‹ Fior d'AlizaChapitre 88 sur 197 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

séchaient sur le toit ; Fior d'Âliza et le chien, à garder ses chèvres et ses chevreaux, bien loin derrière les châtaigniers, dans les bruyères qui touchent à notre ancien champ de naaïs, sa chèvre entraîna par son exemple ses chevreaux à descendre du rocher dans le maïs et à brouter les mauvaises herbes entre les cannes déjà mures; cela ne faisait aucun mal, monsieur, car les feuilles des cannes étaient jaunes et sèches, et les chevreaux ne les mordillaient seulement pas; le petit chien Zampogna s*amusait innocemment à courir à travers les cannes après les alouettes, et à revenir tout joyeux vers Fior d'Aliza qui lui jetait des noisettes pour les lui faire rapporter dans son tablier.

Tout à coup, cependant, voilà quelle 8*aperçut que les chèvres s'égaraient, par habitude, hors de la bruyère, sous les châtaigniers qui étaient à nous ; elle lança de la voix et du*doigt le petit chien après les animaux pour qu'il les ramenât, comme il avait coutume, à leur devoir. Mais, au moment où Zampogna atteignait la chèvre et ses petits et aboyait autour d'eux pour les faire sortir du maïs, voilà six coups de feu qui résonnent comme des tonnerres derrière les sapins, de l'autre côté du champ, et trois sbires, leurs fusils fumants à la main, qui sortent avec de grands cris de la sapinière, ei qui se jettent comme des furieux à travers les cannes.

La chèvre laitière était tombée morte du coup, sur le corps d'un des deux chevreaux blancs qu'elle allaitait; l'autre, blessé d'une chevrotine au cou, tout près des

oreilles, perdait tout son sang et était venu se réfugier, par instinct, entre les pieds nus de Fior d* Aliza ; le petit chien» une jambe de devant à demi coupée par une balle, hurlait, en traînant sa jambe derrière elle; la pauvre petite, atteinte elle-même de quelques gros grains de plomb qui avaient ricoché, aux deux bras, jetait des cris déchirants, non sur ses blessures, qu*elle ne sentait pas, mais sur le carnage de sa chèvre, de ses chers chevreaux et du pauvre Zampogna; elle courait vers nous en emportant le chevreau expirant sur son sein, suivie de Zampogna qui marchait sur trois pattes et qui arrosait Theibede son sang.

A ces coups de feu, à ces cris, & cette vue, monsieur» nous nous étions tous levés en sursaut, comme à un coup de feu du ciel, pour courir au-devant de notre enfant; la mère nous devançait les bras tendus, les cheveux épars ; moimême je courais au bruit sans mon bâton, comme si j*y avais vu clair, à la seule lueur de mon cœur ; Hyeronimo, s*élançant du toit d'un seul bond, avait décroché du mur, en passant, Tespingole de son père, qui n'avait pas été déchargée depuis sa mort ; il courait comme le feu du ciel au secours de Fior d'Aliza, à la fumée des six coups de feu, flottant comme un brouillard sur les cannes de maïs. Ar-

Page 1