‹ Fioretti, petites fleurs de S. François d'Assise [microforme]Chapitre 42 sur 75 · PP TD TD TT TD TD FD TD MN PEL PC CL EL LCL CCE · texte numérisé non relu

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E IRÈRE Junipère demeura quelque temps dans

il la vallée de Spolète; pendant qu'il s'y trou-

| vait, apprenant, un jour, qu'une grande fête

dévait avoir lieu à Assise, et voyant qu'une foule de fidèles s’y rendaient avec dévotion, il lui vint le désir d’y aller aussi ; mais voici comment. Il commença par se dépouiller de tous ses vêtements, à l'exception de celui de dessous, se mit en route, traversa toute la ville de Spolète et se rendit au couvent dans cet état. L'indignation des frères fut extrême, lorsqu'ils le virent arriver ainsi ; ils le reprirent durement, le traitant d’insensé qui allait déshonorer tout l'Ordre de saint François, et qui méritait d’être

de frere Funipere

enchaîné comme un fou. Le Général, qui se trouvait alors au couvent, le fit appeler à son tour, lui adressa de très sévères reproches en présence de tous les frères, et finit par lui dire : « En vérité, votre conduite est si indigne, que je ne sais plus comment vous en punir.» Frère Junipère qui n’était jamais plus heureux que dans les humiliations, répondit doucement : « Mon père, si vous voulez, je vais vous indiquer un bon moyen: je suis venu sans habit jusqu'ici, imposez-moi Pour pénitence de retourner de même (1). »

Chapitre tit - Comment Frère Junipère fut ravi en extase pendant la célébration de la Messe,

BE Frère Junipère entendait un jour pieusement

la sainte Messe. Il se sentit tout à coup ravi

| dans une extase qu'il conserva pendant un

temps assez considérable. Il était seul dans la chapelle, lorsque revenant à lui il s'écria : «© mes frères ! quel est l’homme ici-bas, quelque noble qu'il fût, qui refuserait de se charger du plus vil fardeau, s’il devait à ce prix trouver ainsi sa maison toute remplie d’or? Eh bien donc, ajoutait-il, pourquoi ne voudrions-nous Pas supporter un peu

1. Ce trait nous rapps'le une réflexion de saint Grégoire, au sujet de la danse de David devant l'arche, dont il est parlé au second livre des Rois. Le grand Pape dit à cette occasion : « Je ne sais quel sentiment les autres peuvent avoir sur ces actions; pour moi, j'admire plus David quand il danse devant l'arche, q ‘e quand il met les lions en pièces, qu’il tue Goliath et qu'il défait les Philisti:s. En toutes ses occasions, sa gloire se borne à dompter, les bêtes farouches ou à vaincre ces ennemis ; mais, dans cette danse sacrée il est vainqueur de lui-même, » L, Moral., chap. XxvI1.

266 Vie

de honte, si par ce moyen nous pouvons obtenir la vie éternelle ? »

AVENANT CRICMIC RACE

Chapitre tiii. — De la tristesse qu'éprouva Frère Junipère à la mort de Frère Amazialbene, son compagnon,

gieux qu'il aimait tendrement. Ce frère, nommé

Amazialbene, possédait les vertus de patience et d'obéissance au plus haut degré. On l'aurait battu toute une journée, que pas une plainte, pas une parole ne lui seraient échappées. On l'envoyait souvent à des couvents où il se trouvait en compagnie avec des frères d'un esprit contrariant, et qui se plaisaient à le tourmenter ; mais il savait tout souffrir et rien ne pouvait ébranler sa patience. On raconte aussi que Frère Junipère avait sur lui un tel ascendant, qu'il le faisait passer, selon qu'il le voulait, de la joie à la tristesse, et de la tristesse à la joie.

A la nc''velle de la mort de son ami, la douleur de Frère Junipère fut si vive que jamais rien au monde n'avait pu, jusquelä, lui en causer une semblable ; et la tristesse qu’il laissait paraître à l'extérieur annonçait bien quels étaient alors les sentiments de son.cœur. Il s’écriait en soupirant : « Hélas! malheureux que je suis, il ne me

reste plus sur la terre aucun bien, tout m'y déplaît, maintenant qu'il est mort, ce doux et très aimé Frère Aunazialbene!» Puis il ajoutait: «Eh bien! si désormais je ne

puis trouver la paix parmi mes compagnons, j'irai creuser la tombe de mon ami, j'enlèverai sa tête, et faisant deux

de frere Funipere 267

vases de son crâne, je m'en servirai Pour prendre ma nourriture, et je trouverai là des souvenirs qui feront ma consolation. »

LD nd ner Chapitre riv. — De la main

suspendue en l'air.

N jour que Frère Junipère était en prière et qu'il

lui venait peut-être quelque pensée de vaine

gloire il vit une main suspendue en l'air, et il

entendit une voix qui lui disait : « O Frère Junipère! tu

ne peux rien sans cette main.» Aussitôt il se lève, regarde

vers le ciel et s'écrie à haute voix en courant par tout le

couvent : « Oh! c'est vrai!» Et rendant longtemps il ne cessait de répéter ces paroles @).

1. Les détails qu’on vient de lire sont à peu près les seuls qui nous restent de la vie de Frère Junipère. Les autres historiens de saint Fi rançois ajoutent seulement que sainte Claire avait une grande confiance en sa sainteté. Elle disait agréablement de lui, que Frère Junipère était /e jouet de Dien.

du Bienbeure

çois.

A BR a ae Chapitre premier.

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Comment Frère Egide et trois autres Compagnons furent

reçus dans l'Ordre des Mineurs.

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sont propres à exciter,

dans les âmes Pieuses, le mépris des jouissances fugitives et le désir du salut éternel. Nous

allons donc, à la gloire de Dieu et de Sa vénérée mère,

Notre-Dame Sainte Marie, et pour l'utilité de nos lecteurs,

raconter en peu de mots, les divines opérations de l'Esprit.

Saint dans notre Frère Egide.

Ce bienheureux, lorsqu'il était encore séculier, se sentit touché de l'Esprit d'en-haut, et voulut chercher le moyen de plaire à Dieu dans toutes ses œuvres. Vers ce tempslà, commençait à paraître saint François, ce héraut envoyé de Dieu pour donner au monde des exemples de vertu et de pénitence, Deux ans après sa conversion, un homme considéré par sa sagesse et sa fortune, appelé Bernard, et Un autre nommé Pierre de Catane, s'étaient réunis À lui Pour s’adonner à l'observance de la pauvreté évangélique. Ils avaient, sur sa parole, distribué tous leurs biens aux Pauvres pour l'amour de Dieu, ne voulant plus s'attacher qu’à la gloire de la pénitence et à la perfection de l'Evangile, sous l'habit des Frères Mineurs; et ces fervents

Vie

disciples du Christ se montrèrent en effet toute leur vie, constamment ct parfaitement fidèles à leurs généreuses résolutions.

Huit jours après leur conversion et la distribution de leurs biens, témoin du dévouement de -es nobles chevaliers d'Assise, dont tout le monde admirait la conduite, Frère Egide, qui était encore séculier, se sentit lui-même enflammé de l'amour divin. En 1209, le jour de la fête de saint Georges, plein de zèle pour le salut de son âme, il se rendit à l’église de ce Saint, près de laquelle se trouvait le monastère de sainte Claire; et, lorsqu'il y eut fait sa prière, éprouvant un grand désir de voir saint François, il se dirigea vers l'hôpital des lépreux, où se trouvait la pauvre cabane (1), qu'il habitait loin du monde, avec les Frères Bernard et Pierre de Catane. Arrivé dans un endroit où aboutissaient plusieurs chemins, Egide ne sachant lequel il devait prendre, pria le Christ de lui servir de guide, et aussitôt il se sentit dirigé sur un chemin qui le conduisit droit à la cabane. Saint François sortait alors du bois où il venait de prier ; apercevant Egide, il va lui-même à sa rencontre pour savoir ce qui l'amène vers lui. Le pieux séculier tombe à ses pieds et lui demande humblement, pour l'amour de Dieu, la faveur d’être admis en sa compagnie. Touché de la piété qu'il remarquait en lui, le Saint lui répondit : « Mon bien-aimé frère, Dieu vous a fait une grâce d'un prix inestimable. Si l'Empereur venait à Assise, et qu’il voulût y choisir un de ses habitants pour en faire son chevalier ct son favori,

s. Cette cabane était appelée la cabane de Rivo-Torto, du nom d’un ruisseau près duquel elle se trouvait, et qui coulait en serpentant.

{de x ne devrait-il pas en éprouver une grande joie? Mais vous, combien plus ne devez- Vous pas vous réjouir lorsque Dieu vous a choisi pour son chevalier, son serviteur chéri, et qu'il vous admet à l'observance de la perfection de son Evangile! Soyez donc constant dans la noble vocation où la divine bonté # vous appelle» A 4 6 ces mots, saint François nrend Egide par la main, le relève et le conduit à lu cabane, où il le présente à Frère Bernard, en lui disant :

« Voici un bon frère que Dieu nous envoie ; réjouissons-nous dans le Seigneur, et prenons ensemble notre repas dans l'union de la charité.»

Après une légère collation, le Saint partit avec son nouveau postulant pour aller chercher à Assise de quoi le vêtir. En chemin, une pauvre femme leur ayant demandé l'aumêne pour l'amour de Dieu, saint François, ne voyant rien à donner, se tourne vers Frère Egide, avec un visage angélique, et lin :« Mon cher Frère, donnons à cette Pauvre femme, pour l'amour de Dieu, le manteau que vous portes.» Egide le donna aussitôt : et il lui sembla qu'en récompense de sa prompte charité, cette aumêône s'élevait jusqu'au ciel. Il l'y suivit en esprit avec une joie

inexprimable, et il sentit que Dieu opérait encore un nouveau changement dans son âme.

Lorsque saint François se fut procuré des vêtements pour Egide, il le reçut dans son ordre ; et le nouveau frère devint un des religieux les plus saints et les plus contemplatifs que le monde ait vus dans ces derniers temps. Après sa réception, le saint partit avec lui pour la Marche d'Ancône, sanctifiant son voyage par de pieux cantiques qu'il chantait à la louange du Seigneur du ciel et de la terre, et il disait à son compagnon: « Mon fils, notre Ordre sera semblable à un pêcheur qui jette ses filets dans les eaux, et qui en retire une multitude de poissons dont il retient les plus gros, en laissant échapper les petits. » Frère Egide, qui ne voyait alors que trois frères réunis au saint, s'étonnait beaucoup de sa prédiction. D'ailleurs, lé pieux instituteur ne prêchait pas encore en public ; il s'en allait seulement exhortant et reprenant ceux qu'il rencontrait, et il leur disait avec une amoureuse simplicité : « Aimez et craignez Dieu, et faites pénitence de vos fautes.» Et Frère Egide ajoutait : « Oui, pratiquez ce que vous recommande mon Père spirituel, car c’est Dieu qui parle par sa bouche. »

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Chapitre fi. —— Comment Frère Egide fit le pèlerinage de Saint-Jacques-le-Majeur.

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HIVEC la permission de saint François, Frère

Egide fit le pèlerinage de Suint-Jacques-le-

: Majeur, en Galice. Durant tout son voyage, il souffrit beaucoup de la faim, car une grande disette déso-

du bienbeuceux frere Egide

lait alors tout le pays. Un soir, qu'après avoir mendié toute la journée, il n'avait Pu recueillir la moindre aumône, le hasard l'ayant conduit près d’un aire de grange où l'on avait laissé quelques fèves, il les ramassa et en fit son souper : et ce fut aussi là qu'il se retira Pour prendre son sommcil, car il aimait les endroits solitaires où il pouvait : plus facilement vaquer à l'oraison, Dicu permit cependant que son pauvre souper le fortifiât aussi bien que s’il se fût nourri de toutes sortes de viandes, et même il ne se rappelait pas avoir jamais fait un si bon repas. Le lendemain, lorsqu'il eui repris sa route, un Pauvre vint lui demander l’aumône pour l'amour de Dieu. Le saint frère, qui n'avait rien que l'habit quil portait sur lui, en coupa sur-le-champ le capuchon, le donna pour l'amour de Dieu, et demeura ensuite vingt jours avec son vêtement ainsi déchiré,

A son retour en Lombardie, un homme qui le rencontra lui fit signe de venir vers lui ; le bon frère, qui s'imaginait en recevoir quelque aumône, se rendit aussitôt à son appel ; mais lorsqu'il tendit la main, l'étranger y posa deux dés, en lui demandant s'il voulait jouer. — , Dieu vous le pardonne, mon fils, » répondit humblement Frère Egide. Et c'est ainsi qu’allant par le monde, il était en butte aux insultes, qu'il recevait toujours avec douceur et patience. ù

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“ES 0 7 Chapitre {ti — De la manière dont vécut Frère Egide, lorsqu'il fit le pèlerinage du Saint-Sépuicre. DODIDODIDDDIDDDDDDDDDITEC CEE CET CCC ECT ECS

ARTI avec la permission de saint François,

pour aller visiter le Saint-Sépulcre du Christ, l Frère Egide, arrivé à Brindes, fut obligé d'y attendre quelques jours qu'un vaisseau miît à la voile pour l'Orient. Voulant, pendant son séjour dans cette ville, vivre du fruit de son travail, il acheta une grande cruche qu'il remplissait d'eau, puis il allait criant par les ru. : «Qui veut de l'eau? Qui veut de l'eau?» Et c'est ainsi qu'il gagnait de quoi se nourrir et s’entretenir, lui et son compagnon. Enfin, une occnsion s'étant présentée, il passa la mer et visita, avec une grande dévotion, le Saint- Sépulcre et les autres saints lieux. A son retour, il s'arrêta quelques jours à Ancône; et, comme il s'était accoutumé à vivre du travail de ses mains, là encore, il faisait des corbeilles de jonc et les vendait, non pour de l'argent, mais pour le pain qui lui était nécessaire à lui et à son compagnon. Il se chargeait aussi, pour le même salaire, de la sépulture des morts. Si malgré les travaux qu'il s'imposait, ce salaire venait à lui manquer, alors il retournait à la table de Jésus-Christ ; il allait de porte en porte demander l’aumêône. C'est dans cet exercice d’une vie pauvre et laborieuse qu'il revint à Sainte- Marie-des-Anges.

Chapitre 1v, — Comment Frère Egide Préférait la vortu d'obéissance à la prière,

I Gardien lui ordonna par la sainte obéissance,

. ] d'aller demander l'aumône. Aussitôt il va trou-

ver Frère Egide et lui dit : « Mon Père, j'étais à Prier, et

voici que le Gardien m'envoie mendier: ;] me semble cependant qu'il serait beau

| [ | N frère se trouvant en prière dans sa cellule, le

a volonté de son supérieur ; et celui qui, pour faire sa volonté propre, cherche à échap- Per au joug de la sainte obéissance auquel il est soumis, laisse voir par là l'orgueil excessif qui le domine : oui, toujours il se trompe, quelque légitimes que parais

capable de l'arrêter. Au co sant, raisonneur,

homme monté sur

à la moindre fatigue, l'ennemi. Je vous le

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