‹ Fior d'AlizaChapitre 92 sur 197 · CHAPITRE QUATRIÈME. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. i

à l'envoyer prendre pour te donner une éducation moins sauvage. Pour toi, misérable taupe de rucher, et pour ta vieille Parque de sœur, ne vous inquiétez pas de votre pain ; il y a des hôpitaux dans le duché pour les aveugles et pour les veuves sans secours, et deux grabats ne vous y manqueront pas pour mourir.

En nous jetant ces insultes pour consolation, ils chassèrent devant eux Hyeronimo enchaîné, dont les anneaux de fer résonnaient sur les roches, sans nous permettre même de Tembrasser pour la dernière fois. Je les suivis de Toreilie et du cœur aussi longtemps que je pus entendre le bruit des pas de Tescorte. Magdanela, étendue à terre sur le seuil de la porte, mordait Fherbe et les pierres en appelant éperdûmeilt son fils.

Hélas I il était déjà bien loin sur le chemin de la mort et il ne pouvait entendre la voix de sa mère.

A moi, du moins, ma fille me restait. Je voulus rentrer dans la maison pour m'assurer, en la touchant sur ses cheveux, que je n'étais pas sans providence sur la terre ; depuis le grand cri qu'elle avait jeté en se roulant sur le pavé, quand on avait terrassé et enchaîné son cousin, nous n'avions pas entendu seulement soupirer dans la cabane. A la

faible lueur de jour naissant qui me reste dans les yeux^ j*étendis la main du côté où je l'entendais remuer, pour démêler, comme à Tordinaire, ses beaux cheveux avec mes doigts et pour approcher de son front ma bouche.

Jésus Maria ! miséricorde l monsieur, qu*est-ce que je devins? Je devins pierre comme la statue de la femme de Noé quand, au lieu de tomber sur ses belles tresses de soie blonde qui partaient du faite de son front et qui se déroulaient jusque sur ses deux épaules, je sentis sous ma main une tête toute ronde et tout frais tondue, qui cherchait à se dérober à mon attouchement comme quelqu'un qui a honte et qui baisse le visage ; je crus rêver. Ma main glissa du front sur le cou ; ce fut bien une autre surprise, monsieur : au lieu de cette douce peau blanche d'enfant qui caressait la main comme une feuille lisse et fraîche de muguet, quand je touchai ses épaules à l'endroit où elles sortent du corsage de laine, je sentis le rude poil velu d'une veste de bure, comme celle des pifferari des Abruzzes, et, en descendant plus bas vers la taille, une ceinture de cuir à boucles de laiton, de larges braies et de grosses guêtres boutonnées sur des souliers ferrés qui résonnaient comme des marteaux sur l'enclume.

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