‹ Fior d'AlizaChapitre 83 sur 197 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Pendant cette hésitation des bûcherons, Galamayo, rhommé noir, feignit de se laisser attendrir par les larmes de la mère et de Tenfant; il tira un peu à Técart Magdalena^ et lai dit à voix basse quelques mots à Toreille avec un faux air de bonté :

— Peut-être, lui dit-îl, y aurait-il encore un moyen de sauver le châtaignier, si vous étiez une femme d*esprit et une mère raisonnable? Le capitaine des sbires a le cœur sensible, quoiqu'il ait déjà la barbe un peu grise; il est garçon, il est riche, il est ennuyé de vieillir seul, sans joie dans sa maison, sans enfant après lui pour hériter de ses scudi et de son domaine ; il a été ébloui, à ses voyages dans la montagne, de la beauté de votre fille et de son innocence. Qui sait, si vous lui envoyiez Fior d*Aliza, avec un panier de figues et de châtaignes à son bras, lui demander la grâce du châtaignier et des figuiers, s'il ne vous accorderait pas à cause d'elle la vie de l'arbre et même la restitution du domaine tout entier de vos pères? Tout dé*< pendrait de vous, j*en suis sûr ; on ne refuse rien à une sposa qui donne son cœur en échange d'un morceau de terre sur la montagne. Que dites-vous de mon idée T Voyons, pensez un peu ; je vous donne pour réfléchir le

172 FIOR DALIZA.

temps que l'ombre de cette branche mettra à se replier jusqu'à ses racines.

Magdelana resta immobile, pétrifiée, muette à ces paroles, dont elle comprit bien la malice. L'idée de dépayser ma fille de la cabane où elle ne faisait qu'une avec nous trois; ridée de la séparer d'Hyeronimo, dont elle n'avait jamais été désunie depuis la mamelle qui les avait nourris l'un et l'autre ; l'idée de jeter cette âme, qui rayonnait semblable au soleil de tous nos matins sur notre fenêtre, comme un misérable tas de baioques de cuivre à un étranger, en échange de la place qu'il nous laisserait ainsi pour végéter sur la montagne, lui souleva le cœur.

— Moi, monsieur, donner Fior d'Âliza pour quoi que ce soit, même pour ma pauvre vie dans ce bas-monde I Ah ! si c'est là le prix qu'exige le ciel pour nous épargner, qu'il nous tue tout de suite ; qu'il nous ensevelisse tous les quatre ensemble dans le tronc de l'arbre que ces bourreaux de bûcherons vont abattre sur nos têtes ! Mille fois plutôt mourir que de céder ma fille à cet homme dur ! Quand ce serait même le prince de Lucques, il n'aurait pas assez de son duché pour la payer à sa tante, à son père et à Hyeronimo; c'est coaime si vous me disiez qu'on va payer à

Page 1