CHAPITRE CINQUIÈME
glots et des soupirs, étouffés par des reproches et par des baisers.
J'étais vaincue, monsieur, et je demandais à Dieu de mourir en cet instant pour tous mes parents, afin de m'éviler rhorrible et impossible choix, ou d'abandonner mon cher et malheureux Hyeronimo, lorsqu'une voix, comme si elle fût descendue du ciel, interrompant tout à coup le silence de nos embrassements, dit d'un ton d'autorité à mon père et à ma tante :
c Ne résistez pas à Dieu, qui parle par le cœur des innocents, laissez Fior d'Aliza courir sur les traces de son frère, la protection de Dieu la suivra peut-être dans la foule, comme elle a suivi Sarah dans le désert. Partez, mon enfant, j'aurai soin de ceux qui restent, »
A ces mots, qui nous firent tressaillir comme un coup de tonnerre, nous nous relevâmes tous les trois de la poussière, et nous vîmes debout devant nous notre seul ami sur la terre, le père Hilario.
II jeta sur le plancher sa besace, plus pleine de provisions qu'à l'ordinaire; il en tira du pain, du caccia-cavallo (fromage de buffle des Maremmes) , une fiasque de vin de Lucques, et dit à mes vieux parents :
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— Ne vous inquiétez pas comment vous vivrez en Tabsence de ces enfants, je vous en apporterai toutes les semaines autant ; Taumône est la récolte des abandonnés, je ne fais que vous rendre ce que vous m'avez tant de fois donné dans vos jours de richesse. Si je mendiais pour moi, je serais un voleur du travail des hommes ; mais en mendiant pour vous, je ne serai qu'une des mains de Dieu qui reçoit du cœur pour rendre à la bouche.
Il nous dit alors en peu de mots que le bruit des coups de feu de la veille dans les châtaigniers, du massacre de notre troupeau, de mes blessures aux deux bras, de la mort du brigadier des sbires et de Temprisonnement de Hyeronimo, était monté jusqu'aux Camaldules, de bouche en bouche, par les chevriers de San Stefano ; qu'à cette nouvelle, il avait bien pensé que nous avions besoin de consolation, qu'il avait demandé au supérieur la permission de venir à notre aide et de prendre dans sa besace ce qui était nécessaire à une pauvre famille privée du seul soutien capable de pourvoir à ses néces3ité8.
II ajouta qu'il s'était levé bien avant le jour, afin d'arriver à la cabane aussitôt que le réveil dans nos yeux et le désespoir dans nos cœurs.