‹ Fioretti, petites fleurs de S. François d'Assise [microforme]Chapitre 13 sur 75 · CET · texte numérisé non relu

CET

petit frère

Puis il alla fonder un

toujours prêts À toute

dans l'Ordre, et ls couvents se

ici pour m’entretenir avec le Frère François ; mais je sais qu'il est maintenant en contemplation dans le bois et jene veux pas le distraire. Cependant veuillez demander à sa place, Frère Elie. J'ai appris qu'il était fort savant, et je voudrais lui poser une question,» Frère Massée alla prier aussitôt Frère Elie de venir trouver l'étranger ; mais le frère reçut mal cette invitation et refusa de s'y rendre, Ce

refus embarrassa fort Frère Massée ; il ne savait que faire,

ni que répondre, Dire au jeune homme que Frère Elie ne

pouvait venir le trouver, c'était mentir : lui rapporter que r ce frère refusait de le voir, c'était s’exposer à donner le mauvais exemple, Pendant que Frère Massée pensait ainsi à ce qu'il aurait à répondre, l'étranger, impatienté, frappe de nouveau et comme la première fois. Aussitôt le frère se hâte de revenir vers lui : « Jeune homme, lui dit-il, vous avez oublié ma recommandation. » — « Je sais le refus de

ee ner mere eu

de saint Francois d'Assise, 15 « Frère Elie, » répondit l'étranger ; «allez donc, et dites à « Frère François que je suis veru p i is ,

“ne voulant pas le détourner de s “m'envoyer Frà

€n prière dans Je bois ; jeune homme et de la étranger qui se présent

Obéissance, trou- Sur cet ordre du Saint, à la porte, l’ouvre

ieux que VOus résoudre cette Ces paroles choquèrent F. rère Elie ;

de se passer et sur ce qu'il y aurait de solide à répondre à la question qui lui avait été faite ; et il hésitait en lui-même, ne sachant comment la résoudre.

Il faut savoir que Frère Elie était alors vicaire de l'Ordre ; lui-même avait ordonné et réglé, en dehors de l'esprit de l'Evangile et de la règle de saint François, qu'aucun frère, dans l'Ordre, ne pourrait manger de viande, et c'est ainsi que la question proposée se dirigeait directement contre lui.

Se trouvant dans cet embarras, et pensant d’ailleurs à la modestie du jeune homme et à la réponse qu'il lui avait faite, qu’il pourrait mieux que lui résoudre la question, Frère Elie se hâte de retourner à la porte, l’ouvre et cherche l'étranger; mais il avait disparu: car la fierté du frère l'avait rebuté, et il le trouvait indigne de s’entretenir avec un Ange. En ce moment, saint F rançois, à qui tout avait été révélé de Dieu, revint du bois, et reprit sévèrement Frère Elie de sa conduite à l'égard du jeune étranger. « Vous avez “ commis une grande faute,» lui dit-il; «celui que vous « venez de chasser de notre demeure, c'était un Ange qui « venait nous éclairer. Je vous le dis, Frère Elie, je tremble “que votre orgueil ne soit cause que vous mourrez hors de « l'Ordre.» Cette prédiction se réalisa : le frère n'était plus Mineur quand il mourut (2).

Au jour et à l'heure même où il quitta Frère Elie, l'Ange, sous le même costume de voyageur, apparut à Frère Ber-

1. Il paraît que les écrivains qui ont parlé de Frère Elie l'ont jugé avec trop de sévérité: M. Chavin de Malan a essayé de rétablir historiquement la vérité des faits, ‘Voyez son Aistoire de saint François, pag. 279 et suiv., c. XIII.

Pays et ravi de la salutation façon si aimable, Frère Bernard dit à l'inconnu : « D'où venez- homme ? » —« Je viens du

s voulu l'en détourner, Au

tenant Frère Massée, Frère

Massée m'a appris la manière

annoncer ; mais Frère Elie a

estion que je lui ai proposée ;

puis, il s'en est repenti ; il a voulu m'entendre et me voir,

mais il était trop tard.» L'Ange dit ensuite à Frère Bernard : « Pourquoi donc ne traversez.

onc ensemble, » reprit l’Ange; et aussitôt, lui Prenant la main, il le dépose, en un clin d'œil, sur l’autre bord de la rivière. Alors Frère Berna. 1 reconnut que c'était l'Ange de Dieu, et, plein de respect et de joie, il lui dit : « Ange béni de Dieu, dites-moi quel est votre nom ? » —« Pourquoi me fai Mon nom, répondit

au couvent, où se trouvaient saint François et ses compagnons, il leur en raconta à tous les détails, et l’on reconnut évidemment que le même Ange, le même jour età la même heure, avait apparu successivemer.t À Frère Bernard et aux deux autres compagnons de saint François,

Chapitre V, — Comment le sa:nt Frère Bernard d'Assise fut envoyé par saint François à Bologne, où 11 fonda un couvent,

H'AINT François et ses compagnons étaient appe- | lés et choisis de Dieu pour manifester la croix

| de Jésus-Christ par l'esprit qui les animait, ainsi que par leurs œuvres et leurs paroles. Aussi se mon-

traient-ils des hommes crucifiés dans leurs vêtements, dans leur vie austère, dans leurs démarches et dans toutes leurs actions. Animés de cet esprit de pénitence, ils préféraient la honte et l’opprobre supportés pour l'amour du Christ à l'honneur du monde, aux respects et aux louanges des hommes. Ils portaient même la perfection jusqu’à se réjouir des injures et à s’attrister des honneurs qui leur étaient rendus ; ils s’en allaient par le monde comme des pèlerins et des étrangers, ne portant avec eux que le Christ crucifié ; et comme ils appartenaient à la véritable vigne, à Jésus-Christ, ils produisaient d’abondants et d’heureux fruits dans les âmes qu'ils gagnaient à Dieu,

Son Ordre ne faisait encore que de commencer, lorsqu'un jour saint François envoya Frère Bernard à Bologne pour que, selon la grâce qui lui avait été donnée, il procurât à Dieu quelque fruit spirituel. A cet ordre du Père, Frère

de saint Francois d'Assise, 19 Bernard fit le si

gne de Ja Croix, e

» il partit aussitôt pou Y arriva, à la vue de son ha

se mirent à l'accabler traitèrent comme un fou ; tout avec patience

t, en vertu de la sainte

Capuchon de tous côtés, o

son visage est gai, bouche ; et, loin de Plusieurs jours enc

La patience est une œuvre de perfection : c'est une preuve de vertu dans celui qui la possède. Témoin de la constance et du courage avec lequel Frère Bernard avait supporté, pendant plusieurs jours et sans se plaindre, tant d'importunités, un savant docteur dès lois se dit à lui-même: «11 est impossible que cet homme ne soit pas un saint.» Et s’approchant de lui: « Qui êtes-vous ? lui demanda-t-il, et dans quelle intention êtes-vous venu ici?» Pour toute réponse, le Frère porte la main sur son cœur, et tire la règle de saint François et la présente au docteur. Dès que celui-ci en eut fait la lecture, frappé du haut état de perfection qu’elle prescrit, il dit à ceux qui l’accompagnaient : « Je vous avoue que je n'ai jamais rien vu de si parfait et de si élevé que ce genre de vie. Ceux qui maltraitent cet homme-là sont bien coupables, Il faudrait plutôt le combler d'honneurs, comme un grand ami de Dieu.» Puis s’adres. sant à Frère Bernard, il lui dit : « Si vous souhaitez fonder ici un couvent où vous puissiez librement vous appliquer au service de Dieu, c'est de bon cœur que, pour le salut de mon âme, je suis prêt à vous procurer le logement. » — “Docteur, répondit Frère Bernard, c'est Notre-Sei. gneur Jésus-Christ, je le crois, qui vous a ins. .ui-même cette généreuse résolution ; j'accepte donc volontiers votre Proposition pour l'honneur du Christ. » Alors le jurisconsulte conduisit le frère à sa maison, plein de joie et de charité ; puis il lui Procura le logement qu'il lui avait promis, le disposa, le meubla à ses frais ; et dès lors, lui-même devint le père et le premier défenseur de Frère Bernard et de ses compagnons. Le Frère, de son côté, par la sainteté qui respirait dans ses entretiens, commença à recevoir des témoignages d'honneurde la part des habitants de Bologne;

grands

saint François, apprenant

n que Dieu s'était Procuré

rd, rendit grâces à {a divine

accroissement aux pau-

Envoya à Bologne et en

ses Compagnons qui établi.

rent plusieurs couvents en divers endroits de ces contrées,

Chapitre VE — De ja manière dont saint François bénitle Frère Bernard ; et Comment i] le laissa son vicaire au Moment de sa mort,

ÉMINFN TE sainteté de Frère Bernard inspirait à saint François un profond respect, qu’il

22 #ioretti

enr - ns avec larmes, qu'il voulût bien lui donner victoire sur l'es. prit mauvais, Un jour qu'il priait ainsi, une voix divine lui fit entendre ces paroles : « François, ne crains pas ; toutes les tentations que doit éprouver Frère Bernard sont permises de Dieu pour exercer sa vertu et‘couronner ses mérites ; il finira par triompher de tous ses ennemis, car ilest un des prédestinés au fuyaume des cieux.» Cette réponse remplit le Saint d'une grande joie, et dès ce moment, il eut pour Frère Bernard un attachement encore plus vif et une vénération plus profonde ; il lui en donna des preuves pendant sa vie et même après sa mort,

Se sentant près de terminer sa carrière, voyant, comme un autre saint patriarche Jacob, ses enfants dévoués entourer son lit, baignés de larmes et accablés de tristesse, à la pensée du père tendrement ai.

mé qui allait les quitter, le Saint demanda : « Où est mon fils premier-né ? venez,

mon fils, que

moi ânic vous

bénisseavant de quitter la terre.» Frère Bernard, n'osant croire que c'était à lui que ces paroles s'adressaient, dit tout bas à Frère Elie, vicaire de l'Ordre : « Père, présentez-vous à la droite du Saint Pour qu'il vous bénisse. » Et Frère Elie s'étant approché, saint François, qui avait perdu la vue à force de pleurer, posa la main droite sur sa tête, et dit : « Cette tête n'est pas celle de mon fils pre-

de saint Francois d'Assise,

Bauche sur celle de F.

Père répande sur vou tions spirituelles et

rère Elie,

emier Jésus-Christ dans sa aussi,

plaira. »

Les frères n’ou blièren après sa mort, ils aimèr

24 Fioretti de saint francois d'Assise,

se trouvaient près de lui de disposer, pour Frère Egide, un endroit propre à Ja contemplation, et il fut obéi, Lors. qu'il vit approcher sa dernière heure, il se leva, et, se faisant soutenir Par quelques-uns des frères, il dit à ceux qui l’entouraient : « O mes bien-aimés Frères ! je n'aurais pas la force de vous parler longtemps ; considérez seulement que cet état de religion dans lequel j'ai vécu, vous y vivez aussi, et que ce bonheur que je ressens maintenant, Vous aussi vous pouvez l'éprouver. Oui, mon âme est si heureuse en ce moment, que je ne voudrais pas, au prix de mille mondes comme celui où nous vivons, avoir servi un autre maître que Notre-Seigneur Jésus-Christ. Maintenant je m'accuse, en présence du Sauveur Jésus et devant vous, de toutes les fautes que je pourrais avoir commises. O mes très chers Frères ! je vous en conjure, aimez-vous les uns les autres. » Après ces paroles et quelques autres pieuses exhortations, Frère Bernard se fit replacer sur son lit; alors son visage devint si resplendissant et rayonnant d'une joie si vive que tous les frères en étaient dans l’admi. ration. C'est dans l'ivresse de cette félicité que la très sainte âme de Frère Bernard passa, couronnée de gloire, de la vie présente, à la vie bienheureuse des anges.

Rs

saint François se trou.

Chez un homme qui lui U pour la nuit, il Jui fut

tit volontiers à tout, et il

a retraite et de ne revenir di Saint * Puis il le laissa

Fioretti de saint Francois d'Assise,

former comme une tanière ou une petite hutte ; ce fut l'en-

droit qu’il choisit pour prier et se livrer à la contemplation.

Ce fut là qu’il resta tout le carême, sans prendre d’autre

nourriture que la moitié d’un des pains qu’il avait empor-

tés ; ce prodige fut attesté Par son ami, qui revint le cher-

cher le jeudi de la Semaine-Sainte, Cet homme trouva l’un

desdeux pains

encore entier,

et ilcrutque le

Saint avait

ge «A mangéune

FE, partie de l’au-

tre,parrespect

pour le Christ

béni qui avait

jeûné quaran-

te joursetqua-

rante nuits, sans prendre aucune nourriture, C’est ainsi

que la moitié du pain qu'il avait mangé le préserva de la

vaine gloire, et que cependant il eut le mérite de jeûner

quarante jours et quarante nuits À l'exemple du Sauveur.

Par la suite, ce lieu où saint François avait fait une si

merveilleuse abstinence, Dieu opéra beaucoup de miracles

Par ses mérites ; et à cause de ces miracles, les hommes

commencèrent à y bâtir des maisons qu'ils habitèrént, En

peu de temps il s'y forma un beau et grand village, avec

un couvent de frères, qu'on appelle le monastère de l'Ile.

Maintenant encore, les gens du village sont pleins de res-

pect et de dévotion pour cet endroit où saint François passa le carême dont nous venons de parler (1).

1: On a bâti dans cet endroit une église assez grande et un petit couvent.

avec Frère Léon, 1 siste la joie Parfaite,

* Un jour que saint Fran.

Çois se rendait de Pérouse à Sainte-Maric-des- Anges par un froid très rigoureux, i] appela Frère Léon (1), qui se trouvait à quelques pas devant lui, et lui dit: «O Frère Léon ! plaise à Dieu que les Frères Mineurs donnent à toute la terre Un grand exemple de sainteté ; néanmoins fais bien attention et note soigneusement que là n'est Pas la joie parfaite. , il reprit: «O Frère Léon !

orts de quatre jours, s la joie parfaite. » Et un peu plus loin encore : «O Frère Léon Frères Mineurs Savaient

ccupé par les Frères Mineurs : Iles eaux

rveilleux;

e bois, ces jolis

+ L'ile est plantée d’oli-

une de ses extrémités,

entendre, le soir, en se

Promenant sur ] U couvent, Ja cloche des pêcheurs : C’est inexprimable.

1. Frère Léon quelque chose du Caractère de saint Jean. 11 était Je confesseur, l'ami intime de Saint Fri Pas, voya- &eaient ensemble, puyés l’un sur l’autre, Sai Çois appelait t

ï Pecorella di Dis... :

ES ne la joie parfaite.» Et un peu plus loin : «© Frère Léon!

chère petite brebis de Dieu, si les Frères Mineurs parlaient la langue des anges, s'ils connaissaient le cours des astres, la vertu des plantes, les secrets de la terre et la nature des oiseaux, des poissons, des hommes et de tous les animaux, des arbres, des pierres et de l’eau, fais bien attention que là n’est pas la joie parfaite. » Et un peu plus loin: «O Frère Léon! quard les Frères Mineurs

convertiraient, par leurs prédications, tous les peuples infdèles à la foi du Christ, fais bien attention que là n’est

pas la joie parfaite.» Et il continua à parler ainsi l’espace de plusieurs milles. Enfin, Frère Léon, étonné, lui demanda : « O Père, je t'en prie au nom de Dieu, dis-moi en quoi consiste la joie parfaite.» Saint F rançois répondit : « Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des. Anges, bien mouillés, bien crottés, transis de froid, mourants de faim,

de saint Francois d'Assise 29 et que nous frapperons à Ja Porte, le portier nous dira : « Qui êtes-vous ?» — Nous répondrons : «Nous sommes deux de vos frères. » —: « Vous mentez » dira-t-il ; «vous

S qui courez le monde et enlevez les bles pauvres ; Partez d'ici, »

sera de nous Ouvrir,

la nuit, exposés à la Si nous Souffrons ce

Dieu qu’il parle ainsi

nous couvre de plaies ñ ses avec joie, dans Ja

mp RS

répandre sur ses serviteurs, le plus considérable est de se vaincre soi-même et de souffrir volontiers, pour l'amour de Jésus, les peines, les: injures, les opprobres et les plus pressants besoins ; oui, car nous ne pouvons pas nous glorifier de tous les autres dons, puisqu'ils ne viennent pas de nous; et l'Apôtre a dit: «Qu'avez-vous que vous n'ayez reçu de Dieu? que si vous tenez tout de lui, pourquoi vous en glorifier, comme si tout venait de vous? » Mais dans la croix de la tribulation et de l’affliction, nous pouvons nous glorifier justement : car, comme le dit encore l’Apôtre : « À Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose que dans la croix de Notre-Seigneur Jésus- Christ. »

éttsimetotobétametsctiets

Chapitre ÎT. — comment saint François enseignait à Frère Léon la manière de lui répondre, et comment celui-ci ne put jamais dire que le contraire de ce que voulait saint François.

GIANS les commencements de l'Ordre, saint Fran-

| çois se vit un jour, avec Frère Léon, dans un

£ @] endroit où il ne put se procurer les livres pour la récitation de l'office, Cependant, quand l'heure de Matines fut arrivée, il dit à son compagnon: «Frère Léon,

nous n'avons pas de bréviaire pour réciter l'office : mais pourtant il faut chanter les louanges de Dieu. Je vais dire : O Frère François! tu as commis tant de péchés dans le monde, que tu mérites d’être précipité dans l'enfer ; ettoi, Frère Léon, tu répondras, sans changer une seule parole : Il est vrai que tu mérites d'être précipité au fond de l'enfer.» Et Frère Léon dit avec la simplicité d’une colombe :

de saint Francois d'Assise 31 « Volontiers, Père ; commencez donc au nom de Dieu, »

Alors le Saint dit : 'es souillé dans le monde de tant d d'être Précipité dans l'enfer. » Et : « Dieu, par votre moyen, çois le reprit aussi Pas répondre ait.si, Frère Léon ; Frère François | au nombre des maudits, »

« Volontiers, Père.» Alors Saint » SOupirant et se frappant la «O mon Seigneur ! Dieu

Pres paroles. Je dirai :

Frère François ! après t

tu qu'il ait pitié mérites pas qu’ilte pardonne. » Et toi, Frère Léon, chère « Non, tu n'as aucun titre à Léon répondit :

le précepte de l'obéissance et de répondre tant de fois autrement que je ne l'ai ordonné ?» — « Mon très-cher Père,» répondit Frère Léon, d'un ton humble ét respectueux, « Dieu le sait, j'ai voulu répéter les paroles que vous m'avez prescrites, mais lui-même me fait parler comme il lui plaît et contre ma volonté. » « Cette fois au moins, » reprit saint François étonné, «réponds comme je t'enseignerai, »—« A1 nom de Dieu,» répondit Frère Léon, «parlez et je vous promets de vous satisfaire. » Alors saint François répète avec larmes : «O Frère François! petit homme misérable, penses-tu bien que Dieu te fasse miséri. corde ? » « Oui, répondit Frère Léon, Dieu vous comblera de grâces insignes, il vous exaltera et vous glorifiera dans l'éternité, parce que c. ‘ni qui s’humilie sera élevé. Je ne puis dire autrement : c’est Dieu qui parle par ma bouche, » Ce fut dans cette lutte d’humilité que, baignés de larmes et remplis de consolations spirituelles, saint François et Frère Léon passèrent toute la nuit.

Chapitre T+ — comment Frère Massée dit un jour à saint François, sur le ton de la plaisanterie, qu'il entraînait tout le monde à sa suite ; et comment le Saint lui répondit que c'était pour la confusion du monde et par la grâce de Dieu.

SMIAINT François demeura quelque temps au

| couvent de la Portioncule avec Frère Massée

2} de Marignan, homme d’une grande sainteté,

plein de sagesse et d’onction quand il parlait de Dieu, et qu'il affectionnait particulièrement à cause de ces précieuses qualités. Un jour qu'il sortait du bois où il venait

de saint Francois d'Assise 33 de faire oraison, Frère Massér, voulant mettre son humi. lité à l'épreuve, alla à sa rencontre et lui dit sur le ton de la plaisanterie : « Pourquoi donc vers Vous ?... pourqui

+.» — « Que voulez-vous, mon

e vous voir, s obéir ; car enfin votre extérieur n’a rien de remarquable (1), votre savoir est très ordinaire et Vous n'êtes pas noble, Expliquez-moi donc d'où vient cet empressement avec lequel on court Vérs vous,» Ces paro. les remplirent le Cœur du Saint d'une Srande joie ; il leva les yeux au ciel et deme l'esprit uni à Dieu ; puis nouilla, rendit louange et divine, et setournant vers Frère Massée, il lui dit: « Vous voulez savoir Pourquoi je vois tout le monde se presser sur mes pas. Cette faveur, je la tiens du Très-Haut, de Celui dont les regards tombent sur les bons comme sur les

€xtrayons de M. Chavin de

était de Petite taille ; il avait la tête ronde,

petit et uni, les yeux de médiocre &randeur, noirs et modestes, les cheveux bruns, les sourcils droits, le nez droit et fin, les oreilles petites et élevées, les tempes aplaties, la langue aiguë et ardente, la voix véhémente, douce et sonore, les dents serrées, blanches, égales, les lèvres fines et minces, la barbe noire et rare, le cou grêle, les épaules droites, les bras courts, les mains petites, les doigts ongles longs, la jambe maigre, le pied

méchants, Ses yeux très saints n'ont point rencontré, . parmi les pécheurs, de créature plus vile ni plus criminelle que moi; ils n'ont pu trouver sur la terre, pour opérer l'œuvre merveilleuse qu'il se propose, de créature plus mébprisable, et c'est pourquoi il m'a choisi pour confondre la noblesse, la grandeur, la beauté et la sagesse du monde ; il a voulu que chacun reconnût que toute vertu et tout bien vienn- it de lui; il veut que quiconque se glorifie cherche sa gloire dans le Seigneur, * qui soit honneur et louange dans l'éternité. » A cette réponse si pleine d'humilité et de ferveur, Frère Massée, rempli d’admiration, reconnut avec évidence que saint François était solide. ment fondé dans la vertu d'humilité.

APE SE ON NE LE I NE M se

Chapitre ri. — Comment saint François fit tourner Frère Massée, et comment il prit ensuite la route de Sienne.

N jour que saint François faisait route avec

‘|| Frère Ma : :, ce frère, qui le précédait de quel-

ques pas. .tant arrivé à un endroit où le che-

min se partageait e.. trois branches, dont l’une se dirigeait vers Florence, une autre vers Sienne et la troisième vers Arezzo, se retourna vers le Saint et lui di: : « Père, quelle route prendrons-nous ? » — « Celle que Dieu voudra, » répondit saint François. « Mais comment pourrons-nous connaître sa volonté?» reprit Frère Massée. « De la manière que je vais vous indiquer, » dit le Saint ; « je vous ordonne, par le mérite de la sainte obéissance, de vous arrêter ici, de tourner sur vous-même et de ne vous reposer que quand je vous en avertirai.» Frère Massée obéit

de saint francois d'Assise 35

aussitôt et se mit à tourner. Se sentant bientôt ébloui, Comme il arrive en Pareil exercice, il tomba plusieurs fois à terre ; mais romme saint F rançois ne luidisait Pas d'arrêter, et qu'il voulait obéir ponctuellement, il se relevait et recom. mençait à tourner. Enfin, au moment où il tournait avec le plus de rapidité : « Arrêtez, » lui dit le Saint ; et le frère

cessa de tourner. « Vers quel chemir vous trouvez-vous ? » demanda saint François. « Vers celui de Sienne, » répondit Frère Massée. « Eh bien! reprit saint François, voilà la route que Dieu veut que nous prenions :» et ils s'y dirigèrent. Cependant Frère Massée ne comprenait rien à la conduite du Saint ; il ne Concevait pas pourquoi il l'avait fait tourner ainsi, en l’exposant aux railleries des passants ; et, toutefois, il n’osait ui faire aucune observation. Quand ils furent près de Sienne, les habitants de la ville, informés de l'arrivée de saint François, s’empressèrent de

venir à sa rencontre, et, par respect pour lui et pour son compagnon, ils voulurent les porter jusqu'à l'évêché sans leur permettre de marcher. Des hommes se battaient au moment où ils entraient dans la ville, déjà même deux d'entre eux avaient succombé dans la lutte. Saint François alla les trouver, et il leur parla avec tant de zèle et

de ferveur qu'il les décida à faire la paix et à rentrer dans l'union et la concorde. Instruit de cette réconciliation que l'on devait au Saint, l'Evêque le pria de descendre chez lui, et le reçut ce juur-là et la nuit suivante avec les plus grands honneurs. Mais le lendemain, dès le matin, saint François, qui était animé d’une véritable humilité, et qui, dans toutes ses actions, ne cherchait que la gloire de Dieu, se leva de bonne heure et partit avec son compagnon sans avertir l'Evêque. Frère Massée murmurait d’un tel procédé, et il se disait tout en poursuivant sa route : Que signifie donc la conduite de ce bon homme? il m'a fait

faisait des prodiges si étonnants, qu'un

et un orgucilleux #2 ;n1. !'ur °F contre une conduite si évidemment inspi £: de Dieu {:s pensées qui occupaient l'esprit de Frèr.. Virssce pendait a route furent révélées à saint François ; 1 S'approchà 4, lui et lui dit : « Entretenez les sentiments qui voi cecunent Maintenant : ils sont bons et utiles, et ils vien, 4 de Dieu; mais Je murmure que vous nourrissiez auparavant était vain et superbe, et c'était le démon lui-même qui vous l'avait inspiré. » Alors

airement que saint F rançois connaissait les secrets de son Cœur, et il comprit qu'il était dirigé dans toutes : :ctions par l'esprit de la divine sagesse,

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