‹ Fioretti, petites fleurs de S. François d'Assise [microforme]Chapitre 63 sur 75 · Voyez la note 10°, à la suite de cet ouvrage · texte numérisé non relu

Voyez la note 10°, à la suite de cet ouvrage

Franciscains d'Assise

d'un monument, Pour se transformer plus tard en ode ou en épopée, Toute grande conception poétiqne éveille et Provoque inévitablement des œuvres qui la reproduisent à leur manière, dans le domaine des autres arts; et tout grand travail qui en est l'expression finit aussi par inspirer quelque création poétique qui lui corresponde. Toujours ces conceptions sont les avant-Coureurs ou les compléments réciproques les uns des autres,

L'architecture a eu la Prefiière part dans la glorification du héros d'Assise, Il était mort en 1226 ; et déjà, en 1230, la basilique s'élevait sous la direction de l'Allemand Giacomo, architecte de réputation que le Frère Elie avait demandé à l'empereur d'Allemagne. Cette basilique se compose de deux églises Superposées : «t l'observateur saisit bien vite le contraste que l'architecte a voulu produire, Le souvenir et, pour ainsi dire, l'image de l’abnégation de saint François s'y harmonisent me veilleusement avec l’expression de sa gloire céleste. L'église inférieure est triste et sombre ; la seconde est éblouissante de lumière. La première vous fait venir les larmes aux yeux ; la seconde vous réjouit le cœur. L'une rappelle la pénitence et la vie mortifiée du séraphique Patriarche ; l’autre nous le fait entrevoir glorieux et couronné dans le séjour des cieux.

L'idée de la pénitence terrestre, avec son cortège de sacrifices volontaires et de souffrances résignées : l'idée d'une immortelle et glorieuse transfiguration ; tel est, en général, le double aspect chrétien que l'architecture doit s’efforcer de reproduire, Pour exprimer la structure de ce temple dont Dieu lui-même a posé les fondements. Pour cela, le génie chrétien a conçu deux systèmes d'édifices religieux,

qui ont chacun leur racine dans l'essence même du

bn bi ER aides Afnientnshe ss

348 Les Bonuments

MS Christianisme, Le premier se rapporte plus particulièrement, dans ses traits principaux, à cette douce tristesse, à cette espérance plaintive, qui donne à la prière son plus fécond élément. L'autre exprime plus vivement ces joies ineffables, que la prière connaît aussi, ces bienheureuses extases que les saints éprouvent quelquefois sur la terre et dans lesquelles ils trouvent un avant-goût du ciel. La difficulté d'exprimer simultanément cette double idée, dans l'ordonnance générale d'un édifice, constitue un des problèmes fondamentr.ux de l'architecture chrétienne. Or, telle est la difficult‘ qu'on s'est efforcé de résoudre dans la basilique d'As: :; et l'on y est parvenu en construisant une église à deux étages, qui correspondent à cette double conception, par leur situation respective et par les caractères particuliers qui s'y trouvent exprimés. Un auteur italien incline à reconnaitre un effet surnaturel de la divine Providence dans la création d’un temple si mervetlleusement ordonné ; il doute qu'on puisse l'expliquer autrement dans des siècles qui commençaient à peine à sortir des ténèbres de l'ignorance et de la barbarie. Cependant, quand surtout nous nous rappelons que ces siècles trop dépréciés ont su produire d'ailleurs Cimabüe, Giotto et Dante, il sous paraît bien plus logique de ne voir dans ce monument que la production simple et naturelle d'une époque de foi et de poésie. Tout le merveilleux était dans le génie de ses arti.tes et de ses poètes. Ce serait bien plutôt un miracle de voir s'élever un monument de ce genre, au XvIr1' siècle par exemple, avec les idées qui régnaient alors sur l’art, ou plutôt contre l’art chrétien. Mais le xvirI' siècle ne se piquait pas de mysticisme, et il avait trop d'esprit pour glorifier Dieu par un tel acte de foi.

Basilique de Saint François d'Assise

Franciscains d'Assise

L'architecture avait fourni sa part de travail à la tombe de saint François. A son tour, avec plus d'amour encore, la peinture se présenta, et elle couvrit de ses fresques merveilleuses les murs, les arcs et les voûtes des deux basiliques. Malheureusement, ces parois illustrées par le pinceau des Cimabiüe, des Giotto et des Buffalmaco, sont aujourd’hui, en grande partie, délabrées. Sous le règne de fausses idées, en fait d'art, le dédain et l'oubli avaient jeté sur ces peintures une poussière encore plus funeste que celle du temps ; et l'ancien génie chrétien, méconnu, humilié, repoussé, fut traité, pour ainsi dire, comme un mendiant de la basilique d'Assise. Aujourd’hui cependant, on commence à lui rendre justice : il a trouvé des amis, des courtisans, et même de glorieux vassaux. Owerbeck lui a dejà offert un premier tribut de son génie ; mais il ne l’a point placé dans la basilique du Sacro-Convento, ce temple qui n'est beau que des peintures des anciens maîtres ; c'est à l'Eglise de Sainte-Marie-des-Anges qu'il s’est arrêté. Il a déposé là son tribut, comme une de ces modestes offrandes que l’on présente au seuil des palais, mais qui méritent cependant l'honneur des plus belles salles @).

Je n’aï ni le temps ni le droit de parler longuement des peintures d'Assise, après les savantes études qui ont été faites sur ce sujet. Cependant, je ne puis passer sous silence les quatre fresques de Giotto, qui représentent les vertus et le triomphe de saint François, et qui-sont disposées en forme de couronne au-dessus de sa tombe. Il est ac mirable de voir avec quelle vigueur de sentiment chrétien l'artiste a traité son sujet. Suivant sa conception, les quatre prin-

Page 1