aux Etats- Unis, chacun des deux pays agissant en proportion de sa population. Qu'était l'Amérique du Nord il y a un siècle et même moins, sinon un pays comparable aux plus neuves de nos colonies? Nous n'avons qu'à vouloir et nous ferons de nos colonies ce que les Américains du Nord ont fait du Canada, et des Etats oii florissent New- York, Chicago, NcAV-Orleans.

Je ne peux pas entrer dans le détail que l'imj mensité de notre domaine rendrait infini, et c'est S^ inutile ; pourtant il y a un point à signaler.

M. Albert Sarraut, ministre des Colonies, a rédigé un merveilleux programme de mise en valeur de nos possessions, et le budget devrait comprendre les quelque cent millions qui suffiraient à amorcer ce projet ; mais ne nous y trompons pas, rien ne vaut pour le développement colonial l'action libre de nos colonies, de nos sociétés coloniales ; qu'on ne les entrave pas, qu'on les appelle au Conseil lorsqu'il s'agit de mesures graves, qu'on suive à ce moment, autant que possible, leurs avis et tout ira bien.

Il ne faut pas non plus nous efTrayer de Faillux des étrangers dans nos colonies. Une colonie se peuple comme elle peut. Nous nous sommes plaints de la proportion de Boches que nous avions dans nos colonies au moment de la déclaration

I de guerre. Cela nous a gênés mais ne nous a pas A'.TAUD. l3

nui, tandis que si l'élément étranger avait sévèrement été banni de nos colonies, elles ne seraient jamais sorties de la plus avilissante routine. Il faut de l'émulation, il faut de la concurrence.

Pour le commerce colonial, ce qui est proprement l'affaire de l'Etat c'est la question des transports, des transports vers les colonies, des transports des colonies vers la métropole ; des transports dans la colonie, par fer, par eau, par avion ; le raccordement dans les ports coloniaux du moyen de transport local au moyen de transport vers la métropole à l'aide de rades, ports, wharfs, engins de manutention, et enfin la question des communications par poste, par télégraphe avec ou sans fil, ce qui. actuellement, nous manque beaucoup. Il faut, à certains moments, quinze jours pour correspondre télégraphiquement avec une colonie, et on ne se figure pas. en l'élat d'instabilité actuelle des cours, quel trouble apportent dans les transactions d'aussi énormes retards dans les communications.

En dehors de ces obligations, qui suffisent pour absorber tout ce qu'il y a de disponible comme activité, que l'Etat laisse faire I L'essentiel pour lui est de ne pas apporter d'entraves dans ces questions, au nom d'intérêts particuliers qu'il prend de loin pour des intérêts généraux. En matière de transports par mer, par exemple, il est évident que l'intérêt des fonctionnaires voulant du confort à bord cl de la vitesse, sans payer ces

DÉVELOPPEMENT COMMERCIAL igS

avantages, est opposé à l'intérêt du commerce qui veut avoir des cargos à fret réduit et tout au plus des paquebots mixtes.

L'Etat a à assurer les communications coloniales et il a aussi à négocier avec les Etats voisins de nos colonies, ce qu'il ne fait jamais ; les questions n'étant résolues que lorsque l'initiative de nos adversaires les fait résoudre. Les Nouvelles Hébrides offrent malheureusement en ce moment un exemple de cette inertie. L'Australie, la Nouvelle Zélande réclament ce groupe d'îles sur lequel la légitimité de notre domination est incontestable, et c'est à peine si nous répondons.

En matière douanière, l'Etat a à ménager les intérêts de nos colonies, très souvent différents de ceux de la métropole. Il est évident que rindo-Ghine qui fait les trois quarts de son commerce de riz avec l'Extrême-Orient n'est pas visà-vis de ces régions dans la même situation que nous, et qu'elle seule est placée pour suggérer des solutions. C'est l'évidence même, et cependant cela a été très difficile à faire admettre.

(( Que chacun fasse son métier et les vaches seront bien gardées » mais le plus difficile avec l'Etat c'est qu'il fasse tout son métier et qu'il ne fasse que son métier.

Le commerce distribue des substances qu'il ne

produit pas, et le commerce de réexportation répartit à l'étranger des denrées, des objets créés à l'étranger.

il y a pour pas mal de matières des étrangers consommateurs qui ne sont pas les mêmes que les étrangers producteurs, et l'on peut très honnêtement gagner sa vie en vendant aux uns les produits des autres. D'ailleurs, l'étranger ne s 'étant pas encore asserW à notre slupide règle de conduite de tout vouloir produire, même ce que nous aurions intérêt à acheter tout fait, est toujours producteur de quelque chose et consommateur d'autre chose, et, avec les mêmes peuples, on peut faire de la réexportation dans les deux sens. A chacun on peut acheter quelque chose et vendre autre chose.

Nos qualités de souplesse et d'honnêteté, jointes à notre prestige actuel, nous désignent parliculièrement pour ces opérations, que notre pays est géographiquemenl on ne peut mieux plac«' pour eflectuer.

Considérez, sur une carie, la situation de la France, entre l'Espagne et le Portugal d'un côté et la Suisse, la Belgique, la Hollande et l'Allemagne de l'autre ; entre le Royaume-Uni dans un autre sens, et à l'opposé l'Italie et la péninsule balkanique.

Prolongez les pays voisins et vous verrez que, tant que l'Europe conservera son rôle économique universel, les quatre branches de l'X, qui se

croisent en France, mèneront dans le monde entier : Amérique du Nord prolongement des Iles Britanniques ; Afrique et Amérique du Sud prolongement géographique de l'Espagne et du Portugal ; Europe Septentrionale, prolongement de la Belgique et de la Suisse; Asie prolongement géographique et un peu économique de l'Italie .

Les marchandises étrangères traversent forcément notre pays, et nous sommes la nation européenne dont le commerce général est le plus élevé par rapport au commerce spécial ; c'est-à-dire celle 011 le transit des marchandises qui ressortent donne lieu aux plus grosses opérations par rapport à celles que le pays reçoit pour sa propre et définitive consommation .

Ces marchandises étrangères, devons-nous les laisser passer en wagons plombés, en vase clos, sans bénéfice pour nous, ou devons-nous seconder un mouvement naturel, nous faire les pourvoyeurs des étrangers, qui ont besoin de marchandises ; les acquéreurs des étrangers vendeurs ; et tâcher de manipuler le plus possible, au passage par la France, les marchandises étrangères allant à l'étranger, de façon à donner à ces marchandises notre cachet, à nous les approprier en quelque sorte de façon à nous lés faire redemander, de façon h y incorporer le plus possible îde travail français, et même de marchandises françaises, c'est-à-dire de manière à en tirer le maximum de profit ?

La réponse n'est pas douteuse lorsqu'elle est posée à des gens exempts de préjugés. Elle n'a jamais été posée qu'à des agriculteurs, hors d'état d'en connaître les éléments et qui n'avaient en tête qu'une idée qu'on pouvait ainsi formuler : « Tout ce que l'étranger prendra de produits étrangers, il ne me le prendra pas à moi » : et en dehors des agriculteurs cette question n'a été posée qu'à des professeurs, des journalistes, des administrateurs qui, en pareille matière, sont toujours de l'avis de la majorité.

La question s'est posée pour la réforme des entrepôts, pour la création de zones franches, cl chaque fois le bon sens a fait son œuvre auprès des promoteurs de la question, mais jusqu'au point où intervient la cratolatrie. Se mettre ma! avec l'agriculture pour rendre service au pays, pour rendre service à l'agricullure malgré elle ? Jamais de la vie I A nous les victoires faciles ot les défaites profitables I

Je dis, pour rendre service à l'agriculture malgré elle, car rien n'est plus faux que le raisonnement : « tout ce que l'étranger prendra de produits étrangers, il ne mêle prendra pas, à moi. »

Ce raisonnement est démontré faux par l'expérience, il faut accoutumer le client au vendeur et au produit, et ce n'est qu'après avoir triomplié de ses résistances dans les deux sens que vous lo tenez vraiment.

Pour l'accoutumer au vendeur il faut que le

vendeur lui offre plusieurs produits et plusieurs prix.

Il faut aussi que le vendeur offre des prix raisonnables. Or le système actuel, faisant la guerre aux échanges avec l'extérieur, nous handicape irrémédiablement en nous condamnant, pour bien des produits, à faire payer un double fret à l'acquéreur.

Si un navire trouve un chargement pour venir en France et un chargement pour en sortir , ses dépenses se répartissent sur les deux voyages, aller et retour ; mais s'il faut qu'il vienne à vide prendre la marchandise à exporter, ou qu'il aille à vide prendre la marchandise dont nous avons besoin, la marchandise qu'il porte à l'un des deux voyages est grevée de deux frets, ce qui n'existe pas pour les peuples à transactions extérieures intenses, et ce qui devrait encore moins exister chez nous qu'ailleurs à cause de notre positicrri géographique exceptionnellement favorable. Nous supportons en France cette surcharge parce que les droits de douane n'ont qu'à monter d'un cran pour nous y contraindre, mais hors de France ce supplément de coût nous handicape et si nous voulons avoir des chances au dehors, pour la réexportation, il faut que nous nous débrouillions à éviter les mouvements à vide des navires faisant le trafic.

Revenons au raisonnement de l'agriculture. Elle est dans la situation d'un cheval à œillère

qui croit que la route n'a pas de côtés parce qu'il ne les voit pas, mais se figure-t-elle que, pour lui faire plaisir, l'étranger se prive des produits de l'étranger? La France ne les propose pas, elle n'a pas le bénéfice de la réexportation, elle perd le contact avec les clients étrangers et la marchandise passe à travers notre territoire dans des wagons plombés, ce qui n'a rien de réjouissant ; mais le trafic se fait quand même et se fait contre nous tandis qu'il pourrait se faire par nous et, en définitive, pour nous.

Il n'y a pas que l'agriculture qui s'oppose aux combinaisons de réexportation, il y a l'industrie que je mets à part, parce qu'elle ne pèche pas par ignorance, mais consciemment.

L'industrie sait bien que des combinaisons d'entrepôt ou de zones franches la mettraient en contact avec la concurrence mondiale et que cette concurrence mondiale, salut des industries essentielles, forcément peu nombreuses, ne pourrait pas être supportée par les industries parasitaires, nées de la protection et uniquement soutenues par la protection .

Le salut pour les industries essentielles serait peut-être acheté au prix d'une crise de réfection des outillages, et il est si commode de vivre avec un matériel défectueux, à l'abri d'un bon droit, et en restreignant la production quand la consommation regimbe I

Ce sont ces considérations qui rallient l'indus-

DEVELOPPEMENT GOiMMERGIAL aoi

trie à la thèse de l'agriculture : Foin des nouveautés I

La coalition de l'agriculture et de l'industrie s'oppose à ce que la France fasse quoi que ce soit pour bénéficier de la réexportation, et voilà comment, asservis à la routine, nous perdons d'abord des millions à ne pas faire de la réexportation, et ensuite des milliards par l'essor comprimé, empêché, de notre agriculture et de notre industrie.

Une branche d'industrie tangente à l'exportation est le Tourisme, qui nous permet, en vendant aux étrangers, de faire de l'exportation sur place.

Il appartient aux pouvoirs publics, aux associations ad hoc, aux entreprises de transport, aux populations des sites célèbres, des villes d'eaux, des stations de mer ou de montagne, de tout faire pour attirer l'étranger qui dépense chez nous son argent, qui, à l'aspect de la cathédrale de Reims ou de nos villes détruites du Nord, se rend compte de ce que nous avons souffert, qui apprend à nous connaître en nous voyant chez nous et qui contracte le goût de nos productions en dégustant nos vins à Bordeaux et en Bourgogne, en s'habillant rue de la Paix et en fréquentant nos théâtres et nos restaurants.

Nos hôtes vivent chez nous, achètent chez nous et il faudrait tout faire pour les attirer. Les folles

taxations à l'encontre de rhôlellerie, industrie que la Suisse soutient de ses deniers, les vexations pour les places de luxe dans les trains, les cahots d'une route mal entretenue sont des crimes de lèse-nation, s'ils écartent un seul étranger qui nous apporte des livres sterling, des dollars, des douros, en échange de nos marchandises vendues sans publicité et sans crédit.

Développons l'ensemble de nos aflaires, le commerce marchera mieux, l'agriculture vendra ses produits, l'industrie aussi, les taxes rentreront facilement et la solution de la question financière aura fait un grand pas.

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