‹ Fioretti, petites fleurs de S. François d'Assise [microforme]Chapitre 52 sur 75 · Chapitre vi. — De roisiverc PR pese · texte numérisé non relu

Chapitre vi. — De roisiverc PR pese

Doctrine et paroles

Celui qui refuse les affictions et les fatigues pour l'amour de Jésus-Christ ne veut véritablement pas de sa gloire ; et de même que la sollicitude est pour nous d'une grande utilité, ainsi la négligence nous est toujours nuisible,

L'oisiveté conduit au vice, et le vice en enfer ; l'application conduit à la vertu, et la vertu au ciel.

Nous devrions nous appliquer, avec un grand soin, à l'acquisition et à la conservation de la vertu et de la grâce de Dieu, et agir sous leur influence; car ‘| arrive souvent que celui qui ne travaille pas avec fidélité finit par perdre le fruit par les feuilles et le grain par la paille. Aux uns, Dieu a donné de bons fruits avec peu de feuilles ; à d’autres, il accorde tout à la fois et les fruits et les feuilles ; enfin, il en est qui ne reçoivent ni les fruits ni les feuilles.

Il y a plus de mérite, à mon avis, à conserver secrètement les biens et les grâces que nous tenons de Dieu, qu'à savoir les acquérir; car, lors même que nous serions en état de faire un gain considérable, si nous ne savons pas le conserver, nous ne serons jamais riches. Mais il y en a qui amassent peu à peu, et ils deviennent riches par = qu'ils savent conserver leur gain et leur trésor. Oh! l'immense quantité d’eau qu'aurait amassée le Tibre, s'il ne la laissait échapper par aucune issue !

Nous demandons à Dieu un don infini, sans mesure et sans fin, et nous bornons et nous mesurons l'amour que nous lui portons. Celui qui veut être aimé de Dieu et recevoir de lui une récompense infinie et incommensurable doit aussi l'aimer d'un amour infini et le servir toujours. Heureux celui qui aime Dieu de tout son cœur, de toute son âme; qui affige continuellement son corps, pour

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son amour; qui ne demande aucune récompense, et qui se reconnaît au contraire toujours infiniment redevable !

Si un homme se trouvait dans la misère et que quelqu'un vint lui dire: « Je consens à te prêter, pour trois jours, un objet de grand prix ; si tu sais le faire fructifier pendant que tu le posséderas, tu peux amasser un trésor intini et tu seras riche pour toujours ; » certainement, ce pauvre s'empresserait de faire valoir de son mieux l'objet précieux qui lui aurait été confié. Eh bien! sachez que le corps est cet objet précieux que nous tenons de la main de Dieu. 11 nous l'a prêté pour trois jours ; car tout le temps de notre vie peut être comparé à ce court espace. Si donc nous voulons devenir riches, nous devons nous appliquer à faire valoir et fructifier, autant que nous le rouvons, ce corps que Dieu met à notre disposition pour

‘tres jours, c'est-à-dire pour le temps si court de la vie, Mais si nous ne nous mettons pas en peine de faire notre profit dans cette vie où le temps nous est donné, nous devons renoncer aux richesses éternelles, nous ne pourrons jamais goûter le repos des bienheureux. Supposez que tous les biens du monde soient en la possession d’un seul homme et qu’il ne les fit fructifier par personne, à quoi lui serviraient-ils? A rien, certainement. Celui, au contraire, qui aurait le talent de faire valoir le peu qu'il possède pourrait en retirer une grande utilité pour lui et un grand fruit pour les autres.

Il y a dans le monde un proverbe qui dit : « Ne mettez jamais bouillir sur le feu une marmite vide, en comptant sur votre voisin. »

Dieu ne veut pas qu'aucune grâce demeure inutile ‘rca? s'il nous l'a donnée, c'est afin que nous la mettions en

éaradé: méseis a D re

cata ad cables

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usage par nos bonnes œuvres. La bonne volonté ne suffit pas, si dans la pratique on ne veut pas s'appliquer aux œuvres qu'elle inspire.

Un jour un homme désœuvré disait à Frère Egide: « Mon père, je vous prie de me donner quelque consolation. » —« Mon frère, lui r ondit Frère Egide, travaillez à vous mettre bien avec Dieu, et aussitôt vous trouverez cette consolation que vous me demandez. »

Si l'on ne cherche pas à se ménager, au fond de l'âme, une demeure convenable où Dieu puisse habiter et reposer, jamais on ne trouvera dans les créatures ni repos ni consolation véritable.

Ceiui qui veut faire mal ne demande pas conseil auparavant ; mais avant de faire le bien, on réfléchit longtemps et l'on a recours aux avis des hommes sages,

Un jour Frère Egide dit à ses compagnons : x Mes frères, il me semble que maintenant on ne rencontre plus personne qui veuille faire ce qui lui est le plus avantageux, non pas seulement pour l'âme, mais même pour le corps. Croyez-moi, mes frères, et je le pourrais jurer en vérité, plus on cherche à échapper au joug du Christ, plus on appesantit son fardeau ; plus, au contraire, on s’y soumet avec ardeur, en y ajoutant soi-même volontairement, plus on le sentira doux et léger. Oh! plût à Dieu que l'homme, en ce monde, comprit bien les vrais intérêts de son corps! car alors il travaillerait en même temps au bien de son âme. Oui, car le corps et l'âme devrent certainement se trouver réunis dans les sr"ffrances ou dans les consolations : ou bien ils seront e...emble éternellement précipités dans les enfers pour y souffrir des tourments inexprimables ; ou bien, en récompense de leurs

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bonnes œuvres, ils jouiront ensemble des joies éternelles et inénarrables du Paradis, en la société des Anges et des Saints. »

Quand même vous auriez pratiqué le bien et que vous auriez pardonné, si vous n'avez pas l'humilité, vos œuvres devicndront mauvaises. On en a vu beaucoup dont les actions paraissaient bonnes et louables ; mais comme ils manquaient de l'humilité, on a reconnu ensuite qu'ils n'avaient agi que sous l'influence de l’orgueil, et leurs œuvres elles-mêmes en ont été la Preuve, car celles que produit l'humilité ne se corrompent jamais.

Un religieux disait à Frère Egide : « Mon père, il me semble que nous ne connaissons pas nos véritables inté. rêts. » — « Mon frère, répondit Frère Egide, certainement chacun travaille dans l’art auquel il s'est exercé, on ne réussirait pas autrement: Sachez donc que l'art le plus noble qui soit au monde, c'est de bien travailler ; Mais qui Pourra le reconnaître, s'il ne s'y exerce auparavant ? Heu. reux celui qu'aucune chose créée ne peut scandaliser ! Mis plus heureux encore celui qui s'édifie de tout ce qu'il

<et de tout ce qu'il entend! »

| l'homme misérable qui met son cœur, son espé-

rance et ses désirs dans les choses de la terre ;

il sacrifiera les biens du ciel et finira par n’en plus posséder aucun.

fardeau était attaché sous son aile. Ainsi l'homme, appesanti par le poids des choses de la terre, ne peut voler bien haut, c'est-à-dire qu'il ne peut arriver à la perfection. Mais celui qui a la prudence d'attacher aux ailes de son cœur le poids du souvenir de la mort et du jugement en éprouvera une salutaire crainte, qui l'empêchera de courir et de voler par toutes les vanités et les richesses de ce monde qui ne produisent que la damnation.

Nous voyons tous les jours des hommes qui travaillent, se fatiguent beaucoup, et s'exposent même à de grands dangers pour acquérir des biens trompeurs ; et puis, quand, après de longues fatigu.*, ils sont arrivés à leur but, ils meurent et laissent tout ce qu'ils ont amassé durant leur vie.

Ne nous confions on: pas à ée monde qui abuse de la

crédulité de tous ceux qui comptent sur lui; c'est un imposteur. Mais que celui qui veut être vraiment grand et vraiment riche recherche et affectionne les biens et les richesses qui ne passent pas et qui rassasient, sans dégoûter jamais, sans diminuer jamais. Voulons-nous marcher dans la voie droite, imitons les animaux, et surtout les oiseaux : quandils ont trouvé leur nourriture du moment, ils sont contents et n'en demandent pas davantage. L'homme, lui aussi, devrait se contenter du simple nécessaire sans rechercher le superflu.

Frère Egide disait que saint François n’aimait pas les fourmis autant que les autres animaux, à cause de la, grande sollicitude qu'elles ont d'amasser, pendant l'été, une abondante provision de grain pour l'hiver. Il aimait beaucoup mieux les oiseaux qui vivent au jour le jour.

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de frere Egide

Cependant la fourmi nous apprend que nous ne devons Pas demeurér oisifs dans l'été de la vie présente, pour éviter de nous trouver vides et sans fruits pendant l'hiver du Jusement dernier.

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