‹ Fior d'AlizaChapitre 53 sur 197 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

— Je ne sais pas autre chose de la famille, continua la tante. Que voulez- vous, monsieur ? personne de nous ne sait ni lire ni écrire ; qui est-ce qui nous l'apprendrait? Il n'y a ni maître ni école, à cette dislance des villages, sous les châtaigniers ; les oiseaux ne le savent pas non plus, et cependant voyez comme ils s'aiment, comme ils font leur nid, comme ils couvent leurs œufs, comme ils nourrissent leurs petits.

— Et comme ils chantent donc ! ajouta Fior d'Âliza en entendant deux rossignols qui luttaient de musique nocturne au fond du ravin, près de l'eau.

— Mon père, reprit l'aïeule, fit ce que faisait son père ; il cultiva un peu plus large de terre noire entre ces rochers. C'est son père qui avait planté quelques ceps de vigne sur ta pente en pierres au midi, et qui avait enlacé les sarments aux treùe mûriers qui nourrissaient ses vers à soie de leurs feuilles; c'est son fils, mon frère et son fils que voilà, dit-elle en montrant du geste le vieil infirme, qui défricha en vingt ans et qui sema le champ de maïs dont les grappes d'or, comme des oranges sur le quai de Pise, brillent maintenant pour d'autres que pour nous sous les vertes lisières du bois de lauriers.

Lui et son frère, qui est mort jeune, et qui était mon mari, s'occupaient l'hiver, comme avaient fait leurs pères et leurs oncles, à façonner des zampognes, que les bergers de la campagne de Sienne, des Maremmes, et des Abruzzes, leur achetaient dans la saison des moissons, quand ils allaient se louer, pour les récoltes, aux riches propriétaires de ces pays, pour rapporter de quoi vivre l'hiver à la cabane.

On dit que les Calabrais eux-mêmes n'en fabriquent pas de plus sonores et de plus savantes que nous.

Mon mari taillait les chalumeaux, creusés et percés de dix trous, autant que de doigts dans les mains, avec une embouchure pour le souffle ; il choississait, pour ces hautbois attachés à l'outre de peau de chevreau, des racines de buis bien saines et bien séchées pendant trois étés au soleil.

Son frère Antonio coupait et cousait les outres et le soufflet qui donne le vent à la zampogne. Il laissait le poil du chevreau en dehors sur la peau, afin qu'elle gardât mieux le son et que la pluie glissât dessus, comme sur la petite bête, sans l'amollir, et de plus c'était lui qui en jouait le mieux et qui essayait l'instrument en le corrigeant jusqu'à ce que l'air sortit aussi juste que la voix sort des ténèbres.

— Tiens, ma fille, dit-elle à sa nièce en s'interrompant, ouvre donc le coffre de bois, et montre à l'étranger les trois dernières zampognes qu'ils ont fabriquées ainsi avant la mort de mon pauvre mari.

Ah ! monsieur, ajouta la vieille femme pendant que Fior

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