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CHAPITRE XXTI TABACS

Voilà une exploitation au sujet de laquelle 'Etat épaissit de son mieux les ténèbres compables.

Il est très difficile d'établir ce que coûte l'exploitation du monopole des tabacs en personnel, en achat de marchandises, et en transports.

Il semble que l'évaluation des recettes, pour 1922, de 1760 91 1000 francs pour tabacs, briquets et allumettes, ait pour contre-partie neuf cent soixante-dix millions d'achats de marchandises, de transports et de frais d'administration.

En pareil cas, le rendement net serait d'environ 800 millions.

Que représentent là-dessus les allumettes ? Elles sont bien évaluées comme produit à ii5866ooo francs pour 1922, mais que coûtentelles ?

On a à plusieurs reprises constaté que, si l'Etat, au lieu de fabriquer des allumettes, les achetait toutes faites au dehors, il y gagnerait

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beaucoup. En fait je crois que cela s'est pratiqué et que l'Etat, en gardant ouvertes ses manufactures et ne les faisant travailler qu'en apparence pour ne renvoyer personne, a trouvé intérêt à importer la plus grande partie de ce qui alimentait ses ventes. Le monopole des allumettes, isolé de celui des tabacs, serait franchement déficitaire que cela ne m'étonnerait pas autrement.

Mais cela n'a pas une grande importance, si l'on s'occupe des tabacs et des allumettes ensemble.

Donc c'est pour un produit net d'environ 800 millions que l'Etat monopolise le tabac et les allumettes, qu'il met la France hors d'état d» prendre part, en ces matières, au commerce d'exportation, qu'il crée avec l'Alsace et la Lorraine une disparité choquante dans laquelle, d'ailleurs, c'est l'Alsace el la Lorraine, avec leur liberté de vente, sinon de fabriquer qui ont raison ; vraiment le jeu n'en vaut pas la chandello el je ne comprends pas, qu'à un moment où l'on demande à tous les citoyens français d'accepter une charge d'impôt qui les dépouille rapidement de leur patrimoine, comme la taxe de 5o pour 100 de l'impôt global pour un revenu de plus de 55oooo francs, l'Etal ne donne pas l'exemple cl qu'il passe à côlé de la possibilité d'un bénéfice supplémentaire de trois milliards sans rien faire pour le réaliser, et cela par simple routine, pour ne pas lâcher ce qu'il tiont. T/Efnt nous ronvio

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tout le temps au devoir fiscal. Il faudrait qu'il comprît le sien, qui est de ne reculer devant rien pour développer les recettes.

On a parlé, au cours de l'année 1920, d'offres qui auraient été faites par un groupe d'Américains de verser à la France soixante milliards, pour être subrogé aux droits de l'Etat et exercer son monopole des tabacs et des allumettes. On a même dit qu'il s'agissait de quarante milliards pour les tabacs, et de vingt milliards pour les allumettes.

Quelle confiance faut-il faire à ces chiffres ? Un groupe d'Américains en nous faisant ces offres n'escomptait-il pas une amélioration du change, par le fait d'une forte compensation avec notre dette extérieure ? La ventilation entre la valeur du monopole des allumettes et celle du monopole des tabacs est-elle conforme à l'indication donnée ? Toutes questions auxquelles on ne saurait répondre avec certitude mais, par contre, ce qu'on peut assurer, c'est qu'en dépit de toutes les dénégations officielles embarrassées, une combinaison d'achat du monopole des tabacs et des allumettes pour la somme globale indiquée a été envisagée, et serait allée jusqu'à la proposition ferme si les auteurs de la combinaison avaient été encouragés à la produire.

Qu'on l'ait écartée, je le comprends, car il y a quelque chose de déplaisant à créer chez soi une ferme au profit d'un étranger. Qu'il réussisse ou

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qu'il se ruine, un certain nombre de questions sont posées, d'un caractère international embarrassant, mais qu'au lendemain de cette offre on ne se soit pas dit que soixante milliards représentent pour des Américains, entre intérêt de l'argent et bénéfice escompté, six milliards de profit annuel et qu'il valait la peine de rechercher dans quelle mesure et par quel moyen ce bénéfice était réalisable, cela est inouï. Gela est encore plus fou aujourd'hui, en l'état bien plus délabré qu'il y a deux ans de nos finances, et no s'explique que par nos dispositions cratolatriqucs. Les intéressés au système actuel sont légion ; ne touchons pas, même en pensée, au système actuel.

Nous ne sommes cependant pas moins capables que des Américains d'administrer une grosse affaire. Ce que des Américains auraient pu faire, nous le pouvons !

Donc l'administration avait le devoir de creuser l'offre faite, ou murmurée : de la rendre publique, de voir, à l'occasion des polémiques ou éludes auxquelles celte publication aurait donné lieu, ce qu'on pouvait vraiment attendre d'une combinaison de ce genre et en retenir le principe, au cas où, des études faites, il serait ressorti que le bénéfice envisagé était intéressant.

A priori, on peut toujours admettre qu'il est facile de quintupler un résultat commercial obtenu par l'administration ; mais quand, en étudiant

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