‹ Fior d'AlizaChapitre 95 sur 197 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

— Faut-il tout dire au seigneur étranger? demanda froidement Fior d'ÂIiza.

— Oui, dis hardiment tout, répondit la mère ; il n'y a point de honte à s'aimer quand on s'aime honnêtement comme toi et lui.

— Je ne savais pas que j'étais amoureuse d'Hyeronimo, dit-elle un peu honteusement alors, et comment Taurais-je su? Nous n'étions pas deux, nous n'étions qu'un, moi et lui ; lui et moi, c'était tout le monde. Pour savoir si on aime quelqu'un, il faut comparer ce qu'on éprouve pour celui-là avec ce qu'on ressent pour un autre. 11 n'y avait jamais eu d'autre en lui et moi, tellement, ma tante, que lui et moi ça ne faisait pas deux ; et comme aussi nous

n'avions jamais été séparés ni mênie menacés d'être désunis Tun de Tautre, nous ne pouvions pas savoir combien il y avait de lui dans moi et de moi dans lui, et combien il manquerait tout à coup de moi en moi et de lui en lui si on venait jamais à nous arracher d'ensemble.

Aidez-moi donc, ma tante ; je ne sais pas dire, je m'embrouille dans lui et dans moi sans pouvoir les démêler dans mes paroles, comme je n'aurais pas su les démêler dans notre inclination l'un pour l'autre; enfin, c'est comme si mon cœur avait battu dans son sein, et comme si son cœur avait battu dans ma poitrine ; ou plutôt, non, ce n'étaient pas deux cœurs, c'était un seul cœur en deux personnes. Tellement, mon père et ma tante, dit-elle en se tournant à demi vers eux, que vous croyez que c'est moi qui suis ici seul avec vous; eh bieni pas du tout, il y est tout entier avec moi; je le vois, je le sens, je l'entends, je lui parle. De même que ses gardiens là-bas croient qu'il est seul en* chaîné sur le banc de sa galère ; eh bien I non, j'y suis tout entière avec lui et en lui, aussi présente que vous croyez me voir ici, dans la cabane; c'était, c'est encore et se sera toujours ainsi. L'amour, à ce qu'il paraît, est un mystère.

Tout cela n'est que pour vous dire que je ne me doutais seulement pas que j'aimais d'amour Hyeronimo, et que lui non plus ne se doutait pas qu'il m'aimait d'amour jusqu'au moment où les sbires^ en l'emmenant à la mort, nous apprirent que l'un ne pouvait pas respirer sans l'autre. Ni Dieu ni ses anges n'y pouvaient trouver à redire» n'est-ce

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