‹ Fior d'AlizaChapitre 123 sur 197 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Cependant je tombai à genoux pour bénir Dieu d* avoir pu seulement entendre le son de ses chaînes ; toute ma crainte était qu'on ne m'éloignât tout à l'heure de l'asile que le hasard m'avait ouvert la veille; j'aurais été contente d'être une pierre scellée dans ces murailles, afin qu'on ne pût jamais In' arracher d'auprès de lui I Mais qu'allais-je devenir au réveil du barg^Ilo et de sa femme?

Au moment où je roulais ces transes de mon cœur dans ma pensée^ à genoux devant mon lit, les mains jointes sur la zampogne muette, et le visage, baigné de larmes, enfoui dans les poils de bête du manteau de mon oncle, là porte de la chambre s'ouvrit sans bruit, comme si une main d'ange l'avait poussée, et la femme du bargello entra, croyant que. je dormais encore.

En me voyant ainsi, tout habillée de si bon matin et faisant si dévotement ma prière (elle le crut ainsi du moins), la brave créature conçut encore, à ce qu'elle m'a dit depuis, une meilleure idée du petit pifferaro et une plus vive compassion de mon isolement dans cette grande ville de Lucques.

Je m'étais levée toute confuse au bruit, et je tremblais qu'elle vînt me demander compte des airs de musique

dont j'avais troublé, sans doute, le sommeil de ses prisonniers. Je cherchais dans ma tête une réponse apparente à lui faire, et je baissais les yeux sur ta pointe de mes souliers, de peur qu'elle ne lut je ne sais quoi dans mes yeux.

Mais au lieu de cela, mon père, elle ne parla seulement pas de la musique nocturne, pensant sans doute que j'avais étudié un air pour la neuvaine de Montenero^ pèlerinage de matelots de la ville de Livoume, et, d'une voix trèsdouce et très-encourageante, elle me demanda ce que je comptais faire tout à l'heure en sortant de chez eux, et si j'avais quelque père et quelque mère ou quelques corps de pifferari ambulants qui me recueillerait à Prato, ou à Pise, ou à Sienne, pour me reconduire dans les Abruzzes, d'où je paraissais ôlre descendu avec ma zampogne»

— Non, lui dis-je, mon père est aveugle et ma mère est morte (et je ne mentais pas en le disant, comme vous voyez), je n'appartiens à aucune bande de musiciens des Abruzzes ou des Maremraes, et je cherche seulement à gagner tout seul, par les chemins, d'une façon ou d'autre, le pain de mon père et de ma tante, qui ne peut pas quitter la maison où elle soigne son frère.

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