‹ Fior d'AlizaChapitre 90 sur 197 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

— Quelle nuit nous passâmes, monsieur I Magdalena, debout» allant sans cesse écouter si Fior d*Aliza respirait aussi doucement qu'à Tordinaire I Hyeronimo, le chien sur sa poitrine, pour Tempêcher de faire un mouvement qui dérangeât son appareil de terre et de chanvre ; moi assis contre la porte avec le chevreau mort entre mes pieds, pensant à la chèvre et à la nourriture de la maison qui avait tari pour jamais avec sa mamelle percée déballes!

Qu*allions-nous devenir avec de Teau au lieu de lait pour assaisonner nos châtaignes sèches et nos figues coriaces ! Comment soutiendrions-nous tous les quatre notre pauvre vie I Nous n'avions plus ni raves, ni maïs, ni goutte de vin, plus rien que les salsifis sauvages, les chicorées amères et Toseille acide, qui poussaient çà et là dans les lagunes humides aux creux des hautes montagnes ; il ne restait plus un seul baïoque de notre dernière récolte de soie, depuis que les mûriers donnaient leurs feuilles au fermier du sbire ; et puis comment sortirais-je pour aller à la messe, le dimanche, aux Camaldules, si le pauvre Zampogna, que j'entendais respirer en haletant, venait à ne pas réchapper de son coup de feu? Ah ! Dieu préserve mon pire ennemi d'une nuit comme celle que nous passâmes

entre ces deux désastres de la cabane ! Il n'y avait que rinnocente Fior d* Aliza qui dormait, quoique blessée, aussi tranquillement que Tagneau qui a laissé de sa laine dans les dents du loup.

Tout étourdis que nous étions par les événements de la journée, et tout abattus par la terreur qui nous enlevait jusqu'à la pensée du lendemain, cependant nous ne pouvions pas attendre le grand jour pour soustraire Hyeronimo au danger qui le menaçait et aus menaces que les sbires avaient proférées en s'éloignant.

— Il faut te sauver aux Gamaldules, lui dit sa mère ; tu appelleras, du pied du mur, le frère Hilario, et tu le supplieras de f ouvrir la chapelle où le bandit de San Stefano a vécu jusqu'à quatre-vingt-dix ans dans un asile inviolable à tous les gendarmes de Lucques, de Florence et de Pise, protégé par la sainteté du refuge. Les dimanches, après la messe, nous irons, ton père, Fior d'Aliza et moi, te porter ton linge et ta nourriture de la semaine.

— Bénie soit l'idée de ta mère, m'écrîai-je en embrassant Hyeronimo, qui pleurait en regardant sa cousine en dormie... Allons, courage, mon pauvre garçon, lui dis-je; le seul moyen de les revoir et de nous revoir tous dans de meilleurs jours, c'est de suivre le conseil de ta mère ; c'est

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