‹ Fior d'AlizaChapitre 82 sur 197 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

que de vous laisser porter la hache sur son écorce ; si quelque chose est à nous sur la terre, c'est lui I Oserez-vous nier que le papier des juges me réserve en jouissance tout le bois, toutes les feuilles, toute Tombre, tous les fruits de ce côté ?

— Non, répondit T homme de loi, je ne le con leste pas ; mais, de votre côté, oserez-vous nier que la propriété de Tarbre lui-môme est au capitaine des sbires, et que, quand il aura fait de sa propriété ce qu'il a le droit d'en faire, votre droit tout conditionnel, à vous, ne subsistera plus ; car, puisqu'il est le propriétaire, il a le droit d'abattre Tarbre, et, le tronc une fois abattu, que deviennent les branches ?

— J'avoue, monsieur, que je n'y avais jamais pensé et que je restai muet à cette réponse ; mais si ma parole ne pouvait repousser sa raison, toute ma vie en moi protestait contre cette iniquité de l'homme de loi.

Magdalena et Fior d'AIiza alors, qui n'avaient jamais plus que moi pensé seulement qu'on pouvait nous abattre le châtaignier sur la tête, ne cherchaient pas de raisons mais des supplications contre cet homicide.

Tombées à genoux aux pieds de Thomme noir, elles levaient leurs mains vers ses mains, le conjurant de nous

laisser vivre, et lui expliquant, ainsi qu^aux bûcherons, que nos quatre vies tenaient aux racines et aux branches de ce toit nourricier de leurs pères. Ah ! si vous les aviez entendues, monsieur, demander aux bûcherons avec quoi elles me nourriraient dans cette cabane, désormais sans le moindre champ à cultiver autour des murs ? sur quoi elles coucheraient leur pauvre petit troupeau, dont les feuilles du châtaignier étaient la nourriture et toute la litière I II y avait de quoi fendre le tronc de Tarbre, mais non le cœur de rhomme de loi.

Cependant il faut être juste, les bûcherons semblaient attendris en voyant cette belle jeune fille, inondée de larmes jusqu*au bout des mèches de ses cheveux épars sur son sein d'enfant. Ils se regardaient entre eux, ils comprenaient cette misère, ils regardaient la masse, la magnificence et la verte vieillesse féconde de Tarbre ; ils détournaient le tranchant de leurs haches sur lesquelles quelques gouttes de leurs yeux tombaient silencieusement

— Allons, à Touvrage ! dit Thomme de loi.

Les bûcherons semblent hésiter & obéir : Tun dit quMt ajuste le manche de sa hache, l'autre que les dents de sa scie ne mordent pas.

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