‹ Fioretti, petites fleurs de S. François d'Assise [microforme]Chapitre 27 sur 75 · Chapitre xrrvi. — comment saint François expliqua · texte numérisé non relu

Chapitre xrrvi. — comment saint François expliqua

à Frère Léon une magnifique vision que ce frère avait eue.

RÉPÉTÉ HORDE SHC HER HOIMO HOT CIAONEE

ENDANT que saint François était malade,

un jour que Frère Léon, qui le servait, était

en prière près de lui, il fut soudainement ravi

en extase et conduit en esprit sur le bord d’un fleuve immense, large et impétueux. Des hommes le traversaient, et il remarquait parmi eux un grand nombre de frères. Les uns s’avançaient chargés d’un pesant fardeau, et bientôt, renversés par le courant, ils disparaissaient sous les eaux. D'autres parvenaient au tiers, à la moitié et même jusque près de la rive opposée du fleuve ; puis, entraînés per les flots, ils finissaient aussi par succomber sous le poids de leur fardeau. A cette vue, Frère Léon se sentait touché de compassion pour les infortunés qu'il voyait périr si misérablement ; mais voici que tout à coup il voit apparaître

une multitude d’autres

frères, sans fardeaux

débarrassés de tout et

resplendissants de la

, sainte pauvreté. Ils en-

et le traversèrent sans

Alors Frère

Léon revint à lui. Saint

Vds François, connaissant intérieurement ce qu'il venait d'éprouver, l'appela et lui demanda ce qu'il avait vu ; et quand le frère lui eut tout

Fioretti de saint Francois d'Assise u7

raconté : «Cette vision, lui dit-il, a sa réalité Le grand fleuve, c'est le monde. Les frères qui s’y engloutissaient, sont ceux qui n’ont pas suivi la profession évangélique qu'ils avaient embrassée, et qui surtout n'ont pas observé la très sainte et très sublime pauvreté. Ceux, au contraire, qui traversaient sans danger, sont les frères qui n'ont possédé ici-bas ni les biens terrestres, ni les satisfactions de la chair ; toujours contents du strict nécessaire pour la nourriture et le vêtement, ils ont suivi Jésus-Christ dépouillé sur la croix, et porté avec bonheur son joug suave, joyeux de pratiquer la très sainte obéissance, Voilà pourquoi ils ont quitté, sans regret, cette vie : mortelle, pour passer à la gloire qui ne finira jamais. »

Chapitre nr Vif. —corament 1e CHRIST béni convertit Par l’intercession de saint François un riche et noble che valier qui s'était montré Pour lui plein de prévenances et de libéralité, et comment ensuite il lui inspira le dessein d'entrer dans l'Ordre des Frères Mineurs,

QE serviteur du CHRIST, saint François, s'étant présenté un soir, très tard, avec son compa-

L ] gnon, chez un gentilhomme riche et puissant, les deux frères furent reçus, comme des anges de Dieu, avec une aimable politesse et un grand respect. Le gentilhomme embrassa tendrement ic Saint, lui lava, essuya et baisa les pieds; et, après avoir allumé un grand feu, il fit garnir abondamment sa table et servit lui-même ses .Convives avec joie. Lorsqu'ils eurent terminé leur repas : « Mon Père, dit-il à saint François, je suis À votre service,

moi et tout ce qui m'appartient ; quand vous aurez besoin de tunique, de manteau ou de toute autre chose, achetez en toute liberté, je me charge du paiement. Vous le voyez, je suis disposé à pourvoir à vos besoins, et je le puis, grâce à Dieu, car les biens de la terre m'ont été accordés en abondance. Pour l'amour de Celui de qui je les tiens, je veux en faire part à ses pauvres. » Le Saint fut très sensible à la politesse, à la bonté et aux offres généreuses du chevalier ; dès lors, il conçut pour lui une tendre affection, et après l'avoir quitté, il disait à son compagnon : « En vérité, ce gentilhomme serait un parfait religieux dans notre Ordre, lui qui est si dévoué, si reconnaissant envers Dieu, si charitable et si libéral à l'égard du prochain et surtout des pauvres ; car, sachez-le bien, Ô mon très-cher frère! la libéralité est un des attributs de Dieu ; c'est par elle qu'il fait luire son soleil sur les pécheurs comme sur les justes, et qu’il fait pleuvoir sur les bons comme sur les méchants. C'est cette libéralité qui est la sœur de la charité, c’est elle, enfin, qui éteint les haïnes et qui entretient l'amitié. J'ai reconnu dans notre excellent hôte une vertu si divine, que je serais heureux de le recevoir pour compagnon. Je veux bientôt revenir le trouver ; peut-être Dieu daignera-t-il toucher son cœur et lui inspirer le désir de s'unir à nous pour entrer à son divin service. En attendant, nous le prierons de produire ce désir en lui et de lui donner la grâce de le mettre à exécution. » O merveille! à quelques jours de là, lorsque saint François eut prié dans cette intention, Dieu produisit dans l’âme du gentilhomme le dessein de renoncer au monde. — « Mon frère, dit alors le Saint à son compagnon, allons retrouver notre bon

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chevalier, car, j'en ai la ferme espérance, sa générosité ne se bornera plus maintenant à nous offrir libéralement tous ses biens, il va se donner lui-même et devenir un des nôtres.» Et lorsqu'il fut arrivé près de la maison du gentilhomme : « Attendez un peu, dit-il, je veux, avantd’entrer, demander à Dieu le succès de la démarche que nous faisons ; je veux prier Jésus-Christ, par la vertu de sa trés sainte Passion, de daigner nous accorder, à nous qui sommes pauvres et misérables, la noble proie que nous espérons arracher au monde.» Ayant dit ces mots, il se mit en prière dans

un endroit où

le gentilhomme

pouvait facile-

ment l’aperce-

voir. Celui-ci,

Par un dessein

de la bonté di-

vine, venant à

à jeter les yeux

de ce côté, re-

7 Mmarqua bientôt

le saint homme ;

ÿ il le vit priant

avec ferveur aux

pieds de Jésus-

Christ, qui dai-

: gnait alors lui apparaître et se tenir devant lui ; et, en ce moment, i! était élevé corporellement au-dessus de terre. À cette vue, le chevalier se sentit vivement touché de Dieu et pressé

du désir de renoncer au monde ; il sort aussitôt de son palais, court plein de ferveur vers le Saint, qui était encore en prière, se jette à ses pieds et le prie instamment de le recevoir au nombre de ses frères, pour faire pénitence avec eux. Voyant alors que Dieu avait exaucé sa prière, et que le chevalier lui demandait ce qu'il avait luimême si vivement souhaité, saint François se lève plein de joie,embrasse avec tendresse son nouveau compagnon, et remercie Dieu d’avoir donné à son Ordre un si noble chevalier. Le gentilhomme lui dit: « Père, que faut-il que je fasse maintenant? me voici disposé à suivre vos conseils, à donner aux pauvres ce que je possède, à me débarrasser de :outes les soilicitudes des choses de la terre, et à marcher avec vous à la suite de Jésus-Christ. » Saint François lui prescrivit en effet ce renoncement à ses biens ; et le chevalier, après en avoir distribué tout le prix aux pauvres, entra dans l'Ordre, qu'il ne cessa d’édifier par ses pénitences, la sainteté de sa vie et ses pieux entretiens.

Chavitre ter viii. —— Comment saint François connut intérieurement que Frère Elie était damné et qu'il devait mourir hors de l'Ordre. Comment ensuite, à la demande de ce frère, il consentit à faire pour lui une prière que le CHRIST exauça.

"MIAINT François se trouvant en la compagnie de A] Frère Elie, dans un des couvents de son Ordre, @] il lui fut révélé que ce frère était damné et qu'il mourrait hors de la religion. Dès lors il ressentit pour lui une telle antipathie qu'il ne pouvait plus lui parler ; et,

quand il le voyait se diriger vers lui, il se retirait aussitôt pour l’éviter. Frère Elie ne tarda pas à s’en apercevoir, il comprit qu'il avait en lui quelque chose qui déplaisait au Saint. Voulant donc connaître la cause de ce changement, il alla un jour le trouver, et voyant qu'il cherchait encore à s’esquiver, il le retint de force et le conjura de lui dire Pourquoi il évitait ainsi de se rencontrer avec lui et de lui parler. « La raison, répondit saint François, c'est que Dieu m'a révélé, qu’en punition de vos péchés, vous deviez renoncer à vos vœu+, mourir hors de l'Ordre, et même que vous étiez damné» Frère Elie lui dit: «Mon père, pour l'amour de Jésus-Christ, je vous en prie, que ce ne soit pas un motif de m'éviter et de me bannir de votre présence ; mais plutôt, comme un bon pasteur, et à l'exemple du CHRIST, cherchez et recevez la brebis qui périt, si vous ne lui venez en aide ; priez Dieu qu'il veuille bien, s’il se peut, révoquer la sentence de ma condamnation, car il est écrit que le Seigneur sait changer son arrêt, si le pécheur veut se corriger de ses fautes. D'ailleurs, j'ai en vos prières une si ferme confiance, qu’alors même que je serais au milieu des enfers, je croirais recevoir de l’adoucissement dans mes peines, si je savais que vous priez pour moi. Encore une fois, je vous en conjure, tout pécheur que je suis, recommandez-moi à ce Dieu qui est venu pour sauver les coupables, et priez-le de me recevoir en sa miséricorde. » Et en disant ces mots, le frère versait un torrent de larmes. Touché de compassion, saint François, comme un bon père, lui promit de prier pour lui: et au moment où il était en prière, Dieu lui fit connaître que sa demande était exaucée, que la sentence de damnation portée contre Frère Elie était révoquée et que son âme échapperait aux

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tourments de l'enfer ; mais que certainement il renoncerait à la profession religieuse et qu’il mourrait hors de l'Ordre. Cette prédiction fut réalisée. Frédéric, roi de Sicile, s'étant révolté contre l'Eglise, le Pape le frappa d'excommunication, lui et tous ceux qui l’aidaient de leurs conseils. En cette circonstance, le prince rebelle fit appeler près de lui Frère Elie, qui passait pour un des hommes les plus éclairés de son temps ; et ce frère ayant consenti à renoncer à ses vœux pour aller prendre part à la rébellion, le Pape l’excommunia lui-même et lui fit déposer l’habit de saint François (r).

Il était sous le poids de cette excommunication, quand il fut atteint d'une grave maladie. Infdrmé de sa situation, un de ses frères, Frère Laïco, qui était demeuré dans l'Ordre, où il vivait en bon et fervent religieux, alla le visiter et lui dit: « O mon bien-aimé frère! c'est avec le plus amer regret que je te vois ainsi mourir hors de l'Ordre ; si tu voyais encore quelque moyen d'échapper à un si grand malheur, je serais bien heureux de faire tous mes efforts pour te le procurer. » —« Mon frère, répondit le malade, je ne vois pas d'autre moyen que d'aller trouver le Pape et de le prier, pour l'amour de Dieu et de saint François, son serviteur, sur les avis duquel j'ai renoncé au monde, de m'absoudre de l’excommunication, et de me rendre l'habit de l'Ordre.» Frère Laïco lui promit de faire tout ce qui dépendrait de lui dans l'intérêt de son salut, partit aint-Père de

1. Le roi de Sicile, dont il est ici parlé, est Frédéric II, et le Pape qui l’excommunia, ainsi que Frère Elie, est Grégoire IX. L’excommunication fut fuiminée en 1239 contre le frère, et il n'en fut relevé qu'en 1253 par Innocent IV, successeur de Grégoire.

de saint francois d'Assise

faire grâce à Frère Elie, pour l'amour de Dieu et en con: sidération de saint François, son serviteur. Le Pontife lui accorda sa demande, et il revint aussitôt plein de joie vers Frère Elie. Le malade était près d'expirer lorsqu'il arriva, mais il eut encore le temps de l’absoudre de l'excommunication et de lui rendre l’habit de saint François. Et c'est ainsi que Frère Elie mourut, et que son âme fut sauvée par l’intercession du Saint, dans les mérites duquel il avait eu une si grande confiance.

Chapitre nt ri —— De la merveilleuse prédication que fit, dans un Consistoire, saint Antoine de Padoue, religieux de l'Ordre de saint François.

AINT Antoine de Padoue (1), ce précieux vase d'élection, ce disciple choisi de saint François, qui l’appelait son vicaire, prêcha un jour dans

un Consis-

toire, en

présence

du Papeet

" des cardinaux. Son auditoire était composé d'hommes de différentes nations ; il y en avait de la Grèce, de l'Italie, de la France, de l'Allemagne, de la Sclavonic, de l'Angleterre et de diverses autres parties du monde ; et cependant il annonça la

parole de Dieu avec tant d'efficacité, de ferveur, de talent, de douceur, de clarté et d'in-

telligence, que tous ceux qui l'écoutaient, de quel-

que contrée qu'ils fussent, entendirent aussi clairement tout ce qu'il disait, que s’il leur avait parlé à chacun la langue de leur pays. Ce prodige les remplissait d'étonnement ; il leur semblait voir se

RP à à nr mar

1. Saint Antoine de Padoue était Portugais, d’une très noble famille de Lisbonne ; il naquit en 1195. Jeune encore, il entra dans l’Ordre des Cha-

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renouveler ce grand miracle autrefois opéré sur les apôtres, le jour de la Pentecôte, dans ce jour où, par la vertu de l'Esprit-Saint, il leur était donné de parler toutes les langues, et ils se disaient les uns aux autres dans leur admiration : « Celui qui nous parle n'est-il pas Espagnol ? d'ou vient donc que chacun de nous l'entend parler sa propre langue?» Le Pape demeurait aussi frappé de la profondeur des paroles du saint Prédicateur, et il s'écriait dans son ravissement : « Oui, vraiment, cet homme est l'arche du Testament et le trésor de l’Ecriture divine. »

Chapitre EL — pu miracle que Dieu fit par le moyen de saint Antoine, lorsque, pendant son séjour à Rimini, 11 prêcha les poissons de la mer (1).

DIE Christ béni voulant faire éclater la sainteté

| | | BA) de son serviteur saint Antoine, et montrer avec

L I] quel respect on devait écouter ses Prédications

et suivre sa doctrine, se servit un jour d'animaux sans raison, de poissons, pour reprendre les hérétiques de leur

Stones SSSR noines réguliers au couvent de Sainte-Croix de Coïmbre; mais les reliques de cinq Frères Mineurs martyrisés à Maroc ayant été apportées à Sainte. Croix, il conçut dès lors le vif désir d’entrer dans l'Ordre auquel appartenaient ces bienheureux martyrs. Lorsqu’il y eut été admis, il s’efforça de cacher les talents que Dieu lui avait donnés; mais on les découvrit, et saint François lui ordonna de s'appliquer à la théologie et ensuite à la prédication : le saint frère obéit, et ses paroles produisirent des fruits de Conversion merveilleux. Voyez P. Chalippe, liv. III et IV.

1. Le même fait, avec Presque toutes ses circonstances, se trouve délicieusement raconté, en vieux style français, dans les Chroniques des Frères Mineurs, üiv. V, chap. xvitr. M. Chavin de Malan rapporte ce Passage dans son Æéstoire de saint François, ch. x11.

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oo om fausse sagesse ; comme autrefois, dans l'Ancien Testament, il s'était servi d’un âne pour confondre l'ignorance de Balaam. Dans temps où la ville de Rimini se trouvait infestée d'une multitude d'hérétiques, saint Antoine entreprit de les ramener à la lumière de la vraie foi et dans les sentiers de la vertu, en leur expliquant, pendant plusieurs jours, les principes de la religion et les vérités de la Sainte-Ecriture. Mais, loin de se laisser convaincre pa: ses paroles, ces cœurs endurcis et obstinés dans l'erreur refusaient de l'écouter. Inspiré alors par un mouvement divin, le Saint se rendit à l'embouchure de la rivière, près du bord de la mer, et là il s'écria: « Poissons de l'Océan et de la rivière, écoutez, c'est à vous que je vais annoncer la parole de Dieu, puisque les hérétiques refusent de l’entendre.» À ces mots, une multitude de poissons de toute grosseur se pressent auprès de saint Antoine, ef le nombre en était si considérable que jamais on n’en avait autant vu dans cet endroit. Tous, la tête hors de l'eau et tournés vers leur prédicateur, se tenaient paisiblement rangés en ordre. Les plus petits se trouvaient les plus rapprochés de la rive; ceux de moyenne grandeur se tenaient derrière eux, et les plus gros se trouvaient les derniers, à l'endroit le plus profond. Lorsqu'ils furent ainsi disposés, saint Antoine, d'une voix solennelle, leur adressa ces paroles : « Poissons, mes petits frères, vous devez, autant qu'il est en vous, rendre grâces à noti Créateur des biens dont il vous a comblés; c'est à lui que vous devez le noble élément où il a fixé votre demeure ; c’est lui qui vous donne, à votre choix, des eaux douces ou salées ; c'est à lui que vous devez ces innombrables retraites où vous pouvez vous réfugier au moment de la tempête, et c'est de lui

de saint Francois d'Hssise

EE que vous avez reçu cet élément clair et transparent, avec toute la nourriture nécessaire à votre subsistance, Ce Dieu libéral et bienfaisant vous imposa, au jour de votre création, l’ordre de croître et de vous multiplier, et il vous donna sa bénédiction. Et Puis, quand survint le déluge universel, tous les animaux Périrent, et vous fûütes les seuls qu'il mit à l'abri de tout danger. 11 vous a donné des nageoires au moyen desquelles vous Pouvez courir où il vous plaît, C'est à vous qu’il a confié le soin de conserver le prophète Jonas, et, au bout de trois jours, de le rendre sain et sauf. C'est vous encore qui avez fourni à Notre-Seigneur Jésus-Christ de quoi payer le cens ; à ce Dieu, qui, semblable à un pauvre, n'avait alors rien à donner.

Enfin, parun choix mystérieux, c’estvous encore qui avez servi de nourriture au Christ, au Roi éternel, avant et après sa résurrec- .

tion. An souvenir de ces bienfaits si multipliés et si précieux, louez donc et bénissez le Dieu de qui vous les te. nez; vous y êtes obligés plus que toutes les autres créatures.» En écoutant ces exhortations, les poissons ouvrent la bouche, inclinent la tête, et par leur attitude respec-

tueuse s'efforcent, autant qu'il est en eux, de rendre à Dieu leur tribut de louanges.

A cette vue, saint Antoine s'écrie, transporté de joie : « Béni soit le Dieu éternel, puisque des poissons lui rendent plus d'hommages que les hérétiques, et que des animaux sans raison écoutent sa parole avec plus de docil: que des hommes infidèles 1» Cependant la multitude des poissons augmentait à mesure que le Saint leur parlait, et pas un d'eux ne quittait l'endroit où il s'était placé. Au bruit de ce prodige, toute la ville accourut, et les hérétiques, en présence d'un miracle aussi étonnant et aussi manifeste, se sentirent entièrement touchés, se jetèrent aux pieds du saint prédicateur et demandèrent à entendre ses instructions. Aussitôt, le Saint se mit à leur prêcher avec tant de force que tous se convertirent ct revinrent à la foi de Jésus-Christ ; tandis que les fidèles, fortifiés eux-mêmes, demeurèrent remplis de la joie la plus vive. Alors saint Antoine congédia les poissons, en les bénissant au nom de Dieu ; et la multitude se retira ravie du prodige éclatant dont elle venait d'être témoin. Après cela, le Saint demeura plusieurs jours encore à Rimini, et il y produisit dans les âmes les fruits spirituels les plus abondants.

Re ee ee ee 0.4.4. .4. À À. 4 2 4424

Chapitre lt. — comment le vénérable Frère Simon délivra un frère d'une tentation par suite de laquelle il voulait sortir de l'Ordre.

[] RHANS les premiers temps de l'Ordre et du vivant | [) N de saint François, un jeune homme d'Assise Ze]

fut admis au nombre des Frères Mineurs sous

le nom de Frère Simon. Dieu l’enrichit de tant de grâces

de saint Francois d'Assise 129

et le favorisa d’une si haute contemplation et d'une telle élévation d'esprit, que sa vie tout entière était un véritable miroir de sainteté, comme je l'ai moi-même entendu dire Par ceux qui vécurent longtemps avec lui. Rarement il sortait de sa cellule, ct si parfois il se Joignait aux autres frères, c'était toujours pour s'entretenir de Dieu. Jamais il n'avait étudié les belles-lettres, et néanmoins il parlait des choses du ciel avec tant de profondeur ct de sublimité, que ses paroles paraissaient toutes divines. Un soir qu'il s'était rendu dans le bois avec Frère Jacques Massée, pour s’entretenir de l'amour de Dieu, les deux frères passèrent toute la nuit dans cette douce conversation ; et, selon que me à l'affirma Frè.

re Jacqueslui.

même, cette

nuit leur parut s |; ourte qu'ils ne pouvaient com-

x prendre que RS le jour fût si.

£ tôt arrivé, Frère Si.

mon possédait, avec une suavité et une douceur ineffables, les amoureuses illuminations de la divinité, Lorsqu'il sen. tait l'approche de l'Esprit-Saint qui les répandait sur lui, sachant que ce divin hôte exigeait le repos du corps aussi bien que la tranquillité de l'âme, il se posait sur son lit, et attendait ainsi que l’onction céleste vint inonder son cœur Souvent alors il se trouvait ravi en Dieu, et il demeurait

comme insensible aux choses extérieures.

Un jour qu'il était dans une de ces extases, l'amour divin l'enflamma si vivement à l'intérieur, qu'il n'éprouvait plus aucune sensation corporelle. Un frère qui l’aperçut dans cet état, voulant voir par lui-même jusqu'où allait cette insensibilité, prit un charbon ardent et alla le lui poser sur le pied. Frère Simon ne ressentit aucune douleur, ne fit aucun mouvement, quoiqu'il le conservât durant toute son extase, qui se prolongea longtemps encore. Quand il se mettait à table, avant de toucher aux aliments corporels, il se mettait à parler de Dieu, prenant ainsi pour lui-même

‘et donnant aux autres la nourriture spirituelle.

Ses pieux entretiens convertirent, un jour, un jeune homme de Saint-Sévérin, d’une noble famille, nourri dans une extrême délicatesse, et qui menait, dans le monde, une vie mondaine et dissipée. Après l'avoir reçu dans son Ordre, Frère Simon fit mettre en réserve les habits séculiers qu’il venait de quitter, et il voulut le retenir près de lui pour le former lui-même aux observances de la règle. Le démon, qui s’efforçait de paralyser tout le bien qui s’opérait par les Frères Mineurs, vint bientôt jeter le trouble dans l’esprit du jeune frère, en lui présentant une tentation de la chair viveet pressante. Ne pouvant y résister, le frère va trouver son directeur et lui dit: « Rendez-moi mes habits séculiers, car je ne puis plus supporter la tentation qui me tourmente.» Frère Simon fut touché de compassion : « Asseyez-vous un instant près de moi, mon fils,» lui dit-il ; puis il lui parla de Dieu avec tant d’onction que la tentation disparut. Mais bientôt elle se fit ressentir de nouveau, et le jeune frère alla redemander encore ses habits séculiers au Frère Simon, qui le délivra une seconde fois. Une nuit, enfin, pressé plus vivement que jamais par la tenta-

tion, et se sentant dans l'impossibilité de la surmonter, il va trouver son directeur et lui demande résolument ses habits séculiers, l'assurant que rien désormais ne pouvait plus le retenir au couvent. Frère Simon le fit asseoir près de lui, à son ordinaire, et lui parla de Dieu. Le jeune frère écoutait avec tristesse, et sa tête se pencha doucement sur le sein de celui qui lui parlait. Alors Frère Simon, vivement touché, lève les yeux au ciel et prie pour le pauvre homme. En ce moment, Dieu le ravit en extase, et sa prière fut exaucée. Lorsqu'il revint à lui, il trouva le frère entièrement délivré. Dès lors, le feu de la tentation fut remplacé, dans son cœur, par les'ardeurs de lEsprit-Saint ; et il se sentit complètemer: changé, du moment où il s'était approché de la fournaise qui brûlait au cœur de Frère Simon, de cet homme enflammé de l’amvur de Dieu et du prochain.

Un jour qu'un malfaiteur avait été saisi et qu'il était condamné à perdre les yeux, instruit de cette nouvelle et plein de pitié pou ce malheureux, Frère Simon, avec une sainte hardiesse, va trouver le Recteur à son conseil, et, baigné de larmes, il le supplie de ne faire arracher qu'un œil au condamné, et de lui faire arracher l’autre à lui-même, afin que ce misérable ne fût pas entièrement privé de la vue. Touché de sa ferveur et de sa charité, le Recteur, du consentement de son conseil, fit grâce aux deux suppliants.

* Un jour encore, au moment où le Frère Simon se trouvait en prière dans le bois, et que son âme était toute remplie de consolation, une multitude de corneilles vint le troubler par ses cris. Au nom de Jésus il leur ordonna de se retirer et de ne plus reparaître, et les oiseaux s'enfuirent

aussitôt ; et les habitants de la Garde de Fermo, où ce

prodige avait été opéré, ne revirent plus de corneilles dans la suite.

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Chapitre Tlif. — nes miracles que Dieu opéra parles saints Frères Bentivoglio, Pierre de Monticelli et Currado d'Offide. Comment Frère Bentivoglio, chargé d’un lépreux, parcourut quinze milles en un instant. Comment Frère Pierre da Monticelli s’entretint avec saint Michel. Enfin, comment la sainte Vierge apparut à Frère Currado et lui déposa son divin Fils sur les bras.

MME un beau ciel tout parsemé d'étoiles, la province de la Marche d’Ancône fut jadis embellie de pieux et saints frères, qui, sembla-

bles à des astres brillants, resplendissaient sur l'Ordre de saint François et sur le monde tout entier par la lumière de leurs exemples et de leur doctrine. On remarquait surtout Frère Lucide l'Ancien, cet homme vraiment brillant de sainteté, tout brûlant de la divine charité, et dont la langue, dirigée par le Saint-Esprit lui-même, produisait, par la prédication, les fruits les plus merveilleux. On admirait aussi Frère Bentivoglio de Saint-Sévérin, que Frère Massée aperçut dans le bois où il était en prière, élevé pendant longtemps au-dessus de terre. Frère Massée, qui était alors curé, fut si frappé de ce prodige, que dès lors il se retira de sa cure pour se faire Frère Mineur ; et il vécut dans nne si grande sainteté, qu'il opéra lui-même plusieurs miracles pendant sa vie et après sa mort. Son corps repose à Murro.

de saint francois d'Assise

Un jour que Frère Bentivoglio se trouvait à Trave- Bonanti, où il était employé au service d’un lépreux, son supérieur lui ordonna de se rendre à un autre couvent qui se trouvait à quinze milles de là. Le frère obéit. Ne voulant cependant pas abandonner son malade et pressé par

la charité, il le charge sur ses épaules et se met en chemin. L’aurore

| ; “ AL vait à quinze milles de Trave-Bonanti. C'est ainsi qu’il fit ce voyage avec une telle rapidité qu’un aigle n'aurait pu le suivre. A la nouvelle de ce prodige, tout le pays fut dans l'admiration et la stupeur. Un autre religieux, Frère Pierre de Monticelli, fut élevé corporellement au-dessus de terre À la hauteur de cinq ou six brasses, jusqu’au pied du cr. sifix de l’église dans laquelle il priait. Frère Servodio d'Urbin, alors Gardien de l'ancien couvent d'Ancône, fut lui-même témoin de ce prodige. Un autre jour que Frère Pierre était en oraison dans l'église, le dernier jour du carême de saint Michel Archange, pendant lequel il avait jeûné avec une grande ferveur, un jeune frère, qui se tenait soigneusement caché sous le grand autel pour s'édifier à la vue des prodiges de sa sainteté, l'entendit s'entretenir avec saint Michel. « Frère Pierre, disait l’Archange, tu t'es fidèlement appliqué à la pénitence

en mon honneur, tu as imposé à ton corps de nombreuses

mortifications ; en récompense, voici que maintenant je

viens te consoler : demande-moi la grâce que tu souhaites,

je veux moi-même te l'obtenir de Dieu.» Frère Pierre

répondait : « O très saint Prince de la milice céleste! fidèle

DLL zélateur de l'amour divin, pieux

protecteur des âmes, obtenez-

moi le pardon de mes péchés,

c'est la seule grâce que je dé-

D sire. » — « Tu peux en deman-

der une autre, répliqua saint

l Michel, car, pour celle-là, je te

la procurerai sans peine.» Et

comme Frère Pierre ne deman-

dait plus rien: « Eh bien ! ajouta

l’'Archange, pour te récompen-

ser de ta confiance et de ta

dévotion, je te promets de t’ob-

tenir la-grâce que tu souhaites

} L et plusieurs autres encore.» Cet

A entretien se prolongea long-

temps, et quand il fut terminé, saint Michel disparut, laissant le frère rempli de douces consolations.

Du temps de Frère Pierre, vivait encore un autre saint frère nommé Currado d'Offide, avec lequel il se trouvait de compagnie au couvent de Sorano, dans la Garde d’Ancône. Un jour que ce frère se rendait dans le bois pour s'y livrer à la divine contemplation, Frère Pierre l'y suivit secrètement pour voir ce qu’il allait y faire. Frère Currado se mit en prière, implorant avec ferveur la Vierge Marie, et lui demandant de daigner jui obtenir de son divin Fils

de saint francois d'Assise 135

qu'il ressentit un peu de cette douceur qu'avait éprouvée saint Siméon, le jour de la Purification, lorsqu'elle déposa sur ses bras le Sauveur Jésus. La sainte Vierge exauça cette prière. Tout à coup cette glorieuse Reine apparut environnée de la plus brillante clarté et portant avec elle son divin Enfant; puis, s’approchant de Frère Currado, . elle le lui déposa sur les bras. Dès qu'il se vit en possession de ce précieux dépôt, le frère couvrit de baisers le Fils de la Vierge, le serra sur son cœur, et dans ce moment, il 6e / sentait comme consumé, liquéfié dans l'amour di.

SITES océan de douceurs inexprimables. Frère Pierre qui, de la retraite où il s'était caché, contemplait ce divin spectacle, en ressentit lui-même une grande abondance de consolations. Lorsque la Vierge Marie se fut retirée, il se hâta de retourner au couvent, pour n'être pas aperçu; puis, au moment où Frère Currado rentrait tout rempli d’une sainte joie, il lui dit : «O céleste frère, vous avez goûté aujourd'hui une bien douce consolation ! » — « Quelle consola-

ae nf NE aisradlionse sécnslé vrac

tion, Frère Pierre? répondit Frère Currado; comment savez-vous ce que je viens d'éprouver ?»—« Je le sais, reprit Frère Pierre; je sais que la Vierge Marie vous a visité avec son Fils béni.» Alors Frère Currado, qui, par humilité, désirait tenir secrètes les grâces que Dieu lui

* accordait, pria Frère Pierre de ne raconter à personne ce

qu'il avait vu; et l'amitié que se portèrent désormais ces deux frères fut telle, qu'en toutes choses, ils ne semblaient plus former qu'un cœur et qu’une âme. Ce fut encore Frère Currado qui, un jour, à Siruolo, délivra une femme possédée du démon, après avoir prié pour elle toute une nuit ; le matin, il alla visiter la mère de cette femme et partit aussitôt, pour échapper aux honneurs qu’on aurait pu lui rendre en cette occasion.

Chapitre rliff. — comment Frère Currado d'Omde convertit un jeune frère qui était à charge À ses compagnons. Comment ensuite ce frère lui apparut après sa mort, en lui demandant de prier pour lui. Comment, enfin, Frère Currado le délivra par ses prières des peines du purgatoire.

RÈRE Currado d'Offide, cet admirable zélateur de la pauvreté évangélique et des observances de saint François, mena une vie si religieuse

et si pleine de mérites devant Dieu, que Jésus-Christ l'honora, pendant sa vie et après sa mort, de plusieurs miracles.

Un jour qu’il se trouvait, au couvent d'Offide, les religieux vinrent le prier, pour l'amour de Dieu et de la sainte charité, de vouloir bien donner quelques avis à un

de saint; francois d'Hssise 137

jeune frère qui menait, Parmi eux, une vie étourdie, désordonnée et relächée, jetant le trouble dans toute la communauté, et faisant, du reste, peu de cas de l'office divin et des autres observances. Touché de compassion pour ce malheureux jeune homme et pour les frères qu'il contristait, Frère Currado le fit appeler à part, et, dans l'ardeur de sa charité, il lui fit une exhortation si touchante et si pieuse que, dès lors, par une opération de la grâce divine, le jeune frère fit voir, dans ses mœurs, la gravité d’un vieillard. 11 devint obéissant, bienveillant, pieux, doux, plein de prévenance pour ses frères, et, loin de les importuner comme par le passé, il devint pour eux un sujet de consolation et l'objet de leur tendre affection. Frappé d’une grave maladie quelque temps après sa conversion, il mourut au milieu des sincères regrets de tous ses frères. Peu de jours après sa mort, Frère Currado se trouvant en prière devant l'autel du couvent, l'âme du défunt lui apparut et le salua respectueusement par le nom de père. —« Qui êtes-vous ? » demanda le frère. — « Je suis, fut-il répondu, l’Ame de ce jeune religieux mort il y a quelques jours. » — « Eh bien! mon très-cher fils, reprit Frère Currado, quel est votre sort dans l’autre monde ? » — « Grâce à la bonté divine, répondit l'âme, mon sort n’est pas malheureux, je ne suis pas damnée ; mais des péchés, que je n'ai pas eu le temps d’expier sur la terre, sont cause que je souffre, dans le purgatoire, des châtiments rigoureux. Je vous en prie, mon père, votre bonté m'a été d'un grand secours pendant ma vie, daignez encore me soulager dans les peines que j'endure maintenant, en récitant Pour moi quelques Pater ; oui, priez, ô mon père! car, je le sais, vos supplications sont

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agréables devant Dieu.» Le charitable frère se mit aussitôt à genoux et récita pour le défunt un Pater et un Requiem æternam. —«O mon bon père! lui dit aussitôt l’âme, que votre prière m'a procuré de rafraîchissement et de consolation ! Ob! je vous en prie, continuez! » Frère Currado répéta sa prière, et quand il l'eut achevée : « Père bien-aimé, reprit l'âme, je vous en conjure, encore! encore! j'éprouve un si grand soulagement quand vous priez pour moi!» Alorsle frère voyant les adoucissements que ses prières procuraient à cette âme, dit encore pour elle cent Pafer, et quand il eut terminé, l'âme lui dit : « Je vous rends grâces de la part de Dieu, ô père chéri! pour la charité que vous m'avez témoignée; vos prières m'ont entièrement délivrée des peines du purgatoire, et voici que je me rends au royaume des cieux.» À ces mots, la voix cessa de se faire entendre. C’est ainsi que l’âme du jeune frère fut sauvée ; et Frère Currado, qui lui avait obtenu ce bonheur par ses mérites, raconta à ses compagnons, pour les encourager et les consoler, la vision que nous venons de rapporter.

Chaptre rliv. — comment la Mère du CHRIST et

saint Jean l'Evangéliste apparurent à Frère Pierre; et

comment 1l lui fut dit lequel des deux avait ressenti le plus de douleur de la Passion de JÉSUS-CHRIST.

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ANS le temps où Frère Currado et Frère Pierre,

dont nous parlions tout à l'heure, demeuraient

+ @} ensemble au couvent de Forano, dans la Garde

d'Ancône, ces deux frères paraissaient dans la Province

de saint francois d'Hssise

de la Marche comme deux astres brillants, Ils avaient l'un pour l’autre la plus grande amitié et une si grande charité qu'ils ne semblaient plus former qu'un cœur et qu'une âme,

Saint Francois au pied de la croix par FRA ANGELICO

et ils étaient convenus entre eux qu'ils se confieraient mutuellement les consolations ‘que Dieu daignerait leur envoyer. Cette convention faite, un jour que Frère Pierreétait en prière, pensant à la Passion de Jésus- Christ etse représentant, au pied de la croix, la bienheureuse Vierge Marie, le disciple bien-aimé, saint Jean l’Evangé.

liste, et saint François, tous trois crucifiés intérieurement par leur douleur avec Jésus-Christ, il lui vint en désir de savoir laquelle de ves trois Aiñes avait res-

senti plus de peine de la Passion du Sauveur, ou bien de la Vierge qui l'avait mise au monde, où dû Wiscipie bienaimé qui avait reposé sur sa poitrine, ou bien enfin de

140 Fioretti de saint Francois d'Assise

saint François qui avait été crucifié avec lui. Il était dans ces pieusespensées, quand tout à coup lui apparurent la Vierge Marie, saint Jean et saint François, tous trois resplendissants de gloire et couverts de vêtements magnifiques. La tunique de saint François paraissait plus brillante encore que celle du saint Evangéliste. A cette apparition mystérieuse, Frère Pierre demeura comme frappé de stupeur ; mais saint Jean e ranima par ces paroles : « Ne crains rien, mon cher frère ; car nous sommes venus pour te consoler et répondre à ton désir. Sache donc que la Passion du Sauveur nous a causé, à la sainte Vierge et à moi, une douleur que n'éprouva jamais aucune autre créature ; mais, après nous, saint, François est celui qui en ressentit la peine la plus vive, et c'est pourquoi tu le vois environné de tant de gloire. » — « Mais, demanda frère Pierre, très saint Apôtre du Christ, pourquoi donc son vêtement est-il plus brillant que le vôtre ? » — « La raison, répondit saint Jean, c'est que François, tant qu'il a vécu sur la terre, porta des habits plus pauvres que les miens. » En disant ces mots, le saint Evangéliste présenta à Frère Pierre un précieux vêtement qu'il tenait à la main, et il lui dit: « Reçois ce vêtement que j'ai apporté pour toi» Et comme il voulait l'en revêtir lui-même, le frère, saisi d'étonnement, tomba à terre en s'écriant : « Frèce Currado! accourez, venez voir que de choses merveilleuses ! » Mais en ce moment la vision disparut. Quand Frère Currado arriva, Frère Pierre lui raconta l'apparition qui lui avait été faite, et tous deux en rendirent grâces à Dieu.

Chapitre FIV. — pe la conversion, de la vie, des miracles et de la mort du saint Frère Jean de la Penna.

JEAN de la Penna était un jeune séculier de la

[ Province de la Marche, Un jour, un enfant

d'une beauté ravissante lui apparut pendant

son sommeil et lui dit : « Jean, va à Saint-Etienne, tu y trouveras un de mes Frères Mineurs quiy prêche; tu l'écouteras et tu te conformeras à sa doctrine ; car c'est moi-même qui l'ai envoyé. Puis, tu auras à faire un long Voyage, et quand il sera terminé, tu viendras me rejoindre.» Aussitôt le jeune homme se lève et il se trouve entièrement changé. 11 part pour Saint-Etienne, et il y voit, à

son arrivée, une multitude qui se pressait pour aller entendre un sermon. I] s'informe, il apprend que le prédicateur devait être un Frère Mineur, appelé Frère Philippe, l'un

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des premiers religieux de saint François qui se fût rendu dans la Marche d'Ancône, où il n'y avait encore alors qu'un très petit nombre de couvents. Frère Philippe monta en chaire et il précha le royaume de la vie éternelle, sans employer les ressources de la sagesse humaine, mais avec la seule vertu de l'Esprit de Jésus-Christ. A la fin du sermon, le jeune homme va trouver le prédicateur et lui dit : « Père, si vous daigniez m'admettre dans votre Ordre, je serais heureux d'y faire pénitence et de m'y dévouer au service de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Le frère, remarquant dans celui qui lui parlait une merveilleuse innocence et un grand zèle pour la gloire de Dieu, lui répondit : « Vous viendrez me trouver à Ricanati, et je vous ferai recevoir.» (C'était au couvent de Ricanati que devait se tenir, cette année, le chapitre provincial) Le jeune homme, dans son extrême simplicité, s'imagina que c'était là le grand voyage qu'il devait faire, suivant la révélation qu'il en avait reçue, et qu'ensuite il irait au ciel dès qu'il aurait été reçu dans l'Ordre. Il se rendit donc à Ricanati et fut admis au nombre des frères. Mais voyant ensuite que ce qu'il attendait ne se réalisait pas, il en était contristé, Sur ces entrefaites, le Ministre annonça dans le Chapitre que, par le mérite de la sainte obéissance, il enverrait volontiers dans la Province de Provence ceux qui lui témoigneraient le désir de s'y rendre. Dès lors, le jeune frère, pensant que ce pouvait bien être là le grand voyage qu'il avait à faire avant d’aller en paradis, souhaita vivement de pouvoir user de cette permission ; mais n'osant pas la demander au Ministre lui-même, il alla prier Frère Philippe de la lui obtenir. Touché de ia simplicité et de ia pureté de ses intentions, ce frère consentit, en effet, à

de saint Francois d'Hssise 143

demander pour lui ce qu'il désirait ; et, l'ayant obtenu, Frère Jean partit le cœur plein de joie, dans la persuasion qu'il irait au ciel dès qu'il aurait terminé ce voyage. Dieu permit cependant qu'il vécût encore vingt-cinq ans dans sa Province, toujours dans l'attente et le désir du paradis, Menant une vie sainte et exemplaire, croissant en grâce et en vertu devant Dieu et devant les hommes, et faisant les délices des frères et des séculiers avec lesquels il vivait.

Un jour qu'il était en Prière, pleurant et soupirant de voir ses désirs si longtemps éprouvés, et son pèlerinage e Cétte vie se prolonger durant de si longues années, le Chrisi béni lui apparut et lui dit: « Mon fils, quelle grâce souhaites-tu de moi? demande avec confiance. » — A ces paroles, il semblait à Frère Jean que son âme se fondait. — « Seigneur, répondit-il, je ne Puis vous demander rien autre chose que vous-même, car vous seul êtes tout mon désir ; ce que je vous prie seulement de m'accorder, c'est le pardon de mes péchés et la grâce de retrouver votre divine présence quand cette faveur me sera plus nécessaire.» Jésus l’assura que sa prière était exaucée, et il dis- Parut en le laissant inondé de consolations.

Cependant, les frères de la Marche, instruits de la grande sainteté de Frère Jean, souhaitèrent vivement de le revoir au milieu d'eux, et ils firent tant d'instances près du Général, qu'ils obtinrent en effet son rappel. Frère Jean reçut avec joie les ordres de son supérieur, et il se mit aussitôt en route, dans la pensée que, ce voyage achevé, Jésus- Christ l’appellerait dans son Paradis, suivant la promesse qu’il lui en avait faite, Mais il vécut encore trente ans dans la province de la Marche, entièrement inconnu à ses Parents, et, chaque jour, attendant que Dieu, dans sa misé-

ricorde, daignât enfin mettre un terme à ses désirs. Vers ce temps-là, la charge de Gardien lui ayant été confiée, il la remplit avec une grande prudence, et le Seigneur opéra plusieurs miracles par son entremise. Entre autres faveurs, il reçut alors du ciel le don de prophétie. Un jour qu'il était sorti du couvent, un de ses novices fut si violemment tenté par le démon, qu'après avoir cédé à la tentation, il se proposa de quitter l'Ordre sitôt que le Gardien serait de retour, Averti alors, par son esprit prophétique, de la tentation de ce frère et de sa résolution, Frère Jean se hâte de rentrer, le fait appeler et lui ordonne de se confesser ;

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mais auparavant, il lui raconta comment Dieu lui-même lui avait révélé la tentation à laquelle il avait succombé, et il ajouta: « Mon fils, parce que vous avez attendu mon

retour et que vous n'avez pas voulu quitter l'Ordre sans

recevoir ma bénédiction, Dieu vous fait la grâce de n'en jamais sortir, et votre mort y sera précieuse devant :::.: Le novice se sentit fortifié par ces paroles, et, selon que me l'a raconté Frère Ugolin, il vécut toujours dans l'Ordre, qu'il édifia par sa sainteté, #

Frère Jean conservait son âme dans une jdie douce et paisible, il parlait peu et avait un si grand esprit d'oraison et de ferveur que jamais, après Matines, il ne revenait dans sa cellule; il demeurait à l'église pour y prier jusqu’au jour. Une nuit qu'il était ainsi en prière, l’'Ange de Dieu lui apparut et lui dit: « Frère Jean, tu es arrivé au terme si ardemment désiré de ton voyage; je t’annonce, de la part de Dieu, que tu peux demander la grâce que tu souhaites, et choisir entre un jour de purgatoire et sept jours de pénitence sur la terre. » Le frère répondit qu'il préférait les sept jours de pénitence. Aussitôt, une foule d’infirmités

de saint francois d'Assise

lui survinrent : une forte fièvre, la goutte aux pieds et aux mains, une douleur au côté et plusieurs autres graves incommodités, Mais ce qui le faisait souff.ir davantage, c'est que, devant lui, se trouvait un démon tenant à la main un papier sur lequel étaient écrits tous les péchés dont il s'était rendu coupable par pensées, par paroles et par actions. Et ce démon lui disait : « Vois-tu ces fautes ? elles te précipiteront au fond des enfers!» En cet état, Frère Jean ne se rappelait aucune de ses bonnes œuvres, il ne se souvenait :nême pas qu’il était religieux, ni qu'il eût jamais été dans aucun Ordre; une seule chose le frappait : la damnation qui lui avait été annoncée par le démon. Aussi, quand on lui deandait comment il se trouvait : « Très mal, répondait-il, car je suis damné.» Touchés de sa position, ses compagnons firent appeler près de lui un frère très âgé, nommé Mathieu de Monte-Rubbiano, homme d’une haute sainteté et l'ami intime du malade. Il y avait déjà sept jours que Frère Jean souffrait cruellement, quand il arriva près de lui : il le salua et lui demanda comment il se trouvait. «Oh! très mal, répondit encore Frère Jean, je suis damné. » — Et quoi ! lui dit Frère Mathieu, ne vous Souvenez-vous pas que plusieurs fois je vous ai confessé

et absous de vos fautes ? Ne vous souvenez-vous pas que

pendant de longues années, vous vous êtes consacré au service de Dieu dans notre Ordre? Et puis, ne savez-vous pas que la miséricorde divine surpasse tous les péchés du monde, et que Jésus-Christ, notre Sauveur, a donné, pour nous racheter, un prix infini? Ayez donc bonne espérance, je vous en assure, vous serez sauvé. » À ces mots, Frère Jean sentit qu’il était enfin arrivé au terme de ses épreuves, la tentation disparut, et une douce consolation vint

remplir son cœur. Au moment où il était ainsi tout inondé de joie, il dit à son ami: « Frère, ilest tard, vous êtes fatigué, je vous en prie, allez prendre votre repos.» Frère Mathieu ne voulait pas encore le quitter, mais il se rendit à ses instances, et alla se reposer. Frère Jean demeura seul avec le frère qui le servait. Alors Jésus-Christ lui apparut environné de splendeur et répandent autour de lui l’odeur ia plus suave. Il venait accomplir la promesse qu’il lui avait faite de revenir le visiter, quand cette consolation lui serait plus nécessaire. Aussitôt il le guérit de toutes ses infirmités. Lorsqu'il eut reçu cette faveur, Frère Jean joignit les mains, remercia Dieu d’avoir enfin heureusement terminé le grand voyage qu'il avait à faire dans cette misérable vie ; puis, recommandant son âme à Jésus-Christ et la remettant entre ses mains, il passa de la vie mortelle à la vie éternelle qu’il avait si longtemps attendue et dans laquelle il souhaitait si ardemment de contempler le Christ béni. Son corps repose dans le couvent de la Penna-de- Saint-Jean.

Chapitre tlvi. —— Cominent Frère Pacifique, au moment où il était en prière, vit monter au ciel l'âme de Frère Hum ble, son frère.

présentèrent à l'un des couvents de la Marche

et furent reçus dans l'Ordre. L'un d'eux fut appelé Frère Humble, l’autre Frère Pacifique ; et tous deux devinrent des hommes d’une grande sainteté et d’une haute

perfection. Frère Humble resta à Soffiano où il mourut, et Frère Pacifique fut envoyé dans un autre couvent fort loin de lui. Or, un jour que ce frère était en Prière dans.un endroit solitaire, il vit, en extase, l'âme de Frère Humble monter droit au ciel, au moment où elle quittait son corps. , Ayant été ap-

pelé à Soffa-

no, plusieurs

années après,

il arriva que

les frères, sur

la demande du

seigneur de

Bruforte, con-

sentirent à

quitter leur

maison pour aller s'établir dans un autre endroit. Par suite de ce déplacement, on exhuma les restes des frères qui étaient morts à Soffiano, pour les transporter au nouveau couvent. Quand on en vint au tombeau de Frère Humble, FrèrePacifique prit lui-même les ossements de son frère, les lava avec du vin, les enveloppa dans un linge blanc, puis il les baisait avec respect et'les arrosait de ses larmes. Cette conduite surprit beaucoup les autres frères, ils se scandalisèrent même en voyant un homme de grande sainteté témoigner pour son frère une affection qui paraissait si sensuelle, le pleurer avec tant de regret et montrer plus de respect pour ses restes que pour ceux de tant d’autres frères dont la vie avait été aussi sainte que celle de Frère Humble, et qui méritaient aussi bien sa vénération. Connaissant leurs sentiments, Frère Pacifique leur dit: « Très

chers frères, ne soyez pas surpris si je témoigne pour les ossements de mon frère plus de vénération que pour les autres, Grâce à Dieu, je n’ai point été en cela, comme vous le croyez, guidé par une affection purement naturelle, mais, au moment où mon frère quittait cette vie, j'étais en prière loin de lui, dans un endroit solitaire, et j'ai vu son âme s'envoler droit aux cieux; je suis donc assuré que ses restes sont saints, et qu’ils doivent un jour se trouver en paradis. Si j'avais eu la même certitude sur l'âme des autres frères, j'aurais honoré leurs dépouilles de la même vénération. » Reconnaissant alors la sainteté et la pureté des intentions de Frère Pacifique, ses compagnons s'édifièrent désormais de sa conduite et bénirent Dieu qui opè-

re dans ses saints des choses si merveilleuses.

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