‹ Fioretti de saint AntoineChapitre 3 sur 5 · Saint François avait appelé son corps frère âne · texte numérisé non relu

Saint François avait appelé son corps frère âne

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U funérailles que les Padouans ||

* firent au Frère Antoine. + + + *

""^ A nouvelle de la mort de Frère Antoine se répandit comme un éclair dans la ville, provoquant dans toutes les âmes une immense douleur. Des groupes d'enfants parcouraient les rues de Padoue en criant : " È morto il Santo. Le Saint est mort. "

Comme un essaim de diligentes abeilles qui volent à l'alvéole, disent les chroniques, le peuple courut en masse au couvent des PauvTes Dames, où s'agitait déjà une grave question : qui devait posséder le saint corps ? Les Clarisses de Capodimonte, près desquelles il était venu mourir, n'étaient pas d'avis de laisser enlever le précieux trésor que la Pro^adence leur confiait. De leur côté, les Pères de Sainte-Marie ne semblaient pas devoir renoncer à leurs incontestables droits. Les habitants du boiu'g où était situé le monastère de l'Ai-cella étaient en faveur des religieuses et menaçaient de s'opposer à main armée à toute tentative de translation. Trois fois on donna l'assaut au monastère et trois fois une force invincible repoussa la foule éblouie par la lumière qui inondait le lieu où Frère Antoine reposait endormi dans le Seigneur. Obligeant jusqu'après sa mort, le saint accor-

dait ainsi quatre jours pour le pleurer aux Saurs du monastère, aux Frères de l'hospice et aux habitants de Capodiinonte.

Finalement, le matin du cinquième jour le podestat et l'évêque Corrado purent se mettre d'accord, après que le Père Gardien de Suinte- Marie eut pris la parole en leur présence avec une force pleine de dignité. " Seigneurs, avait-il dit, la justice est une chose sacrée. Qui ne sait que Frère Antoine appartenait à notre famille ? Il habitait parmi nous, prenait place à notre table, priait avec nous et, plus que tous les autres, il aimait le séjour de Sainte-I'Jarie. Près de nous il espérait mourir. N'est-il donc pas juste que nous ayions son sépulcre ? Vous me direz : il n'avait aucun droit de le choisir. C'est vrai, vous répondrai-je, mais précisément parce que sa volonté était soumise à l'obéissance, s'il pouvait maintenant se lever il vous dirait qu'il n'eût pas eu d'autre volonté que celle de ses supérieurs. ]Mais nous qui, quoique indigne, portons sur nos épaules le fardeau de l'autorité, nous affirmons être une chose juste que les dépouilles de Frère Antoine reposent au milieu de nous. Et c'est pour que vous daigniez reconnaître notre légitime droit en ceci que je vous supplie, vénérable Prélat, respectables magistrats et pieux Padouans. "

La cau.se était décidément gagnée. On organisa sans délai le convoi des funérailles. Les Frères, qui prirent d'abord sur leurs épaules le corps saint, furent rela3''és à intervalles pendant

le parcours par des hommes choisis parmi les familles les plus distinguées de la ville. C'était une marche triomphale plutôt qu'un convoi funèbre qui fit le tou • de Padoue. De toutes parts on entendait non des chants funèbres mais des hymnes d'allégresse. Les rues, ornées pour la circonstance de tapisseries, de guirlandes et d'oriflammes, étaient illuminées le soir de mille feux.

Les communautés religieuses, le clergé, le chapitre, l'évêque et le podestat marchaient en tête du cortège, et des représentants de tous les groupes sociaux le suivaient. Les cierges que l'on portait devant chacun de ces groupes étaient si hauts qu'on dut les couper afin de pouvoir les introduire dans l'église Sainte-Marie. Quelques-uns de ces cierges avaient une forme merveilleuse et d'autres étaient si pesants qu'on dut les porter sur les chars.

Après les avoir allumés on les avait dressés vers la fin du jour sur la place autour de l'église du couvent et, ajoute le chroniqueur, il ne fit pas nuit à Padoue.

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ES dépouilles mortelles de Frère Antoine avaient été déposées par les Frères au pied de l'autel dans cette église où, tant de fois, il avait fait entendre sa voix. De ce jour son tombeau devint glorieux.

D'innombrables malades affectés de diverses infirmités furent amenés sur ce tombeau et récupérèrent la santé. Plusieurs, qui n'avaient pu pénétrer dans l'église, furent guéris sur la place publique. Les boiteux jetaient leurs béquilles, les aveugles leurs bâtons, et les muets chantaient joyeusement les louanges de Dieu et de son serviteur Frère Antoine. Attirés par ces merveilles, les peuples vinrent de toutes parts en procession au tombeau du Thaumaturge, commençant dès lors ces continuels pèlerinages que les siècles n'ont pas interrompus.

Le jour même des funérailles le Bienheureux apparut à son fidèle compagnon Frère Luc. Il était tout environné de gloire et son visage était si calme et si joyeux qu'il paraissait goûter déjà l'éternelle béatitude.

" Mon petit frère Luc, lui dit-il, cesse de

pleurer et de te contrister, parce qu'il a plu au Seigneur Jésus de m'hospitaliser dans sa sainte maison du paradis. "

Peu de jours après, s'ouvrirent à Spolète les informations juridiques préparatoires à la cause de béatification, et le nombre des miracles présentés à l'examen fut si grand, dit le manuscrit d'Ancône, qu'il serait à craindre en les rappelant de fatiguer notre patient lecteur, tandis que leur incroyable virtuosité pourrait susciter le doute dans les esprits faibles.

L'Eglise, toujours sage et prudente dans ses réserves, s'opposa d'abord absolument à la canonisation immédiate du Thaumaturge, assurée que Dieu lui-même prendrait soin de la cause du Bienheureux et ferait resplendir sa sainteté à son heure. Deux commissions pontificales furent cependant nommées : l'une à Padoue, sous la présidence de l'évêque Corrado, assisté de deux Dominicains, l'autre à Rome, où la France était représentée par Jean d'Abbeville, moine de Cluny, ultérieurement archevêque de Besançon.

Plusieurs, parmi les doctes prélats qui composaient ces Commissions, étaient persuadés d'aller à l'encontre des traditions de l'Eglise, en prenant des décisions favorables ou non à une cause si récente. Or il arriva que la miséricorde divine disposa tout à merveille et, par le moyen d'une vision céleste à l'un de ces prélats, les rendit tous favorables à la canonisation.

Ce prélat était un cardinal auquel le Pape était apparu revêtu des ornements pontificaux, dans la fonction de consacrer une église ou un autel. Au moment de la consécration le Souverain Pontife chercha la relique à mettre, selon la coutume, dans la pierre sacrée. Les cardinaux qui accompagnaient le consécrateur répondirent l'un après l'autre qu'ils n'avaient pas de relique. Le Pape, jetant alors les regards autour de lui comme pour en chercher, vit un cadavre enveloppé dans son linceuil. " Portezmoi vite, dit-il, ces nouvelles reliques pour les mettre sur l'autel. " Les cérémoniaires s'approchèrent, soulevèrent le linceuil et . . . le cardinal s'éveilla.

Les espiègles petits clercs du prélat attendaient la fin de son somme en jouant à cachecache derrière les fauteuils et dans les bahuts. En ouvrant les yeux son Eminence prit ses petits clercs pour les cérémoniaires du Pape cherchant les reliques, mais s'apercevant bientôt de sa méprise et de l'embarras de l'un d'eux qui vidait consciencieusement la burette de vin, le digne prélat sourit et appela près de lui les jeunes drôles en leur promettant une histoire.

Sachant par expérience que leur maître avait plusieurs genres d'histoires dans son répertoire, les gamins se tinrent à distance et écoutèrent presque sérieux le récit du songe que le cardinal tendait déjà à interpréter en faveur de la canonisation de Frère Antoine des Mineurs. Il oar-

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lait encore lorsque les envoyés du Souverain Pontife frappèrent à sa porte. En les voyant le prélat se tournant vers ses clercs leur dit d'un ton joyeux : Voici notre songe et sa réalisation. Rassuré par cette vision, cet adversaire d'hier se fit l'ardent promoteur de la cause et sut gagner à son avis tous les autres prélats, qui déclarèrent énergiquement qu'on ne devait plus retarder la canonisation du Thaumaturge padouan.

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^ Souverain Pontife mettre Pau- *

1^ réole de la gloire au front de *

f Frère Antoine de Padoue. + + + %

ir ES Bulles de canonisation furent bientôt expédiées au clergé et aux peuples. " Nous voulons, y disait le Père des fidèles, que la noble ville de Padoue soit comme une torche posée sur le candélabre, afin que les peuples marchent à sa lumière. " Avec une complaisance sentie et un légitime orgueil, le Pontife rappelle ensuite comment il eut le plaisir de connaître et d'aimer le saint religieux pendant sa vie. " 0 mon cœur, s'exclame-t-il, bénis le Seigneur qui a dorme Antoine à son Église. Demande en prêt à sa tombe sa voix robuste, appelle à ton aide la harpe et la cj'thare, le psaltérion et la cymbale, harmonise ensemble les voix de ces instruments à cordes et à vent, pour chanter plus dignement notre mystique allégresse. "

Le 30 mai 1232, moins d'un an après la mort de Frère Antoine, les cloches de Spolète sonnèrent à toute volée, pendant que très loin au-delà des terres et des mers, celles de Lisbonne faisaient de même. Le front irradié de la triple couronne, le Souverain Pontife assistait aux cérémonies de la Pentecôte au milieu d'une foule enthousiaste. Du haut de l'ambon, un lecteur,

confrère d'Antoine, lut d'une voix tremblante d'émotion la liste des cinquante miracles juridiquement constatés par l'enquête canonique en faveur de la canonisation du Thaumaturge. Puis, le Vicaire de Jésus-Christ, juge infaillible, se leva avec solennité sur les gradins de son trône et, après avoir invoqué la Trinité trois fois sainte, au nom des apôtres Pierre et Paul, en vertu de leur autorité et de la sienne, déclara que le prêtre et confesseur Antoine des Frères Mineurs était inscrit dans l'orbe glorieux des Saints du Paradis.

La fête du Saint fut fixée au jour anniversaire, de sa bienheureuse mort. Après quoi le Souverain Pontife entonna l'hymne des Docteurs, que les prélats et le peuple chantèrent avec lui :

" 0 Docteur subHme, lumière de l'Église, Bienheureux Antoine, amant de la Loi divine, priez pour nous le Fils de Dieu. "

Pendant ce temps, comme nous l'avons dit plus haut, les cloches de Lisbonne, mises en branle par les anges, épandaient sur la ville une joie mystérieuse que les habitants ne comprirent que plus tard, lorsque les Bulles pontificales arrivées, on fit à Lisbonne des fêtes sans pareilles.

On y voyait au poste d'honneur la mère de Frère Antoine, Dona Maria Teresa, et ses deux sœurs Feliciana et Maria. Que se passa-t-il dans ces âmes ? quel fleuve d'allégresse aura inondé leur tendre et religieux amour pour la

mémoire à jamais glorieuse de leur fils et de leur frère !

L'heureuse mère dut certainement chanter en ce jour son " N\mc dimittis. " Et quand peu après, couronnée de vertus et d'honneur, elle alla rejoindre son fils bien-aimé au Paradis, on grava sur sa tombe cette épitaphe d'une si éloquente et si profonde concision ;

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