‹ Fior d'AlizaChapitre 94 sur 197 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mais ici, monsieur, il faut qu*elle nous dise elle-même ce qui s'était passé dans sa télé et dans son cœur si soudainement, en voyant son cousin traîné à la mort par les sbires, et tout ce qui se passa ensuite entre elle et lui à Lucques après que nous fûmes séparés les uns des autres pendant ces six mortels mois, plus longs que toute une vie d'homme.

Allons, Fior d'Âliza, continua-t-il en s'adressant à la jeune et rougissante sposa^ conte au seigneur ton idée en faisant ce que tu fis, et comment la grâce de Dieu a tout

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fait tourner, malgré tant de transes, au profit de Tamour. Regardez ce bel enfant de trois mois qui dort, tout rose» sur sa coupe blanche et toujours pleine ; c'est pourtant un fruit de veille de mort. Qui le dirait à le voir?

La jeune mère regarda en dessous le visage endormi de son beau nourrisson et sourit de souvenir en s*en vermeillant de pudeur ; puis elle raconta, sans lever une seule fois les yeux, et comme par pure obéissance à son père, ce qu'on va lire. Cela sortait de sa bouche sans chaleur, sans exclamation, sans style, sobrement, simplement, sans bruit, sans couleur, comme la lumière sort de la lampe quand on Pallume. Le crépuscule, qui commençait à tomber et à assombrir Fair dans la cabane, la vêtissait d'une brume de Rembrandt, dans Tangle, entre Tâtre et la fenêtre; ce demi-jour, presque nuit, rassurait sa timidité un peu sauvage; et puis on voyait qu'elle attendait quelqu'un à chaque minute (c'était Hyeronimo), et qu'elle avait besoin de parler fiévreusement de lui et d'elle pour dévorer par des paroles l'amoureuse impatience de ce cher retour.

Quant à l'enfant, il continuait à dormir sur le blanc oreiller, pendant que la jeune femme allait raconter comment il était venu au monde, entre deux rosées de sang et de larmes.

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